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Publié par Bob Woodward

Les Vengeurs du Delta du Niger: nouvelle guérilla au Nigéria ?

Les Vengeurs du delta du Niger ont revendiqué une nouvelle attaque sur leur compte Twitter. Pour la deuxième fois en moins de trois mois, la multinationale américaine Chevron a été ciblée sur son terminal d'Escravos dans le delta du Niger. Ce nouveau groupe rebelle a décidé de reprendre le rapport de force avec les autorités nigérianes. La situation s'était calmée ces dernières années : les anciens insurgés du MEND étaient devenus des femmes et hommes d'affaires ou bien bénéficiaires de bourses de formations ou d'allocations mensuelles. Une nouvelle génération a décidé de déclencher un nouveau foyer d'insurrection dans le sud du Nigeria.
En quelques coups d'éclat depuis le mois de février, les Vengeurs du delta du Niger ont marqué les imaginaires. « Economie rouge » est le nom de code de leur programme en onze points détaillés sur leur site internet.
Ces justiciers autoproclamés se basent sur des revendications identiques à celle du MEND, le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger. Ils manient les ultimatums et l'action directe comme leurs aînés. Ils sabotent des installations pétrolières de multinationales étrangères, mais disent refuser le meurtre et le kidnapping comme mode opératoire.
Ces nouveaux rebelles se présentent comme des natifs de l'est du Nigeria et font cause commune avec Nmamdi Kanu, le chef du mouvement pro-Biafra dont ils réclament la libération.
Partisans d'une sécession de la République fédérale, les Vengeurs du delta du Niger se désignent comme un groupe de jeunes ayant des soutiens aux quatre coins du Nigeria et ils affirment aussi avoir des entrées dans l'appareil militaire nigérian. Ils prétendent être en mesure d'anticiper toute opération répressive.
En reprenant le nom d'un groupe de superhéros d'une célèbre série d'une bande dessinée américaine, les Vengeurs du delta du Niger optent pour une stratégie très actuelle de marketing et de communication dont l'objectif principal est de gagner aussi la bataille de l'opinion.
Selon Oni Dalipo, analyste de Ecobank à Lagos, les récents attentats visant des installations pétrolières ont contribué à réduire la production d'or noir au Nigeria, alors que le pétrole est à son plus bas niveau depuis plus de 20 ans, ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur l'économie du pays.
« Ces attaques ont commencé en février dernier, et entre février et aujourd'hui nous avons perdu près de 850 000 barils par jour, souligne Oni Dalipo. Je pense que cela va poser un problème aux acheteurs de pétrole brut nigérian, car les irrégularités dans la livraison du pétrole nigérian vont les pousser à acheter ailleurs, chez des fournisseurs plus sûrs, ce qui est inquiétant maintenant que l'Iran a fait son entrée sur le marché. Et si le marché iranien est plus stable, il y a de grandes chances pour qu'ils ne reviennent pas au Nigéria. »
L'analyste énumère les nombreuses conséquences potentielles pour l'économie nigériane : « D'abord le pétrole représente 75% des revenus de l'Etat, qui devra peut-être emprunter pour respecter son budget. L'autre problème, c'est que le pétrole est encore la source majeure de devises étrangères qui sont nécessaires à l'importation et permettent de définir la valeur du Naira. Donc il pourrait y avoir une pression sur la monnaie nigériane et une dévaluation. Tout cela pourrait compliquer la situation ».
