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Publié par Bob Woodward

La somalisation de la Tunisie est-elle en cours ?

L'implication d'un Tunisien dans l'attentat contre un marché de Noël de Berlin lundi soir 19 décembre alimente un débat qui monte en Tunisie depuis quelques semaines. Samedi 24 décembre, une manifestation était organisée devant le Parlement contre le retour des jihadistes tunisiens dans leur pays d'origine. Un problème d'ampleur pour la Tunisie qui compte le plus grand nombre de combattants en Syrie, en Irak et en Libye. Au total, plus de 5 500 combattants, dont certains ont déjà commencé à revenir au pays.

Selon le ministre de l'Intérieur, 800 d'entre eux sont déjà rentrés en Tunisie. C'est contre l'impunité de ces jihadistes qu'ont manifesté plusieurs centaines de Tunisiens samedi. Il faut dire que le président Béji Caïd Essebsi a créé la polémique au début du mois, en affirmant que « la Tunisie ne pouvait pas empêcher le retour des jihadistes, car c'est contraire à sa Constitution », ajoutant que les autorités n'allaient pas tous les emprisonner, parce que, « si nous le faisons, nous n'aurons pas assez de prisons. »

Face aux critiques, il a précisé quelques jours plus tard que les terroristes devaient être traduits en justice. En réalité, la Tunisie est relativement démunie pour faire face à leur retour : elle n'a adopté une stratégie nationale de lutte contre le terrorisme qu'en novembre cette année. Et surtout, elle n'a pour ainsi dire pas de services de renseignements extérieurs.

Quand les jihadistes reviennent, la justice n'a donc généralement pas assez de preuves pour les condamner. Ils sont le plus souvent assignés à résidence et surveillés par la police. Mais cette semaine, le ministre de l'Intérieur a lui-même admis que dans certains cas, exceptionnels selon lui, des combattants peuvent échapper à la vigilance des autorités lors de leur retour en Tunisie.

Les forces de sécurité intérieures se sont alarmées d'un risque de "somalisation" de la Tunisie en cas de retour massif des djihadistes tunisiens dans leur pays, exhortant le gouvernement à prendre des "mesures exceptionnelles", dont la déchéance de nationalité.

"Le retour en Tunisie des terroristes en provenance des foyers de tension est alarmant et peut conduire à la somalisation du pays", a affirmé dans un communiqué le syndicat national des forces de sécurité intérieure.

Ces djihadistes ayant notamment combattu en Irak, en Syrie et en Libye "ont reçu des formations militaires et appris à manipuler toutes sortes d'armes de guerre sophistiquées", a relevé le syndicat. Déplorant "l'absence de volonté politique", les forces de sécurité ont exhorté le gouvernement à prendre des mesures "exceptionnelles", mentionnant "la déchéance de nationalité". Ces djihadistes pourraient rejoindre les "cellules dormantes" du pays, et "accepter leur retour (...) contribuera à élargir le cercle du terrorisme", ont-elles prévenu.La Tunisie compte plus de 6500 volontaires qui combattent dans le rang de l’organisation Etat islamique, dont 5000 en Syrie. Ce qui en fait le pays le plus confronté au péril du retour de ces jihadistes. Un danger que les efforts des autorités ne suffisent pas à endiguer. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Diran a appelé à la vigilance face à ce qu'il a nommé « l'éparpillement des jihadistes », surtout en Tunisie.

L’enchaînement des défaites militaires du groupe EI en Syrie, en Irak et à Syrte, en Libye, pousse plus que jamais les jihadistes à rentrer dans leurs pays d’origine. L’organisation Etat islamique encourage ce retour, confirme un rapport de Jean-Paul Laborde, le directeur général du comité de l’ONU contre le terrorisme.

La Tunisie, pays qui compte le plus grand nombre de jihadistes dans les rangs du groupe EI, n'arrive pas à faire face à ce danger. Les institutions sécuritaires à Tunis manquent de renseignements et nombreux sont les volontaires qui rentrent dans le pays sans que les autorités s'en aperçoivent. La majorité de ces jihadistes ne sont pas interrogés, ils sont bien entraînés et cherchent à se fondre dans la masse en attendant l'occasion d'imposer leur loi.

La somalisation de la Tunisie est-elle en cours ?

Quelque 600 Tunisiens parmi ceux qui sont rentrés sont aujourd'hui emprisonnés, mais cela pose aussi un problème, celui de l'endoctrinement carcéral. Dans les prisons encombrées, les membres du groupe EI sont mélangés avec les prisonniers de droit commun.

A la frontière de la Libye, jihadistes, contrebande et corruption font bon ménage. Les échanges de feu entre eux et les forces de l'ordre sont de plus en plus fréquents.

Dernièrement, la Tunisie a annoncé qu'elle avait empêché 18 000 jeunes de quitter le pays dans le cadre de ses mesures de lutte contre le terrorisme. Elle collabore avec des agents américains à Tunis en matière de renseignement.

La Tunisie compte plus de 5.000 ressortissants dans les rangs d'organisations djihadistes à l'étranger selon un groupe de travail de l'ONU, et la perspective de leur retour suscite une inquiétude grandissante. A l'appel d'un collectif, plusieurs centaines de personnes ont manifesté samedi devant le Parlement à Tunis pour dire "Non à la repentance et à la liberté pour les groupes terroristes".

D'après le ministre de l'Intérieur Hédi Majdoub, 800 sont déjà revenus en Tunisie. Les autorités détiennent "toutes les informations sur ces individus", a-t-il assuré vendredi au Parlement.

Le débat a pris de la vigueur au début du mois après des propos du président Béji Caïd Essebsi à Paris. "Nombre d'entre eux veulent rentrer, on ne peut pas empêcher un Tunisien de revenir dans son pays (...) Mais évidemment (...) nous allons être vigilants", avait-il déclaré à l'AFP. "Nous n'allons pas les mettre tous en prison, parce que si nous le faisons nous n'aurons pas assez de prisons, mais nous prenons les dispositions nécessaires pour qu'ils soient neutralisés", avait-il ajouté. M. Essebsi a complété son propos le 15 décembre, écartant toute "indulgence" et assurant que la loi antiterroriste serait appliquée contre eux.

La Tunisie a fait face après sa révolution de 2011 à l'essor d'une mouvance djihadiste armée responsable de la mort de plus d'une centaine de soldats et de policiers, mais aussi d'une vingtaine de civils et de 59 touristes étrangers, selon des chiffres officiels.

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