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Publié par Bob Woodward

Yémen, la guerre confessionnelle oubliée ?

La France a appelé, dimanche 9 octobre, à « une enquête indépendante » sur l’attaque qui a fait au moins 140 morts la veille à Sanaa, frappant une veillée funèbre dans l’ancienne capitale du pays prise par les rebelles houthistes.

Dans un communiqué, le Quai d’Orsay a appelé « l’ensemble des parties au conflit à respecter strictement le droit international humanitaire ». Le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, doit recevoir lundi l’envoyé spécial au Yémen des Nations unies, Ismail Ould Cheikh Ahmed.

Cette requête a également été réclamée par le Canada, dimanche. Dans un communiqué, le ministre des affaires étrangères, Stéphane Dion, a « condamné l’attaque qui avait pour cible une maison funéraire à Sanaa », ajoutant que « la coalition menée par l’Arabie saoudite doit maintenant respecter son engagement de mener une enquête ».

« Le Canada demande à toutes les parties au Yémen d’éviter une escalade de la violence du fait de cet incident », a poursuivi le ministre, les appelant en outre « à respecter leurs obligations en vertu du droit humanitaire international, et à s’engager dans un dialogue politique et une cessation durable des hostilités afin de mettre un frein aux pertes tragiques de vies civiles ».

La coalition arabe, dirigée par l’Arabie saoudite en soutien du président en exil Abd Rabbo Mansour Hadi, a nié toute implication dans le bombardement qui a fait plus de 140 morts et 525 blessés à Sanaa, et ciblant une salle où se déroulaient les obsèques du père du ministre de l’intérieur houthiste, Jalal Al-Rouichène. Les rebelles chiites houthistes, partisans de l’ancien président Ali Abdallah Saleh, se sont emparés de la capitale Sanaa il y a deux ans.
« Profondément troublés » par ces raids, les Etats-Unis ont annoncé l’« examen immédiat » de leur soutien à la coalition menée par Riyad. « La coopération sécuritaire des Etats-Unis avec l’Arabie saoudite n’est pas un chèque en blanc », a déclaré Ned Price, porte-parole du conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche.

La coalition, qui est intervenue au Yémen en mars 2015, a été accusée par des organisations de défense des droits de l’homme de frapper des secteurs civils, et notamment des hôpitaux soutenus par l’ONG Médecins sans frontières.

L’ex-président Saleh a appelé dimanche à la mobilisation à la frontière avec l’Arabie saoudite pour « venger » les victimes des attaques de la coalition arabe. Parlant sur un ton particulièrement belliqueux à l’égard du régime saoudien, son ancien allié qu’il qualifie aujourd’hui de « réactionnaire » et « rétrograde », l’ancien chef de l’Etat a exhorté ses compatriotes à « affronter cette flagrante agression tyrannique par tous les moyens ».

La montée des tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite depuis l’exécution de l’opposant chiite saoudien Nimr Baqer Al-Nimr, samedi 2 janvier, menace l’ensemble du Moyen-Orient. Première victime potentielle de la rupture par Riyad de ses relations diplomatiques avec Téhéran : les négociations de paix au Yémen, qui sont censées reprendre en janvier.Le conflit au Yémen a débuté lorsque les miliciens houthistes, issus de la minorité zaïdite (branche du chiisme) en lutte contre les autorités de Sanaa depuis le début des années 2000, se sont emparés de larges pans du territoire yéménite.

Partis en juillet 2014 de Saada, leur fief dans le nord, ils ont conquis la capitale, Sanaa, en septembre 2014 avant de poursuivre leur offensive vers le sud, où ils ont pris Aden, deuxième ville du pays, en mars 2015. Abd Rabbo Mansour Hadi, le président reconnu par la communauté internationale, s’y était réfugié. Il a été forcé à s’exiler en Arabie saoudite.

L’offensive des houthistes, soutenus par l’Iran et épaulés par les militaires restés fidèles à l’ancien président, Ali Abdallah Saleh, a incité l’Arabie saoudite à intervenir militairement au nom de la lutte contre « l’expansionnisme perse ».

