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Publié par Bob Woodward

Arabie Saoudite: le changement c'est maintenant ?

Cela fait deux ans que le roi Salman règne sur l'Arabie Saoudite. Objectifs : réduire les déficits et renouveler l'image de sa politique. Tantôt libéral. Tantôt conservateur. Deux ans après son accession au trône d'Arabie saoudite, Salman Ben Abdelaziz est resté fidèle à son image de dirigeant pragmatique, soucieux de respecter les délicats équilibres qui régissent à la fois le royaume et la famille Saoud, qui le dirige.

Contrairement aux craintes initiales, son règne ne s'est pas traduit par un tour de vis au plan social. Au contraire. Au printemps dernier, le souverain, qui reçoit mardi Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères, a bridé les pouvoirs de la redoutée «police religieuse». Ses agents ne peuvent plus désormais «arrêter ou détenir des personnes, ni demander leurs cartes d'identité, ni les suivre». Un soulagement pour de nombreux Saoudiens et expatriés qui redoutent les bâtons de ces gardiens de l'orthodoxie wahhabite.Le 23 janvier, Salman célébrera ses deux années sur le trône, mais les bilans qui fleurissent dans la presse s’intéressent essentiellement aux résultats de son fils, Mohamed Ibn Salman. Car le jeune couronné est aussi un vieux roi qui a fêté ses 81 ans le 31 décembre. Dernier fils d’Abdelaziz Ibn Saoud, fondateur de l’État moderne, à régner, il réalise la transmission du pouvoir aux générations suivantes, ayant fait héritier son neveu Mohamed Ibn Nayef, 57 ans, et vice-héritier son fils favori, Mohamed Ibn Salman, 31 ans.

Projeté de l’ombre sur le devant de la scène, ce dernier a reçu le portefeuille de la Défense, la haute main sur l’outil pétrolier et la mission de bâtir une économie qui ne dépende plus des hydrocarbures. Ses méthodes sont radicales : lancement d’une coalition sunnite contre la milice houthiste chiite qui, avec l’appui politique de Téhéran, s’était emparée de vastes régions du Yémen voisin en 2014 ; cession d’une partie d’Aramco, le fleuron industriel du royaume ; élaboration d’un plan d’austérité des plus sévères ; et promesse d’une refonte totale du modèle économique.

« Vision ou mirage ? » s’interrogeait The Economist en avril 2016, pour répondre, en novembre, que ses réformes sont « construites sur du sable » et constater, en décembre, que « l’Arabie saoudite bat en retraite ». De l’avis général, 2016 a été l’annus horribilis du royaume, et les diagnostics pour l’année qui s’ouvre oscillent entre scepticisme et pessimisme. Dans son élan, Ibn Salman entraînera-t-il son pays au fond d’un gouffre ?

Car le jeune prince est jugé sur son action la plus visible, la guerre livrée aux houthistes, qui devait se conclure vite et valoir au vice-héritier ses premiers galons. Las, près de deux ans après le début de l’intervention, celle-ci s’enlise sans que l’on entrevoie l’issue politique que chaque bord appelle de ses vœux. Au début de janvier, l’ONU a annoncé que 10 000 civils avaient été tués, dont près de 1 400 enfants.

La famine et le choléra font rage, et le désastre humanitaire progresse. Bombardements d’écoles, de rassemblements, d’infrastructures vitales, utilisation de bombes à sous-munitions, les « bavures » saoudiennes souillent la réputation de Riyad, dont le discours sur la restauration de la légitimité gouvernementale à Sanaa est étouffé par le constat que le plus riche des États arabes se déchaîne contre le plus pauvre d’entre eux.

Peut-être plus préoccupant que ses revers géopolitiques, l’isolement moral du royaume s’accentue. Il est dénoncé comme va-t-en-guerre, mais son engagement bien plus timoré contre Daesh est vu comme l’illustration d’une connivence avec le pseudo-califat. Doctrine religieuse officielle du royaume, le wahhabisme est accusé d’être la matrice du jihadisme. En septembre 2016, à Grozny, la capitale tchétchène, les plus hautes autorités sunnites réunies en congrès l’ont même qualifié d’obédience dissidente.

