Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Jamais sans Jammeh ?

Yahya Jammeh a jusqu'à midi ce vendredi pour céder le pouvoir, faute de quoi la force envoyée par la Cédéao repassera à l'action. Les soldats, issus de cinq pays de la région, sont déjà positionnés sur le territoire gambien.

C'est un ultimatum. Yahya Jammeh, à la tête de la Gambie depuis 1994, a jusqu'à vendredi 20 janvier à midi pour accepter de céder le pouvoir et de quitter le pays, faute de quoi la force envoyée par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) entrera en action.

Les troupes sénégalaises et de quatre autres pays d'Afrique de l'Ouest sont intervenues jeudi en territoire gambien pour forcer Yahya Jammeh au départ, celui-ci refuse de céder la place au nouveau président Adama Barrow, contraint de prêter serment à l'ambassade de Gambie à Dakar.

L'opération, baptisée "Restaurer la démocratie", lancée officiellement peu après l'investiture de Barrow et le vote unanime d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU, a été suspendue quelques heures plus tard pour permettre une "dernière médiation" régionale afin de convaincre Jammeh de partir en exil. "On a arrêté les opérations et on a donné un ultimatum" jusqu'à vendredi à midi, a déclaré à Dakar le président de la Cédéao, Marcel Alain de Souza.

Le mandat de Yahya Jammeh a expiré à minuit. Ces dernières heures, la pression s'est accrue sur le président sortant. Pression diplomatiques et pression militaires : l'armée sénégalaise, soutenue par des troupes venues du Nigeria, s'est dit prête à intervenir si Yahya Jammeh ne cédait pas le pouvoir. Quant au chef d’état-major de l'armée gambienne, il affirme que ses soldats ne se battront pas contre d'autres soldats africains.

Depuis minuit, le mandat présidentiel de Yahya Jammeh est terminé, et après un long silence, la situation est en effet en train d’évoluer. Et c’est l’armée sénégalaise, habituellement si secrète qui a ouvert le bal des déclarations. Ce mercredi soir, son porte-parole, Abdou Ndiaye, a indiqué que les troupes étaient déployées le long de la frontière avec la Gambie.

« Nous sommes prêts et attendons l'échéance à minuit. Si aucune solution politique n'est trouvée, nous entrerons en Gambie », a déclaré le porte-parole de l'armée sénégalaise. Aux côtés des troupes sénégalaises, des soldats nigérians sont prépositionnés.

Si une intervention est évoquée se pose la question du mandat, soit des Nations unies, soit de la Cédéao. Sans mandat, il est impossible d’intervenir et quoi qu’il arrive, les forces Cédéao n’ont aucun droit pour intervenir en Gambie avant minuit.

Dakar a présenté au Conseil de sécurité des Nations unies un projet de résolution visant à autoriser la Cédéao à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour assurer une passation de pouvoir en Gambie.

La force d’un côté, la diplomatie de l’autre, car visiblement l’option d’un départ de Yahya Jammeh est toujours possible, envisagée et dans ce cadre, un signe est intéressant : l’arrivée à Banjul en fin d’après-midi du président de la Mauritanie. Mohamed Ould Abdel Aziz est proche de Yaya Jammeh.

La Mauritanie ne fait pas partie de la Cédéao, mais a toujours proposé ses services pour résoudre cette crise gambienne. Et la proximité entre les deux présidents pourraient permettre de trouver une solution négociée, pacifique, voire peut-être un départ de Yahya Jammeh. L'avion présidentiel mauritanien a décollé de Banjul vers 23h20, heure locale, pour atterrir 20 minutes plus tard à Dakar.

Par ailleurs, depuis deux jours le ministre marocain délégué aux Affaires étrangères et le chef des services de renseignements extérieur du royaume tentent une médiation. Et la Guinée, elle, a dépêché un émissaire très spécial, Tibou Kamara, conseiller du président Alpha Condé, et qui possède des liens familiaux avec le leader gambien.

Voilà la situation ce mercredi soir : d’un côté la pression des armes, de l’autre un espoir de sortie de crise sans coup de feu. Dans la capitale, on suit donc avec attention les rumeurs d’intervention militaire, les nouvelles de défections ministérielles et la « médiation de la dernière chance » du président mauritanien.

Malgré l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire en raison d’ « un niveau d’ingérence étrangère exceptionnel et sans précédent » aucune mesure concrète n’a été annoncée pour l'instant. Les Gambiens sont donc dans l'attente.

Une ambiance « lourde, pesante » c’est ainsi qu’un habitant de Banjul décrivait l’atmosphère régnant dans la capitale mercredi. Pas de couvre-feu ni de déploiement significatif de troupes. Simplement des patrouilles un peu plus fréquentes que d’habitude.

Les témoins parlent aussi de rues désertes et des commerces fermés. Mercredi, 26 0000 gambiens avaient déjà traversé la frontière vers le Sénégal selon le HCR. On voyait également à l’aéroport de Banjul un très grands nombre de touristes occidentaux en attente de rapatriement.

Pour beaucoup la journée sera décisive pour l’avenir du pays. Le président élu Adama Barrow l’a répété : il prêtera bel et bien serment ce jeudi sur le sol Gambien.

Le Sénégal a déplacé des troupes vers la frontière gambienne dans un effort pour forcer le président Yahya Jammeh d’accepter la défaite électorale et descendre. Sénégal mène l’opération, qui est soutenue par le Nigeria et d’autres pays de la région. Selon Bbc, les troupes du Sénégal se déplacent vers la frontière Gambienne.

