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Publié par Bob Woodward

L'Afghanistan aux mains des Talibans ?

Plusieurs attentats ont frappé les villes de Kaboul, Kandahar et Lashkar Gah, mardi 10 janvier, tuant 56 personnes, dont plusieurs ressortissants du golfe Persique. Kaboul et les capitales des deux provinces du Helmand et de Kandahar ont été frappées, mardi 10 janvier, par une série d’attentats faisant au moins 50 morts - dont cinq diplomates des Emirats arabes unis - et des dizaines de blessés. Vers 16 heures, heure d’affluence à Kaboul, un kamikaze s’est fait exploser près de l’annexe du Parlement afghan, alors que des employés, tout juste sortis de leurs bureaux, s’apprêtaient à monter dans un bus.

Selon Sediq Sediqui, le porte-parole du ministère de l’intérieur afghan, une voiture piégée a explosé quelques minutes plus tard, à l’arrivée des secours et des forces de sécurité. Le bilan provisoire est de 38 morts et il pourrait s’alourdir, selon le ministère afghan de la santé, car certains, parmi les 72 blessés, sont dans un état critique. L’attaque a été immédiatement revendiquée par les talibans qui ont affirmé que les victimes étaient des « agents de renseignement ». Le président afghan, Ashraf Ghani, a condamné une « attaque barbare » contre des civils.

Quelques heures plus tôt, un attentat-suicide avait fait au moins 7 morts à Lashkar Gah, la capitale provinciale du Helmand, dans la maison d’Hajji Khudaidad, un commandant taliban qui se serait rallié récemment aux forces gouvernementales. Selon le responsable de la police de la province, un kamikaze s’est fait exploser dans la cour du bâtiment, et le véhicule piégé qu’il avait garé à proximité a été désamorcé.
« Rivalités internes locales »

Les talibans, qui ont également revendiqué cette attaque, contrôlent les trois quarts de la province, première zone de production d’opium dans le pays, et encerclent sa capitale depuis plusieurs mois menaçant de la faire tomber. Les forces américaines, qui comptent 8 400 soldats dans le pays, ont récemment déployé 300 marines dans la capitale de la province pour aider l’armée afghane à contrer la progression des insurgés.

Une troisième attaque a frappé, à Kandahar, la résidence du gouverneur de la province au moment où il recevait l’ambassadeur des Emirats arabes unis en Afghanistan, Juma Mohammed Abdullah Al-Kaabi. Ce dernier a été blessé. Cinq responsables émiratis figurent parmi les tués dans l’attentat. Ils travaillaient sur « des projets humanitaires, d’éducation et de développement », selon une déclaration officielle émiratie. Le président des Emirats, Khalifa Ben Zayed Al-Nahayan, a ordonné que tous les drapeaux sur les bâtiments publics soient mis en berne pendant trois jours afin d’honorer « les martyrs qui ont donné leur vie pour la défense de causes humanitaires ».

Selon les propos du chef de la police de la province, Abdul Raziq, rapportés par l’AFP, « les explosifs avaient été placés dans les canapés et ont détonné pendant le dîner » et « certaines victimes, totalement brûlées, n’ont pu être identifiées ». Au moins un député et un sénateur afghans, ainsi que le gouverneur adjoint de la province, Abdul Shamsi, font partie des 11 victimes. Les talibans affirment ne pas être à l’origine de cette attaque, dans un communiqué publié mercredi matin, et pointent du doigt des « rivalités internes locales ».
Dégradation de la situation

Cette attaque pourrait avoir pris pour cible Abdul Raziq, qui avait proposé en décembre 2016 de proposer la création d’une « zone de sécurité » pour accueillir les talibans et leurs familles afin de les soustraire à l’influence du Pakistan. « Les talibans appartiennent à ce pays, ils sont les fils de cette terre », avait déclaré ce commandant, l’un des plus puissants du sud du pays, connu pour être un ennemi farouche des talibans.

Les talibans qui règnent ou combattent dans le quart des districts du pays, n’ont jamais contrôlé un territoire aussi vaste depuis la chute de leur régime en 2001. Contrairement aux hivers précédents, où les rudes conditions climatiques compliquaient les offensives militaires, ils ne se sont pas repliés de l’autre côté de la frontière, à l’ouest du Pakistan, et continuent à faire pression sur l’armée afghane pour ne pas céder les territoires conquis en 2016.

La dégradation de la situation et la présence de l’organisation Etat islamique, dans la province de Nangarhar, ont poussé Barack Obama à renforcer la présence militaire américaine dans le pays. Selon les chiffres fournis par le commandement central de l’armée de l’air américaine, les bombardements ont augmenté de 40 % en 2016 en Afghanistan. L’armée américaine a annoncé en décembre 2016 le déploiement de 2 300 soldats supplémentaires dans le pays.