Les « vengeurs » se décrivent eux-mêmes comme jeunes, d'un bon niveau d'éducation et se présentent comme des « hors-la-loi émérites » en attaquant les infrastructures gazières et pétrolières du delta du Nigeria depuis le début de l'année. « Même les services secrets nigérians ne sont pas sûrs à 100 % de leurs motivations », affirme Dirk Steffen, expert en sécurité maritime pour la société danoise Risk Intelligence. Mais compte tenu de la complexité des attaques sur les infrastructures pétrolières, il est fort probable que certains de leurs membres soient des ex-combattants issus d'anciens groupes armés, selon Steffen. L'attaque des NDA sur l'oléoduc sous-marin Forcados de Shell en février a nécessité des plongeurs professionnels, ce qui implique que les combattants ont un certain niveau de compétence et de connaissance dans le secteur pétrolier. Toutefois, l'organisation hiérarchique du groupe est encore soumise à débat. « Les NDA ne représentent pas forcément un groupe très défini, à l'exception d'un noyau dur de 100 à 150 personnes », ajoute l'expert.
Que veulent-ils ?
Tout comme les anciens groupes rebelles, les NDA réclament une meilleure répartition des revenus pétroliers – concentrés selon eux entre les mains de dirigeants du Nord et des multinationales –, une amnistie financière, le nettoyage du désastre écologique dans le delta, et des compensations pour les pollutions engendrées par l'extraction du pétrole. Mais ils défendent également des idées séparatistes et veulent la création d'un État indépendant dans les régions du sud-est du Nigeria. En 2009, le Nigeria avait signé un cessez-le-feu avec le Mouvement pour l'émancipation du Delta du Niger (MEND) et mis en place un programme d'amnistie, de compensation financière et de formations professionnelles dans le secteur pétrolier pour les ex-rebelles.
Mais depuis la chute du prix du baril de pétrole, et la crise financière qu'elle a engendrée pour le premier producteur d'or noir du continent africain, le pouvoir peine à trouver de l'argent pour financer cet accord. Il avait laissé entendre qu'il stopperait progressivement le programme, déclenchant les foudres des 30 000 ex-rebelles concernés. Le président, qui vient de fêter sa première année à la tête du Nigeria, a également mis fin à des contrats juteux avec des ex-combattants, employés pour protéger les oléoducs.
Les rebelles du NDA exigent la libération de Nnamdi Kanu, chef du groupe Peuple Indigène du Biafra (IPOB), incarcéré pour « haute trahison » et demandent que des dirigeants du parti au pouvoir, le Congrès progressiste (APC), soient poursuivis pour corruption au même titre que des membres de l'opposition du Parti démocratique populaire (PDP). « Il est très probable que les “vengeurs” et les autres groupes rebelles, nés ces derniers mois, reçoivent un soutien d'anciens ou d'actuels membres du PDP », affirme Philippe de Pontet responsable Afrique chez Eurasia, cabinet de conseil et de recherche en risques politiques mondiaux, dans son dernier rapport.
Quel est l'impact de ces attaques ?
Les NDA visent sciemment des zones de production stratégiques, exemple une série d'attaques à la bombe contre les oléoducs du groupe italien Eni et de la société nationale nigériane NNPC, qui acheminent le gaz pour la production énergétique de la mégalopole économique du pays, Lagos. Leurs attaques ont contribué au recul de la production de pétrole, passée de 2,2 millions à 1,4 million de barils par jour, selon les autorités, son plus bas niveau depuis les années 1990. Ce recul doublé de la chute mondiale des cours du brut fragilise les finances du Nigeria, qui tire 70 % de ses revenus de l'or noir. Pour tenter d'oxygéner les finances d'un État sous pression, le président Buhari a déclaré la semaine dernière qu'il allait « re-concevoir » le programme d'amnistie ouvrant la voie à un dialogue. Tentant sans doute d'instaurer un rapport de force lui étant favorable, il a envoyé du même souffle des renforts militaires dans les marécages du Delta du Niger, qui pourraient intensifier les hostilités, et ainsi ramener de nouveaux sympathisants aux rebelles.

