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Publié par Bob Woodward

Gargarate, le "Kandahar" saharien ?

Les forces de sécurité marocaines mènent depuis le 4 août une vaste opération de « lutte contre la contrebande » près de sa frontière méridionale avec la Mauritanie, a rapporté mardi l’agence de presse officielle MAP, dans un climat de tensions croissantes entre les deux pays.
« Les services de sécurité et de la Douane mènent depuis dimanche des opérations d’assainissement au niveau de la région [du poste de frontière] de Gargarate en vue de mettre fin aux activités de contrebande et de commerce illicite », indique la MAP, qui cite un communiqué des autorités régionales (wilaya).
Ces opérations « ont permis jusqu’à présent l’évacuation de trois points de rassemblement de carrosseries de voitures et de camions d’occasion » et la saisie de 600 voitures, selon la MAP.
Le mouvement indépendantiste sahraoui Polisario a dénoncé auprès de l’ONU l’opération dans une lettre consultée mercredi par l’AFP. Le secrétaire général du mouvement, Brahim Ghali, y récuse les explications marocaines et dénonce une « escalade systématique » du Maroc au Sahara occidental, un territoire que se disputent Rabat et les indépendantistes du Front Polisario depuis 40 ans.
« Toute argumentation présentée par l’occupant marocain pour ces agissements demeure infondée et sera rejetée », écrit M. Ghali. Le Polisario a accusé les forces de sécurité marocaines d’avoir agi au-delà du « mur » de défense, une barrière de sable bâtie sur près de 2 500 kilomètres par Rabat dans le Sahara pour lutter contre le Polisario.
« Les forces marocaines ont mobilisé des unités militaires, en violation de la zone en question, soutenues par des unités mobiles de transport et de génie militaire, appuyées par une reconnaissance aérienne », écrit le secrétaire général du Polisario Brahim Ghali, dans sa lettre à l’ONU.
La région de Gargarate est traditionnellement le théâtre de nombreux trafics vers l’ouest africain, notamment de voitures volées, et est communément appelée « Kandahar » par ses habitants en référence aux trafics qui ont cours dans le sud afghan.
Gargarate est située dans le sud-ouest du Sahara occidental, un territoire sous le contrôle de Rabat mais que se disputent le Maroc et les indépendantistes sahraouis du Front Polisario.
Selon le site internet d’information marocain 360 (proche du palais royal), elle a lieu au sud de Gargarate, et notamment au-delà du « mur » de défense marocain.
L’opération marocaine intervient dans un contexte de tensions grandissantes entre Rabat et Nouakchott. Les relations se sont notablement dégradées depuis la réélection en juin 2014 du président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2008.
Abandonnant peu à peu sa position de neutralité sur le Sahara occidental, le président mauritanien s’est publiquement rapproché du Polisario, recevant notamment le 12 août deux de ses responsables.
Ces tensions se cristallisent en particulier autour de Lagouira, une bourgade désertique au sud de Gargarate. Le Maroc considère cette localité, située au-delà de son « mur » de protection et voisine du port mauritanien de Nouadhibou, comme partie intégrante de son territoire depuis le départ du colonisateur espagnol. L’armée mauritanienne, qui occupait la bourgade auparavant, n’a jamais cessé d’y exercer un contrôle de facto, campement militaire à l’appui, sous l’œil indifférent des Marocains. En tout cas jusqu’à ce que Nouakchott décide récemment d’y renforcer sa présence et d’y hisser son drapeau. D’où l’inquiétude de Rabat, qui redoute par ailleurs que le Polisario profite de l’occasion pour s’y infiltrer en toute discrétion.

Gargarate, le "Kandahar" saharien ?

