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Publié par Bob Woodward

Côte d'Ivoire: une mutinerie sociale ?

En Côte d’Ivoire, les militaires mutins déterminés à obtenir gain de cause ont bloqué, vendredi 6 janvier, l’accès de cinq villes du pays: Daloa, Daoukro, Korhogo, Odienné et Bouaké. Des tirs ont retenti pour faire entendre leurs revendications, à savoir des hausses de salaire, des primes et de meilleures conditions d’avancement. De nouveaux tirs ont été signalés, samedi matin, à Abidjan et à Bouaké, où le ministre en charge de la Défense s'est déplacé en milieu d'après pour négocier un accord avec les militaires insurgés. Samedi soir, le président Ouattara a annoncé son accord à la prise en compte des revendications relatives aux primes et à l'amélioration des conditions de vie et de travail des soldats.

Dans la matinée de ce samedi, c’était l’expectative en Côte d’Ivoire où on sentait une certaine fébrilité en attendant que le ministre de la Défense rencontre les insurgés. A Abidjan, au camp militaire d’Akouédo, ainsi qu’à Bouaké, plusieurs témoins ont rapporté avoir entendu des tirs dans la nuit ou encore dans la matinée de ce samedi, pour le camp d’Akouédo, à Abidjan, une des plus grandes casernes de la capitale économique ivoirienne. Le calme est entre-temps revenu, selon le témoignage d’un résident français et riverain du camp d'Akouédo, joint au téléphone par RFI, à la mi-journée de ce samedi.

« Je dirais, aux environs de 9h00, on a commencé à entendre des coups de feu, assez sporadiques, et cela s’est intensifié. Pendant une bonne heure, il y a eu visiblement des échanges de tirs d’armes légères (nous n’avons pas entendu des coups de canon) qui venaient donc du camp. Moi, j’avais peur que ce soit autour du camp. Apparemment non. Tout s’est passé à l’intérieur du camp. Donc, c’était quand même inquiétant. Nous avons préparé nos sacs au cas où il fallait partir, et puis finalement, cela s’est arrêté », a-t-il déclaré à RFI.

En fin de matinée, plusieurs interlocuteurs rapportaient, à RFI, qu'à Duekoué, à l’ouest du pays, les corridors d’accès à la ville étaient bloqués par les militaires. C’est donc toujours un peu le même scénario qui se répète : des tirs en l’air, des barrages, mais pas de victimes, fort heureusement. Mais le mouvement de grogne des militaires, parti de Bouaké, semble faire tache d’huile.

Le ministre en chargé de la Défense auprès du président s'est envolé ce samedi midi pour Bouaké où il est arrivé en milieu d'après-midi. Hier vendredi, à Bouaké, épicentre de la mutinerie, les cadres de la ville, le sous-préfet, l’archevêque et le maire de la ville, Nicolas Djibo, ont discuté pendant plus de six heures avec les militaires, jusqu’à 23 heures.

Des négociations âpres, longues, difficiles, tant il est vrai que du côté des militaires, ils sont plusieurs à parler et à revendiquer, ce qui a compliqué les négociations. Il n’y aurait pas, semble-t-il, un interlocuteur, un porte-parole, mais plusieurs intervenants. Un accord sur la levée des barrages sur les corridors de Bouaké avait été acquis, vendredi soir, au sortir de la réunion, mais ce samedi matin, la ville était toujours bloquée.

Joint par RFI, l’un des meneurs de la mutinerie de Bouaké, a exposé les revendications des militaires. La première porte sur le paiement des primes, mais ils réclament également des augmentations de salaire, des meilleures conditions de logement ou encore un avancement plus rapide.

«  Nous demandons qu’on nous verse notre prime Ecomog obligatoire. Nous avons demandé aussi à ce qu’on augmente les salaires et que le passage d’un galon à l’autre [ndlr : l’avancement] soit réduit à quatre ans au lieu de sept ans. Par ailleurs, les maisons que nous louons présentement sont payées 70 000 (FCFA). Les maisons sont chères  », a-t-il tenu à souligner avant d'ajouter : « Dans l’armée, nous n’avons pas de syndicats, c’est le seul moyen que nous avons de nous exprimer. On ne veut de mal à personne, mais le président doit nous entendre ».

Dans l'armée, il n'y pas de syndicalisme, on n'a pas d'autres moyens pour s'exprimer. Nous ne sommes pas dans la rue pour faire du mal... les militaires (qui sortent dans la rue) ne rentrent pas tant qu'ils n'ont pas une réponse... On n'est pas rentrés parce qu'on n'a pas de réponse !

