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Publié par Bob Woodward

Le retour du Maroc en Afrique

Pour son grand retour dans l’UA, le Maroc compte sur le soutien de plusieurs pays « amis » mais aussi sur celui des pays comme le Ghana, la Libye ou encore la Zambie qui, jusque-là, étaient connus pour leur hostilité à l’intégrité territoriale marocaine.

Le roi Mohammed VI l’a dit dans sa lettre remise au président tchadien Idriss Déby Itno, président en exercice de l’Union africaine et qui évoque le retour du Maroc de l’Union africaine. « Cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé ». Qui sont les amis du Maroc dont parle le roi ?

Au lendemain de la demande du Maroc de réintégrer l’Union africaine, 28 pays ont signé une motion pour « réclamer la suspension des activités de la RASD » au sein de l’Union africaine. Les pays signataires de cette convention ont également réclamé que cette motion « soit considérée comme un document officiel » du sommet, et que celle-ci soit présenté à l’ensemble des membres de l’Union.

La motion a été adressée par le président gabonais, Ali Bongo, au nom du Bénin, du Burkina Faso, du Burundi, du Cap Vert, des Comores, du Congo, de la Côte d’Ivoire, de Djibouti, de l’Érythrée, du Gabon, de la Gambie, du Ghana, de la Guinée, de la Guinée-Bissau, de la Guinée-Equatoriale, du Liberia, de la Libye, de la République centrafricaine, de la République Démocratique du Congo, du Sao Tomé-et-Principe, du Sénégal, du Seychelles, de Sierra Leone, de la Somalie, du Soudan, de Swaziland, du Togo et de la Zambie.

Parmi ces pays, on remarque l’évolution de la position de la Zambie, de la Libye ou encore du Ghana, « un pays membre historique et influent de l’UA qui soutenait la pseudo-RASD » a fait remarquer Nasser Bourita, le ministre délégué aux Affaires étrangères dans un entretien publié le 20 juillet dans le quotidien Aujourd’hui le Maroc. La Zambie avait officiellement retiré sa reconnaissance de la RASD neuf jours plus tôt lors d’une rencontre entre Nacer Bourita et le Chef de la diplomatie zambienne, Harry Kalaba.

Toutefois, la liste des 28 pays est loin d’être représentative. « Dix à douze autres pays africains restants apporteront leur appui à la motion » avait souligné une source diplomatique à notre confrère Médias 24. Non signataires de la motion pour des raisons diverses, certains ne sont pas moins des soutiens pour le Maroc. Ces pays qui « épousent la même position que la Maroc » mais qui « pour des intérêts liés à leur politique intérieure ou à des considérations géopolitiques » n’ont pas signé cette motion, nous indique El Hassan Boukantar, professeur des relations internationales à l’Université Mohammed V de Rabat.

Parmi ces pays figurent la Tunisie, le Niger et le Mali « qui partagent les frontières avec l’Algérie » ajoute t-il, précisant que le Maroc peut également « compter sur l’Égypte », pays frontalier avec la Libye et qui « tout comme la Tunisie et le Mali, connaît des problèmes internes ».

La Tunisie « a une frontière commune avec l’Algérie mais aussi avec la Libye, dont la situation est chaotique . Elle est donc tiraillée entre les deux pays et a donc peur des représailles », nous précise t-il.

Sans surprise, on note l’absence de plusieurs pays de l’Afrique de l’Est et centrale dans la liste des signataires de la motion réclamant la suspension de la RASD, ces pays étant connus pour leur position hostile au royaume. Il s’agit, entre autres, de l’Éthiopie, du Mozambique, ou encore de la Tanzanie. « Le Maroc a ouvert une dynamique qui marque un début de rapprochement avec  ces pays qui crée de nouvelles réalités, mais le processus demande de la patience », nous explique Al Hassan Boukantar.

