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Publié par Bob Woodward

Angola, le pays de la paix armée

C'est l'histoire d'un pays, indépendant depuis tout juste quarante ans. C'est également l'histoire d'un homme, José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis presque aussi longtemps, mais auquel la communauté internationale se garde bien de faire des remontrances. Le silence… Depuis trente-six ans, c’est la stratégie de José Eduardo dos Santos, que beaucoup d’Angolais surnomment « Zedu » en faisant la contraction de ses deux prénoms. En septembre 1979, à la mort d’Agostinho Neto, ce jeune ingénieur de 37 ans était déjà d’une extrême discrétion ; il s’excusait presque devant ses camarades du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) de succéder au père de l’indépendance. Au plus fort de la guerre contre l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita) du médiatique Jonas Savimbi, il s’était réfugié au Futungo, un complexe militaire ultrasecret près de Luanda. Aujourd’hui, alors que le pays a célébré, le 11 novembre, les quarante ans de son indépendance, le président partage son temps entre sa résidence et son palais rose et blanc situé sur les hauteurs de Luanda, la Cidade Alta. Les téléphones portables y sont interdits. Ses voyages à l’étranger sont rares et ses sorties en ville hypersécurisées. Pas de bains de foule. L’homme fuit micros et caméras. Dos Santos, c’est l’anti-Mugabe.
À quoi tient la longévité politique de Zedu ? D’abord à l’or noir. Avec près de 2 millions de barils par jour, dont au moins 60 % sont extraits du plateau maritime au large de l’enclave de Cabinda, l’Angola est, derrière le Nigeria, le second producteur de pétrole du continent. Grâce aux pétrodollars, le MPLA a pu acheter quantité d’armes et venir à bout de l’Unita en 2002. En puisant largement dans le trésor de la Sonangol, la compagnie pétrolière nationale, et dans celui de la société diamantifère Endiama, le président angolais a pu créer un vaste système clientéliste où tout le monde dépend de lui. Sans doute l’Angola est-il l’un des pays les plus corrompus d’Afrique. Entre 2007 et 2010, le FMI a constaté un trou de 4 milliards de dollars dans les caisses de l’État. Mais c’est ce système « redistributif » qui fait que les gens de l’appareil n’ont aucun intérêt à casser la tirelire.
Grâce à cette manne pétrolière, l’Angola, qui compte quelque 24 millions d’habitants, affiche depuis 2002 un taux moyen de croissance de 10,1 % par an selon le FMI et est aujourd’hui, derrière le Nigeria et l’Afrique du Sud, la troisième puissance économique du continent. Depuis une douzaine d’années, Luanda est en plein boom. Sur le célèbre front de mer (l’un des plus beaux de la côte atlantique), les immeubles coloniaux viennent d’être restaurés. En surplomb, les buildings poussent comme des champignons. Pour désengorger la capitale, les Chinois construisent à 30 km de là une ville nouvelle qui doit abriter 500 000 personnes.
Dans ce nouvel eldorado angolais vivent quelque 250 000 Chinois, soit un quart de la population chinoise en Afrique. Et quand le baril de pétrole était à plus de cent dollars, 200 000 jeunes Portugais au chômage y avaient émigré pour trouver du travail ! Aujourd’hui, l’Angola est donc une terre de contrats, et José Eduardo dos Santos, un homme très courtisé. Le 3 juillet dernier, François Hollande est venu lui rendre visite en compagnie d’une cinquantaine de chefs d’entreprise. Le président français s’est bien gardé de lui parler démocratie et droits de l’homme. Aux deux voisins congolais, Denis Sassou Nguesso et Joseph Kabila, François Hollande fait parfois des remontrances. À José Eduardo dos Santos, jamais.
Le problème, c’est que, derrière cette jolie façade, l’Angola est aussi l’un des pays les plus pauvres du monde. Classé 149e à l’indice du développement humain de l’ONU, le pays soigne très mal ses habitants. Un enfant sur six meurt avant l’âge de 5 ans. Certes, la part de la population qui survit avec moins de 1 dollar par jour est tombée de 68 % en 2002 à 37 % en 2014. Mais cela signifie aussi qu’un Angolais sur trois continue de vivre dans l’extrême pauvreté. Dans les rues de la capitale, les golden boys en Porsche côtoient des enfants qui se détruisent les neurones en snifant la gazolina – des petits bouts de tissu imbibés d’essence.