Cela ressemble fort à “une offensive d’hiver violente” destinée à semer la mort en Afghanistan. Selon le journal pakistanais Dawn, les quatre attaques perpétrées mardi 10 janvier, revendiquées par les talibans, soulignent “l’insécurité grandissante” qui règne dans le pays. “Malgré les efforts menés par l’armée officielle, avec le soutien des États-Unis, pour combattre les insurgés ainsi que les militants islamistes d’Al-Qaida et de l’organisation État islamique”, l’Afghanistan vient de subir un nouveau “carnage”, observe le quotidien.

À Kandahar (sud), c’est le siège du gouverneur qui était visé : les explosifs étaient cachés dans un canapé et ont tué 13 personnes, dont 5 ressortissants des Émirats arabes unis. À Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand (sud-ouest) sous le contrôle implicite des talibans, c’est une attaque suicide qui a tué 7 personnes. Et dans la capitale, Kaboul, deux bombes ont explosé près d’une annexe du Parlement, tuant au moins 36 personnes, dont 4 policiers, et en blessant 80 autres.

L’Afghanistan s’annonce comme l’un des premiers dossiers à traiter pour Donald Trump, qui prend la présidence des États-Unis le 20 janvier, souligne Dawn. “L’intégrité du territoire afghan est maintenue”, prétend toutefois le Kabul Times, journal contrôlé par le gouvernement Ghani. “Toutes les tentatives des insurgés” de contrôler des districts ou des chefs-lieux régionaux sont demeurées “vaines” en 2016, affirme-t-il. “Le gouvernement contrôle plus des deux tiers de la population et 2017 est une année porteuse d’espoir de paix.”
Cependant l'image des Etats-Unis en Afghanistan est mauvaise. Les États-Unis ont confirmé jeudi que leurs forces en Afghanistan avaient causé la mort de 33 civils afghans lors de frappes aériennes «en état de légitime défense» face aux talibans, en novembre 2016 près de Kunduz.

«L'enquête a montré, de façon regrettable, que 33 civils avaient été tués et 27 autres blessés», ont reconnu les forces américaines stationnées en Afghanistan dans un communiqué. «Pour se défendre et défendre les forces afghanes, les forces américaines ont riposté en état de légitime défense par des tirs contre les talibans qui utilisaient des habitations civiles comme postes de tir».

L'Afghanistan aux mains des Talibans ?

Le 3 novembre, les troupes américaines et afghanes avaient demandé des renforts aériens alors qu'ils affrontaient des forces des talibans cachées chez des civils dans un village.

Des civils - hommes, femmes et enfants - étaient «vraisemblablement à l'intérieur des immeubles depuis lesquels les talibans tiraient», selon un rapport américain. Deux soldats américains et trois soldats afghans étaient également morts lors des échanges de tirs.

La mort des civils avait fait scandale, les familles des victimes avaient défilé en montrant les corps mutilés des enfants empilés dans des camions à travers les rues de Kunduz. «Au-delà des circonstances, je regrette profondément la perte de vies innocentes», a déclaré le général John Nicholson, commandant des forces américaines en Afghanistan.

Ces raids meurtriers étaient intervenus quatorze mois après le bombardement américain de l'hôpital de Kunduz géré par Médecins sans Frontières, qui avait fait 42 morts parmi le personnel et les patients dans la nuit de 2 au 3 octobre 2015.

Cette nouvelle bavure avait provoqué la colère des habitants et déclenché des manifestations dans la ville, régulièrement la cible d'offensives des talibans. Selon la police locale, plusieurs enfants dont un nourrisson de trois mois figuraient parmi les morts. Face à l'indignation soulevée par cette nouvelle bavure, l'armée américaine avait admis avoir «très probablement tué» ces villageois et annoncé une enquête en coopération avec les forces afghanes.

L'ONU avait également annoncé une enquête indépendante dont les conclusions devraient être présentées d'ici la fin du mois. La question des victimes civiles, après quinze ans de campagne de l'OTAN contre les insurgés afghans, vaut aux troupes occidentales de fortes critiques du gouvernement et de l'opinion publique.

Ce raid avait été conduit à la suite de combats dans lesquels deux soldats américains et trois membres des forces spéciales afghanes avaient été tués. Depuis 2001, les forces américaines ont perdu plus de 2200 hommes en Afghanistan et englouti des centaines de milliards de dollars pour relancer les forces de sécurité locales.

Cependant, le général Nicholson a reconnu en décembre que l'armée afghane avait perdu du terrain et ne contrôlait désormais plus que 64% du territoire, contre 72% en 2015. Ce qui a conduit le président Obama à maintenir 8400 soldats sur place au lieu des 1000 initialement prévus.

L'Afghanistan aux mains des Talibans ?

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