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Publié par Bob Woodward

Mossoul : l'enlisement ?

Ce sont environ 40000 à 50000 hommes qui encerclent actuellement la ville de Mossoul, où il y aurait 4000 à 7000 combattants de Daech. Un rapport d’environ 1 à 10 largement disproportionné qui pourrait laisser supposer une victoire facile de la coalition. Pourtant, rien ne dit que la bataille à venir soit facilement gagnée. Tout dépend, en définitive, de la réaction des combattants de Daech. Si ceux-ci cherchaient à résister à l’offensive, le combat pourrait s’avérer bien plus dur que prévu. Or, les combattants de Daech ont d’ores et déjà riposté à l’offensive, montrant leur savoir-faire de la guérilla acquis lors des différentes batailles qu’ils mènent en Syrie et en Irak.

Le comportement que pourrait adopter Daech après 8 jours d’offensive reste toujours incertain. En effet, les forces les plus proches de l’armée irakienne sont actuellement situées à 5km de la ville, trop loin pour estimer les forces en présence. De plus, les informations disponibles sur les déplacements des troupes de Daech sont contradictoires. Côté américain et irakien, on évoquait des départs vers la Syrie voisine, tandis que côté français, on affirmait avoir repéré, au contraire, des afflux de combattants vers la ville de Mossoul. Le scénario d’un long combat complexe et meurtrier est donc loin d’être évité à l’heure actuelle. Et l’enlisement de la bataille, qui a débuté il y a une semaine, accrédite cette hypothèse. Notamment, la variable inconnue principale reste celle de la présence éventuelle du chef de l’organisation, al-Baghdadi, dans la ville.

Un affrontement d’ampleur pourrait avoir des conséquences désastreuses et provoquer un véritable exode. Les estimations les plus hautes tablent sur un contingent d’un million de réfugiés en cas de conflit majeur sur une population totale de 1.5 millions d’habitants. Ainsi, comme le confiait récemment un officier supérieur de l’armée irakienne : « Nous avons encore peu de réfugiés, car la vraie bataille de Mossoul n’a pas encore commencé. Mais nous nous attendons à un afflux énorme et l’aide de la communauté internationale n’est pas à la hauteur de ce qui nous a été promis. Si rien ne change, on va à la catastrophe. ». De plus, de nombreux observateurs redoutent les exactions qui pourraient être commises par les combattants qui reprendraient la ville sur les populations locales.

Surtout, même si la bataille décisive ne se jouait pas à Mossoul et que les djihadistes choisissaient le repli, ce ne serait que partie remise. D’ores et déjà, les Américains préparent la prochaine bataille à Raqqa, dernier fief de Daech en Syrie, où pourrait se replier une partie des combattants présents à Mossoul. Or, la bataille de Raqqa sera dans tous les cas bien plus difficile et désastreuse. D’abord, parce que Daech cherchera à résister jusqu’au bout, mais aussi parce qu’il sera bien plus difficile de mettre sur pied une armée professionnelle et en nombre suffisant dans ces territoires instables dévastés par la guerre. De plus, il n’est pas dit que la coalition qui mène l’offensive résiste aux tensions multiples qui la traversent, notamment entre les combattants kurdes et la Turquie, ou encore entre lesÉtats-Uniset la Russie.

Dans tous les cas, l’éradication de l’embryon de califat construit par Daech ne réglera pas la question du terrorisme. Au contraire, pour de nombreux observateurs, une défaite sur le terrain entraînera probablement le repli sur une stratégie déterritorialisée de terrorisme à l’échelle mondiale telle qu’a pu avoir Al-Qaïda. Elle signifierait donc une recrudescence d’attentats, tout en provoquant une déstabilisation d’autant plus importante des régions concernées.

Ainsi, le scénario qui se dessine dans la lutte de la coalition contre Daech résume bien l’adage suivant : « Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre ». Car, l’offensive actuelle sur Mossoul est largement coordonnée sur le terrain par les puissances qui ont contribué à la déstabilisation sans précédent du Moyen-Orient par une décennie de guerres, et par là-même été les principaux contributeurs à l’apparition du monstre qu’est Daeh. Et, au premier rang de ces puissances, figurent les États-Unis bien sûr, mais aussi la France qui, avec une guerre par an déclenchée par son général Hollande depuis le début de son quinquennat, assume une lourde part de responsabilité.

Mossoul : l'enlisement ?

Avec l'incursion de l'armée irakienne dans l'Est de la ville et la publication d'un message audio d'Abou Bakr al-Baghdadi appelant les djihadistes à faire front, la bataille de Mossoul a vraiment commencé.

A Mossoul, les forces irakiennes sont désormais positionnées à la périphérie après avoir pris pied dans un quartier du sud-est.

Si la bataille de Mossoul a officiellement commencé il y a quatre semaines, l'incursion des troupes irakiennes à proximité des quartiers Est de la ville marque "le début de la véritable libération" de ce fief de Daech, selon l'armée. Après plusieurs semaines de préparation et les premiers combats aux alentours de Mossoul, l'armée irakienne et ses alliées de la coalition internationale vont devoir opérer un choix stratégique : l'assaut frontal, le siège de la ville, ou la combinaison des deux.

