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Publié par Bob Woodward

Le djihad des devises existe-t-il ?

Le groupe terroriste veut se libérer de l’emprise du dollar et asseoir sa légitimité d’Etat islamique.

Alors que le groupe terroriste fait face à une offensive turque en Syrie, il s'efforce d' imposer sa monnaie - 3 pièces en or, 3 en argent et 2 en cuivre - dans les territoires encore sous son joug. Selon des sources locales collectées par le quotidien Al-Quds al-Arabi, les acheteurs du pétrole de Daech doivent régler leurs factures dans cette monnaie, et non plus en dollars, la devise de transaction naturelle de l'or noir. Ce sont les pièces de 1, 2 et 5 dinars, qui pèsent plusieurs grammes d'or, qui sont notamment utilisées.

En lançant sa devise, l' objectif poursuivi par le groupe terroriste consiste à renforcer sa légitimité d'Etat tout en resserrant son emprise monétaire sur les territoires occupés en imposant sa devise. Adossée à l'or, elle offre l'assurance d'une certaine stabilité voire d'un renchérissement puisque le métal jaune a par exemple gagné près de 24% depuis le début de l'année. Une pièce de un « dinar Or » compte 4,25 grammes de ce métal précieux. Seulement, cet étalon or islamique a une portée limitée à son territoire: hors de ses frontières, les individus ou organisations qui seraient trouvés en sa possession seraient accusés de financer le terrorisme. Ils pourraient alors fondre ces pièces pour récupérer l'or.

C'est dans le numéro 5 de sa revue de propagande « Dabiq » de novembre 2014 consacré aux projets d'expansion et développement que Daech a annoncé le principe de la création d'une nouvelle monnaie dont il espérait alors « un usage et une circulation étendus ». Privilège régalien, le groupe bat sa monnaie . Lancée fin 2015, la devise se veut l'anti-dollar, la devise honnie du capitalisme occidental et des « croisés ». Pourtant pas plus tard qu'en février dernier, l'Etat islamique continuait encore à payer les salaires de ses fonctionnaires en dollars. De combien de stock d'or dispose Daech pour ses pièces? Outre les pillages, il avait mis la main sur une partie des réserves de la banque centrale irakienne, dont le stock d'or est de 90 tonnes.
Frapper au portefeuille

En début d'année, l'armée américaine annonçait avoir bombardé à Mossoul un bâtiment abritant une partie des réserves en devises et en or du groupe terroriste, réduisant en cendres « des millions de dollars », selon les autorités américaines. Un des principaux trésoriers de Daech, multinationale du pétrole , en charge de faire fructifier son vaste trésor de guerre , a été aussi éliminé. Frapper le groupe islamiste au portefeuille est le pendant financier de l'offensive militaire .La décision est symboliquement très forte. L'État islamique affirme dans une vidéo diffusée samedi 29 août 2015 avoir commencé à frapper sa propre monnaie, en or, en argent et en cuivre. Dans ce document de 54 minutes, les fous de dieu annoncent le "retour du dinar d'or" et déclarent vouloir ainsi "sauver les musulmans de l’asservissement des banques sataniques". Le 13 novembre dernier, Daech avait déjà annoncé son intention de frapper sa propre monnaie avec ces fameux métaux sur le territoire qu'il contrôle en Syrie et en Irak. Voici trois questions que posent cette annonce.L'EI, organisation qui contrôle un territoire aussi grand que le Royaume-Uni, mais en grande partie désertique, explique que l'objectif est de remplacer "le système monétaire tyrannique imposé aux musulmans qui a conduit à leur oppression". Un communiqué, publié en novembre dernier, précise aussi que l'objectif est de libérer les musulmans du "mercantilisme et de l'oppression économique satanique".

"Battre sa propre monnaie est un marqueur très fort de souveraineté, c'est le moyen de s'affirmer en tant qu'État, analyse Jérôme Héricourt, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). Frapper sa monnaie, est un pouvoir régalien, l'État islamique entend donc signifier aux yeux du monde qu'il est légitime".

Autre raison de ce choix: reprendre un symbole de l'histoire de l'islam. Selon celui-ci, la frappe d'une nouvelle monnaie accompagne les renaissances.


Pourquoi choisir l'or, l'argent et le cuivre ?

