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Publié par Bob Woodward

Les femmes, éternelles recrues de Daech...

Des femmes prêtes à une action kamikaze, cela reste un phénomène nouveau pour l'Etat islamique, d'abord évoqué en novembre dernier à la suite de l'assaut antiterroriste du Raid à Saint-Denis. Même si finalement, Hasna Aitboulahcen, cousine d'Abdelhamid Abaaoud dont le corps avait été retrouvé dans les décombres de l'appartement, ne s'était pas fait exploser comme cela avait été évoqué.

Une femme kamikaze, cela serait "une nouveauté" expliquait en novembre dernier Laurent Combalbert, ancien négociateur du Raid. Une "première en France et pour l'Etat islamique", renchérissait David Thomson, journaliste à RFI.

Dans ce cas, c'est avant tout "une marque de détermination", expliquait - avant qu'il s'avère que Hasna Aitboulahcen n'était pas morte en kamikaze - Fatima Lahnait, chercheuse, auteur du rapport "Femmes kamikazes, le jihad au féminin" publié par le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). "L'endoctrinement et l'embrigadement sont tels qu'elle a préféré mourir que d'être arrêtée. Ce faisant, elle contribue à la lutte. Et là le sexe importe peu. Mais le fait que ce soit une femme va bien entendu multiplier l'impact de son acte sur la société".

Cela ne veut pas dire que Daech ne recrute pas des femmes. Au contraire, elles sont des centaines d'Europe, d'Amérique ou d'Australie (dont un quart de Françaises) à avoir rejoint les rangs des jihadistes. Selon le Guardian, 10% des personnes quittant ces territoires pour rejoindre l'EI sont des femmes et des jeunes filles. On se rappelle notamment le cas de Hayat Boumeddiene, la compagne d'Amedy Coulibaly, qui avait fui en Syrie après les attentats de Paris.

Selon Libération, l'une des femmes interpellées plus tôt cette semaine (deux couples étaient déjà en garde à vue dans l'enquête sur la voiture à Notre-Dame avant l'opération de Boussy-Saint-Antoine) avait d'ailleurs des "liens" avec Hayat Boumeddiene, qui serait toujours en Syrie en compagnie d'un autre jihadiste français.

"Etant donné qu’elles incarnent les premiers vecteurs de transmission culturelle et religieuse (par le biais des enfants), plus les femmes sont engagées idéologiquement, plus le projet extrémiste porte ses fruits", expliquaient en janvier 2015, dans une tribune publiée par Le Monde, Sasha Havlicek, directrice générale du think tank Institute for Strategic Dialogue, et Farah Pandith, chercheuse associée au Council on Foreign Relations.

"Pour l’instant, l’EI limite [les femmes] à un rôle d’incitation à la violence sur Internet", précisaient-elles. "Cependant, tout comme d’autres groupes extrémistes, Boko Haram par exemple, il a montré qu’il pouvait changer de tactique si nécessaire. Nous ne sommes peut-être plus loin du moment où ces femmes perpétreront des attentats dans des villes occidentales". Comme cela a bien failli se produire ces derniers jours, à en croire les déclarations de Bernard Cazeneuve.

En 1985 une Libanaise de seize ans, Sana Khyadali, précipite sa voiture piégée contre un convoi israélien, tuant deux soldats. Elle est la première d'une longue liste de femmes candidates au martyr dans son pays, mais aussi en Israël, Turquie, Inde, Pakistan, Ouzbékistan, Tchétchénie, Irak. A partir de cette date et jusqu'en 2006, "plus de 220 femmes kamikazes se sont sacrifiées, ce qui représente près de 15% du total des kamikazes recensés", précisait Fatima Lahnait dans son rapport.

Les plus "célèbres" de ces femmes kamikazes sont certainement les "veuves noires", qui ont fait parler d'elles depuis 1999. On se souvient de celles du théâtre de Moscou en 2002. Difficile d'expliquer avec certitude leurs motivations. Amandine Regamey, chercheuse au Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen de l'EHESSS évoquait dans les colonnes du Figaro en 2010 la possibilité de vengeances personnelles suite à la perte d'un mari, père ou frère au combat. Pour autant, une enquête de 2003 d'une journaliste russe, Ioulia Iouzik, affirmait que neuf femmes kamikazes sur dix du Caucase étaient, souvent droguées, manipulées.

Il y a aussi l'idée qu'une femme est moins repérable qu'un homme et serait donc plus à même de s'approcher de lieux stratégiques avant de se faire exploser. C'était notamment le cas des Tigres Tamouls au Sri Lanka, selon l'anthropologue Scott Atran, cité par Libération. C'était également le cas en Tchétchénie, affirme Slate, où il était très difficile de se déplacer dans la rue en tant qu'homme.

En 2005, une femme se faisait exploser en Irak pour le compte d'Al-Qaida. "Pour le chef de l’organisation en Irak, Al-Zarqaoui, dont la stratégie est basée sur l’image, les femmes sont ses nouvelles armes", expliquait alors Newsweek, cité par Courrier International. En quelques mois, d'autres femmes kamikazes se sont fait exploser en Irak.

Le porte-parole de l'armée américaine, le général Lynch, expliquait alors avoir "peur que cela signifie que l'organisation terroriste cherche une nouvelle expansion". Bref, une manière de palier le manque de recrues.

"Habituellement, l’utilisation de femmes kamikazes correspond à une phase de déclin et à des problèmes de recrutement", précisait à Libération en 2014 Elizabetg Pearson, du Nigerian Security Network. Elle réagissait alors à l'utilisation de femmes kamikazes par les terroristes de Boko Haram au Nigeria. En novembre, deux femmes s'étaient fait sauter dans un marché et dans un centre de formation.

