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Publié par Bob Woodward

La bataille de Mossoul, nouvelle stratégie de la coalition pour abattre Bachar ?

Daech est en train de perdre une partie des territoires qu’il occupait en Syrie, en Irak et en Libye. La ville de Syrte est tombée aux mains des forces gouvernementales libyennes. Le califat autoproclamé en juin 2014 par les djihadistes à cheval sur l’Irak et la Syrie a été quasiment réduit de moitié. Début octobre, le groupe État islamique (EI) ne contrôlait plus qu’un peu plus de 65 000 km² en Irak et en Syrie, soit l’équivalent en superficie de la région Auvergne Rhône-Alpes, selon le cabinet britannique IHS Conflict Monitor. Mais le recul des djihadistes sur le terrain se mesure surtout lorsqu’ils perdent des villes et des routes stratégiques.
Des ponts minés

En août dernier, Daech a été chassé par les Kurdes de la ville de Manjib, un de ses bastions dans le Nord-Est de la Syrie. L’EI a perdu en même temps son dernier accès à la frontière avec la Turquie, par où passaient les combattants étrangers, des armes et des munitions.

Daech se prépare maintenant à la perte de Mossoul, dans le Nord de l’Irak. L’assaut contre la plus grande ville contrôlée par le califat semble imminent, même s’il est annoncé depuis plusieurs mois déjà. L’armée irakienne et la coalition internationale dont fait partie la France veulent lancer l’offensive avant la fin de l’année, en profitant de l’affaiblissement des forces djihadistes, attaquées de toute part. La bataille pour la deuxième agglomération d’Irak qui compte 1,5 million d’habitants risque d’être féroce. Les combattants de Daech ont recruté des kamikazes et truffé d’explosifs les cinq ponts de la ville, prenant la population en otage.

En abandonnant ses villes, l’EI perd aussi une grande partie de ses sources de financement. Certains experts estiment que Daech a été privé ces derniers mois de la moitié de ses combattants et d’un tiers de ses revenus. S’ils sont chassés de Mossoul, les djihadistes se replieront sur Raqqa, la « capitale » de leur califat en Syrie.

Des experts prédisent cependant une défaite militaire totale du califat et la perte de tous ses territoires d’ici la fin 2017. Ils pensent que les derniers combattants de Daech pourraient alors se reconvertir dans des opérations terroristes et une sorte de guérilla urbaine.

« Même si l’organisation perd son califat en Irak et en Syrie, cela ne signifie pas la fin de Daech », explique Fawaz Gerges, professeur de sciences politiques à la London School of Economics et auteur d’un livre en anglais sur l’histoire de l’État islamique. « Daech n’a pas seulement parlé de califat. Il l’a créé et il a ainsi donné de la force au djihadisme global. Le modèle du califat risque de nourrir l’imaginaire des djihadistes pendant encore de nombreuses années. » L’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic y voit « une menace à court terme » pour la France où il s’attend à « des rentrées massives de djihadistes ».

Les services spéciaux américains et saoudiens sont convenus d'assurer pour les extrémistes de l'État islamique (EI, Daech) et pour leurs familles une sortie en toute sécurité de Mossoul (Irak) avant son assaut par les forces de la coalition internationale.
Le président américain Barack Obama a décidé de procéder à l'opération de libération de Mossoul en octobre. Au moment de l'assaut, l'aviation de la coalition ne frapperait que des bâtiments dans la ville, qui seraient vides, préalablement convenus avec les terroristes, a indiqué une source militaire et diplomatique russe. Selon lui, le plan des États-Unis et de l'Arabie saoudite prévoit également que les rebelles se déplacent de Mossoul à la Syrie pour attaquer les villes contrôlées par les troupes gouvernementales. « Plus de 9 000 militants de Daech seront déployés de Mossoul dans les régions orientales de la Syrie pour procéder à une offensive majeure qui impliquerait la prise de Deir ez-Zor et de Palmyre », a ajouté la source. Les réussites russes en Syrie ont incité les États-Unis à acheminer les extrémistes de Mossoul vers la Syrie. « L'autre but de cette opération sera, évidemment, de discréditer les réussites des forces aérospatiales russes et, bien sûr, c'est une tentative de saper les positions du président Bachar el-Assad. Washington a besoin de quelque chose à opposer aux résultats de la Russie en Syrie, pour tenter de minimiser leur importance », a affirmé la source. Selon elle, le médiateur et le garant de l'accord avec les terroristes sur leur sortie en toute sécurité de Mossoul est représenté par la direction du service de renseignement d'Arabie saoudite. La source a également souligné qu'une opération similaire avait déjà eu lieu en juin dernier, lors de la libération de la ville irakienne de Falloujah.Les frappes de drones éliminent les chefs de l'EI figurant sur la « kill list » de la coalition. Dernier en date : le ministre de l'Information de l'organisation terroriste.

