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Publié par Bob Woodward

Omar el-Béchir sera-t-il sauvé par Obama ?

Obama allège les sanctions économiques visant le Soudan "en reconnaissance" des progrès accomplis par Khartoum

Le président américain Barack Obama a annoncé la levée de certaines sanctions économiques contre le Soudan, relevant des avancées "positives" de la part de Khartoum au cours des six derniers mois, une décision qui a provoqué la colère des ONG.

Le président soudanais Omar el-Béchir est visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour des accusations de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour.

Dans un courrier adressé au Congrès et rendu public par la Maison Blanche, M. Obama, qui cèdera la place au républicain Donald Trump dans une semaine, souligne en particulier la coopération de Khartoum avec Washington pour "répondre aux conflits régionaux et à la menace du terrorisme".

Il met aussi en exergue "une réduction marquée des activités militaires qui ont culminé dans un engagement à maintenir la cessation des hostilités dans les zones de conflit" et des efforts pour améliorer l'accès humanitaire à travers le pays.

Cette décision, qui ne remet pas en cause la présence du Soudan sur la liste américaine des "Etats soutenant le terrorisme", prendra effet dans six mois, un délai qui vise "à encourager le gouvernement du Soudan à poursuivre ses efforts", précise l'exécutif américain.

"Le Soudan est devenu un partenaire important pour contrer le groupe Etat islamique et d'autres menaces terroristes régionales", a souligné Mark Toner, porte-parole du département d'Etat.

Khartoum a immédiatement salué cette décision, évoquant le résultat "d'efforts communs et d'un dialogue long et sincère".

En novembre, Washington avait prolongé d'un an ses sanctions à l'encontre de Khartoum, mais sans exclure de les lever à n'importe quel moment si ce pays d'Afrique réalisait des progrès.

Le Soudan est depuis 1997 sous embargo commercial des Etats-Unis qui l'accusaient alors de soutenir des groupes islamistes armés. Le défunt fondateur et chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, était basé dans la capitale soudanaise entre 1992 et 1996.

Par la suite, les Américains ont dénoncé la politique du pouvoir soudanais dans le conflit qui l'oppose à des minorités rebelles, notamment dans la région occidentale du Darfour.

Les relations se sont améliorées ces dernières années, le secrétaire d'Etat John Kerry ayant rencontré à deux reprises son homologue soudanais, tandis que l'émissaire américain pour le Soudan et le Soudan du Sud, Donald Booth, s'est rendu plusieurs fois à Khartoum.

Le conflit au Darfour depuis 2003, qui a fait 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés selon l'ONU, reste un sujet sensible entre les deux pays.

En septembre 2015 et en septembre 2013, le département d'Etat n'avait pas accordé de visa au président Omar el-Béchir pour l'Assemblée générale de l'ONU à New York en raison du mandat d'arrêt émis par la CPI.

L'organisation Human Rights Watch a vivement réagi à l'initiative du président démocrate, une semaine avant son départ du pouvoir, dénonçant une décision "inexplicable".

"Le gouvernement du Soudan n'a fait aucun progrès sur un ensemble de critères essentiels", a estimé Leslie Lefkow, en charge de l'Afrique au sein de l'ONG, citant en particulier "la poursuite de ses crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour" et "la répression des voix indépendantes".

"Au lieu d'utiliser son pouvoir pour exiger de réelles réformes qui profiteraient aux citoyens soudanais, l'administration Obama envoie le pire message possible au Soudan et autres gouvernements répressifs: si vous coopérez sur l'anti-terrorisme, tous vos abus de pouvoir, y compris ceux de votre président, seront ignorés", a-t-elle ajouté.Pour expliquer sa démarche, Washington a évoqué des avancées "positives" de la part de Khartoum au cours des six derniers mois dans la lutte contre le terrorisme et pour la résolution des conflits régionaux. Cette levée partielle de sanctions doit prendre effet dans un délai de six mois dont le but serait "d’encourager le gouvernement du Soudan à poursuivre ses efforts", selon l'exécutif américain. Le pays reste néanmoins inscrit sur la liste américaine des "États soutenant le terrorisme".

Face à cette décision, Marc Lavergne, chercheur au sein de l’Étude sur le Monde Arabe et la Méditerranée (EMAM) de l’université de Tours et directeur de recherche au CNRS, dénonce la méconnaissance de Washington : "Les Américains ne sont pas bien au courant du rôle que joue le Soudan dans la déstabilisation de tout le Sahel, jusqu’au Mali, en Centrafrique et en Libye où le gouvernement soudanais est à la manœuvre pour soutenir les mouvements islamistes les plus radicaux. Khartoum fait semblant de lutter contre le terrorisme".

Omar el-Béchir sera-t-il sauvé par Obama ?

De nombreuses ONG se sont également élevées contre cette initiative qu’elles jugent incompréhensible. "Le gouvernement du Soudan n'a fait aucun progrès sur un ensemble de critères essentiels", a notamment estimé Leslie Lefkow, en charge de l'Afrique au sein de Human Rights Watch, citant en particulier "la poursuite de ses crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour" et "la répression des voix indépendantes".

Le président soudanais, Omar el-Béchir, est en outre visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour des accusations de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour.

Pour tenter de trouver une explication à la décision de Washington, Marc Lavergne suggère de se pencher sur l’intérêt qu’auraient les États-Unis à empêcher la faillite du Soudan, dont la chute du gouvernement viendrait aggraver la situation dans une région déjà secouée par de nombreuses crises.

Asphyxiée par un embargo depuis 1995, lorsque les services secrets soudanais ont tenté d’assassiner le président égyptien Hosni Moubarak alors qu’il était en visite en Éthiopie, l’économie soudanaise est proche de s’effondrer. Le chercheur décrit un pays au bord de la banqueroute où les membres du régime, craignant une crise majeure, "sont en train de cacher leur argent à Dubaï et d’envoyer leurs femmes et enfants à l’étranger".

À cette volonté de Washington de maintenir un calme de façade au Soudan s’ajouterait "soit une volonté de mettre un caillou dans la chaussure de Donald Trump, soit un aveuglement parce qu’il existe en Occident une idée selon laquelle le Soudan est un pays stable, fort, avec un État, et que c’est cela que l’on recherche en Afrique. On oublie qu’il y a encore des guerres internes au Darfour et dans les monts Nuba où l’on massacre les gens", déplore Marc Lavergne.

Difficile aujourd’hui de savoir ce qu’il adviendra de la décision américaine lors de sa mise en application, dans six mois. Le successeur de Barack Obama à la Maison Blanche n’a jamais fait preuve d’un grand intérêt pour l’Afrique et n’a, à ce jour, toujours pas désigné de conseiller Afrique.

Le gouvernement soudanais, en revanche, s’est réjoui de la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. "En 1998, Bill Clinton avait fait bombarder le Soudan après les attentats de Nairobi et de Dar-es-Salam contre les ambassades américaines. Les mesures de rétorsions américaines avaient visé une base de Ben Laden en Afghanistan et une usine pharmaceutique dans la banlieue de Khartoum. Donc, évidemment, le gouvernement soudanais n’est pas très favorable à la famille Clinton", explique Marc Lavergne. Et le chercheur de conclure : "Les Soudanais préfèrent voir un clown à la Maison blanche".

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