Le chef de l’Etat Alassane Ouattara, qui a apparemment parlé au téléphone, vendredi soir, avec les insurgés, s’est envolé, ce samedi matin, pour Accra pour assister à l’investiture de son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo. Ce fut un aller-retour express. Le président Ouattara a fait un aller-retour dans la journée, car à 17 h00 (TU), un Conseil des ministres extraordinaire s'est tenu au palais présidentiel, à Abidjan.

C'est dans ce contexte de tension que le lycée français Blaise Pascal, à Abidjan, a demandé, ce samedi matin, aux parents d'élèves de venir chercher leurs enfants.

En fin de journée, dans une allocution à la présidence, Alassane Ouattara a annoncé son accord à la prise en compte des revendications relatives aux primes et à l'amélioration des conditions de vie et de travail des soldats et a demandé à tous les soldats de regagner leurs casernes pour permettre l'exécution de ces décisions dans le calme.

Les militaires, qui réclament notamment le paiement de primes, et le gouvernement ont conclu un accord samedi à Bouaké. Un peu plus tôt, les soldats avaient retenu avec eux le ministre ivoirien de la Défense.

La tension retombe. La Côte d'Ivoire semblait se diriger vers une sortie de crise après l'accord conclu entre le gouvernement et les soldats mutins qui réclament une amélioration de leurs conditions de travail et de vie. 

Cet accord avait été scellé samedi à Bouaké à l'issue d'une rencontre entre le ministre ivoirien de la Défense Alain Richard Donwahi et des soldats mutins. Ces derniers réclament le paiement de primes, des augmentations de solde, une promotion plus rapide entre les grades et des logements.

Plus tôt dans la journée, des militaires en colère avaient cependant empêché le ministre et sa délégation de quitter la résidence du sous-préfet en tirant des rafales de Kalachnikov et à l'arme lourde. 

Côte d'Ivoire: une mutinerie sociale ?

Alain Richard Donwahi et sa délégation n'ont finalement été retenus que pendant un peu plus de deux heures, avant de quitter la deuxième ville du pays. Ni le ministre ni les représentants des mutins n'ont fait de déclaration à leur sortie. La délégation du gouvernement ivoirien conduite par le ministre de la Défense Alain-Richard Donwahi était chargée de conclure l'accord avec les soldats à Bouaké, où les troubles ont éclaté dans la nuit de jeudi à vendredi, a déclaré le sous-préfet de Bouaké Djandé Lorgn, impliqué dans les discussions.

"Nous allons discuter avec nos hommes, recueillir leurs préoccupations, et trouver des solutions à cette situation qui est compréhensible mais déplorable", avait affirmé vendredi soir Alain-Richard Donwahi à la télévision nationale. "Nous sortons d'une crise et notre armée est en reconstruction; les choses n'avancent pas aussi vite qu'on pourrait l'espérer mais elles avancent quand même."

Samedi matin, dans la deuxième ville du pays, retentissaient encore des "tirs de rafales et à l'arme lourde", selon un journaliste de l'AFP.

Après la libération du ministre, les militaires ont levé les barrages interdisant l'entrée dans Bouaké.

Dans une brève allocution télévisée en début de soirée, Alassane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire, avait annoncé son "accord pour la prise en compte des revendications relatives aux primes et à l'amélioration des conditions de vie des soldats". "Ayant marqué mon accord, je demande à tous les soldats de regagner leurs casernes pour permettre l'exécution de ces décisions dans le calme", avait-il dit.
Un samedi sous tension

A Abidjan également, la capitale économique ivoirienne, - siège de la présidence, du gouvernement et du Parlement de ce pays d'Afrique de l'Ouest - la situation s'était tendue samedi. "Des tirs ont été entendus ici à Abidjan à la caserne d'Akouédo", a affirmé un présentateur sur la télévision nationale. Des soldats ont bloqué l'accès à un carrefour stratégique situé près de ce camp militaire, dans le quartier chic de Cocody.

"Les militaires étaient arrêtés au rond-point devant le camp, demandant aux automobilistes de faire demi-tour. Ca a créé la panique. Tous les magasins aux alentours ont fermé. Les militaires portaient des cagoules", a rapporté un journaliste ivoirien.

Selon des images diffusées à la télévision nationale samedi soir, le calme était cependant revenu devant le camp où la circulation a repris. Cette situation est inédite à Abidjan depuis décembre 1999, où la mutinerie des militaires avait débouché sur la chute de l'ex-président Henri Konan Bédié (1993-1999).

Côte d'Ivoire: une mutinerie sociale ?

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