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Publié par Bob Woodward

Haftar, nouvel homme fort de Libye ?

Voilà neuf mois que Mahamat Mahdi Ali a annoncé la création d’une nouvelle rébellion, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (Fact). Issue d’une scission au sein de l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) de Mahamat Nouri, elle est considérée comme le plus actif des groupes armés tchadiens.

Depuis la Libye, où il affirme se trouver, ce Gorane de 47 ans dénonce l’attaque des troupes du général Haftar contre une de ses bases et assure être neutre dans le conflit libyen, bien qu’il soit considéré par nombre d’observateurs comme proche du camp de Misrata, en guerre contre Haftar.

Alors que le climat social est tendu à N’Djamena, il soutient que son objectif reste de faire tomber Idriss Déby Itno et de mettre fin à « un régime anarchique ». Une menace jugée sérieuse par les autorités tchadiennes.L’armée libyenne dirigée par le général Khalifa Haftar a lancé depuis quelques jours une opération qui vise, selon l'armée, à «nettoyer le Sud libyen de toutes les milices et les groupes terroristes qui menacent la sécurité de la Libye et du Tchad», a déclaré Ahmed al-Mismari, porte-parole de l'armée libyenne.

Après une série des frappes aériennes visant des bases militaires où des milices islamistes en tous genres se sont barricadées, y compris la milice de Misrata, l'armée a pris possession de plusieurs lieux stratégiques, à al-Jofra, Barak al-Chati, Sebha. Des hommes de confiance, des généraux désignés par le général, sont maintenant chargés de tenir et d'administrer ces villes.

Selon un porte-parole de l'armée, cette « opération va s'étendre aux autres villes du Sud pour les nettoyer ».

Parallèlement, l’aviation du général Haftar a bombardé mercredi 28 décembre, pour la seconde fois ce mois-ci, les positions d'une rébellion tchadienne qui s'est installée dans cette zone au sud de la Libye.

Mahamat Mahdi Ali, qui dirige le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (le FACT) le confirme : « Aujourd’hui, c’est clair : Haftar, par la voix de son porte-parole, a confirmé qu’ils nous bombardaient, et nous sommes une rébellion contre Idriss Déby. Ce qui fait qu’Haftar et Idriss Déby aujourd’hui mènent le même combat contre nous. Il est en train de rendre service à Idriss Déby, souligne-t-il. Nous ne sommes pas pour un camp contre un autre camp. »

Si Haftar est l’allié évident du Tchad, le FACT est accusé d'être l’allié des Misrati, ce qui justifie leur bombardement, du point de vue de l'armée libyenne.Un mouvement rebelle tchadien basé en Libye affirme avoir été attaqué par Khalifa Haftar. Le FACT, le Front pour l'alternance et la concorde au Tchad, soutient que sa base arrière située dans le sud de la Libye a été frappée samedi dernier par l'aviation du général Haftar, responsable des forces de l'est liées au Parlement de Tobrouk, non reconnu par la communauté internationale.

Créé en avril dernier, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad est une branche dissidente du mouvement fondé par l'influent chef rebelle Mahamat Nouri qui avait tenté de renverser Idriss Deby en 2008. Mahamat Madhi Ali, président du FACT, affirme qu'un camp d'entraînement de ses combattants basé dans le centre-sud libyen a été bombardé samedi dernier, faisant un mort et deux blessés.

Il soupçonne le président tchadien d'avoir commandité cette attaque auprès du général libyen Khalifa Haftar. « Les visites fréquentes de M. Khalifa Haftar et ses amis à Idriss Déby nous démontrent qu’il y a une relation très étroite. Nous pensons sérieusement qu’il y a une collusion entre M. Haftar et Idriss Déby. C’est peut-être dans ce cadre-là que nous avons été bombardés, avance-t-il. Mais je n’exclus pas aussi l’aventurisme de certains groupes qui partent s’allier avec d’autres belligérants libyens qui combattaient Haftar et peut-être qu’il y a une confusion et que c’est pour ça que nous avons été bombardés. Mais pour nous, jusqu’à ce que les choses soient claires du côté Haftar, nous pensons que Haftar, l’allié objectif d’Idriss Déby qui nous a bombardés parce que nous sommes une rébellion contre Idriss Déby. »

Ces derniers mois, plusieurs représentants du Parlement de Tobrouk et du général Haftar se sont bien rendus à Ndjamena. Khalifa Haftar lui-même a rencontré plusieurs fois le président Déby, notamment en septembre dernier.

