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Publié par Bob Woodward

Gambie: la fin d'un règne ?

Après avoir dirigé d'une main de fer son pays pendant 22 ans, Yahya Jammeh à quitté la Gambie ce samedi 21 janvier, à 21h19 précises. L'ex-président gambien s'est rendu en Guinée équatoriale, après une escale à Conakry.

L’image est forte : Yahya Jammeh en train de monter dans le jet privé d’Alpha Condé. L'ancien président se retourne et salue une dernière fois en levant son Coran la foule réunie autour de l’avion : ses sympathisants, des proches, des membres de son gouvernement, beaucoup de militaires, énormément de gens en pleurs, en larmes, des femmes, mais aussi des soldats censés sécuriser cette cérémonie de départ.

Une cérémonie très officielle, très solennelle, en présence d’Alpha Condé, avec la fanfare de la garde républicaine qui a joué l’hymne gambien sur le tarmac. La foule a été maintenue à l’écart quand Yahya Jammeh a commencé à avancer vers l’avion. Tout le monde a alors avancé avec lui, les militaires ont été débordés, et ont finalement laissé faire. La foule s’est rapprochée du jet privé, pour accompagner ce dernier départ de Yahya Jammeh.

L'ex-président a donc finalement quitté la Gambie, après un mois et demi de crise, de négociations et de tractations menées par la Cédéao, l’Union africaine et les Nations unies. Des tractations qui ont finalement servi et qui ont permis de garder le pays en paix.

Le départ de Yahya Jammeh a été accueilli par des concerts de klaxons ce samedi soir, un peu plus d'une heure après le décollage de l'avion. Les Gambiens ont laissé éclater leur joie.

A Westfield, le lieu de rendez-vous des Gambiens pour les célébrations, le carrefour était noir de monde lorsqu'Adama Barrow avait remporté l'élection en décembre dernier. Il y avait un peu moins de monde ce soir, même si de nombreuses voitures circulaient à toute allure en klaxonnant.

La décision de l'ex-président gambien a largement été saluée et célébrée à Banjul. L'ambiance est aussi au soulagement. Les Gambiens retrouvent un peu ce qu'ils ont connu avec la victoire d'Adama Barrow, attendu désormais avec impatience par ses sympathisants.

Gambie: la fin d'un règne ?

Les Gambiens attendaient samedi le départ effectif en exil de Yahya Jammeh, l'ex-président qui a finalement accepté sous la menace d'une intervention militaire et après de fortes pressions internationales de céder le pouvoir à son successeur Adama Barrow.

A Banjul, où la nuit a été calme, beaucoup ont appris la nouvelle à leur réveil. Mais certains exprimaient une joie mesurée, sachant que Jammeh est habitué à des revirements.

D'autres se disaient impatients de le voir quitter au plus vite ce pays anglophone de moins de deux millions d'habitants qu'il a dirigé plus de 22 ans d'une main de fer.

"Dieu a entendu nos prières. On attendait cela depuis longtemps", s'est réjoui Sheikh Cham, 34 ans, menuisier métallique de Kanifing (banlieue).

Yahya Jammeh, 51 ans, a annoncé sa décision de quitter le pouvoir à la télévision dans la nuit de vendredi à samedi, après plusieurs heures de discussions avec les présidents mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et guinéen Alpha Condé, engagés dans une ultime médiation.

"J'ai décidé aujourd'hui en conscience de quitter la direction de cette grande nation, avec une infinie gratitude envers tous les Gambiens", a-t-il déclaré.

Mandatés par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays dont la Guinée mais pas la Mauritanie), MM. Ould Abdel Aziz et Condé ont obtenu un accord de principe qu'il quitte la Gambie, accord qui n'était pas encore signé samedi matin.

La crise en Gambie a éclaté le 9 décembre, lorsque Yahya Jammeh a refusé de reconnaître les résultats de l'élection présidentielle du 1er décembre, dont Adama Barrow a été déclaré vainqueur. Pourtant, une semaine auparavant, il avait félicité M. Barrow pour sa victoire.

De multiples initiatives ont ensuite été prises pour le faire changer d'avis, notamment par la Cédéao, sans succès jusqu'à la médiation de vendredi.

La Cédéao a fait entrer jeudi après-midi des troupes de plusieurs de ses pays en territoire gambien. L'opération a été lancée peu après la prestation de serment d'Adama Barrow à l'ambassade gambienne à Dakar, où il est accueilli depuis le 15 janvier à la demande de la Cédéao.

L'intervention militaire a été ensuite suspendue pour donner des chances à la nouvelle médiation, qui a été sanctionnée par l'abdication de M. Jammeh.

L'accord conclu "prévoit le départ de Yahya Jammeh de Gambie pour un pays africain avec toutes les garanties pour sa famille, ses proches et lui-même. Il peut retourner dans son pays quand il veut et comme il veut", a déclaré à son retour à Nouakchott le président Ould Abdel Aziz, cité par l'Agence mauritanienne d'information (AMI, officielle).