Des sources proches de l'enquête citée par le quotidien, estimaient que les explosifs de l'un des attentats qui a touché le Nigeria avaient été activées à distance sur des jeunes de 14 à 16 ans. Dans la même période, une fillette de 10 ans avait été arrêtée alors qu'elle portait une ceinture d'explosifs.

Mais cette fois, pour Boko Haram, il n'était pas question d'un problème de recrutement ou autre. "Les femmes sont souvent utilisées comme un ultime recours (...) mais ici, cela intervient dans la 'meilleure année' de Boko Haram en termes de violences et de nombre de personnes tuées", expliquait la chercheuse.L'arrestation de trois personnes soupçonnées d'avoir voulu faire exploser une voiture remplie de bonbonnes de gaz en plein Paris pose la question du passage à l'acte des femmes radicalisées au nom d'un groupe, Daech, pour qui leur rôle est ailleurs.

Les femmes, éternelles recrues de Daech...

Trois femmes. Inès M., Sarah H. et Amel S. Vendredi, le procureur de Paris François Molins a révélé les identités des trois personnes soupçonnées d'avoir voulu faire exploser une voiture remplie de bonbonnes de gaz près de Notre-Dame-de-Paris, et arrêtées jeudi soir dans l'Essonne.

La première, âgée de 19 ans, qui fait l'objet d'une fiche S pour des velléités de départ en Syrie, a prêté allégeance au groupe terroriste Etat islamique dans une lettre retrouvée dans son sac à main. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve les a présentées comme "radicalisées et fanatisées". Si elles ont un rôle sur les territoires contrôlés par Daech, c'est la première fois qu'une action violente initiée par des femmes à un stade si avancé est mise en échec en France. Fatima Lahnait, chercheuse et auteure d'un rapport intitulé Femmes kamikazes ou le djihad au féminin éclaire ce que ce trio révèle du djihad au féminin.

Pas du tout, les femmes sont une ressource humaine comme une autre. Elles peuvent se montrer tout aussi déterminées, dès l'instant qu'elles sont convaincues, elles peuvent adhérer, militer, et commettre des actions violentes. Il y a des précédents en Tchétchénie, chez les femmes palestiniennes, ou encore au Sri Lanka.

La nouveauté c'est que certaines revendiquent d'appartenir à Daech, or dans les annales de l'organisation, notamment depuis que la brigade féminine al-Khansa a publié un manifeste sur les femmes en janvier 2015, leur rôle est codifié. Le djihad au féminin, c'est le rôle classique de la femme dans certaines sociétés, à savoir être au foyer, être une bonne épouse et une bonne mère. L'enquête montrera ce qui a poussé ces femmes à faire cette tentative, sachant que malheureusement, les candidats potentiels au terrorisme ne manquent pas. Il est très important de s'attacher à connaître leur parcours personnel.

Il s'avère qu'une lettre écrite par Inès M. a été retrouvée. Est-ce qu'il y aura des retours de la part de Daech, est-ce qu'elles seront mentionnées dans la prochaine édition de leur magazine? Y aura-t-il des appels à émulation en direction d'autres femmes ou bien, comme la tentative a échoué, une sorte de dénigrement de leur action qui va justifier leur échec par le fait que ce sont des femmes?

Il y a une part de frustration chez les occidentales. Parmi celles qui partent, il y a plusieurs profils: celles qui se disent qu'elles vont avoir une contribution humanitaire, en s'occupant des femmes syriennes ou des enfants, celles qui veulent soutenir un combattant car elles jugent qu'il s'agit de leur devoir, ce qui contient une part de romantisme. Il y a aussi de la révolte par rapport à l'autorité parentale, mais aussi une quête d'aventure, une recherche spirituelle ou une quête d'identité.

Quelle que soit leur motivation, certaines se complaisent dans cette nouvelle vie, mais il y en a à qui ça ne suffit pas de converser toute la journée avec les "soeurs", et qui ont besoin d'activité. Ce sont des femmes intelligentes, qui prennent des décisions, la plus forte étant déjà celle de partir, et qui ne veulent pas être des subalternes. Sur place, elles se rendent compte que les femmes sont dénigrées, à l'exception des mères, idéalisées. Cela ne leur suffit pas, et elles se disent ensuite, si j'étais un homme, on m'autoriserait à faire ceci ou cela.

Les femmes doivent en faire plus pour justifier de leur adhésion, surtout si leur action est considérée comme bafouant le statut social que l'idéologie djihadiste leur assigne. Elles doivent montrer qu'elles sont prêtes à tout.

Il y a un sentiment de marginalisation, mais qui touche les hommes et les femmes. Elle n'est pas forcément sociale mais est aussi liée aux moeurs, à la moralité, au sentiment de vivre dans une société décadente... Certaines des personnes qui sont partis en Syrie recherchaient un autre idéal de vie, dans un cadre plus "moralisateur".

C'est sûr que, par exemple, si la question de la radicalisation est également présente au Royaume-Uni, le climat y est beaucoup plus apaisé. Les choses ne tournent pas autour de l'interdiction du voile dans les espaces publics comme en France, où certains ont l'impression d'être mis à l'index car on leur reproche une tenue vestimentaire. Cela va ensuite être utilisé pour attiser le ressentiment et susciter la haine qui nourrit le passage à l'acte. On va leur dire: "Regardez, vous n'êtes pas totalement des citoyens car on ne vous accepte pas et on ne vous acceptera jamais."

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