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Publié par Bob Woodward

La Seine Saint-Denis, repaire de djihadistes ?

Il est connu comme «le logeur des terroristes». Jawad Bendaoud, aujourd'hui incarcéré à la maison d'arrêt de Villepinte, continue de clamer son innocence. Un an après l'assaut de l'appartement de Saint-Denis, Le Figaro revient sur le parcours de ce personnage instable au palmarès judiciaire chargé.

C'était il y a un an. Le 18 novembre 2015, 110 policiers du Raid et de la BRI lancent l'assaut dans un appartement du 8 rue du Corbillon, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Abdelhamid Abaaoud, soupçonné d'être le commanditaire des attentats de Paris cinq jours plus tôt, est tué, tout comme sa cousine Hasna Aït Boulahcen et Chakib Akrouh. Une fois l'opération terminée, des millions de Français découvrent le visage d'un seul homme, défilant en boucle sur leurs écrans: celui de Jawad Bendaoud. Le Franco-Marocain de 30 ans est accusé d'avoir loué l'appartement du troisième étage aux assaillants après avoir négocié avec Hasna Aït Boulahcen. Pis encore, les enquêteurs le suspectent d'avoir «sciemment hébergé des personnes en cavale».

S'il se présente au départ comme le propriétaire des lieux, l'enquête démontrera que l'appartement était en réalité détenu par trois frères, domiciliés au Raincy et au Blanc-Mesnil. Les trois hommes sont des «marchands de sommeil» et possèdent des dizaines d'appartements en Seine-Saint-Denis. Jawad, lui, n'est qu'un «homme de main». À l'époque, son rôle est de trouver des locataires et de s'assurer que ces derniers payent en liquide, les trois frères n'ayant plus l'autorisation de louer. Son travail consiste à sélectionner des sans-papiers, des trafiquants de drogue et autres personnes en détresse avant de leur proposer un hébergement à court terme.
La «risée du Web»

Incarcéré à la prison de Villepinte le 24 novembre 2015 après 6 jours de garde à vue, Jawad Bendaoud ne va pas pour autant réussir à se faire oublier des Français. Au contraire, une scène pathétique, enregistrée par les caméras BFMTV lors de son arrestation dans la rue de Corbillon le 18 novembre, va faire l'objet de toutes les moqueries. «On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service, je ne savais pas que c'étaient des terroristes», expliquait l'hébergeur face caméra, soutenant qu'il savait juste que ses locataires «venaient de Belgique». «J'ai dit qu'il n'y avait pas de matelas, ils m'ont dit “c'est pas grave”, ils voulaient juste de l'eau et faire la prière», a-t-il ajouté.

Rapidement, le Web s'empare de l'étrange histoire de Jawad Bendaoud. Sur les réseaux sociaux, sa justification bancale est détournée à de nombreuses reprises et le curieux logeur de Saint-Denis devient dès lors la risée du Web. Sa naïveté et son air benêt sont tournés en ridicule dans des parodies illustrées par exemple à travers le compte Twitter @LogeurDuDaesh (55.000 abonnés) ou l'événement «pyjama party chez Jawad» qui réunira 200.000 personnes sur Facebook.

Si la notoriété de Jawad Bendaoud a pris une tout autre dimension depuis cette affaire, le jeune homme cultive depuis longtemps une certaine réputation à Saint-Denis. C'est ici qu'il a grandi aux côtés de sa mère, nourrice, de son père, sans emploi, et de ses quatre frères qui ne vivent plus dans le foyer familial boulevard Carnot, à l'angle de la rue du Corbillon. Un quartier qui deviendra le théâtre de sa triste histoire. En 2008, alors qu'il n'a que 22 ans, celui qui deviendra le «logeur des terroristes» est condamné à huit ans de prison pour coups et blessures ayant entraîné la mort. La scène se déroule justement dans la rue du Corbillon et la victime n'est autre que son meilleur ami de l'époque. Relâché pour bonne conduite dès 2013, le jeune Franco-Marocain ne semble pas décidé à rentrer dans le rang. Il écopera de nouvelles peines de prison pour différents trafics en 2014 et 2015. Au total, Jawad Bendaoud a cumulé pas moins de 13 condamnations pour des faits liés aux stupéfiants, détention d'armes aggravée en réunion, faux et usage de faux, conduite en état d'ivresse, violences conjugales ou encore violences aggravées en réunion.

À Saint-Denis, Jawad s'est fait un nom et une réputation. Dès sa sortie de prison en 2013, il est vite perçu comme «le caïd» et le «chef» de la rue du Corbillon en raison des nombreux trafics auxquels il est mêlé. Si on lui prête un caractère «impulsif et nerveux», sa personnalité reste obscure. Est-il vraiment le personnage naïf et simplet qu'il laisse paraître? Difficile à dire tant les témoignages à son égard diffèrent. «Il est à la fois bête, violent et dangereux», confiait au Figaro la mairie de Saint-Denis en novembre dernier. Par ailleurs, certains riverains menacés verbalement auraient déjà déposé des mains courantes à son encontre. À l'inverse, d'autres semblent l'estimer davantage: «Il est pas méchant, un peu naïf» confiait à Sud Ouest une propriétaire d'immeuble de la rue du Corbillon. Jawad est quelqu'un de «pas du tout radical. Il danse, il a rien à avoir avec ça. C'est un mec sexe, drogue, alcool. Il sait même pas où c'est, la mosquée», expliquait de son côté Sami, habitant du quartier, au quotidien régional.
Sa vie en prison