Le choix de ces matériaux n'est en réalité pas si surprenant. "Daech joue sur le côté sonnant et trébuchant, poursuit Jérôme Héricourt. Si l'État islamique avait décidé d'imprimer des billets, ils n'auraient eu aucune valeur. Ce n'aurait été que du papier que personne n'aurait pris au sérieux car le billet pour être respecté doit être ancré dans les conventions sociales. L'or ou l'argent ont en revanche une valeur réelle. Une pièce en or a toujours de la valeur".

Pour d'autres économistes ces métaux permettront aussi à cette monnaie de ne pas être convertible. "Comme à l’époque des rois du Moyen-Âge, cela leur permettra de fixer arbitrairement la valeur des choses selon leur propre code moral, sans qu’il soit possible de faire des comparaisons internationales, puisque personne d’autre n’utilise cette monnaie et qu’il n’existera pas de taux de change”, explique également Pascal de Lima, directeur de cabinet de conseil EcoCell et spécialiste du système financier à France24.com.

Quelles difficultés ?

La gestion d'un tel système monétaire n'est toutefois pas sans poser de problème. La monnaie "devra être frappée dans des établissements spéciaux ayant reçu l'aval du calife Al-Baghdadi" précise Olivier Hanne, spécialiste de l'histoire de l'islam à Metronews.fr. Mais la liberté d'action du califat pose question compte tenu des frappes aériennes menées contre lui.

La dépendance à l'or, à l'argent et au cuivre devrait aussi poser des difficultés selon les spécialistes. "Le prix de l'or et des deux autres métaux varie fortement comme le cours des matières premières, poursuit Jérôme Héricourt. Si les cours augmentent, cela pourrait être assez préjudiciable à l'Etat islamique".Le groupe Etat islamique vient de mettre en circulation sa propre monnaie, le dinar islamique. Des pièces en or, en argent et cuivre utilisables dans le territoire qu'il contrôle en Syrie et en Irak.

Le djihad des devises existe-t-il ?

Les premières photos de cette monnaie circulent sur les réseaux sociaux. Aucun billet mais des pièces sonnantes et trébuchantes comme au bon vieux temps. Des pièces en or, argent et bronze sur lesquelles figurent les inscriptions «l’Etat islamique» et «le califat» ainsi que le poids et la valeur de la monnaie.

Dans un communiqué publié en novembre 2014, Daech avait affirmé que cette monnaie visait à remplacer «le système monétaire tyrannique imposé aux musulmans» et à les libérer du «mercantilisme et de l'oppression économique satanique». Autrement dit s’affranchir du dollar américain, une devise de référence dans les transactions commerciales au Proche-Orient.

#عملة_الدولة_الإسلامية اغلى عملة في العالم مل واحد دينار ب130$ انتظروا انهيار الاقتصاد العالمي pic.twitter.com/9Mrcbu2YKy

— أبو الجراح السوري (@syaf488) 22 Juin 2015

Traduction du tweet: «Un dinar vaut 130 dollars. Attendez de voir l'effondrement de l'économie mondiale.»

Un symbole?
L’Etat islamique, qui rejette la notion de frontières et n’a pas de véritables institutions, tente de s’imposer comme une entité musulmane légitime avec un hymne, un drapeau, une armée et maintenant une monnaie.

Cette nouvelle démarche est purement symbolique et s’adresse avant tout aux partisans de l’organisation qui ont présenté fièrement leur devise comme «la monnaie la plus forte au monde». Un dinar vaudrait, selon eux, 130 dollars.Selon Jameel Basim, économiste installé à Bagdad et cité par le site Bloomberg Business, la diffusion de cette monnaie serait avant tout une tentative pour remonter le moral des combattants de l’organisation, après de nombreux revers sur le champ de bataille ces derniers jours.

Daech explique que cette nouvelle monnaie est une façon de “briser le système financier capitaliste et esclavagiste”. L’endroit où les pièces sont frappées n’a pas été révélé, ni la manière dont elles vont être distribuées.

Un résident de Mossoul – cité par Bloomberg Business et qui, pour sa sécurité, a tenu à garder l’anonymat – déclare que sa famille et lui échangeront une partie de leur monnaie actuelle contre des dinars d’or afin de pouvoir continuer à payer les dépenses du ménage. “[Cette monnaie] ne sera utilisée que pour ce type de transactions”, estime Jameel Basim.

“Personne, en dehors du territoire contrôlé par Daech, n’acceptera cette monnaie (…). Finalement, cette devise est un outil de propagande médiatique”, conclut l’économiste irakien.

Le djihad des devises existe-t-il ?

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