À côté des nouveaux riches qui louent un deux-pièces 10 000 dollars (9 300 euros) par mois, la majorité des gens s’entasse dans des bidonvilles sans eau ni électricité. Est-ce seulement la faute à la longue guerre civile (1975-2002) ? Non. Depuis la fin de ce conflit, le régime dos Santos continue d’investir trois fois plus dans son armée, qui compte 160 000 hommes, que dans la santé. Sur le plan stratégique, le choix est payant. En octobre 1997, à Brazzaville, l’aviation angolaise a pris une part décisive dans la victoire militaire de Denis Sassou Nguesso sur Pascal Lissouba. En mars 2007, à Kinshasa, l’armée angolaise a apporté un soutien clé à Joseph Kabila contre l’opposant Jean-Pierre Bemba. Grâce à son armée suréquipée, José Eduardo dos Santos est devenu le gendarme de l’Afrique centrale.
Le régime MPLA est-il encore là pour vingt ans ? Pas sûr. Certes, depuis la mort au combat de Jonas Savimbi dans le bush angolais en février 2002, l’opposition manque de leader charismatique. Aux dernières législatives d’août 2012, le parti au pouvoir l’a emporté haut la main, avec un score officiel de 71 %, devant l’Unita d’Isaias Samakuva, crédité de 18 % des suffrages, et devant le nouveau parti Casa d’Abel Chivukuvuku, qui s’est vu attribuer 6 % des voix. Depuis la réforme constitutionnelle de 2010, le président de la République est désormais élu par les députés, comme en Afrique du Sud. En septembre 2012, José Eduardo dos Santos a donc été choisi par le Parlement pour effectuer un nouveau mandat de cinq ans. En 2017, si le MPLA gagne les législatives, Zedu pourra se représenter devant l’Assemblée nationale pour un ultime mandat. À cette date, il aura 75 ans.
A priori, ces législatives s’annoncent sans histoire pour le MPLA. Mais, depuis la chute de moitié du prix du baril, l’économie angolaise est en crise. Le taux de croissance est en train de tomber de 6,8 % en 2013 à un chiffre estimé autour de 3 % cette année. Depuis mai dernier, les subventions sur le carburant sont supprimées et le transport coûte plus cher. Et le budget santé, qui était déjà notoirement insuffisant, a été réduit d’un tiers !
Est-ce l’effet Burkina Faso ? Depuis un an, la société civile, qui surfe sur le mécontentement social, s’enhardit. Le 20 juin, quinze militants d’un mouvement de jeunesse qui réclamait le départ de José Eduardo dos Santos ont été arrêtés à Luanda et accusés de « rébellion » et « attentat contre le président de la République », deux crimes passibles de trois à douze ans de prison. Parmi eux, le rappeur Luaty Beirão, qui proteste ouvertement contre le régime dos Santos depuis 2011. Le 20 septembre, au terme de ses trois mois de détention provisoire (le délai maximal autorisé par la loi angolaise), l’indomptable rappeur a entamé une grève de la faim. Très vite, à la stupeur du régime angolais, la communauté internationale s’est mobilisée.
Le Parlement européen a voté une résolution pour demander la libération des quinze. Même la classe politique portugaise est sortie de sa torpeur. Tout à coup, Luanda s’est aperçu que, à l’heure d’internet, sa stratégie du silence ne marchait pas à tous les coups. Signe de la nervosité du régime, l’ambassadeur d’Angola à Lisbonne a dénoncé la « diabolisation insistante » de son pays par le Portugal. Après trente-six jours, Luaty Beirão vient de stopper sa grève de la faim et Luanda a annoncé que les prévenus seront jugés du 16 au 20 novembre.
Bien sûr, les quelques centaines d’opposants qui se réunissent depuis deux mois par solidarité avec les quinze du 20 juin ne suffiront pas à faire vaciller ce régime militaro-pétrolier qui tient le pays d’une main de fer depuis près de quarante ans. Mais dos Santos est prévenu : sa succession ne sera pas un long fleuve tranquille. Le président angolais a l’esprit de famille. Sa fille aînée, Isabel, 42 ans, est, selon le magazine américain Forbes, la femme la plus riche d’Afrique. De concert avec ses parrains, les généraux Dino et Kopelipa, elle possède un large portefeuille d’actions en Angola et au Portugal.