Mais le ministre tchadien de la Défense dément toute implication de son pays dans l'attaque du camp du FACT. « Nous ne sommes concernés ni de près ni de loin par ce qui se passe en territoire libyen », souligne le ministre.Le seul homme dans l'histoire de la Libye promu au rang de maréchal, Khalifa Haftar, l'homme fort du pays, soigne ses alliances africaines et arabes. Surtout avec les pays voisins. Il affirme que Le Tchad et l’Egypte sont à la tête des pays qui le soutiennent. Quelles sont les alliances de Haftar en Afrique et au Moyen-Orient et autour de quels objectifs se concentrent-elles ?

A l'examen de ces alliances, un schéma évident s'impose. Il s'agit d'un projet contre l'islam politique représenté au Caire par les Frères musulmans et à Tripoli par le gouvernement d'union nationale. D'où l'alliance de Khalifa Haftar avec le Tchad au sud et avec l'Egypte à l’est.

Combattre l'islam politique implique une coopération militaire, et c'est cette aide militaire que Haftar, devenu maréchal, est allé chercher à Ndjamena. Sa visite éclair au Tchad ce mardi, la troisième au moins depuis 2014, a eu pour but d'accentuer cette coopération militaire. La présidence tchadienne, elle, déclare qu'elle « se préoccupe naturellement de la sécurité dans ce pays voisin ».

Selon plusieurs sources, il y a dans l'armée de Khalifa Haftar des combattants tchadiens. Il faut dire que l'armée tchadienne d'Idriss Deby a l’habitude maintenant d’intervenir hors de ses frontières comme au Mali, au Niger, au Cameroun et en Centrafrique. Selon ces sources, il y a aussi sous les ordres du maréchal Haftar de nombreux combattants soudanais du Darfour.

L'Egypte du président Abdel Fattah al-Sissi offre clairement au maréchal Haftar son aide militaire. Des bases d'entraînement sont installées en Egypte près de la frontière libyenne. Des chasseurs bombardiers égyptiens, mais également émiratis ont participé à des frappes en Libye contre les jihadistes.

Pour ces pays voisins de la Libye, Haftar est actuellement l'allié idéal.Tout d'abord, le vieux militaire chevronné possède des connexions multiples à l'étranger. Il a des relations africaines fortes, comme avec l’Egypte et le Tchad. Il a aussi ses relations au Moyen-Orient. Enfin, la France et l’Italie l'ont aidé dans sa guerre contre les jihadistes à Darna et à Benghazi dans l'est du pays.

Haftar, nouvel homme fort de Libye ?

Sur le plan intérieur, le général Khalifa Haftar a la bénédiction vitale des tribus, un appui que le gouvernement de Tripoli ne possède pas. Ce sont ces tribus qui ont permis à l’armée libyenne dirigée par l'homme fort de l'Est, de reprendre les champs pétroliers sans affrontement. Actuellement, Haftar a plus de la moitié de la Libye derrière lui. Et cette popularité dépasse réellement l’est du pays.

Khalifa Haftar est également perçu comme un laïc. Son projet va à l’encontre de celui des islamistes alors que le gouvernement de Tripoli est soupçonné par une grande partie des Libyens d’être sous la domination des Frères musulmans.

On reproche également au gouvernement el-Sarraj de ne pas vouloir sortir les milices de Tripoli. Les autorités ont fait appel aux milices de Misrata pour chasser l’EI de Syrte et non pas à l’armée nationale qui existe depuis 61 ans.

Le général Haftar a également combattu depuis plus de deux ans, seul, les extrémistes à Benghazi et à Darna, alors que le gouvernement ne dénonçait pas ces milices islamistes. Grâce à cette guerre, il a gagné en popularité et actuellement, il est en train de devenir un héros. L’espoir que le pétrole coule bientôt à nouveau accentue cette image dans les yeux de la majorité des Libyens à la recherche d’une solution pour sortir de ce chaos.

Son dernier coup de force risque certes de faire sauter l'accord politique libyen signé au Maroc, mais il promet de mélanger les cartes avant de les redistribuer. Posséder les clefs des champs pétroliers le replace à nouveau comme un homme incontournable. La communauté internationale semble n'avoir d'autre choix désormais que de composer avec lui. Par ailleurs, la Compagnie nationale du pétrole (NOC) a annoncé hier (mardi) à Tripoli qu'elle commençait à préparer la reprise des exportations depuis les principaux terminaux libyens. Le chef de la compagnie Mostapha Sonaallah a salué la libération des champs pétroliers des milices qui empêchaient la reprise de la production.

Quant aux Libyens, qui refusent en majorité l'ingérence occidentale dans le pays, ils appellent à manifester vendredi. Le hashtag « nous sortons pour notre souveraineté » apparait en tête de la Toile en Libye. Ils manifesteront contre l'ingérence, les milices et pour soutenir l'armée.

Haftar, nouvel homme fort de Libye ?

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