Mis en examen le 24 novembre dernier pour «associations de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation d'un ou plusieurs crimes d'atteinte aux personnes», Jawad Bendaoud est aujourd'hui toujours enfermé à la maison d'arrêt de Villepinte. Il encoure jusqu'à vingt ans de prison. Par deux fois il tentera de

prouver son innocence en rédigeant deux lettres adressées aux juges et dans lesquelles il dit notamment refuser de devenir le «bouquet missaire» et déplore faire «l'objet de parodie, de blague». S'il a «conscience d'avoir hébergé les pires assassins que la France n'a jamais connus», il affirme dans sa première lettre ne s'être jamais «associé» ni avoir «vu de ses yeux des armes». La seconde est plus virulente: «Est-ce que vous allez imprimer ça dans vos cervelles? Depuis ma sortie de prison, je n'ai même pas préparé un repas et vous me parlez de préparer des attentats. Je n'ai rien à voir avec tout ça. […] Je vais péter les plombs», écrit-il.

En septembre dernier, une puce de téléphone portable ainsi qu'un chargeur sont retrouvés dans sa cellule. Jawad Bendaoud menacera à cet instant de «faire quelque chose de sale». Plus tard, il mettra le feu à ses vêtements ainsi qu'à des morceaux de papiers glissés sous la porte de la cellule et tentera d'arracher la fenêtre. L'intervention rapide des surveillants permettra d'éviter la propagation de l'incendie. Le détenu passera la nuit dans une cellule anti-suicide.

Depuis le mois de mai, une rumeur persistante laisse à penser que la mise en examen de Jawad Bendaoud pourrait être requalifiée en «recel de malfaiteurs», lui évitant toute poursuite pour «terrorisme». Selon une source judiciaire citée par Le Monde, cette hypothèse est plus que probable. Si cette requalification était avérée, l'accusé n'encourrait plus que trois ans de prison. Pourtant, en juillet, l'ADN de Jawad Bendaoud est retrouvé sur un gilet explosif que les assaillants portaient au moment de l'assaut, ainsi que sur un rouleau de scotch orange et un morceau de scotch gris qui ont servi aux kamikazes. Un élément qui ne suffit pas, malgré tout, à prouver quoique ce soit. L'avenir judiciaire de Jawad Bendaoud demeure donc, pour l'heure, toujours aussi incertain.

Jeudi, Jawad Bendaoud était attendu devant les juges de Bobigny pour une affaire de trafic de drogue. Il aurait toutefois refusé d'être extrait de sa cellule de Villepinte, selon l'Agence France-Presse. Il comparaîtra finalement le 26 janvier prochain pour des faits de trafic de stupéfiants en récidive, commis entre «courant septembre et le 1er décembre 2015». Mohamed Soumah, soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire entre Hasna Aït Boulahcen et Jawad Bendaoud, comparaîtra également à cette date pour le même délit. Les juges de Bobigny l’attendaient jeudi dans le box des prévenus pour une affaire de trafic de drogue mais Jawad Bendaoud, soupçonné d’avoir fourni une planque à deux djihadistes du 13 novembre, a refusé d’être extrait de sa cellule, a constaté une journaliste de l’AFP.

La Seine Saint-Denis, repaire de djihadistes ?

Incarcéré à l’isolement à la maison d’arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis) depuis son arrestation le 18 novembre 2015, en marge de l’assaut mené par le Raid à Saint-Denis, le jeune homme de 30 ans sera finalement jugé à Bobigny le 26 janvier prochain.

Il comparaîtra pour des faits de trafic de stupéfiants en récidive, commis entre « courant septembre et le 1er décembre 2015 ». Mohamed Soumah sera aussi entendu par la justice à cette même date, pour le même délit. Il est soupçonné d’avoir été un intermédiaire entre la cousine du djihadiste Abdelhamid Abaaoud, qui lui cherchait un abri de repli, et Jawad Bendaoud, présenté comme un petit caïd au service de marchands de sommeil.
Pour Molins, Jawad Bendaoud savait

Avant son interpellation, Jawad Bendaoud, déjà condamné pour homicide involontaire en 2008, s’était défendu en assurant ne pas savoir qu’il avait logé des terroristes.

« On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service », avait-il déclaré sur une vidéo réalisée à Saint-Denis et qui a tourné en boucle sur internet et fait l’objet de multiples détournements.

Mais il a « lui-même (…) accueilli les terroristes le 17 novembre vers 22h45 », dans un logement qui ne lui appartenait pas, contre rémunération, avait souligné le procureur de Paris, François Molins. Il « ne pouvait douter (…) qu’il prenait part en connaissance de cause à une organisation terroriste », selon le procureur.
« J’ai vu Abaaoud moins de dix minutes »

En mars, Jawad Bendaoud avait violemment apostrophé ses juges dans une lettre écrite depuis sa cellule. « Depuis ma sortie de prison (en septembre 2015, ndlr), je n’ai même pas préparé un repas et vous me parlez de préparer des attentats. Je n’ai rien à voir avec tout ça », y écrivait-il.

« J’ai vu Abaaoud (cerveau présumé des attentats, ndlr) moins de dix minutes vous croyez que je suis profiler pour savoir ce qu’il a fait avant d’arriver chez moi », s’énervait-t-il, rappelant avoir « consommé de la coke et du shit en quantité » ce jour-là.

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