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Publié par Bob Woodward

La Tunisie, supermarché de la drogue ?

Cannabis, Ecstasy, Cocaïne, amphétamines, Kétamine, LSD, commerce de Parkizol, Subutex et Temesta… en Tunisie, s’approvisionner en psychotropes est aussi facile que d’aller chez le boulanger. Avec des prix qui fluctuent comme à la bourse, l’usage des drogues en Tunisie s’est amplifié ces dernières années et son trafic s’est nettement fluidifié. De quoi offrir une grande facilité d’achat pour les consommateurs habituels, tout comme pour les occasionnels. Les 24 ans d’application inique de la loi 52 relative à la lutte contre les stupéfiants n’ont fait qu’aggraver ce phénomène qui touche toutes les catégories sociales et tous les âges.

Géographiquement, la Tunisie est bordée au nord et à l’est par la mer méditerranée sur une longueur de 1298 km de côtes. A l’ouest, la Tunisie est bordée par l'Algérie avec 965 kilomètres de frontière commune et au sud-est par la Libye avec 459 km de frontière. Ce rappel de la superficie côtière de la Tunisie a pour objectif de mettre en exergue la géopolitique et l’itinéraire des drogues en Tunisie. En abordant le sujet de la source d’approvisionnement, un fournisseur de drogue occasionnel en Tunisie nous explique que « les possibilités s’offrant à un dealer potentiel pour s’approvisionner en drogue dans un objectif de revente sont infinies ». Notre source nous révèle les données suivantes : Pour la Kétamine (anesthésique principalement utilisé dans la pratique vétérinaire), l’approvisionnement se faisait auparavant auprès des pharmaciens et vétérinaires. Cependant, le trafic de Kétamine a été mis à jour par la brigade des stupéfiants en Tunisie. Les flocons de cet anesthésiant nous viennent donc désormais de Lybie. Le prix à la vente varie entre 70 et 100 dinars pour le petit flocon. Le grand flocon se vend, quant à lui, à 250 à 300 dinars.

Pour ce qui est de l’ecstasy, ou MDMA, l’achat à la source équivaut à 25 dinars lors de la revente durant les festivals de musique elle est payée à 35 à 40 dinars et peut même atteindre les 50 dinars en fin de soirée.

La cocaïne, qui est la drogue la moins accessible de toutes, se vend à 200 dinars le gramme et se revend avec une marge de 50 à 100 dinars soit à un prix variant entre 250 à 300 dinars.

Pour le cannabis, drogue de prédilection de toute une frange de la population, l’achat se fait en gros, le prix de la plaquette varie de 500 à 900 dinars. Ensuite, vient l’opération de découpage artisanal de la zatla en barrettes. Elle se revend à 10, 20, 50 dinars selon le poids. La qualité de la marijuana varie selon le lieu d’où elle provient.

Le LSD, puissant psychotrope hallucinogène, se vend sous forme de timbre. Son prix varie de 40 à 50 dinars pour le consommateur.

« C’est la nouvelle drogue en vogue en Tunisie. La découverte des drogues en Tunisie se fait à une vitesse fulgurante, le commerce est florissant », nous révèle cette source.


Les zones côtières de Kélibia, Bizerte et Haouaria sont, d’après les informations récoltées, les lieux de réception de cette marchandise appellé « Sel3et B7ar » [ndlr : marchandise de la mer]. Elle sous-entend que d’autres trafiquants les ont lancés à la mer pour s’en débarrasser. Les marins sont les récupérateurs de cette marchandise et se transforment alors en receleurs de drogues. C’est en cela qu’ils deviennent le maillon indispensable de ce trafic. A côté de cette marchandise issue de la mer, une autre, terrestre et provenant des zones frontalières, est réceptionnée en Tunisie via les villes de Kasserine, du Kef ainsi que d’autres zones frontalières. La marchandise provient initialement d’Algérie et de Libye. Il apparait également, selon l’enquête menée, que la capitale, mais aussi Sousse et Nabeul, sont les villes les mieux desservies en drogues.

Sur la densité de ce marché parallèle depuis la révolution de 2011, il apparait clairement que le marché s’est fluidifié, qu’il s’est accentué et que la demande n’a fait qu’accroitre. Avec l’apparition des festivals de musique électronique en Tunisie et répondant à la demande d’une jeunesse de plus en plus demandeuse en sensations fortes, le marché s’est considérablement développé. Cette demande existait déjà du temps du régime politique de Zine El Abidine Ben Ali mais était réservée à une certaine élite du monde de la nuit. Ce qui est observé, aujourd’hui, c’est la fulgurante ascension de cette demande et sa démocratisation. Se procurer des psychotropes reste, largement, une question de réseau et de contacts, en Tunisie comme ailleurs.

Le ministère de l’Intérieur tunisien est très actif en matière de démantèlement des réseaux de contrebandes de drogues, comme le prouve sa page Facebook officielle. Il suffit d’aller y jeter un œil pour répertorier les descentes successives effectuées par les différentes brigades. La dernière en date est celle du 4 octobre 2016, où les forces de sécurité ont fait une descente aux abords d’un lycée qui s’est soldée par l’arrestation de 2 individus en moto. Ces 2 individus, qui étaient déjà recherchés par les services de police, étaient spécialisés dans la vente de drogues aux abords des lycées et collèges.