Plus problématique encore pour Riyad, le 28 septembre 2016, le Congrès américain a passé outre le veto du président Barack Obama et voté le Justice Against Sponsors of Terrorism Act (Jasta), qui autorise les proches des victimes du 11 Septembre à poursuivre l’État saoudien. « L’Arabie saoudite, un Daesh qui a réussi », la formule lancée en 2015 par le romancier et chroniqueur algérien Kamel Daoud, a fait florès.

Voulant oublier que Donald Trump avait pu mettre en cause la responsabilité saoudienne dans les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone, le ministre saoudien des Affaires étrangères a concédé que son pays était victime de perceptions erronées et a relativisé les revers qu’on lui prête : « Au Yémen, le gouvernement légitime contrôle la majorité du territoire, et les houthistes sont en déroute. En Syrie, le régime a pris l’avantage à Alep, mais ce n’est qu’une bataille, et le conflit n’est pas terminé. » L’élection du général Michel Aoun, allié du Hezbollah chiite, à la présidence libanaise en octobre 2016 a-t-elle été vue comme une victoire de Téhéran sur Riyad ? Le diplomate rappelle que le nouveau chef de l’État libanais a réservé sa première visite officielle au roi Salman, les 9 et 10 janvier.

En outre, ses difficultés régionales ne font pas de l’Arabie saoudite un pays isolé, et Salman reste courtisé par presque tous les chefs d’État arabes. En janvier 2016, se rapprochant du royaume, le Soudan a rompu avec l’Iran. En novembre 2016, Abdelmalek Sellal, Premier ministre d’une Algérie traditionnellement proche de Téhéran, a fait une visite remarquée à Riyad, et, fin décembre, le sultanat d’Oman, qui entretenait une prudente neutralité entre Saoudiens et Iraniens, a fini par rejoindre la « coalition contre le terrorisme » formée par le roi Salman. Enfin, explique ce cadre supérieur français résidant sur place et qui a publié Arabie saoudite, l’incontournable (Riveneuve, 2016) sous le pseudonyme de Jacques-Jocelyn Paul, « si diplomatiquement il y a un indéniable malaise, les difficultés extérieures n’ont pas de conséquences internes qui pourraient mettre en cause la stabilité du royaume, et l’allié américain ne les abandonnera pas ».

Pour Jubeir, loin d’être le produit d’une fuite en avant irréfléchie, ce nouvel activisme saoudien répond à l’urgence de la situation régionale : « Il y a trois ans, nous avons constaté un vide politique dans la région que beaucoup nous demandaient de combler. Alors nous avons pris l’initiative. Mais, au Yémen par exemple, où l’on attendait que nous prenions les choses en main, notre action est maintenant critiquée. Si l’on veut que nous nous mettions en première ligne, alors il faut nous soutenir. Mais si l’on veut que nous restions à l’arrière, alors il faut nous présenter le nouveau commandement. »

Au-delà d’un conflit indirect avec l’ennemi iranien, l’engagement yéménite répond aussi à des impératifs de stabilité intérieure. La longue frontière entre les deux pays n’a été officialisée qu’en 2000, et près d’un tiers des Saoudiens sont d’origine yéménite. Il s’agit donc de sécuriser la « profondeur stratégique » de Riyad. Le contrat qui vient d’être signé avec Djibouti pour l’ouverture de la première base militaire extraterritoriale saoudienne va dans ce sens.

Sur le dossier économique, Jubeir tient aussi à démentir les diagnostics de fragilité régulièrement publiés. « Notre économie est beaucoup plus forte qu’on a pu l’annoncer, explique-t-il. Voyez notre appel obligataire de 17 milliards de dollars, le plus élevé jamais émis par un marché émergent. Les demandes de souscriptions ont atteint quatre fois notre offre. Est-ce que cela n’en dit pas assez sur la confiance, à long terme, du marché financier international dans la santé de notre économie et dans la direction du pays ? » Là aussi, la trop grande prudence des souverains précédents à réformer le système, conjuguée à la chute des cours du pétrole, a mis Riyad au pied du mur.

L’équipe dirigeante veut voir dans la crise l’occasion de mettre en œuvre une véritable refonte qui doit, à l’horizon 2030, faire du secteur privé le moteur d’une économie délivrée de sa dépendance au pétrole. « Le poids de l’État reste colossal, mais si les objectifs posés sont trop ambitieux pour être réalistes, une vraie dynamique est cette fois à l’œuvre », commente Fatiha Dazi-Héni, chercheuse spécialiste des pays du Golfe, qui publie, le 9 février, L’Arabie saoudite en 100 questions (Tallandier).

