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Publié par Bob Woodward

Shekau, le terroriste qui défie la mort ?

Annoncé gravement blessé dans une frappe aérienne fin août, Abubakar Shekau est bien vivant. Dans une vidéo publiée samedi, le chef de Boko Haram s'est déclarée «en bonne santé». «Vous avez dit sur les réseaux sociaux m'avoir blessé ou m'avoir tué», «mais je suis heureux, en bonne santé et en sécurité. Je vais parfaitement bien», lance Shekau aux autorités nigérianes, entouré de deux combattants en armes.Dans la foulée, l'armée nigériane l'a qualifié de "fou" et de "malade mental", répliquant à ses provocations en annonçant la mort de 22 jihadistes de Boko Haram dans un raid lancé dimanche.

La réponse ne s’est pas faite attendre. Dimanche, l’armée nigériane a répliqué aux déclarations tapageuses du leader de Boko Haram, Abubakar Shekau, apparu dans une vidéo diffusée dans la nuit de samedi à dimanche. Ce dernier, annoncé mort ou grièvement blessé par le gouvernement d’Abuja depuis un raid aérien lancé le 23 août dernier, a longuement provoqué le président nigérian Muhammadu Buhari et poursuivi son retour médiatique sur le devant de la scène : « Vous avez dit sur les réseaux sociaux m’avoir blessé ou m’avoir tué », lance Shekau dans une vidéo d’une quarantaine de minutes, diffusée sur Youtube. « Mais je suis heureux, en bonne santé et en sécurité. Je vais parfaitement bien. »

Face à cet affront, l’armée se devait de réagir. Elle l’a donc fait en deux temps. D’abord, par voie de communiqué, en réagissant aux déclarations de Shekau. Le porte-parole de l’armée, le colonel Sani Usman, n’a pas mâché ses mots puisqu’il a tout simplement qualifié ce dernier de « malade mental » et de « fou » : « Il tente de nier le raid aérien conduit par la Nigerian Air Force, dans lequel il a été blessé. Mais cette vidéo prouve une fois encore que le chef de cette faction terroriste est mentalement dérangé », a déclaré l’officier.

Dans la foulée, plusieurs hommes armés ont attaqué un poste de l’armée dans l’État de Borno, fief de Boko Haram. Les soldats ont répliqué, faisant 22 morts parmi les assaillants, selon Sani Usman : « Nos militaires ont riposté efficacement en tuant 22 combattants », a-t-il commenté sobrement.

Abubakar Shekau, à la tête de Boko Haram depuis 2009, se faisait très discret ces dernières années. Mais depuis un mois, il multiplie les apparitions et les prises de parole. Une stratégie médiatique destinée à affirmer son emprise sur le groupe jihadiste, alors que le groupe Etat islamique (EI), auquel Boko Haram a prêté allégeance en mars 2015, a en effet officiellement désigné début août 2016 un nouveau chef de l’organisation, Abou Mosab Al Barnaoui.

Le 4 août, au lendemain de cette annonce dans l’hebdomadaire de l’EI, Shekau a diffusé un message audio pour assurer qu’il était « toujours là ». Dix jours plus tard, plusieurs lycéennes de Chibok, enlevées il y a plus de deux ans, réapparaissaient dans une vidéo postée sur Youtube.

A la mi-septembre, à l’occasion des célébrations de la fête musulmane de l’Aïd, et après l’annonce du raid de l’armée, des centaines de villageois, imams et combattants apparaissaient dans une autre vidéo pour rappeler que « le califat islamique était toujours sous le contrôle d’Abubakar Shekau ».

La bataille interne pour contrôler le mouvement jihadiste se traduit sur le terrain dans des combats comme à Monguno, dans l’Etat du Borno, début septembre, où plusieurs combattants de la faction de Shekau ont été tués par leurs rivaux. Mais elle se fait aussi par une guerre de propagande.

L'armée avait assuré le 23 août l'avoir ciblé avec ses proches combattants lors d'un raid aérien dans son fief, la forêt de Sambisa, dans le nord-est du pays, et l'avoir «grièvement blessé à l'épaule». Dans cette nouvelle vidéo d'une quarantaine de minutes diffusée sur Youtube, Shekau apparaît souriant et provocateur, et menace directement le président nigérian Muhammadu Buhari.