Au Kef, à Dahmani le 21 septembre 2016 toujours aux abords d’un lycée, un réseau de trafic de cannabis, destiné aux collégiens et lycéens, a été démantelé.

La police a alors arrêté 3 membres de ce réseau vendant de la drogue aux mineurs dans les collèges et lycées de la région. Ils avaient en leur possession 14 barrettes de cannabis qu’ils s’apprêtaient à couper en petits bouts avant de les revendre aux élèves.

Le 26 septembre 2016, un policier à la retraite a été arrêté en possession de 80 kg de cannabis à Meknassi dans le gouvernorat de Sidi Bouzid.

C’est suite à l’arrestation de petits revendeurs de cannabis à Tunis, que la brigade des stups a pu remonter jusqu’à l’agent de la Garde nationale à la retraite et dont le ministère public a permis la perquisition.

La Tunisie, supermarché de la drogue ?

En matière de législation, la loi 52, relative à la consommation du cannabis, a broyé et broie encore la jeunesse tunisienne. Ses méfaits ont fait l’objet d’un reportage diffusé le 19 mai 2016 sur El Hiwar Ettounsi dans le cadre de l’émission « Le 8ème jour » présentée par Hamza Belloumi. Le chiffre de 8000 prisonniers, dont 74.6% auraient moins de 30 ans, a été avancé. Durant le reportage, un dealer a été interviewé, il a indiqué que son fonds de commerce principal provient de l’argent de poche des jeunes lycéens et collégiens. Il a ajouté qu’il a purgé sa peine de prison et qu’à sa sortie du pénitencier, son réseau s’est largement élargi lui permettant de faire prospérer son commerce.

A propos des amnisties présidentielles à répétition : Seraient-elles un aveu d’échec de cette loi ?Le 13 janvier 2016 a l’occasion du 5ème anniversaire de la révolution, le chef de l’Etat Béji Caïd Essebsi a amnistié 1609 prisonniers, dont 885 condamnés pour consommation de stupéfiants. Le 7 avril 2016, nouvelle amnistie du chef de l’Etat en faveur de 1000 prisonniers parmi eux des condamnés dans des affaires de consommation de cannabis. Le 9 septembre 2016 à l’occasion, cette fois-ci, de l’Aid el Idha248 détenus pour consommation de drogues ont été amnistiés.


Depuis la révolution de 2011 la drogue s’est donc démocratiséealors qu’elle était le privilège d’une certaine catégorie de la population la voilà aujourd’hui à la portée de tous, dans les quartiers populaires comme dans les quartiers les plus huppés. Sa fulgurance est intimement lié à la crise économique, sociale, identitaire, crise de nos valeurs, elle concerne également une envie d’évasion à n’importe quel prix.Les échecs politiques dans la prévention de ce fléau démontrent que les peines pénales administrées aux consommateurs n’ont pas mené à des résultats satisfaisants, bien au contraire. La répression outrancière vis-à-vis de ces consommateurs a favorisé la corruption dans des prisons que nous savons surpeuplées. Sachant qu’il est possible d’échapper à la sanction pénale, plus communément appelé « 3am ou Vespa » [un an et 1000 dt d'amende] en corrompant un policier, cette politique répressive se poursuit malgré son échec cuisant.

La lutte contre les substances psychotropes nécessiterait une nouvelle forme de gouvernance car le profit tiré du commerce illicite de drogue est un puissant moyen de corruption, cette même corruption qui sabote et ébranle nos institutions. L’Etat ne doit plus abdiquer sur cette question.Selon des statistiques fournies par l’Association tunisienne de prévention contre la toxicomanie (ATUPRET), les 100 mille consommateurs de cannabis dont les médias parlent le plus souvent ne seraient que la partie visible du fléau de la toxicomanie qui affecte une communauté de jeunes beaucoup plus nombreuse qu’elle estime à 200 mille.

Au total, si on croit l’Association, la Tunisie compte, aujourd’hui 300 mille accros.

Les consommateurs sont en totalité des adolescents et des jeunes: 57% des consommateurs sont âgés entre 13 et 18 ans et 36% entre 19 et 25 ans. Quelque 8000 consommateurs condamnés à des peines de prison en vertu de la loi 52 pénalisant la toxicomanie et dont on célèbre cette année le 24ème anniversaire. Les détenus sont à hauteur de 74,6% âgés de moins de 30 ans.

Les drogues consommées sont le cannabis -communément appelée Zatla- et des comprimés: le parksol, l’aqualine, tranxène, l’Artal (Parksol), temesta, subitex, ketamine (drogue chevaline), cocaïne….

A l’exception de la Ketamine (40 à 50 DT), la Cocaine (+ de 120 DT), la Subutex (30 à 120 DT), les autres drogues sont à la portée des jeunes qui les achètent à 4 DT en moyenne l’unité (le comprimé). Et pour ne rien oublier quelque 20 000 accros se piquent.

Face à ce fléau qui ronge une partie de la jeunesse tunisienne, le gouvernement ne se démène pas beaucoup pour encadrer les accros. Et dire que lors des dernières élections, les responsables de Nidaa Tounès et Afek Tounés avaient courtisé ce filon électoral et lui ont promis la révision de la loi 52, dès leur arrivée. Aujourd’hui, les arrivistes sont arrivés et les promesses ne sont pas tenues.

La Tunisie, supermarché de la drogue ?

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