"L'assaut frontal, c'est faire le pari qu'on peut prendre la ville rapidement en surprenant l'adversaire, en étant plus violent que lui, le démoraliser et le faire fuir", explique Pierre Razoux, directeur de recherche à l’Irsem et auteur de La guerre Iran-Irak (Perrin). La solution opposée, celle du siège, renvoie pour le chercheur à un affrontement plus "long et difficile". "Elle consiste à isoler la ville en empêchant tout renfort et support logistique d'arriver, poursuit le spécialiste. Le problème, c'est que l'on s'expose à une réponse acharnée de Daech." Une troisième solution consisterait donc à laisser une voie de sortie aux djihadistes pour faciliter la reprise de la ville.

Le choix de la stratégie à adopter est évidemment un enjeu politique et diplomatique. Et les grandes puissances impliquées dans le conflit irako-syrien sont divisées sur la question. "Laisser une porte de sortie convient aux Américains et aux Irakiens, mais pas aux Russes et aux Syriens qui ne veulent pas que la reprise de Mossoul renforce Daech en Syrie, d'autant qu'il faudra ensuite reprendre Raqqa", détaille Pierre Razoux. Quelle que soit la stratégie adoptée, elle mènera à des combats dans Mossoul, soit assez rapidement, soit après un siège qui aura conduit à l'affaiblissement des forces djihadistes.

Pierre Razoux voit alors trois priorités : "compartimenter le terrain" de manière à le sécuriser le plus rapidement possible à tous les niveaux : en surface, sur les toits et en sous-sol, "dans les égouts et les tunnels". Les forces irakiennes devront ensuite "gérer les appuis aériens et l'artillerie". Dans le coeur de Mossoul, "les chars prendront toute leur importance", de par leur capacité à progresser dans les grands axes et par la précision de leurs tirs, une donnée importante dans ce contexte. Le risque de voir Daech utiliser les quelque 600.000 civils restés à Mossoul comme boucliers humains est en effet important. Les frappes aériennes de la coalition seront toujours possibles, mais avec parcimonie et sur des cibles identifiées.
Daech va mener un travail de sape

Dans Mossoul, une ville quasiment trois fois plus étendue que Paris, les forces irakiennes s'apprêtent à affronter entre 3.000 et 9.000 djihadistes, "des fanatiques qui vont combattre jusqu'au bout, dans une ville où 99% des êtres humains ne seront pas des cibles", explique Michel Goya, ancien colonel de la marine et historien. La force de Daech sera sa capacité à mener "un combat décentralisé", selon lui. "L'armée irakienne va faire face à des individus isolés, des snipers ou des djihadistes qui seront postés avec une mitrailleuse lourde, des kamikazes. Il y aura aussi des unités de 20 à 30 hommes qui vont mener un combat de harcèlement", poursuit-il.

Selon Pierre Razoux, Daech va tenter de "jouer la montre" en multipliant les pièges et en minant les zones stratégiques pour "ralentir, user et démoraliser" les troupes irakiennes. "Même après la bataille, il peut y avoir des attentats, des attaques par l'arrière par des individus qui se seront laissés dépasser par les troupes adverses", note Michel Goya. Un travail d'usure qui va obliger les forces irakiennes et leurs alliés à sécuriser avec minutie les zones reprises. "A Falloujah en 2004, les Américains ont fouillé 40.000 maisons", indique l'ex-colonel. Mossoul, la deuxième ville du pays, demanderait encore plus de travail.

Le risque d'enlisement est donc bien réel. C'est en tout cas une des stratégies que peut adopter Daech, qui pourra user de la lenteur de l'avancée de la coalition dans sa propagande. "A Ramadi, Falloujah et Tikrit [trois villes récemment reprises à Daech], les djihadistes étaient entre 1.000 et 3.000 et il a fallu quasiment trois mois pour s'en emparer : un mois de préparation, un mois de combat et autant pour nettoyer les villes", détaille Michel Goya. Mossoul est plus grande et ses djihadistes beaucoup plus nombreux, alors même si les forces adverses sont aussi en plus grand nombre, "il faut s'attendre à plusieurs semaines de combats".

Le message du chef de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, exhortant ses troupes "à tenir ses positions" à Mossoul, a donné le ton de cette bataille et rappelé que la ville est le principal fief irakien du groupe, dont la prise en juin 2014 a révélé aux yeux du monde la puissance. "Tout dépend de la stratégie adoptée, convient donc Pierre Razoux. On a tendance à penser que si l'adversaire n'a pas fui rapidement, cela s'éternise". "Plus la résistance dure et plus la défaite deviendra héroïque pour Daech", souligne Michel Goya. Viendra alors le temps de la bataille de Raqqa, qui est déjà dans toutes les têtes...

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