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Publié par Bob Woodward

Al-Baghdadi a-t-il déjà un successeur ?

Il est l’homme le plus recherché du monde. Mort ou vif et plutôt mort que vif. Du Pentagone à la CIA en passant par la Maison Banche, le «calife» de l’Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, figure en tête de liste des personnalités à abattre. Et à ce titre, comme Oussama ben Laden avant lui, il est l’objet d’une traque sans merci. Le quotidien britannique The Guardian, connu pour sa rigueur et son indépendance, a apporté vendredi une série exceptionnelle de révélations à son sujet.

Le président actuel des Etats-Unis est un fervent partisan de ces opérations, qui ont l’avantage, à l’ère du drone, de pouvoir être menées à distance et donc de ne pas mettre en danger la vie de ses compatriotes. Le mensuel américain The Atlantic l’a rappelé encore le mois dernier dans le long portrait qu’il lui a consacré: «Tuer le soi-disant calife de l’Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, est l’un des objectifs majeurs de l’appareil américain de sécurité nationale en cette dernière année (de l’ère Obama).»

Ces actions se sont multipliées pour viser aussi bien la mouvance djihadiste que ses alliés. La plus récente a éliminé le dirigeant suprême des talibans afghans, le mollah Mansour, pas plus tard que samedi dernier au Pakistan. D’autres ont frappé durement la hiérarchie d’Al-Qaida dans la péninsule arabique. A ce jeu, l’Etat islamique a lui-même perdu certains de ses plus hauts cadres, dont son «chef des opérations en Irak» Abou Muslim al-Turkmani et son «chef des opérations en Syrie» Abou Ali al-Anbari.

Abou Bakr al-Baghdadi est, lui, toujours vivant. Par miracle à en croire le Washington Times, qui a cité à la mi-mars une série d’occasions où l’armée américaine l’aurait eu à portée de tirs: trois fois à Raqqa et à plusieurs reprises lors de déplacements. Information? Désinformation? La question se pose: le quotidien a publié plus d’une nouvelle erronée ces dernières années dans le domaine du renseignement. Mais un fait est aujourd’hui largement reconnu: le chef de l’Etat islamique a été grièvement blessé l’an dernier en une occasion.

La nouvelle a mis du temps à filtrer, comme il se doit dans ce genre de circonstances. Et lorsqu’elle est sortie, elle est restée longtemps imprécise. The Guardian estime aujourd’hui pouvoir en donner une version solide après avoir consulté de nombreuses sources bien placées. Selon le quotidien, Abou Bakr al-Baghdadi a été grièvement blessé au bas du dos en mars 2015, alors qu’il se trouvait près de la localité irakienne de Shirqat, située le long du Tigre, à mi-chemin de Tikrit et de Mossoul. Il aurait alors été transféré dans le bourg de Ba’ej, en zone tribale sunnite, pour y être soigné, puis y passer une convalescence de plus de six mois.

Le «calife» de l’Etat islamique paraît aujourd’hui de retour. D’après les témoignages recueillis par The Guardian, il se déplacerait constamment de part et d’autre de la frontière irako-syrienne et aurait été repéré à Mossoul, ainsi que dans plusieurs bourgs du désert comme Ash Shaddadi, Abou Kamal et… Ba’ej. «Il est soutenu là-bas par les tribus, explique un militaire dans les colonnes du quotidien. Les gens sont très loyaux envers lui. Nous savons quand il est en ville. Ces jours-là, tous les téléphones cellulaires sont confisqués plusieurs heures avant son arrivée. Aucun appel ne doit alors être lancé.»

La moindre imprudence peut être fatale. Les Etats-Unis ne cachent pas leur intention d’abattre le chef djihadiste. «Je souhaite qu’il sache que nous le pourchassons, a déclaré début avril le porte-parole de la campagne militaire américaine contre l’Etat islamique, le colonel Steve Warren. Tout comme nous avons trouvé son mentor Zarkaoui et nous l’avons tué. Tout comme nous avons trouvé le grand maître du terrorisme, Oussama ben Laden, et nous l’avons tué. Nous allons trouver Al-Bagdadi et il paiera pour ses crimes.»