"Il s'agit là d'une victoire de ceux qui militent en faveur d'une solution pacifique sur ceux qui prônent la violence et la guerre, estimant qu'ils peuvent ainsi trouver une solution", a-t-il affirmé.

Les termes de cet accord n'étaient pas encore connus et il n'était pas clair samedi matin si la destination d'exil était arrêtée.

Samedi matin, une source diplomatique mauritanienne proche du dossier a affirmé à l'AFP que Yahya Jammeh quitterait la Gambie dans la journée. "Il ira fort probablement en Guinée équatoriale" tandis que Adama Barrow devrait rentrer dans son pays samedi soir, a-t-elle dit.

Depuis vendredi soir cependant, d'autres sources croyaient savoir que M. Jammeh se rendrait à Conakry dans la journée.

Alors que les discussions se poursuivaient encore sur la destination d'exil de M. Jammeh et des "conditions" qui accompagnent ce départ, des sources politiques diverses proches du dossier avaient évoqué une offre d'asile en Guinée, au Maroc, en Mauritanie et en Guinée équatoriale.

Par crainte que la crise ne dégénère, plus de 45.000 personnes ont fui la Gambie depuis le début de l'année, en majorité vers le Sénégal, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Une menace écartée vendredi par le chef de l'armée, qui a assuré que ses hommes ne se battraient pas contre les troupes de la Cédéao. De source gouvernementale, il a fait allégeance vendredi au président Barrow, avec d'autres responsables de défense et de sécurité.

Dans la ville sénégalaise de Karang, à la frontière avec la Gambie, où des soldats stationnent dans l'attente d'un ordre d'intervenir en Gambie, beaucoup espéraient que la paix prévale.

"Nous souhaitons que les choses s'arrangent. La guerre n'a pas sa place entre le Sénégal et la Gambie", a dit Lamine Diallo, un commerçant sénégalais. "Que Jammeh parte en paix et soit en paix là où il sera. Ce ne ferait que grandir l'Afrique", a commenté Oumar Sow, un vendeur guinéen.

A l'issue d'une longue journée de médiation avec les chefs d'Etats mauritanien et guinéen ce vendredi, le président sortant de Gambie a finalement déclaré lors d'une allocution à la télévision nationale, en pleine nuit ce 21 janvier, qu'il acceptait de quitter le pouvoir.

« Je crois en l’importance du dialogue et en la capacité des Africains à résoudre eux même les défis de la démocratie. C'est pourquoi j'ai décidé aujourd'hui de quitter la direction de cette grande nation », a déclaré le président sortant. Dans une allocution à la télévision nationale, Yahya Jammeh a dit qu'il voulait « préserver la vie de ses concitoyens » et qu'il refusait qu'une « seule goutte de sang soit versée ».

« J’ai une immense gratitude pour tous les Gambiens qui m’ont soutenu pendant 22 ans pour construire une Gambie moderne », a-t-il déclaré, assurant que sa décision « n'a pas été dictée par quoi que ce soit d'autre que l'intérêt suprême du peuple gambien et de notre cher pays ». Et de conclure : « Je me soumets uniquement au jugement de Dieu le tout puissant. Je vous remercie tous et que dieu continue de bénir notre patrie. »

De plus en plus isolé, lâché par sa propre armée et puis sous la pression des troupes de la Cédéao, qui menaçait d'une intervention militaire, Yahya Jammeh a fini par céder et par accepter une résolution diplomatique de la crise en Gambie.

■ Qu’est-ce qui lui a été promis pour qu’il quitte le pouvoir ?

Vendredi 20 janvier, les présidents mauritanien et guinéen ont passé toute la journée à négocier avec Yahya Jammeh pour qu'il laisse son siège au nouveau président élu, Adama Barrow. Une médiation de la dernière chance qui a donc, finalement, porté ses fruits. Si pour l'instant on ne connaît pas le contenu de l'accord qui a été conclu, ni quel est le pays qui offrira l'asile à Yahya Jammeh, quelques détails ont tout de même fuité.

L'ex-président de 51 ans a fait savoir qu’il souhaitait rester dans son pays. Une option catégoriquement refusée par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Il avait également fait savoir qu’il souhaitait pouvoir transmettre le pouvoir à Adama Barrow.

Autre condition de Yahya Jammeh : avoir des garanties de sécurité pour lui, mais aussi pour son entourage, composé des cadres et des fonctionnaires qui l’ont accompagné, mais aussi de ses soldats et de ses hommes qui lui sont fidèles, constituant en quelque sorte sa garde personnelle. D’après des sources onusiennes, l’un des enjeux des discussions ces dernières heures était de trouver des mécanismes qui permettraient à ces hommes d’éviter de subir les foudres éventuelles d’une vendetta organisée au sein de l’armée avec le changement de régime qui se profile.