Le 26 mars, le royaume sunnite, à la tête d’une coalition de pays arabes, lance ses premiers raids aériens pour stopper la progression des miliciens. En plus de leur fournir un soutien aérien, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont également fourni aux troupes loyalistes des équipements militaires ultramodernes et déployé au sol plusieurs milliers d’hommes.

A la suite de cette intervention saoudienne, une contre-offensive a permis la reconquête de cinq provinces du Sud, dont celle d’Aden, puis du détroit stratégique de Bab El-Mandeb, à la pointe sud-ouest du pays. Le 22 septembre 2015, le président Hadi rentre à Aden, six mois après avoir fui le pays.

L’objectif des forces loyales au président Hadi appuyées par l’Arabie saoudite est de reprendre Sanaa en progressant par le sud et le centre. Ce mouvement de reconquête a fait reculer les insurgés, mais ceux-ci conservent le contrôle d’une large partie du nord du pays.

Selon le correspondant du Monde à Beyrouth, Benjamin Barthe, aucun vainqueur ne semble s’imposer après neuf mois de guerre, ce qui incite les belligérants à amorcer un dialogue.

Depuis l’intervention de l’Arabie saoudite, le conflit a fait au moins 6 000 morts, 28 000 blessés et 2,5 millions de déplacés, selon les Nations unies (ONU).

Le pays est en guerre depuis le mois de mars 2015. L’Arabie saoudite y combat, en soutien au gouvernement, les rebelles houthistes, que Riyad voit comme des agents iraniens à sa frontière, et qui ont contribué au vacillement du puvoir en place.

L’Arabie saoudite a exécuté quarante-sept condamnés à mort, dont l’opposant chiite Al-Nimr, un clerc formé en Iran. Cette décision a été vécue comme une provocation en Iran, qui se considère comme le protecteur du monde chiite. Dans la nuit de samedi à dimanche, des radicaux ont incendié et pillé l’ambassade d’Arabie saoudite à Téhéran. En réaction, l’Arabie saoudite a rompu ses liens diplomatiques avec l’Iran, suivie lundi par Bahreïn et le Soudan.

La tension entre les deux grandes puissances du Moyen-Orient est le résultat d’une ancienne rivalité entre des Etats qui luttent chacun pour défendre, ou étendre, leur aire d’influence. Le royaume saoudien, qui abrite les deux principaux lieux saints de l’Islam, la Grande Mosquée à La Mecque, et la mosquée du Prophète, à Médine, se présente comme le rassembleur du monde sunnite, branche principale de l’islam. L’Iran, théocratie chiite, une confession minoritaire à travers le monde, conteste cette domination. A cela s’ajoute la rivalité entre une monarchie et une république islamique, entre aire culturelle arabe et persane, ainsi qu’une compétition économique sur le marché du pétrole, exacerbée par la baisse du prix de l’or noir.

Les deux pays s’affrontent par alliés interposés sur plusieurs terrains : en Irak, en Syrie et au Yémen. Si l’Iran était plutôt dans une optique de normalisation diplomatique après l’accord sur son programme nucléaire conclu en juillet avec les grandes puissances internationales, Salman, le nouveau roi d’Arabie saoudite, cherche à montrer sa fermeté et à préserver son influence alors que ses alliés américains se désengagent de la région.
La guerre civile en cours au Yémen oppose des houthistes du nord du pays, issus de la minorité zaïdite (une branche du chiisme), aux forces loyalistes fidèles au président Abd Rabbo Mansour Hadi. Comme l’explique Farea Al-Muslimi, spécialiste du Yémen au Centre Carnegie pour le Moyen-Orient, « le conflit était d’abord régional, politique, voire géographique, mais ce n’est que lorsque les houthistes ont pris la capitale que l’affrontement a pris une dimension religieuse ».

