Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Dabiq, l'apocalypse de la terreur

Des rebelles syriens, soutenus par des tanks et des avions turcs, ont annoncé, dimanche 16 octobre, avoir pris le contrôle de Dabiq, une ville proche de la frontière turque, qui était jusqu’à présent aux mains de l’organisation Etat islamique (EI). Cette prise a été confirmée par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Située au nord-est d’Alep et à une dizaine de kilomètres de la frontière turque, Dabiq est présentée par l’EI comme le site de l’ultime bataille avant l’apocalypse entre musulmans et « infidèles » et a donné son nom à l’un des principaux organes de propagande du groupe. Ahmed Osman, qui dirige un des groupes armés rebelles ayant participé à l’opération militaire, a dit à Reuters que la ville voisine de Soran était également sous leur contrôle. Al-Jazira a confirmé que d’autres villes à proximité de Dabiq étaient désormais sous contrôle rebelle.

L’agence de presse officielle turque Anadolu a dit que 9 soldats rebelles ont été tués et 28 blessés dans les combats de samedi. Des sources au sein des services de sécurité ont indiqué à l’agence que les opérations vont se poursuivre pour sécuriser les alentours et empêcher que des djihadistes encore dans la ville puissent s’échapper.
Une ville cruciale à des fins de propagande

Selon l’OSDH, les djihadistes avaient mis plus de 1 200 soldats à la défense de cette ville moins stratégique que cruciale à des fins de propagande. Mais face à l’avancée des troupes rebelles, l’EI avait commencé à prendre ses distances avec Dabiq, estimant par avance que cet assaut n’était pas la bataille finale et prophétique tant attendue.

Presque au même moment, des médias turcs annoncaient que plusieurs kamikazes s’étaient fait exploser dans la ville turque de Gaziantep, tuant trois policiers. L’attentat n’a pas été revendiqué. Gaziantep, ville proche de la Syrie, a été visée fin août par un attentat attribué à l’organisation Etat islamique qui a fait 54 morts.

La prise de Dabiq s’inscrit dans le cadre de l’opération « Bouclier de l’Euphrate », lancée le 24 août par la Turquie et ses alliés parmi les groupes rebelles syriens avec un double objectif : repousser les djihadistes de la zone frontalière et empêcher les Kurdes syriens d’étendre les territoires sous leur contrôle dans le nord de la Syrie. Malgré la perte de Dabiq, l’EI contrôle toujours en Syrie la plus grande partie du bassin de l’Euphrate.

La violence extrême du monstre djihadiste tient largement aux convictions apocalyptiques de nombre de ses recrues. Ce monstre a réussi à imposer au monde entier l’appellation qu’il s’est choisie d’Etat islamique (EI), alors qu’il n’est pas un Etat, mais une machine de guerre, et que sa doctrine totalitaire menace avant tout les musulmans.

A la différence d’Al Qaeda, la base de l’EI, à défaut de sa hiérarchie, est portée par des croyances millénaristes à l’impact dévastateur.

On a désormais des dizaines de témoignages de «  volontaires  » étrangers de l’EI qui révèlent leur angoisse, mais aussi leur exaltation à l’approche de la fin des temps. Le «  pays de Cham  », cette Grande Syrie des géographes, est en effet, tout comme l’Irak, la terre privilégiée de l’accomplissement de ce type de prophéties.

L’Ultime Bataille, celle qui verra dans un effroyable bain de sang la victoire des Fidèles, y sera menée. Une telle apocalypse de la terreur est évoquée comme imminente sur les réseaux sociaux. C’est même un argument martelé pour inciter à rejoindre sans tarder les troupes du «  calife  » Baghdadi, car la participation à cette Bataille vaudra mille combats moins auréolés de gloire eschatologique.

Cette redoutable collusion entre la technologie moderne et les superstitions les plus obscurantistes est encore mieux illustrée par le titre même du magazine de l’EI en langue anglaise. Cet organe de propagande s’appelle en effet Dabiq. Il a vite supplanté dans les rédactions occidentales la publication Inspire d’Al Qaeda pour la péninsule arabique (AQPA), la branche yéménite d’Al Qaeda.

Dabiq comme Inspire avant lui offrent en effet l’avantage de fournir sans filtre linguistique des éléments que l’on croit précieux pour la compréhension de la mouvance djihadiste. Tout en mettant en garde contre le danger de telles publications, les journalistes qui leur consacrent des articles assurent ainsi le relais des thèses djihadistes.

Le même phénomène d’écho s’est produit avec les vidéos de massacres diffusées par l’EI, et reprises dans le monde entier avec les avertissements d’usage.

Dabiq, l'apocalypse de la terreur

Mais revenons à Dabiq qui, à la différence de Inspire, est un titre un peu obscur. Dabiq est physiquement une localité du nord de la Syrie, enjeu de combats acharnés entre les révolutionnaires anti-Assad et les djihadistes de l’EI.

Les partisans de Baghdadi, qui en avaient été expulsés au début de 2014, ont repris à la mi-août 2014 le contrôle de cette localité stratégique sur la route entre Alep et la Turquie, alors que l’attention du monde entier était concentrée sur le nord de l’Irak.

Au-delà de cet enjeu militaire, Dabiq est mentionnée dans une tradition prophétique particulièrement populaire chez les djihadistes comme le théâtre de la bataille décisive entre les musulmans et les «  Roum  », littéralement les Romains, en fait les Byzantins (au temps de Mohammed). Les «  Roum  » sont aujourd’hui dans la propagande djihadiste les «  Croisés  » et les Occidentaux en général.

Voici la traduction libre que je vous propose de ce «  hadith  » (tradition) de Dabiq, tirée de la compilation dite «  authentique  » (Sahih) d’Abou al-Hussein Muslim, un des traditionnistes les plus respectés au IXe siècle. Je précise que ce «  hadith  » a été cité fréquemment dans les discours djihadistes, y compris par Abou Moussab al-Zarqaoui, le mentor de Baghdadi, tué dans un bombardement américain en Irak en 2006.

    «  L’Heure dernière n’arrivera pas avant que les Byzantins n’attaquent Dabiq. Une armée musulmane regroupant des hommes parmi les meilleurs sur terre à cette époque sera dépêchée de Médine pour les contrecarrer. Une fois les deux armées face à face, les Byzantins s’écrieront  : “Laissez-nous combattre nos semblables convertis à l’islam.”

    Les Musulmans répondront  : “Par Allah, nous n’abandonnerons jamais nos frères.”

    Puis la bataille s’engagera. Un tiers s’avouera vaincu  ; plus jamais Allah ne leur pardonnera. Un tiers mourra  ; ils seront les meilleurs martyrs aux yeux d’Allah. Et un tiers vaincra  ; ils ne seront plus jamais éprouvés et ils conquerront Constantinople. »

Les Byzantins sont donc les Infidèles au sens large et Constantinople la ville qui sera la cible de la terreur des Fidèles (je vous laisse choisir une cité européenne).

Les Byzantins modernes viendront traquer les volontaires djihadistes, que Baghdadi refusera de livrer, d’où l’affrontement. La Médine de 2014 est Mossoul où le «  califat  » de l’EI a été proclamé en juin 2014.

Dabiq, l'apocalypse de la terreur

Commenter cet article