M. Jammeh a été dit de quitter ses fonctions à la fin de mercredi et remettre au vainqueur des élections du mois dernier, Adama Barrow, qui est actuellement au Sénégal. M. Jammeh a jugé la Gambie depuis la prise du pouvoir dans un coup d’Etat en 1994.

Mercredi était censé être son dernier jour au bureau, mais le Parlement lui a accordé plus de trois mois dans le poste.

Garba Shehu, porte-parole officiel pour le président nigérian Muhammadu Buhari, a déclaré M. Barrow se préparait à prêter serment en tant que président « sur le sol gambien » jeudi. Au moins 26.000 Gambiens, craignant que la violence pourrait éclater, ont cherché refuge au Sénégal cette semaine.

Pendant ce temps, des milliers de touristes britanniques et néerlandais sont évacués du petit Etat ouest-africain, qui est populaire auprès des vacanciers européens en raison de ses plages.

Jamais sans Jammeh ?

Yahya Jammeh, dont le mandat a expiré officiellement, n'a toujours pas quitté le pouvoir et l'investiture de son successeur déclaré Adama Barrow n'est pas encore effective. À quelle heure et où l'investiture pourrait-elle se faire ? Jeudi matin, aucune précision n'avait pu être obtenue à ce propos alors que du côté d'Adama Barrow l'entourage a régulièrement soutenu que celui-ci serait investi jeudi, en territoire gambien. Jeudi matin, des informations de presse relayées au Sénégal affirmaient que la cérémonie aurait lieu à 16 heures (locales et GMT) à l'ambassade de Gambie à Dakar, mais aucune source officielle sénégalaise et dans l'entourage de M. Barrow n'a pu confirmer cette annonce. Isatou Touray, une des responsables de la coalition pro-Barrow, a avoué à l'AFP ignorer où et quand aurait lieu la prestation de serment de M. Barrow. À Banjul, la capitale, la nuit a été calme, mais peu d'habitants se hasardaient dans les rues où, selon des témoins, patrouillaient de nombreux militaires, sans qu'on sache pour quel camp ils se mobilisent. « Je ne comprends pas s'ils sont de notre côté ou pas », a assuré Isatou Touray.

Abandonné par plusieurs de ses ministres et sa vice-présidente, Yahya Jammeh a décrété mardi, pour 90 jours, l'état d'urgence avec l'approbation de l'Assemblée nationale dominée par son parti. Yahya Jammeh, arrivé au pouvoir à 29 ans en 1994, conteste la victoire d'Adama Barrow à l'élection présidentielle du 1er décembre – après l'avoir dans un premier temps reconnue – et soutient qu'il demeurera en place tant que la justice n'aura pas statué sur ses recours déposés depuis décembre. Il est demeuré sourd à la pression de plusieurs pays, institutions et organisations, dont la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Mercredi, le président mauritanien Mohamed Abdel Aziz a fait une irruption surprise dans le dossier gambien avec une « proposition » de sortie de crise, dont on ignore les détails. Il s'est rendu à Banjul, où il a rencontré « en tête à tête » Yahya Jammeh puis Ousainou Darboe, chef historique de l'opposition à M. Jammeh. Puis il a gagné Dakar, où il s'est entretenu avec le président sénégalais Macky Sall, mais aussi Adama Barrow, avant de retourner en Mauritanie. Le président Aziz « est moins pessimiste à l'issue de ses contacts à Banjul et à Dakar », il « va continuer jeudi ses contacts avec ses interlocuteurs », a indiqué à l'AFP à Nouakchott une source officielle proche du dossier. « Il a réussi pour le moment à obtenir un apaisement au plan militaire », a-t-elle dit, sans plus de détails. La Mauritanie n'est pas membre de la Cédéao, qui a dépêché depuis décembre deux missions à Banjul pour amener Yahya Jammeh à reconnaître sa défaite et favoriser une passation de pouvoir apaisée, sans succès. À plusieurs reprises, elle a averti qu'elle pourrait avoir recours à la force en dernier ressort en cas d'échec des négociations.

Des troupes de plusieurs de ses pays membres – dont le Sénégal, unique voisin terrestre de la Gambie, et le Nigeria, poids lourd régional – se tenaient prêtes à intervenir en Gambie à partir du Sénégal et cette éventualité demeurait d'actualité, a indiqué jeudi à l'AFP une source militaire sénégalaise. Tard mercredi soir, le chef de l'armée gambienne, le général Ousman Badjie, a déclaré à des ressortissants étrangers dans un secteur touristique près de Banjul que ses hommes ne se battraient pas si les troupes africaines intervenaient dans son pays. « Nous n'allons pas nous impliquer militairement. Ceci est une dispute politique, a-t-il dit, je ne vais pas impliquer mes soldats dans un combat stupide. J'aime mes hommes. »

À l'ONU, le Sénégal a présenté mercredi au Conseil de sécurité un projet de résolution pour soutenir les efforts de la Cédéao sur le dossier gambien, selon des diplomates. Dakar demande à l'ONU de soutenir « toutes les mesures nécessaires » pour assurer la passation de pouvoir, selon le texte consulté par l'AFP. Le Conseil devrait se réunir jeudi pour adopter une déclaration réaffirmant l'exigence que M. Jammeh cède le pouvoir, selon des diplomates précisant que, en revanche, une mise au vote du projet sénégalais de résolution n'était pas prévue pour jeudi. Le risque de troubles a poussé de nombreux Gambiens et étrangers vivant en Gambie à fuir le pays depuis plusieurs jours. Depuis mercredi, des milliers de touristes, en majorité des Britanniques et des Néerlandais, étaient rapatriés à la suite de consignes de leurs gouvernements respectifs.

Jamais sans Jammeh ?

Commenter cet article