Rabat a longtemps laissé l’armée mauritanienne y patrouiller librement, mais avait vivement protesté fin juillet lorsque des soldats mauritaniens y avaient hissé le drapeau de leur pays.
En outre le Maroc tente également de contrôler plus sérieusement ses frontières avec des voisins qui parfois laissent circuler sur leur territoire des groupes djihadistes. Le Maroc et l’Algérie se font face et concurrence…La décision avait été prise avant même la demande de réintégration du Maroc à l’Union africaine (UA) officialisée le 17 juillet : il y aura bien une livraison de matériel militaire et sécuritaire marocain au Niger pour l’aider à lutter contre la secte extrémiste nigériane Boko Haram.
Selon une source gouvernementale marocaine, le roi Mohamed VI a autorisé, par solidarité avec le Niger, la fourniture d’équipements militaires, à l’exception des munitions létales, pour aider son allié traditionnel dans la région du lac Tchad à faire face aux incursions répétées de Boko Haram à partir du Nigeria voisin.
Un raid éclair de Boko Haram le 3 juin, portant l’empreinte de son nouveau chef présumé, Bana Blachera, avait fait à Bosso, dans le sud-est du pays, 24 morts dans les rangs des forces armées nigériennes (FAN). De quoi inciter le Maroc à s’engager militairement aux côtés du Niger dans la lutte contre la secte nigériane.
Des discussions sont en cours, ajoute la même source marocaine, pour décider de la nature exacte du matériel militaire et les modalités de sa livraison aux autorités.
C’est la toute première fois que le Maroc, qui a connu des attentats meurtriers en 2003 à Casablanca et en 2011 en Marrakech, fournit directement du matériel militaire à un pays d’Afrique subsaharienne engagé dans la lutte contre le terrorisme.
Le Royaume chérifien avait fait la même offre en 2012 au président malien de l’époque Amadou Toumani Touré (ATT) confronté à l’occupation du nord de son pays par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), Ansar Dine et le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Le projet de livraison du matériel militaire et sécuritaire au Mali avait finalement avorté après le refus diplomatique de ATT.
L’engagement marocain dans la lutte contre le terrorisme en Afrique subsaharienne comprend, outre la fourniture du matériel de défense et de sécurité, la formation des imams à l’Institut Mohamed VI des oulémas africains. Construit pour près de 230 millions de dirhams, l’établissement, qui peut accueillir jusqu’à 1 000 étudiants, n’a jamais fait mystère de son objectif de contrer les velléités extrémistes.
Des imams de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Mali, du Sénégal et du Tchad viennent ainsi s’y former aux « valeurs de l’islam juste » grâce à des bourses d’études entièrement prises en charge par le Maroc. Il s’y ajoute les valeurs de l’islam soufi des Tidjanes que le Maroc partage avec plusieurs pays d’Afrique subsaharienne pour contrecarrer la percée de l’idéologie wahhabite financée par les Etats du Golfe à travers des actions caritatives accomplies par des ONG.
En s’engageant militairement dans la lutte contre le terrorisme en Afrique subsaharienne, le Maroc devrait retrouver sur ce terrain-là l’Algérie, son rival de toujours dans la guerre d’influence sur le continent africain.
Pays de naissance de Mokthar Belmokthar, l’un des chefs historiques d’AQMI, l’Algérie, qui entretient également des liens privilégiés avec Iyad Ag Ghali, chef de Ansar Dine, a tenté de prendre le leadership de la lutte contre le terrorisme au Sahel en créant dès 2010 le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC) aux côtés du Mali, du Niger et de la Mauritanie. La structure installée à Tamanrasset, dans le sud algérien, était finalement restée une coquille vide.
Plus récemment, Alger a formé deux bataillons antiterroristes de 150 hommes chacun en 2013 et en 2015 au Niger puis a promis la construction d’une caserne pour les forces spéciales nigériennes à In-Abangarit, sur la frontière commune entre l’Algérie, le Niger et le Mali.
Le Maroc a opté, de son côté, pour une autre stratégie de soutien à la lutte contre le terrorisme en associant appui sécuritaire, à travers la fourniture de matériel militaire, et prévention grâce à la formation des imams à l’Institut Mohamed VI.

Gargarate, le "Kandahar" saharien ?

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