Pour quel résultat? Ce genre de traques a deux objectifs. Le premier, tactique, est la liquidation de la cible. Le deuxième, stratégique, est l’affaiblissement du camp adverse. Or, ce but-là est le plus difficile à atteindre. Rien ne dit que la mort du «calife» pénaliserait l’Etat islamique. L’organisation compte plus d’un cadre susceptible de prendre sa tête. Lorsque Abou Bakr al-Bagdadi s’est retrouvé alité pendant des mois, il a été remplacé sans problème par son second, Abou Alaa Afri. Un dirigeant que le chercheur irakien Hisham al-Hashimi décrit comme supérieur, à la fois charismatique, excellent orateur et organisateur hors pair. Interrogé par Newsweek, Hisham al-Hashimi, un conseiller du gouvernement irakien, a confirmé cette information allant jusqu’à donner le nom de son remplaçant: Abu Alaa Afri. Reprenant l’organigramme réalisé par le Telegraph en juillet 2014, Newsweek indique que l’homme est un des trois chefs de guerre de l’organisation, identifié alors sous le nom de Abu Suja. Abu Alaa Afri vivrait dans la région de Mossoul.

Al-Baghdadi a-t-il déjà un successeur ?

Le rôle de cet ancien professeur de physique est souligné par Hassan Hassan, un analyste du Moyen-Orient auteur de ISIS: Inside the Army of Terror. Il décrit à Newsweek la montée en puissance de l'homme au sein de l'organisation:

«Abu Alaa [Afri] semble être devenu plus important ces derniers mois, surtout après les premières défaites tactiques connues par le groupe en Syrie et Irak depuis décembre.»

D’après Hisham al-Hashimi, Afri aurait rejoint l’Afghanistan en 1998, avant de devenir un membre important d'al-Qaida quand Abou Moussab al-Zarqawi rejoint l'organisation en 2004.

Pour le conseiller du gouvernement irakien, Afri est «plus important, plus intelligent, et a de meilleures relations avec les gens [que Baghdadi]. Il parle bien en public et a un charisme puissant [...] Tous les leaders de Daech trouvent qu'il a plus de sagesse djihadiste, une bonne capacité à mener les gens et à administrer l'organisation».
Les autorités restent prudentes sur l'Etat de santé de al-Baghdadi

Des incertitudes planent toujours sur l’état de santé de Baghdadi. Le Pentagone via son porte-parole Steven Warren, n’a pas parlé de ces blessures. Il rappelle que des rumeurs à ce propos circulent depuis mars et «qu'il n'y a rien pour indiquer que al-Baghdadi a été blessé ou tué». Pour lui, «il n’y a rien qui signale un changement» aujourd’hui. S’il confirme que des frappes ont eu lieu dans la zone de Ninive le 18 mars, il indique que al-Baghdadi n’était pas une cible de ces tirs.

En novembre 2014, des rumeurs avaient indiqué que le chef de l'organisation Etat islamique avait été touché par des tirs, sans suite.Abou Alaa Afri a été cité comme successeur d’Abou Bakr al-Baghdadi : la rumeur assure en effet que le calife autoproclamé a été gravement blessé en mars 2015 par un raid occidental. Mais le nouvel homme fort pourrait aussi avoir été tué en mai 2015 selon les dires de l’armée irakienne. Ancien prof de physique (lui-aussi…), Abou Alaa Afri est un homme charismatique, apprécié de ses hommes, stratège militaire hors-pair. Il a rejoint l’Afghanistan en 1998 pour s’entraîner avec les hommes d’Al-Qaïda. Ancien allié d’Oussama Ben Laden, il serait favorable à un rapprochement entre Daesh et le groupe djihadiste historique. Lui qui faisait le lien entre le calife et ses gouverneurs locaux pourrait bien avoir pris les commandes du groupe Etat islamique. Ou gésir quelque part dans le désert…

Al-Baghdadi a-t-il déjà un successeur ?
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