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Publié par Bob Woodward

Le Maroc a-t-il sa place au sein de l'Union africaine ?

33 ans après avoir claqué la porte de l'Union africaine, le Maroc devrait réintégrer cette institution lundi à l'issue d'un vote des chefs d'Etat africains. Le Maroc quitte l'organisation panafricaine en 1984, après l'admission de la RASD (République arabe sahraouie démocratique) en son sein deux ans plus tôt. Le conflit tourne autour du Sahara occidental. Depuis le départ du colonisateur espagnol, le Maroc rejette toute revendication d'indépendance portant sur ses «provinces du Sud » et dénonce l'instrumentalisation de l'Algérie, soutien du Polisario, le groupe armé qui réclame l'indépendance du territoire. Le royaume dépose devant l'ONU en 2007 un plan de paix prévoyant une autonomie de la région sans remise en cause de la souveraineté marocaine.

À l'occasion du 28e sommet annuel de l'Union africaine qui se tiendra le 30 et 31 janvier à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, 54 chefs d'État vont devoir voter ce lundi sur la réintégration du Maroc au sein de l'Union. En théorie, l'adhésion du Maroc n'est qu'une question de formalité dans la mesure où il aurait déjà obtenu le soutien écrit définitif d'une quarantaine d'États membres. Ces retrouvailles interviennent 33 ans après le retrait volontaire du royaume chérifien de cette instance internationale. Le roi Hassan II entendait à l'époque protester contre l'admission au sein de l'institution de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), autoproclamée par le Front Polisario. Mais la politique de la chaise vide ne s'est pas avérée payante.

Ces derniers mois, le roi Mohammed VI a effectué une tournée diplomatique en Afrique de l'Est notamment au Rwanda puis en Tanzanie pour renouer ou conforter les liens politiques avec cette partie du continent alors que la zone d'influence du royaume se situait plutôt au Sahel et en Afrique de l'Ouest. Le Maroc a ainsi déployé les grands moyens pour convaincre de sa vocation subsaharienne.

C'est la première fois que la Maroc et la République arabe sahraouie démocratique (RASD) siégeront dans la même assemblée. Ce retour remet au premier plan la question épineuse du Sahara occidental, qui dure depuis trois décennies.

La RASD a été créée suite à la décolonisation espagnole en 1976 par le Front Polisario, un mouvement politique indépendantiste au Sahara occidental.

Le Maroc qui contrôle aujourd'hui 80% du territoire, considère le Sahara occidental comme une partie intégrante de son royaume, tandis que le Front Polisario revendique l'indépendance de cette ancienne colonie espagnole et demande un référendum sur l'autodétermination des peuples.

En toile de fond, c'est l'affrontement entre Rabat et Alger qui résonne. Alors que le Maroc imposait son autorité légitime sur le Sahara espagnol, l'Algérie apporte depuis le début du conflit, son soutien au Front Polisario.Rarement un sommet de l’Union africaine (UA) aura autant focalisé l’attention. Réunis à Addis-Abeba (Ethiopie), au siège de l’organisation, lundi 30 et mardi 31 janvier, les chefs d’Etat du continent vont devoir se prononcer sur plusieurs sujets-clés pour le futur de l’institution panafricaine : le retour du Maroc, trente-trois ans après que le royaume chérifien en a claqué la porte, la succession de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la commission de l’UA, son principal organe, et la réforme de l’institution, régulièrement accusée d’inefficacité.

Si les chefs d’Etat ne sont attendus que lundi, les ministres des affaires étrangères se sont activés dès cette semaine en coulisses, autour d’une question : le Maroc fera-t-il son grand retour au sein de l’UA ? « Mathématiquement, ce retour ne semble pas poser problème, mais le sujet est tellement sensible qu’on est en Terra incognita », souligne un observateur averti de l’organisation.

En juillet 2016, le Maroc avait fait part de son intention de rejoindre l’UA, que le pays a quittée en 1984 pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), avec laquelle il est en conflit pour le contrôle du Sahara occidental. Vingt-huit pays s’y étaient alors dits favorables. En septembre, la demande d’adhésion officielle a été transmise à la commission de l’UA qui doit l’envoyer à son tour à chacun des 54 Etats membres afin qu’ils se prononcent sur la requête. « C’est ce qui s’est passé en 2011 lorsque le Soudan du Sud a demandé à rejoindre l’UA. Une fois la barre des 28 réponses positives franchie, la commission a annoncé que Juba était membre », rappelle le même observateur. Cette fois, les choses s’annoncent plus compliquées.
 

Le Maroc a-t-il sa place au sein de l'Union africaine ?

L’adhésion du Maroc pose, en filigrane, la question du conflit au Sahara occidental et de la rivalité avec l’Algérie. Si officiellement Rabat n’a pas posé de condition à son retour, son objectif serait de réintégrer l’UA et de travailler depuis l’intérieur à l’exclusion de la RASD. Pour l’Algérie, soutien historique aux indépendantistes sahraouis, et pour l’Afrique du Sud, anticolonialiste, il en est hors de question. Les statuts de l’organisation ne le permettent d’ailleurs pas. L’adhésion du Maroc pose la question du conflit au Sahara occidental, Alger soutenant les indépendantistes.

« Le Maroc est bienvenu au sein de l’UA » dès lors qu’il se considère « égal en droits et en devoirs avec les 54 membres actuels », a déclaré vendredi le ministre algérien des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, sur les ondes de RFI. La discussion entre chefs d’Etat sur ce sujet est prévue lundi matin, à huis clos. Et, si le Maroc est admis, acceptera-t-il de siéger aux côtés de la RASD ? Autre motif de nervosité : l’Algérie, membre puissant de l’organisation panafricaine – elle dirige depuis seize ans l’importante commission paix et sécurité de l’UA –, n’a pas l’habitude de se voir contestée au sein de l’institution et va devoir traiter avec son rival historique.

Le sujet a même fini par rattraper l’autre grande inconnue de ce sommet : qui prendra la tête de la commission de l’UA après Mme Dlamini-Zuma, dont le bilan est jugé négatif ? Parmi les cinq candidats en lice, le Sénégalais Abdoulaye Bathily pourrait pâtir de la proximité entre Dakar et Rabat, le Tchadien Moussa Faki Mahamat pourrait être soutenu par Alger.

La fébrilité ambiante pèse en tout cas sur le sommet. Face aux crises politiques et sécuritaires du continent – au Sahel, en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud notamment –, les participants attendent le projet de réforme de l’organisation que doit présenter l’équipe d’experts dirigée par le président rwandais, Paul Kagamé : comment l’UA peut-elle se financer ? Comment rendre ses organes moins bureaucratiques et plus efficaces ? Comment augmenter la capacité de l’organisation à faire face aux crises du continent ? Autant de questions auxquelles la précédente commission de l’UA n’a pas su répondre.

Le Maroc a-t-il sa place au sein de l'Union africaine ?

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