Après avoir réduit les subventions, le gouvernement a imposé cet été une baisse de 20 % sur les salaires du secteur public. « L’État emploie 80 % de la population active, et aucun pays dans le monde n’a connu un plan d’austérité aussi violent. Ailleurs, de telles mesures auraient provoqué des émeutes, mais rien ne s’est passé en Arabie saoudite », explique Jacques-Jocelyn Paul, qui insiste sur l’inanité de l’opposition politique et la solidité du système politique saoudien.

« Nous sommes le même pays, avec la même direction qui suit les mêmes principes », martèle pour sa part Jubeir lorsqu’on l’interroge sur le changement radical de style de l’équipe régnante depuis deux ans. La continuité de la monarchie ne saurait être remise en question. Mais on ne peut que constater la nouvelle configuration du pouvoir, plus autocratique, concentré entre les mains de trois hommes, quand le prédécesseur de Salman, le roi Abdallah, prenait ses décisions après moult consultations pour s’assurer de l’adhésion de la majorité à ses projets.

Mais Abdallah avait contre lui la faiblesse de ne pas appartenir au clan des Sudaïri, la plus puissante faction de la famille régnante, dont font partie le roi actuel et ses deux héritiers. Porté devant les médias par le jeune Ibn Salman, ce style musclé suscite un certain scepticisme à l’étranger.

Contrairement à Jubeir, Dazi-Héni y voit une vraie rupture, mais qui est en phase avec les aspirations populaires : « Ibn Salman a une façon inédite de dire les choses, qui rompt avec le politiquement correct de la famille Saoud, et des méthodes qui font violence aux traditions monarchiques et marchandes, mais c’est ce discours musclé qui plaît au peuple et aux jeunes en particulier, qui constituent plus des deux tiers de la population. »

La surexposition du jeune vice-héritier fait enfin prédire que celui-ci se prépare à court-circuiter son cousin Ibn Nayef pour la succession, et l’on y devine de sourdes luttes de pouvoir qui pourraient mettre en péril la monarchie. Dazi-Héni tempère : « Ibn Nayef a un pouvoir considérable, contrairement à ce qui peut être dit. Il a la main sur l’État profond et sur nombre de leviers administratifs stratégiques, et il y a beaucoup plus de complémentarité que de rivalité entre Ibn Salman et lui. »

Ainsi, plus concurrencé que jamais régionalement et ébranlé économiquement, le pouvoir saoudien, plus solide qu’il n’y paraît, n’a eu d’autre choix que de prendre ces taureaux par les cornes. Mais la monarchie, fer de lance des contre-révolutions arabes, tient bon et n’a pas perdu la tête.

 

Arabie Saoudite: le changement c'est maintenant ?

Il y a deux ans, Salman bin Abdelaziz ( 81ans)  accédait au trône d’Arabie Saoudite. Succédant à son demi-frère Abdallah, décédé à 90 ans. Ce dernier a régné dix ans sur le royaume. Homme de consensus, “ supporter” des droits de la femme, grâce à sa fille, princesse Adelah qui a beaucoup oeuvré auprès des Saoudiennes, à l’ombre des “ ors” du Palais…  il a en effet permis aux Saoudiennes de sortir de chez elles et d’intégrer la vie active, d’occuper des postes jusque-là réservés aux hommes. Depuis cinq ans les vendeurs, caissiers dans les supermarchés ont été remplacés par des vendeuses. Sans oublier les trente femmes nommées par le vieux monarque au Conseil consultatif, ou Choura… D’aucuns parleront de “ réformettes”, tandis que pour les Saoudiennes ces petits gestes royaux constituent une réelle avancée. Quand bien même la route vers les droits de la femme en Arabie Saoudite demeure encore longue et sinueuse. Elles se battent aujourd’hui pour obtenir l’abolition du “tutorat”,  et le droit de conduire.

Bref, le roi Abdallah était idolâtré par ses sujets. A tel point qu’à sa mort, le 23 janvier 2015, la population appréhendait - sans trop l’exprimer publiquement - son successeur considéré plus conservateur, plus pragmatique, moins libéral. Il est issu du clan al-Sudeiri considéré comme l’aile très conservatrice de la famille royale. 