Le Maroc a lancé depuis le début d’année 2016 une vaste offensive diplomatique dans ces pays qui marque la volonté du royaume de s’établir dans des zones où le front indépendantiste est basé. En témoignent l’ouverture de nouvelles ambassades au Rwanda, au Kenya, en Tanzanie et au Mozambique, mais aussi la nomination de nouveaux ambassadeurs dans plusieurs pays d’Afrique.

On note également la tournée africaine de la diplomatie marocaine quelques jours avant le sommet de l’UA. Salaheddine Mezouar a ainsi visité cinq États africains en une semaine, parmi lesquels l’Éthiopie et le Soudan, alors que le directeur du pôle DGSN-DST, Abdellatif Hammouchi, et le patron de la Direction générale des études de la documentation (DGED), Mohamed Yassine Mansouri se sont rendus, le 6 juillet, au Rwanda pour y rencontrer le président rwandais Paul Kagame. Ce dernier s’était déjà rendu au Maroc à la fin du mois de juin à l’invitation du roi Mohammed VI.

 

Le retour du Maroc en Afrique

« Il n’y a au plus que seize pays en Afrique qui reconnaissent officiellement la RASD » nous indique de son côté Khalid Chegraoui, professeur à l’Institut des études africaines de l’Université Mohammed V de Rabat. Parmi ces pays, on retrouve l’Algérie le Nigeria et l’Afrique du sud.

Tout comme c’est le cas avec les pays qui soutiennent le Polisario, le royaume veut se rapprocher de ces trois pays. Le passage hautement symbolique de Bourita et Mansouri à Alger le 15 juillet, la nouvelle ère économique entre le Maroc et le Nigeria avec le séminaire économique « Morocco-Nigeria, Bridging the Synergies » qui s’est ouvert le 19 juillet, mais aussi le projet de l’OCP au Nigeria  salué par le président Muhammadu Buhari, sont autant d’actions menées par le Maroc dans ce sens. Le changement d’ambassadeurs en Algérie, au Nigeria et en Afrique du sud révèle également la volonté de la diplomatie marocaine d’être plus impliquée auprès des acteurs du fameux axe Alger-Abuja-Pretoria.

« Le Nigeria est parmi les trois, le pays qui est le plus réceptif à la position du Maroc », nous indique El Hassan Boukantar.

« La Mauritanie et le Maroc entretiennent des tensions depuis quelques mois, qui ont malheureusement rapproché la Mauritanie de l’Algérie. L’absence de la Mauritanie de la liste était dont prévisible », regrette El Hassan Boukantar.

Le froid diplomatique entre Nouakchott et Rabat remonte à juin après que la Mauritanie avait refusé de renouveler le permis de travail d’une douzaine de cadres marocains, de l’opérateur téléphonique mauritanien Mauritel, détenu à 51 % par Maroc Telecom.

Une position nuancée par Khalid Chegraoui qui, lui, qualifie la situation de la Mauritanie d’« un peu spéciale ». « Elle n’abrite pas une représentation du Polisario même si elle est proche de l’entité et malgré les tensions, je ne pense pas qu’elle sera contre le retour du Maroc dans l’UA parce que le royaume reste un allié stratégique pour elle », a-t-il indiqué. Cette ouverture sur des pays africains, qui sortent de l’espace vital traditionnel du royaume sur le continent, contribue à compenser l’absence de Rabat dans les organes de l’Union africaine. Elle offre au Maroc des occasions de marquer sa présence sur le continent grâce aux leviers de l’économie et de l’investissement dans certaines capitales reconnaissant toujours la « RASD », telles Acra, Addis-Abeba, et Kigali. Il ne faut pas s’attendre à ce que ces Etats changent brusquement leurs positions vis-à-vis du Sahara occidental mais le processus est déjà enclenché. La décision de la Zambie de rompre avec la « RASD » a nécessité cinq ans de réflexion.

Le retour du Maroc en Afrique

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