 

La bataille de Mossoul, nouvelle stratégie de la coalition pour abattre Bachar ?

Comme d'autres chefs de l'Etat islamique, Mohammed al-Furqan avait une place de choix tout en haut de la « kill list » des militaires américains. Et sa mort, déjà annoncée par Washington, a été confirmée lundi par l'organisation djihadiste. Tué par une frappe de drone début septembre, près de Raqqa, en Syrie, Al-Furqan était le « ministre de l'Information » : il supervisait une partie de la production des fameux films de propagande ultraviolents, parfois tournés sur un mode hollywoodien, et s'occupait de certaines vidéos de torture et d'exécution relayées sur les réseaux sociaux.

Al-Furqan était l'adjoint de Mohammed al-Adnani, « le ministre des Attentats », celui qui avait appelé à frapper les Français « par tous les moyens », lui-même abattu, le 30 août dernier par une frappe de la coalition.

Depuis que les responsables du Pentagone ont décidé de mettre en place leur programme d'élimination ciblée, en 2015, plus d'une quarantaine de dirigeants ou de figures emblématiques du groupe Etat islamique en Irak et en Syrie ont trouvé la mort. Parmi eux, Jihadi John, le bourreau anglais de Daech, celui qui a décapité les otages occidentaux. Mais également Omar al-Chichani, le redoutable chef militaire venu de Tchétchénie, Abou Salah, le trésorier de l'organisation, Fadhil Ahmad al-Hayali, considéré comme le numéro deux lors de sa mort en 2015, Abdel Rahmane al-Qadouli, commanditaire de plusieurs attentats importants et responsable des finances du groupe. Ou encore Basim Mohammed Sultan al-Bajari, ministre adjoint de la Guerre, et Talib al-Hamdumi, l'un des principaux commandants militaires de Mossoul, la deuxième ville d'Irak. Une hécatombe.

Tout se décide aux Etats-Unis, à des milliers de kilomètres de la Syrie et de l'Irak. Et plus précisément au sein de l'état-major du Joint Special Operations Command (JSOC), un organisme ultrasecret chargé de coordonner les unités des forces spéciales sur le terrain. Les chefs de l'EI sont traqués avec tous les moyens de renseignement disponibles : reconnaissance vocale (identification de la voix), suivi des communications, écoutes en tous genres, informateurs sur le terrain. Une fois repérés, les drones Predator MQ-1 et MQ-9 Reaper, équipés de missiles antichars, entrent en action avec une efficacité redoutable.

Déjà privée d'une partie de ses ressources — notamment pétrolières —, l'EI a ainsi perdu une dizaine de compagnons de route du « calife » Abou Bakr al-Baghdadi. Des leadeurs de premier plan dont certains l'entouraient directement au sein de la « choura » (le haut conseil) du groupe. Un coup évidemment très rude pour l'organisation terroriste. « Ces éliminations ont eu un effet réel sur le terrain. L'efficacité militaire n'est plus la même et la production médiatique est en chute libre, d'un point de vue qualitatif et quantitatif », constate Wassim Nasr, spécialiste des mouvements djihadistes à France 24. Ce qui ne veut pas dire que Daech va s'écrouler du jour au lendemain. Que ce soit en Afghanistan, au Yémen ou au Sahel, les frappes de drones n'ont jamais éradiqué d'un coup le terrorisme.

« Les chefs de l'EI savent que leur durée de vie est limitée. Pour leurs militants, ils meurent en héros, pas dans leur lit. Par ailleurs, la relève est rapidement désignée. La disparition des leadeurs permet à une autre génération d'émerger, même si elle n'a évidemment pas la même expérience », explique encore Wassim Nasr. L'organisation Etat islamique s'apprête désormais à livrer deux batailles cruciales : à Mossoul (Irak) puis à Raqqa (Syrie). Les combats s'annoncent féroces. Daech est touché mais pas coulé.

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