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Publié par Bob Woodward

Après Trump, Marine Le Pen ?

Notre site fut l'un des seuls à annoncer la victoire de Donald Trump: http://www.decryptnewsonline.com/2016/07/trump-une-victoire-annoncee.html

Avec Donald Trump, un courant populiste l'a de nouveau emporté dans une démocratie occidentale majeure. Alors que la présidentielle de 2017 se profile, des Français se demandent si les chances de victoire de Marine Le Pen ne sont pas sous-estimées.

Le Brexit, Donald Trump... Et bientôt Marine Le Pen? Est-ce là une suite logique qui semble décidée à défier les sondages? Alors que le monde assiste à la victoire nette du candidat républicain sur Hillary Clinton à la présidentielle américaine, beaucoup agitent la possibilité d'une surprise équivalente en France. À savoir, que le Front national arrive non seulement en tête à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle française (ce qui semble de plus en plus acquis), mais qu'il réussisse à l'emporter au second.  

Si de nombreux électeurs se posent cette question, c'est qu'au lendemain de la victoire de Donald Trump, un premier constat s'impose: l'incapacité des sondeurs américains à la prédire. Jusqu'au bout, la plupart donnaient même une confortable avance à la candidate démocrate. 

Nate Silver, dont le site de data-journalisme FiveThirtyEight avait prédit les triomphes d'Obama en 2008 et en 2012, ne donnait que 33% de chance de réussite à Donald Trump à la veille du scrutin. 
Le Pen sûre d'être au second tour

En juillet, ce sont les électeurs britanniques qui ont déjoué de tels pronostics, lorsque le Brexit s'est finalement imposé à l'Europe. L'Autriche, deux mois auparavant, avait failli s'inscrire dans ce même cycle: en mai, l'écologiste Alexander Van der Bellen a battu de justesse le leader du FPÖ d'extrême-droite, Norbert Hofer. De justesse. Dans la plupart des démocraties européennes, les partis populistes engrangent d'importants résultats.  

Marine Le Pen peut-elle avoir le même destin que Donald Trump? Le Front national, qui aura été la première formation politique à féliciter Donald Trump, a le vent en poupe depuis longtemps. Les deux candidats populistes partagent de nombreux points communs. Tout au long de sa campagne, le futur 45e président des Etats-Unis aura fait appel au "peuple", se faisant le porte-drapeau des "sans voix" que l'élite aurait trahis. Sans être aussi précis que la présidente du Front national -qui, justement, se garderait bien de traiter une minorité entière de "violeurs"-, le milliardaire républicains a fait appel aux mêmes réflexes de l'électorat blanc défavorisé, menacé par les effets pervers de la mondialisation. 

Et la candidate du Front nationale semble d'ores et déjà assurée d'être au second tour en 2017. Depuis 2012 - le FN obtient alors le meilleur score de son histoire à une présidentielle - chaque scrutin est l'occasion d'une percée inédite. Cette dynamique électorale peut-elle parvenir à faire gagner Marine Le Pen au second tour, alors que tous les sondages la donne battue? 

C'est loin d'être le cas. Les instituts de sondage français et américains sont en effet difficilement comparables. Après le choc du 21 avril 2002, qui avait vu le vote frontiste exploser au-delà de toute prévision, les sondagiers français ont beaucoup travailler à fournir des projections réalistes sur le "vote FN". Quitte à lui donner parfois plus de poids qu'il n'en obtient réellement. À la veille des européennes de 2014, un sondage CSA donnait le Front national gagnant avec 24% des voix. Ce fut peu ou prou son score définitif. En revanche, pour les départementales de 2015, les prédictions pour le score frontiste se sont avérées un brin "optimistes". 

Les instituts de sondage américains ont, eux, sous-estimé le poids de certaines catégories de population, et la révision de la carte électorale a pu aussi joué dans la victoire de Trump. 
Des résultats terribles pour François Hollande. D'après un sondage Elabe pour Les Echos et Radio Classique, le président de la République n'obtiendrait au mieux que 16% des voix au premier tour de l'élection présidentielle.  
Seul Alain Juppé la devancerait

Marine Le Pen, en revanche, devancerait Nicolas Sarkozy avec 27% des voix contre 23% au président des Républicains. Elle serait seconde avec 28% des voix derrière Alain Juppé avec 34% des voix.

Après Trump, Marine Le Pen ?

"Marine Le Pen profite de sa capacité à fédérer sur son nom environ 90% des électeurs ayant déjà voté pour elle au premier tour de la présidentielle de 2012", note Elabe. "Elle parvient à élargir son socle électoral en attirant sur son nom de l'ordre de 15% à 25% des anciens électeurs de Nicolas Sarkozy." 

A gauche, Jean-Luc Mélenchon obtient de 14% à 15% des intentions de vote. Mais l'ex-ministre de l'Economie Emmanuel Macron s'impose également avec 14% et 18% des intentions de vote selon les hypothèses envisagées. 

"Emmanuel Macron s'impose, à ce stade encore très avancé de la campagne et alors que l'offre électorale s'avère très incertaine, face à François Hollande, Manuel Valls et Arnaud Montebourg", commente Elabe. 

D'autres réalités arithmétiques et historiques doivent être prises en compte. qui, en France, rendent invraisemblable la victoire d'une candidate comme Marine Le Pen à l'élection présidentielle. D'abord, le bipartisme américain rend plus immuable la fidélité de certains électeurs à leur parti. Le FN, fort d'un point de vue électoral mais faible sur le plan des alliances politiques, éprouve bien des difficultés à trouver des réserves de voix lorsqu'il s'agit de transformer l'essai. Ce handicap s'amplifie lors du scrutin présidentiel, où la participation est très forte. 

"Quand on fait le compte des voix centristes, et surtout de gauche, une écrasante majorité d'entre elles ne se reporteront jamais sur un candidat du Front national au second tour", analyse Thomas Guénolé, qui estime que "la seule configuration dans laquelle Marine Le Pen peut l'emporter, c'est face à un candidat de gauche extraordinairement impopulaire". Une situation impliquant donc une présence inespérée de François Hollande au second tour et, au fond, similaire à celle dont a pâti Hillary Clinton. 

Il y a enfin un élément historique majeur à ne pas occulter: le nom de la candidate, porteur d'un passé qu'une majorité de Français, à défaut de le réprouver catégoriquement, assimilent aux symboles les plus durs de l'extrême-droite nationaliste. Même si Marine Le Pen a beaucoup oeuvré ces dernières années pour, justement, se débarrasser des oripeaux de son père, elle s'appellera toujours Le Pen. "Et ça, c'est un détail important", ironise Thomas Guénolé. 

Après Trump, Marine Le Pen ?
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