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Publié par Bob Woodward

Palmyre : première défaite de Poutine ?

Ce week-end, après une succession d’informations contradictoires, le gouverneur de la province de Homs (Syrie), a fini par confirmer à la télévision d’Etat syrienne que des éléments du groupe terroriste Etat islamique (EI) ont bien repris par les armes Palmyre, ville classée au patrimoine mondial de l’Humanité, après avoir forcé les troupes gouvernementales à se retirer. Celles-ci en avaient pourtant repris possession en mars 2016  avec le soutien de la Russie. Cette offensive de Daech avait été lancée dès le jeudi 8 décembre selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dans la nuit de samedi à dimanche 10 décembre, pendant quelques heures, une vague de raids menés par l’aviation russe avait laissé penser à un retrait des djihadistes. Plus de 4 000 terroristes de l'Etat islamique ont lancé une offensive visant à reprendre la ville syrienne de Palmyre après s'être regroupés, rapporte le Centre russe de réconciliation en Syrie. Une information confirmée par le gouverneur de Homs.

Le gouverneur de la province de Homs Talal Barazi a déclaré le 11 décembre à la télévision d'Etat que l'Etat islamique avait repris la ville de Palmyre le même jour et que l'armée syrienne se battait pour reprendre le contrôle.Toujours selon la même source, les terroristes reçoivent également le soutien de djihadistes venus d'Irak. «Des informations antérieures [venues de Moscou] font état d'un transfert de plus de 5 000 militants de Daesh venus de Mossoul en Irak dans les régions de Raqqa et de Deir es-Zor», indique le communiqué du Centre russe pour la réconciliation en Syrie.

Selon le ministère russe de la Défense, le 10 décembre, des bombardiers russes TU-22 M3 et plus de 20 hélicoptères de combat ont pris part à une opération destinée à repousser les rebelles hors de la ville de Palmyre. De plus, des missiles Kalibr ont aussi pris pour cible des positions terroristes. Au total, l’aviation a effectué 64 frappes sur les positions de Daesh et tué au moins 300 terroristes.

Palmyre avait été prise par l'EI en 2015. Cependant, en mars 2016, les forces gouvernementales syriennes, soutenues par les forces aériennes russes, avaient réussi à libérer la ville des djihadistes.

On se souvient que l’Etat Islamique qui s’était emparé de la ville de Palmyre en mai 2015, y avait commis de nombreuses exactions et destructions, en faisant exploser plusieurs temples, tels ceux de Bêl et Baalshamin. Selon les analystes, le retour de l’EI à Palmyre intervient après une année de revers en Syrie et en Irak, et cela au moment même où l’armée syrienne resserre son étau sur Alep-Est. En reprenant Palmyre, l’EI démontre qu’il conserve la capacité de réaliser de grandes attaques malgré des pertes importantes sur le terrain. Maamoun Abdulkarim, responsable des Antiquités syriennes, a déclaré que son ministère avait pu transférer le contenu du musée de Palmyre à Damas, mais qu’il craignait à nouveau pour la sécurité des célèbres ruines. Après Abu Dhabi (Emirats arabes unis), où la France a présenté  le 2 et 3 décembre 2016, lors d’une conférence internationale sur le patrimoine en danger, son projet de protection du patrimoine culturel menacé par la « barbarie »,  et à deux jours de l’inauguration à Paris le 14 décembre de l’exposition Sites Eternels au Grand Palais, cette reprise de la cité de Palmyre prouve combien sont importants tous les projets de sauvegarde des sites du patrimoine en danger. Au terme d’une offensive éclair de quatre jours, l’organisation Etat islamique (EI) a repris le contrôle de la ville de Palmyre, dimanche 11 décembre, neuf mois après en avoir été chassée par l’armée syrienne, appuyée par des forces russes et des milices alliées chiites. Comme un parfum de déjà-vu. La reprise de Palmyre par les troupes de l’EI n’est pas sans rappeler leur conquête initiale, en mai 2015 : même rapidité d’exécution, même débandade des forces gouvernementales, même indifférence à l’égard des habitants de la ville, abandonnés aux djihadistes.

Cette percée donne un coup d’arrêt à la série de victoires enregistrées ces derniers mois par les forces loyalistes, que ce soit dans la banlieue de Damas, où de nombreuses poches rebelles ont été neutralisées, ou à Alep. Elle remet en lumière la faiblesse intrinsèque de l’armée régulière, décimée après cinq ans de pertes et de désertions, pour défendre ses positions, quand elle n’est pas soutenue par les miliciens chiites étrangers. Les bombardements russes, samedi et dimanche, n’ont pas suffi à arrêter les djihadistes à Palmyre.