Ainsi, il existe une très forte pression de la part de soldats sur Yahya Jammeh pour qu’il obtienne des garanties de sécurité pour ses hommes. Après il y a aussi les garanties de sécurité peut-être personnelles pour l’ex-président. Sera-t-il ou non l’objet de poursuites internationales ? Ce sont des choses qui ont été discutées à Banjul. Et il a dû obtenir les assurances qu’il recherchait.

■ La Cédéao, une force efficace dans la résolution de la crise gambienne ?

La Cédéao a beaucoup évolué ces dernières années. Si l’on reprend les précédentes opérations, notamment l’Ecomog qui avait été envoyé au Liberia, elle s’est dotée de mécanismes à la fois politiques et militaires.

Par ailleurs, rien n’aurait été possible dans la résolution de cette crise gambienne sans le volontarisme et l’activisme du Sénégal qui était réellement le pays en pointe et qui donnait le ton. Même si le président du Nigeria Muhammadu Buhari était médiateur officiel, les canaux passaient forcément par les diplomates sénégalais et par le président Macky Sall.

■ Des pressions militaires à la frontière nord de la Gambie

Pour ce qui concerne cette coalition militaire, tout est dans le nom de cette coalition : restaurer la paix. Et tant que cela ne se sera pas le cas, cette pression sera constante. Le dispositif en place depuis jeudi soir sera maintenu.

Ces militaires de la force africaine, environ 7 000 hommes, sont prêts à intervenir si Yahya Jammeh refuse de quitter le pouvoir, s’il ne respecte pas l’engagement qu’il a pris cette nuit.

Concrètement encore ce matin, la Gambie est prise en étau : des troupes terrestres entourent le pays, un navire nigérian est positionné au large, des avions également du Nigeria sont prêts à décoller de Dakar où se trouve d’ailleurs l’état-major de cette force. Parmi les pays ayant déployé des soldats en Gambie, figurent le Nigeria, mais aussi et surtout le Sénégal, qui est en première ligne et a servi de locomotive dans l'opération en cours. La Gambie est en effet enclavée à l'intérieur du Sénégal. Et Dakar a beaucoup à gagner avec le départ de Yahya Jammeh et l'instauration d'une Gambie démocratique.

Au-delà du désenclavement de la Casamance, il y a l'espoir de mieux lutter contre les trafics : la drogue mais aussi le bois des forêts de Casamance qui embarque pour la Chine, via la Gambie.

Mais pour le Sénégal, c'est surtout l'occasion de mettre un point final à la rébellion casamançaise du MFDC. Yahya Jammeh a en effet offert à la branche de Salif Sadio une base arrière. C'était pour lui un moyen permanent de pression sur Dakar. Le président Macky Sall en était d'ailleurs convaincu, lui qui a réservé sa première visite de chef d'Etat en 2012 à l'homme fort de Banjul.

« Mais Yahya Jammeh parle de paix le jour et arme le MDFC la nuit », explique le politogue sénégalais Yoro Dia. Rétablir Adama Barrow et la démocratie, c'est donc l'occasion rêvée de faire partir ce voisin inamical et, selon Yoro Dia, « tourner la page de notre crise nationale la plus grave ».

Ce faisant, Dakar prend aussi des risques : celui de réanimer le conflit casamançais, en situation actuellement de « ni paix, ni guerre ». Des irréductibles pourraient être tentés par le baroud d'honneur, question de survie pour eux.

Autre risque, celui de saper l'autorité d'Adama Barrow, qui pourrait apparaître comme un président sous influence sénégalaise. Yahya Jammeh a d'ailleurs joué sur cette fibre nationaliste, accusant le Sénégal d'ingérence.

A la frontière sénégalo-gambienne, en Casamance, des soldats solidement armés sont visibles et les patrouilles se multiplient. Malgré tout, de nombreux soldats gambiens quittent leur unité pour se rendre aux forces d’attente de la Cédéao.

Au poste frontière de Selity, quelques dizaines de réfugiés gambiens suivent l’actualité l’oreille collée au poste radio. Mais personne n’envisage de rentrer de sitôt. Le cantonnement militaire installé dans ce poste-frontière reste en alerte.

Les accrochages signalés jeudi dans le secteur de Diaboudior expliquent le rythme élevé des patrouilles le long de la frontière gambienne, base de repli des éléments des Forces démocratiques de Casamance (MFDC).

Les défections au sein des forces armées gambiennes se sont multipliées ces derniers jours avec parfois des officiers de haut rang, qui se rendent aux forces de la Cédéao. Mais le commandement des forces d’attente basé à Diouloulou est peu bavard. Vendredi, quatre véhicules tout-terrain remplis de soldats gambiens ont eux aussi fait faux bond à leurs unités.

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