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Publié par Bob Woodward

La Chine prépare-t-elle la guerre ?

Présenté comme furtif, l’avion de combat J-20 était de sortie le 1er novembre au salon de l’aviation de Zhuhai, dans le sud de la Chine. Coup de bluff ou véritable progrès technique, l’aéronef incarne les ambitions de Pékin quant à la modernisation de son armée… et à l’expansion de sa zone d’influence.

Tous les deux ans, la Chine organise une démonstration de ses prouesses technologiques en matière d’armement, à Zhuhai, ville côtière du sud du pays. Cette année, les spectateurs ont assisté au premier vol officiel de deux J-20. L’appareil, développé dans un secret relatif, disposerait d’équipements de pointe en matière de radars, d’armement, et de furtivité. Deux exemplaires sombres ont surgi dans le ciel au-dessus d'une foule compacte lors du salon aéronautique de Zhuhai (Sud), après une démonstration d'acrobaties des forces aériennes chinoises. Les deux avions ont évolué côte à côte sous un soleil de plomb, l'un d'eux s'élevant dans le ciel à la verticale sous le regard surpris des spectateurs.

Le J-20 représente un bond qualitatif pour la capacité de projection de la Chine en Asie et permet au pays de combler son retard sur les Etats-Unis. Pékin est engagé dans un processus de modernisation de son armée, pour mieux protéger ses frontières terrestres, mais aussi affirmer ses revendications de souveraineté, notamment en mer de Chine méridionale. Cette zone maritime réputée riche en hydrocarbures est disputée entre plusieurs pays riverains.

« En fait on sait toujours assez peu de choses sur le J-20 », nuance Joseph Henrontin, chargé de recherches au Centre d’analyse et de prévision des risques internationaux. « Pour moi, il ne peut pas être furtif ». Trop massif, trop bruyant, doté de réacteurs trop puissants pour ne pas être détectés – selon l’agence Reuters, les alarmes de plusieurs véhicules du parking de la base aérienne de Zhuhai se sont déclenchées au passage des deux J-20.

L’expert des questions d’armement poursuit : « Je pense que l’avion est peu manœuvrable. Vu la taille de ses soutes, il s’agirait plutôt d’un bombardier tactique », donc d’un appareil destiné à détruire des objectifs au sol plus qu’à mener des combats rapprochés dans les airs. « Il se peut aussi qu’il dispose de systèmes radars très poussés », ajoute le spécialiste. L'édition 2016 du salon de Zhuhai, la plus grande de l'histoire, présente de nouveaux véhicules blindés, systèmes missiles antiaériens, drones et avions de chasse fabriqués en Chine. Seule exposition consacrée à l'aéronautique dans le pays, elle permet à Pékin de montrer ses muscles devant un public chinois enthousiaste et des participants de 42 pays. Le nouveau chasseur, dont le vol d'essai a eu lieu début 2011, est mis au point par Chengdu Aircraft Industry Corporation.

Pékin espère que le nouvel engin furtif permettra de réduire le retard de la Chine face aux États-Unis dans le domaine des technologies militaires. Selon certains observateurs, le Chengdu J-20 ressemble beaucoup au F-22 Raptor américain. Outre le J-20, la Chine met au point un autre chasseur de cinquième génération, le J-31. Celui-ci utilisera le moteur russe RD-93, selon Sergueï Kornev, un porte-parole des forces aériennes russes. L'avion a effectué son premier vol d'essai en 2012.

La Chine prépare-t-elle la guerre ?

Le salon, qui se tient tous les deux ans, constitue également un rendez-vous crucial pour les firmes aéronautiques désireuses de vanter leurs produits en Chine, où l'aérien est en plein boom. Le pays devrait devenir en 2024 le plus grand marché mondial de l'aviation, selon l'Association internationale du transport aérien (IATA).

Le J-20 n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Pour Pierre Picquart, docteur en géopolitique, l’Empire du Milieu est en train d’opérer « un véritable bond technologique ». L’auteur de La Chine, une menace militaire ? (Ed. Favre) explique : « Les Chinois sont en train de combler leur retard. Bientôt leurs trains, leurs automobiles, leurs drones concurrenceront ceux des Occidentaux. »

Ces progrès se déclinent aussi du côté de l’armée, dont le fonctionnement même est en cours de réforme depuis l’année dernière. Pékin s’oriente vers une troupe « moins nombreuse, mais mieux formée, mieux équipée. Une armée rationalisée, dotée d’outils numériques de pointe », analyse Pierre Picquart. Et la modernisation s’opère au pas de course : « Prenez l’exemple des porte-avions. Tout le monde a été surpris parce qu’en un an, les Chinois ont développé des technologies pour lesquelles il a fallu dix ans de travail aux Occidentaux », affirme l’expert militaire Joseph Henrotin.

Pékin a des ambitions en Mer de Chine et ne s’en cache plus. Mais l’Empire du Milieu pourrait voir plus loin. Base militaire en construction à Djibouti, virées de vaisseaux chinois dans l’Atlantique, production annoncée d’un millier de Y-20, avions de transport de troupes, capables d’embarquer 60 tonnes à 1000 kilomètres de distance... Dans les milieux de la défense « on se demande jusqu’où ira la bascule chinoise, entre régionalisme et mondialisme », confie Joseph Henrotin. En somme, jusqu’où Pékin veut étendre son influence, historiquement cantonnée à proximité de ses frontières. Le J-20 est présenté comme le symbole du désir chinois de moderniser et améliorer sa capacité militaire. La Chine cherche à combler son écart technologique avec les Etats-Unis dans l’armement. Et les J-20 sont régulièrement comparés au F-22 Raptor commercialisés par l’américain Lockheed Martin.

Avant cette première apparition publique, les premiers vols d’essais secrets ont eu lieu en 2011. Et les J-20 sont annoncés opérationnels pour 2018.

Le spécialiste des questions de défense prévient : « Il faut se méfier des annonces faites par les Chinois en matière d’armement. Ce ne serait pas la première fois qu’ils annoncent des prouesses technologiques, alors que les résultats ne sont pas là ». L’intérêt ? « Avant même d’avoir des capacités effectives, ils poussent les autres pays à dépenser plus dans l’armement pour les rattraper. Ils essoufflent leurs budgets. » Selon Joseph Henrontin, les J-20 présentés à Zhuhai seraient au stade des derniers tests – et pas les premiers de la série de production, comme l’affirme Pékin. Effet d’annonce ou pas, le J-20 vole déjà.

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