L’EI semble également avoir profité de l’absence des meilleures unités gouvernementales, déployées à Alep. Habituellement, elles repoussent ses incursions dans la région, notamment celles qui visent les champs d’hydrocarbures – la moitié de la production syrienne – et sur lesquels les djihadistes ont en plus mis la main.
« Deir ez-Zor, l’option de repli naturelle de l’EI »

Pour se donner bonne figure, le commandement de l’armée syrienne a assuré qu’à Palmyre « ses hommes s’étaient retirés en bon ordre en évacuant les habitants ». Vu le stock d’armes et de munitions qu’ils ont laissé derrière eux – de l’artillerie, des missiles antichars et une trentaine de blindés –, il est permis d’en douter.

L’EI a toujours maintenu une présence dans les environs de Palmyre, harcelant régulièrement les troupes gouvernementales. A 250 kilomètres de là, il est solidement implanté autour de la ville de Deir ez-Zor où il assiège une enclave contrôlée par Damas. C’est une région dans laquelle les djihadistes peuvent prélever des renforts, et où seraient arrivés ces derniers temps des militants en provenance d’autres régions. « Du fait de la perte de ses autres bastions, Deir ez-Zor est l’option de repli naturelle des forces de l’EI », estime le colonel John Dorrian, porte-parole, installé à Bagdad, de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.

Palmyre : première défaite de Poutine ?

Le retour des hommes au drapeau noir à Palmyre risque aussi de perturber les plans du camp pro-Assad une fois la reprise d’Alep effective. Les autorités syriennes et leurs alliés avaient le choix entre partir à l’assaut de la ville d’Al-Bab, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est d’Alep, qui est contrôlée par l’EI, ou bien avancer vers la province d’Idlib, au sud-ouest, un territoire dominé par Jaïch Al-Fatah (« l’Armée de la conquête »), une coalition djihado-salafiste.

Damas devra décider s’il met en veilleuse ces plans et s’il redirige des troupes en urgence vers Palmyre, pour ne pas laisser aux djihadistes le temps de se barricader à nouveau dans la ville et de miner à nouveau ses abords. Ou bien s’il reporte cette opération, au risque que les troupes de l’EI ne reprennent leur travail de destruction des ruines gréco-romaines, inscrites au Patrimoine mondial de l’humanité. Durant leurs dix mois de présence dans la cité antique, de mai 2015 à mars 2016, les soldats du califat avaient dynamité plusieurs monuments phares, comme les temples de Bêl et de Baalshamin, tout en laissant intacts d’autres vestiges emblématiques, comme la colonnade et le théâtre.

La reprise de la ville, au mois de mars, n’avait été rendue possible que par la mobilisation d’un large éventail de forces, puisées dans les rangs de l’armée régulière, mais aussi du Hezbollah et des gardiens de la révolution iraniens. La Russie avait largement contribué à la victoire, avec ses dizaines de frappes sur les lignes djihadistes et l’envoi au sol de mercenaires. Pour célébrer ce succès, Moscou avait organisé, le 5 mai, dans l’amphithéâtre antique, un concert de musique classique, au cours duquel le président russe, Vladimir Poutine, était intervenu par vidéoconférence, pour saluer un « extraordinaire acte d’humanité ».

C’est dire si la nouvelle déroute des forces syriennes n’a pas dû plaire au Kremlin… Dans les vidéos qu’il diffuse, l’EI ne se prive pas de filmer des locaux militaires où la signalétique est rédigée en russe. A l’image des troupes syriennes, les hommes de Moscou – quelques dizaines, selon des opposants syriens – présents dans la ville n’ont pas eu d’autre choix que d’évacuer « dare-dare ».
Rébellion à l’agonie

Dans un communiqué diffusé le 11 décembre au soir, le ministère de la défense russe imputait une partie de la responsabilité de la chute de Palmyre aux Occidentaux : « L’EI a transféré beaucoup de forces vers Palmyre depuis Rakka, où les combats contre les terroristes, par des groupes sous contrôle de la coalition internationale et américaine, ont été suspendus. En outre, de grandes réserves de blindés de l’EI ont été transférées de Deir ez-Zor. »

A Alep, l’agonie de la rébellion s’est poursuivie durant le week-end, avec la reconquête par les « pro-régime » de deux nouveaux quartiers, Asila et Al-Maadi. Bombardés sans répit depuis bientôt un mois, les anti-Assad ne contrôlent plus qu’un tout petit secteur, dans le sud de la citadelle, représentant environ 10 % de leur ancien bastion.

Les combattants et les milliers de civils retranchés dans ce réduit demandent la mise en place de corridors d’évacuation, vers des zones hors du contrôle du régime, comme la province d’Idlib ou le nord d’Alep. Mais les négociations entre Américains et Russes à ce sujet, organisées à Genève durant le week-end du 10 et 11 décembre, n’ont pas débouché, exposant les derniers défenseurs des quartiers orientaux au risque d’un écrasement total.

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