A la tribune des Nations Unies à New York vendredi, celui-ci a demandé l'aide de la communauté internationale pour répondre à la crise humanitaire catastrophique dans le nord-est du Nigeria, où 50 000 enfants de moins de cinq ans pourraient mourir de faim d'ici la fin de l'année. Buhari a également demandé à l'ONU de le soutenir dans les négociations pour libérer les 218 lycéennes de Chibok kidnappées il y a plus de deux ans et toujours aux mains de Boko Haram. «Nous ne ramènerons pas vos filles. Si vous voulez que l'on vous rende vos filles, rendez-nous nos frères», menace Abubakar Shekau dans cette nouvelle vidéo, en parlant de ses militants emprisonnés.

Shekau, le terroriste qui défie la mort ?

A la tête de Boko Haram depuis 2009, Shekau n'apparaissait que très rarement sur des vidéos ces dernières années. Pourtant, depuis un mois, ses déclarations - audio ou vidéo - sont plus fréquentes. Cette présence médiatique accrue fait suite à la remise en cause de son leadership. L'Etat islamique (EI), à qui Boko Haram a prêté allégeance en mars 2015, a en effet désigné début août 2016 un nouveau chef de l'organisation, Abou Mosab Al Barnaoui.

Le 4 août, au lendemain de cette annonce dans l'hebdomadaire de l'EI, Shekau a diffusé un message audio pour assurer qu'il était «toujours là». Dix jours plus tard, plusieurs lycéennes de Chibok réapparaissaient dans une vidéo postée sur Youtube, et sa date de diffusion n'était pas un hasard, selon les experts. «Cette vidéo est ouvertement liée à la décision de l'EI de remplacer le leader Shekau par Barnaoui. C'est aussi un message au gouvernement nigérian pour leur dire que même s'il (Shekau) a été remplacé, c'est toujours à lui qu'ils ont à faire», analysait alors Kyle Shideler, de Center for Security Policy.

Mi-septembre, à l'occasion des célébrations de la fête musulmane de l'Aïd, et après l'annonce du raid de l'armée, des centaines de villageois, imams et combattants apparaissaient dans une autre vidéo pour rappeler que «le califat islamique (était toujours) sous le contrôle d'Abubakar Shekau».

La bataille interne pour contrôler le mouvement djihadiste se traduit sur le terrain dans des combats comme à Monguno (Etat du Borno) début septembre, où plusieurs combattants de la faction de Shekau ont été tués par leurs rivaux. Mais elle se fait aussi par une guerre de propagande. Shekau «a plus de combattants à ses côtés que Barnaoui et son allié Nur, notamment au sein de l'ethnie Kanuri (dont il est issu)», expliquait mardi Jacob Zenn, de la The Jamestown Foundation, spécialiste du conflit.

«Mais les dirigeants de l'EI qui ont accepté son allégeance en 2015 et qui faisaient connaître autrefois leur passion pour Shekau sont morts. Shekau a peu de soutien dans les rangs (actuels) de l'EI», poursuivait cet expert du jihadisme. Nathaniel Allen, chercheur pour le Nigeria Social Violence Research Project, de Johns Hopkins School, atteste d'un «déclin» de l'insurrection de Boko Haram, notamment de la faction Shekau. Il note «l'échec du groupe à s'étendre au-delà du nord-est du Nigeria, une perte de soutien de la population, des stratégies peu réfléchies, et une meilleure réponse des opérations militaires» pour expliquer ce «repli».

Isolé idéologiquement par l'EI, et militairement par l'armée nigériane qui encercle désormais la forêt de Sambisa, Shekau est de plus en plus marginalisé. Cela «pourrait conduire à des massacres encore plus violents et aveugles», écrivait Jacob Zenn dans un article daté du 20 septembre. «Cela lui permettrait d'attirer une plus grande attention sur lui, pour compenser les pertes sur le terrain et de ses soutiens financiers».

Shekau, le terroriste qui défie la mort ?

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