Les rebelles houthistes ont conquis en septembre 2014 Sanaa, la capitale, puis en mars 2015 Aden, la deuxième ville du pays, forçant le président à s’exiler en Arabie saoudite. Inquiètes de voir se développer une rébellion chiite à leur frontière sud, les autorités saoudiennes se sont alors engagées militairement le 26 mars au côté des loyalistes du président Hadi, en lançant des raids aériens et en fournissant matériel et troupes au sol, à la tête d’une coalition de neuf pays arabes. L’Arabie saoudite estime que l’Iran pourrait instrumentaliser les houthistes, comme il le fait avec le Hezbollah chiite au Liban.

En neuf mois, la guerre au Yémen a déjà provoqué six mille morts, vingt-huit mille blessés et deux millions cinq cent mille déplacés, selon l’Organisation des Nations unies (ONU), qui estime que 80 % des Yéménites ont besoin d’aide humanitaire.

Yémen, la guerre confessionnelle oubliée ?

Alors que le conflit semble bloqué, un cessez-le-feu avait été décrété le 15 décembre et des pourparlers de paix avaient été engagés en Suisse, dans un lieu tenu secret, pour la seconde fois depuis le mois de juin. Mais ces discussions, qui sont toujours restées indirectes, se sont terminées après cinq jours sans résultat concret.

Quant à la trêve, violée quasi quotidiennement depuis la mi-décembre, elle a officiellement pris fin le 2 janvier. Les représentants des forces loyalistes et des rebelles houthistes avaient prévu de se retrouver le 14 janvier, mais l’escalade diplomatique entre l’Arabie saoudite et l’Iran rend quasi impossible le succès de ce second round de négociations.

« Pour l’Iran comme pour l’Arabie saoudite, le Yémen est la nouvelle zone de front. C’est une guerre low cost, un endroit pour montrer ses muscles, explique Farea Al-Muslimi. La tension entre les deux pays va prolonger la guerre et amenuise les chances de solution politique. »

L’ambassadeur saoudien à l’ONU a tenté de rassurer en expliquant que la crise avec l’Iran n’aurait « aucun effet » sur les négociations concernant la Syrie et le Yémen. Il a ainsi dit espérer que les pourparlers de la mi-janvier soient « productifs » ajoutant cependant au passage que cela « dépendra de l’attitude des houthistes ».
L’enlisement dans la guerre civile au Yémen crée cependant une situation de chaos favorable à la prolifération de groupes terroristes. L’organisation Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA), principale branche de la nébuleuse Al-Qaida, a profité de la guerre pour renforcer son emprise dans le sud du pays. Des éléments de ce groupe ont notamment participé à la reprise d’Aden au côté des troupes loyalistes et étrangères. Ils y affirment depuis leur présence : le 4 janvier, un couvre-feu a été déclaré à la suite de violents combats.

AQPA est désormais concurrencée par l’organisation Etat islamique, qui a perpétré ses premiers attentats en mars contre des mosquées chiites, avant de s’attaquer à des cibles militaires et gouvernementales depuis octobre. Profitant du chaos ambiant, des groupes terroristes rivaux sévissent et s’affrontent sur le terrain, rendant la situation encore plus complexe.

L’organisation Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA), née de la fusion en 2009 des branches saoudienne et yéménite du réseau, avait profité de l’affaiblissement du pouvoir central en 2011, à la faveur de l’insurrection populaire contre l’ex-président Saleh, pour renforcer son emprise dans le sud et le sud-est du pays.

Dirigée depuis juin 2015 par le Yéménite Qassem Al-Rimi, qui a succédé à Nasser Al-Wahishi, tué dans une attaque de drone américain, AQPA axe ses opérations contre les houthistes mais a perdu du terrain en faveur du groupe Etat islamique (EI).

L’organisation Etat islamique (EI) a signé ses premiers attentats au Yémen en attaquant, le 20 mars, plusieurs mosquées fréquentées par des chiites à Sanaa (142 morts). Il a ensuite élargi ses opérations dans le Sud, qui était la chasse gardée d’AQPA. Il a revendiqué le 6 octobre quatre attaques suicides (15 morts) contre le siège du gouvernement et des sites militaires de la coalition arabe. Le 6 décembre, l’EI a également tué le nouveau gouverneur d’Aden, dans un attentat à la voiture piégée, quelques semaines seulement après son retour d’exil en Arabie saoudite.

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