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Publié par Bob Woodward

Le Boucher de Kaboul est-il de retour ?

Le gouvernement afghan a signé, malgré les protestations, un accord de paix avec le seigneur de guerre, Gulbuddin Hekmatyar, vétéran de 40 années du conflit en Afghanistan.

L'accord, obtenu après de deux années de négociations, donne au mouvement Hezb-el-Islami de Hekmatyar beaucoup de droits politiques.

Il exige également les efforts de Kaboul pour le retrait du nom du mouvement de la liste onusienne des groupes terroristes.Les autorités afghanes ont signé aujourd'hui un accord de paix avec le Hezb-e-Islami de Gulbuddin Hekmatyar, ex-allié des taliban et d'Al Qaïda qui a été de tous les conflits depuis près de 40 ans.

"J'espère que cela ouvrira la voie à une pays durable dans notre pays", a déclaré Sayed Ahmad Gilani, président du Haut Conseil de paix, qui fait partie des signataires. Si Kaboul se félicite de cet accord, beaucoup craignent que la réhabilitation d'Hekmatyar ne sème un peu plus le trouble dans une classe politique déjà très divisée.

Le Hezb et son chef ont été accusés de nombreuses exactions. Ils sont notamment responsables de la mort de plusieurs milliers de personnes lors du bombardement et du siège de Kaboul, en 1992 et 1993. Ils n'ont toutefois joué qu'un rôle secondaire dans la guérilla des taliban.

L'accord prévoit une amnistie pour Hekmatyar et la libération de certains de ses hommes sous les verrous. Le gouvernement a en outre accepté de faire le nécessaire pour obtenir la levée des sanctions dont le chef de guerre fait l'objet.

Les partisans d'Abdullah Abdullah, chef de l'exécutif qui partage le pouvoir avec le président Ashraf Ghani, voient cet accord d'un mauvais oeil. Majoritairement tadjiks, comme leur chef de file, ils craignent la formation d'une alliance pachtoune qui remettrait en cause l'équilibre précaire du gouvernement d'union formé après la présidentielle contestée de 2014.

L’accord garantira également à Hekmatyar une immunité juridique pour tous ses crimes du passé. Le texte prévoit également la libération des prisonniers de ce mouvement.
Gulbuddin Hekmatyar, dont le mouvement a signé un accord de paix avec Kaboul jeudi, est l'un des chefs de guerre les plus en vue du pays, et son rôle dans la guerre civile des années 90 lui a valu le surnom de "Boucher de Kaboul".

L'accord signé jeudi entre son mouvement, le Hezb-i-Islami, et le gouvernement afghan désireux d'avancer vers la réconciliation nationale, ouvre la voie à son retour au pays après deux décennies d'exil.

Une décision qui passe encore mal, tant Hekmatyar figure parmi les pires criminels de guerre du pays, dont il a combattu pratiquement chaque groupe ou communauté.

Né à Kunduz dans le nord du pays, ce Pachtoune âgé de 67 ans, toujours coiffé en public de son turban noir, a disparu des radars depuis la fin des années 90.

Vétéran du jihad anti-soviétique des années 80, il devient brièvement Premier ministre en 1992: c'est alors que Kaboul subit les pires dévastations de son histoire, avec des bombardements aveugles et particulièrement meurtriers.

Chassé par les talibans en 1996, il aurait vécu en exil, en Iran puis au Pakistan, d'où il a appelé en 2004 à la "guerre sainte" contre les Etats-Unis, se rangeant dans l'opposition au président Hamid Karzaï.

Le Boucher de Kaboul est-il de retour ?

Mais à toutes les étapes de son parcours, le chef de guerre n'a cessé de nouer et dénouer les alliances, se retournant ou ordonnant des attaques contre ses alliés du moment. Le chef des moudjahidine de l'Alliance du Nord, Ahmad Shah Massoud, en a fait plusieurs fois l'expérience, à Kaboul comme dans le Panchir.

Soutenu durant l'invasion soviétique par l'Arabie Saoudite, le Pakistan et les Etats-Unis, Hekmatyar a ensuite perdu le soutien pakistanais qui s'est tourné vers les talibans lorsque ceux-ci ont pris le pouvoir à Kaboul en 1996.

Le chef de guerre s'est alors enfui en Iran.

Après le 11 Septembre 2001, les Etats-Unis l'ont accusé d'avoir oeuvré au côté d'Oussama Ben Laden et l'ont placé sur la liste des "terroristes internationaux". Il y figure toujours, même si les Américains se sont félicités jeudi d'un accord qui lui garantit l'immunité et un retour dans le jeu politique, en échange d'un renoncement aux armes.

Le texte est dénoncé par les organisations de défense des droits de l'Homme comme HRW pour qui "le retour de Gulbuddin Hekmatyar après des décennies d'exil va conforter cette culture d'impunité que le gouvernement afghan et les bailleurs internationaux ont entretenue en renonçant à poursuivre les responsables" des crimes de guerre commis depuis 1979.

HRW cite les bombardements, les massacres de civils, les assassinats d'intellectuels, les représailles contre les ONG oeuvrant en faveur des femmes, les détentions arbitraires accompagnées de tortures.

Hekmatyar a réapparu en 2004 en appelant à la "guerre sainte" contre les Etats-Unis, se rangeant dans l'opposition au président Hamid Karzaï. Il se trouvait alors et dans les années qui suivirent quelque part dans le sud-est de l'Afghanistan à la frontière du Pakistan, selon des chercheurs de la Jamestown Foundation à Washington.

Considéré comme le deuxième groupe insurgé le plus important après les talibans, le Hezb-i-Islami est resté largement inactif récemment, sa dernière attaque à Kaboul remontant à 2013 - elle avait tué 15 personnes dont cinq Américains.

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