L’un des fils du président, José Filomeno, 37 ans, est depuis 2012 à la tête d’un fonds souverain doté de 5 milliards de dollars. Dos Santos souhaite-t-il qu’il lui succède ? À Luanda, on le dit de plus en plus. Pour Zedu, la solution dynastique est la meilleure protection qui soit pour sa famille et pour lui-même. Mais il ne sait pas comment réagiront les « grognards » du MPLA et de la guerre civile de 1975-2002. « L’Angola est passé d’un conflit armé à une paix armée, estime Paula Cristina Roque, analyste senior à l’ONG International Crisis Group. Le jour de la succession, José Filemino et Manuel Vicente, l’actuel vice-président, ne seront sans doute pas acceptés par le MPLA. » Pour elle, le scénario est « mal préparé », et, le jour venu, il risque d’y avoir « beaucoup de violences ».

Angola, le pays de la paix armée

La photo laissait apparaître un paysage économique enviable. Appauvris par la crise, sans perspectives dans leur pays, les Portugais avaient même fait de leur ancienne colonie leur «nouvelle Amérique». Elle, c’est l’Angola. Et puis patatras. Frappé de plein fouet par l’effondrement des cours du pétrole, Luanda s’est résigné mercredi à demander de l’aide au Fonds monétaire international (FMI). A 39 dollars le baril, les caisses de l’Etat sont vides. Les pétrodollars ne viennent plus remplir les coffres de la Banque centrale. La diminution des liquidités en devises et le ralentissement économique pèsent de plus en plus sur le système bancaire, très dépendant du secteur pétrolier. Les faillites, notamment dans ce dernier, se multiplient. Certes, le taux de croissance sera (encore) positif cette année (2%). Mais rien (ou presque) comparé au 20,2% de 2006, au 24,4% de 2007 et au 17% de 2008.
Les discussions avec le FMI commenceront la semaine prochaine. Selon Min Zhu, un des directeurs généraux adjoints du FMI, le plan d’aide, qui sera conditionné à des mesures d’économie, pourrait s’étaler sur trois ans. «Le déclin brutal des prix du pétrole depuis la mi-2014 représente un défi majeur pour les exportateurs de pétrole, notamment ceux dont les économies doivent encore être diversifiées», a-t-il déclaré. A l’instar de nombreux économistes, ceux du FMI ne manqueront pas de s’attarder sur ce miracle économique qui tourne au cauchemar.
Tout commence en avril 2002, lorsqu’un cessez-le-feu est conclu entre les forces armées angolaises et les rebelles de l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita). Personne ne parie alors sur ce pays saigné par des décennies de conflits. C’était sans compter sur le magot des matières premières. Le sous-sol de l’Angola regorge de gaz, de diamants, de fer, de phosphate, de cuivre, de manganèse ou encore d’uranium. Mais c’est le pétrole qui va tirer le pays vers le haut et permettre d’afficher un taux de croissance économique moyen de 12% entre 2002 et 2013.
Les réserves sont gigantesques, les explorations se multiplient. Avec une production quotidienne de 2,5 millions de barils, l’Angola devient le second producteur de pétrole d’Afrique, juste derrière le Nigeria. A elles seules, les recettes de l’or noir assurent près de 75% des rentrées fiscales du pays, plus de 90% des devises étrangères et presque autant en exportation. Mais le régime du président José Eduardo dos Santos, au pouvoir sans discontinuer depuis 1979, est tombé, comme la plupart des pays producteurs de pétrole, dans le piège de la malédiction des matières premières.
La manne pétrolière n’a jamais été utilisée pour tenter de diversifier l’économie et éviter un choc pétrolier le jour où la courbe des cours du pétrole cesse de monter. La plupart des observateurs estimaient que la vulnérabilité du pays au retournement des cours pétroliers était donc totale. Et pour cause : les cours du pétrole n’ont cessé d’augmenter, passant d’une vingtaine de dollars le baril en 2002 à près de 140 dollars en 2008, sans que le pays opère la moindre diversification économique pour sortir de la dépendance aux matières premières.