Cinquième roi de la dynastie des Al-Saoud, Salman fut gouverneur de Ryad pendant près de 50 ans.  Il est à l’origine de la modernisation de cette mégalopole bâtie en plein désert, peuplée aujourd’hui de 8 millions d’habitants. Cette expérience de “ bâtisseur” lui confère respect, et réputation de probité au sein de la famille Al-Saoud. Durant un demi siècle, il a pu entretenir de sérieuses et solides relations entre les différentes organisations religieuses, tribales et étatiques. Sans l’équilibre de ces trois piliers certes, sensibles et fragiles, le roi Salman aurait, aujourd’hui des difficultés à mener sa propre politique au sein du royaume. Un roi en Arabie Saoudite ne peut gouverner qu’en respectant la loi tacite du consensus.

Deux mois après son accession sur le trône, dans la nuit du 25 mars 2015, le roi Salman lance une opération militaire, appelée “ Tempête décisive”. Une opération censée éliminer les rebelles houtistes accusés par les autorités saoudiennes d’être manipulés par l’Iran, ennemi juré de l’Arabie Saoudite. Pour les Saoudiens, les Iraniens sont devenus ces dernières années, une véritable obsession. Vingt deux mois plus tard, et des milliers de morts recensés, cette guerre au Yemen, s’enlise, des observateurs à Riyad préfèrent parler de “ Vietnam saoudien”. Une guerre onéreuse, entre  7 et 9 milliards de dollars par mois. 

La population doit se serrer la ceinture. Fin décembre 2015, le roi Salman a pris des mesures drastiques. Augmentation du prix de l’eau de l’électricité, diminution des subventions, un coup de sabre (jusqu’à 50%) dans les salaires des ministres, militaires et fonctionnaires. Toutes les classes sont affectées. Un traumatisme pour les Saoudiens habitués jusque-là, à vivre sous perfusion de l’ Etat.  Pour la première fois, depuis 2009, le pays a enregistré un déficit budgétaire de plus de 85 milliards de dollars. Selon les prévisions pour 2017, le budget devrait être ramené à 53 milliards. 
Redorer son blason 

L’Arabie Saoudite cherche par tous les moyens à “redorer” son image, à donner une nouvelle image de sa politique à l’extérieur.  Le “plan Vision 2030” présenté fin avril 2016 par le fils du roi, Mohammed bin Salman, Vice-Prince héritier et second homme fort du royaume, prévoit une diversification de l’économie et la création de 450 000 emplois d'ici à 2020. Autrement dit, comment mettre fin à la dépendance du pays au pétrole. En investissant dans le gaz et les énergies renouvelables… investir davantage dans le tourisme religieux, passer de 1,5 millions à 2,5 millions de pèlerins qui se rendent à la Mecque pour le Hadj. Et de 6 à 15 millions les fidèles qui effectuent l'"Omra" ou petit pèlerinage. MBS veut permettre aux femmes d’intégrer la vie active ( de 23% à 28%). Il convient de rappeler qu’en ce temps de crise, un salaire dans un foyer ne suffit plus. 

Le jeune prince fougueux et dévoré d’ambition, souhaite développer une cité des médias, un “ complexe royal des arts” où des artistes saoudiens pourront exposer leurs oeuvres. Un projet qui générerait 6100 emplois en cinq ans. Une sacrée gageure dans un pays où il n’existe ni théâtre, ni salles de cinémas publiques. Les jeunes aficionados de la Toile sont obligés de prendre la voiture le week-end pour se rendre à Bahrein, effectuer 400 km pour assouvir leur passion. Depuis quelques mois, un bruit persistant court!  On entend ici et là que l’ouverture de salles de cinéma est imminente. Ce serait une première! Or, c’est sans compter sur les oulémas et notamment le grand mufti Cheikh Abdelaziz al-Cheikh qui a dénoncé sur son site internet que “les salles de cinéma, les concert sont des lieux de débauche et de corruption… pouvant ouvrir la voie à l’athéisme, à la mixité et à la décadence”. 

Bref, la partie est loin d’être gagnée pour le jeune ministre de la Défense et vice-prince héritier. Mais comment faire pour satisfaire une jeunesse saoudienne ( 65 % de la population a moins de 30 ans) pourtant branchée 24 H/24 sur Internet, et qui attend des ouvertures significatives dans son pays. Pas seulement des effets d’annonces, des faits!

Arabie Saoudite: le changement c'est maintenant ?

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