Le pays, l’un des plus corrompus au monde, n’a pas su, non plus, profiter de cette manne pour réduire les inégalités sociales. Malgré les forts taux de croissance de l’économie, la moitié de la population de l’Angola vit encore avec moins de 2 dollars par jour. Près de 70% des habitants de la cité coloniale de Luanda vivent dans des bidonvilles. Et les conditions de vie de la moitié des 24 millions d’habitants que compte le pays, ne devraient pas s’améliorer dans les prochaines années. Et pour cause : le déficit budgétaire dépasse les 6% du PIB. Pour tenter de boucler les fins de mois et assurer un minimum de services publics, l’Angola n’a d’autres choix que de s’endetter auprès des marchés financiers internationaux. Mais voilà : ces derniers ne se bousculent plus au portillon. Jugeant la situation politico-financière explosive, ils exigent des taux d’intérêt toujours plus élevés. Résultat : le service de la dette est désormais le premier poste des dépenses de l’Etat.
La situation est d’autant plus tendue qu’une pénurie s’installe. Médicaments et denrées alimentaires se font rares, le tout sur fond de hausse des prix et de dépréciation du kwanza (la devise locale) face au billet vert. Passé l’étape du FMI et son aide, Luanda, membre de l’Opep, devrait rejoindre prochainement le camp des pays producteurs de pétrole qui ne cessent de militer en faveur d’une réduction de la production. Histoire de faire remonter les cours. Encore faudrait-il que l’Arabie Saoudite accepte de s’aligner sur cette stratégie… Le congrès du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1975, s'est ouvert mercredi 17 août à Luanda. Objectif : réélire à sa tête le président José Eduardo dos Santos en vue de l'élection législative de 2017, mais aussi faire entrer deux de ses enfants au sein du comité central du parti.
L’issue du vote, qui devrait survenir vendredi ou samedi, ne fait guère de doute. José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 1979, est en effet l’unique candidat à la tête du parti.
Vêtu d’une chemise rouge aux couleurs du parti, le chef de l’État, 73 ans, s’est montré très offensif, fustigeant les « divergences politiques » utilisées pour « diviser et mettre en cause la paix ».
Un discours résolument tourné vers l’élection législative de 2017, que « Zedu » a d’ailleurs promis d’emporter. Si la Constitution angolaise ne prévoit pas d’élection présidentielle au suffrage universel, elle stipule que le président du parti vainqueur des législatives devienne automatiquement le chef de l’État.
Le retrait de la vie politique de dos Santos, le second plus ancien chef d’État en Afrique, n’a pas encore été abordé. La question est pourtant sur toutes les lèvres : en mars dernier, le président angolais avait affirmé qu’il quitterait « la vie politique en 2018 ». Une déclaration fracassante, restée depuis bien mystérieuse : aucune précision n’a été apportée sur les modalités de son retrait, dont la date annoncée ne coïncide par ailleurs pas avec la fin de son mandat, en 2017.
Le congrès devrait également voter l’entrée de son troisième fils, José Filomeno, et de l’une de ses filles, Tchizé, au sein du comité central du parti. Selon plusieurs observateurs, ces derniers font figure de favoris à la succession du chef de l’État. Isabel dos Santos, nommée à la tête de la compagnie pétrolière publique Sonangol en juin, ne devrait en revanche pas entrer dans les instances dirigeantes du MPLA.
Reste qu’aux yeux de certains caciques du parti, une succession dynastique trahirait les idéaux marxistes du MPLA. À cet égard, l’un des favoris pourrait bien être le général João Manuel Gonçalves Lourenço, ministre de la Défense, une figure consensuelle et appréciée des dirigeants du parti.
En 37 ans de pouvoir, José Eduardo dos Santos a largement muselé toute contestation. Dernier exemple en date, les condamnations de 17 opposants angolais à des peines allant jusqu’à 8 ans de prison. Parmi eux, le célèbre rappeur Luaty Beirao, qui avait mené une grève de la faim. Sous la pression des organisations de défense des droits de l’homme, ils avaient finalement été remis en liberté conditionnelle le 29 juin.

Angola, le pays de la paix armée

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