Les Vengeurs du Delta du Niger: nouvelle guérilla au Nigéria ?

Selon le président nigérian Muhammadu Buhari, des négociations se sont engagées avec les Vengeurs du delta du Niger « par l'intermédiaire des compagnies pétrolières et des agences de sécurité ». Mais de leur côté, les rebelles affirment que c'est faux, et qu'aucun dialogue n’aura lieu tant que des médiateurs internationaux n'auront pas été nommés. Ce groupe, qui est à la tête d'une nouvelle insurrection dans cette région clé pour la production de l'or noir, entend exploiter jusqu'au bout son avantage acquis par la terreur.
Aucune négociation possible sans médiation internationale. C'est en substance le message délivré par les Vengeurs du delta du Niger. Le groupe rebelle dément d'ailleurs participer de près ou de loin à toute discussion. Une façon de rejeter les propositions formulées par le président du Nigeria, de dire qu'un nouveau programme d'amnistie n'est pas et ne sera pas suffisant. Les rebelles semblent se sentir en position de force. Leurs attaques en moins de six mois ont eu un impact sur la baisse de la production du brut nigérian. Elles ont ont mis à mal la sérénité des multinationales du pétrole, les obligeant à réduire la présence de leurs équipes dans le sud du Nigeria.
Conclu il y a un mois par les autorités avec certains groupes d'insurgés, le cessez-le-feu en théorie a expiré. En maintenant une position dure, les Vengeurs veulent faire
monter les enchères. D'autant que les autorités fédérales ont largement adouci leur discours. La récession que traverse la première économie africaine oblige le gouvernement à poursuivre par la voie de négociation. Avec un gros point d'interrogation : la revendication de l'indépendance du Biafra, soutenue par les Vengeurs du delta du Niger, et dont le gouvernement fédéral d'Abuja ne veut absolument pas entendre parler.
Si les Vengeurs du delta du Niger ont récemment gagné en notoriété, après leur série d'attaques dans le sud pétrolier du Nigeria, les tensions ne datent pas d’hier. En 2009, au terme de plusieurs années de violences, le gouvernement nigérian avait négocié un programme d'amnistie avec les rebelles du delta du Niger. Des milliers d'entre eux ont empoché un revenu mensuel de 65 000 nairas (environ 325 euros à l'époque) et entrepris des formations professionnelles. Mais six ans plus tard, quand le président Muhammadu Buhari, fraîchement élu, a annoncé son intention de mettre fin à ce programme d'ici 2018, ça n’a évidemment pas plu à tout le monde. Et les violences ont repris.
Ukoha Ukiwo est le responsable du Programme de réconciliation et de stabilisation du Nigeria, un organisme qui prône la résolution des conflits par la négociation. « La popularité des Vengeurs du delta du Niger n'est pas du tout claire. On ne sait pas pour qui ils parlent, au juste, souligne-t-il. On ne sait pas vraiment s'ils parlent pour les populations du delta du Niger. Des notables locaux, des groupes locaux, ne se sont pas prononcés sur leurs actions jusqu'à maintenant. Il ne suffit pas aux rebelles de cibler les installations pétrolières pour pousser le gouvernement à négocier. Il faut que le gouvernement, ses services de renseignement, arrivent à la conclusion qu'ils expriment la volonté des populations du delta du Niger. »
Ukoha Ukiwo s'étonne du rôle que la présidence souhaite faire jouer aux compagnies pétrolières. « L'essentiel, c'est de comprendre si les compagnies pétrolières sont assez crédibles ou légitimes, explique-t-il. Bien évidemment, ce sont de grandes entreprises privées. Alors, si le gouvernement est vraiment intéressé à négocier, les compagnies pétrolières ne sont pas, en définitive, les mieux placées pour faire la médiation. Et les agences de sécurité non plus. Cela n'empêche pas les compagnies pétrolières elles-mêmes de chercher à rencontrer les rebelles, comme elles l'ont déjà fait dans le passé. Vu l'insécurité, elles ont toujours cherché à trouver un modus vivendi avec ces groupes, leur permettant de fonctionner dans un environnement on ne peut plus compliqué. »

« Nous ne sommes engagés dans aucune négociation, avec aucun comité. » Le message publié sur le compte Twitter des Vengeurs du delta du Niger (Delta Niger Avengers, DNA), mercredi 8 juin, ne laisse aucun espace de négociation. Il fait suite à la demande d’Abuja, formulée la veille, d’engager des pourparlers avec le groupe rebelle, qui en a profité pour revendiquer une nouvelle attaque perpétrée dans la nuit contre un puits pétrolier de l’américain Chevron, dans l’est du delta.
« Le président Muhammadu Buhari a ordonné à l’armée de stopper ses actions dans le delta du Niger pour deux semaines, avait indiqué, mardi, Emmanuel Ibe Kachikwu, secrétaire d’Etat nigérian pour les ressources pétrolières. La balle est dans leur camp, si les rebelles sont prêts à engager le dialogue. »
Déjà en lutte contre les djihadistes de Boko Haram dans le nord du pays, l’armée nigériane avait déployé il y a quelques semaines des navires armés et des avions de combat dans la région afin d’y traquer les Vengeurs du delta. Selon Emmanuel Ibe Kachikwu, leurs attaques ont fait chuter en quelques mois la production de pétrole brut de 2,2 millions de barils à 1,6 million.
Elles ont visé, parfois de façon simultanée, des sites pétroliers appartenant à des compagnies étrangères (Shell, ENI et Chevron) mais également la compagnie d’Etat nigériane, NNPC. Certaines ont été contraintes de fermer leurs sites et d’interrompre leurs extractions. Dans un contexte économique déjà difficile à cause de la baisse du baril de brut, le gouvernement se devait de lancer des pourparlers avec le groupe rebelle. Mais la porte reste close.
« Les attaques des DNA étaient prévisibles, explique Benjamin Augé, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et spécialiste du Nigeria. Dès sa prise de fonction en mai 2015, le président Buhari a perdu le lien avec ceux que l’on appelle communément les “militants du delta”. On ne peut pas gérer cette région comme les autres, pour la simple raison qu’elle concentre la totalité des réserves de gaz et de pétrole du pays. »
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec ses 180 millions d’habitants, est le plus gros producteur de brut du continent, le onzième au niveau mondial. Le pétrole y a été découvert en 1956, à la veille de l’indépendance obtenue contr les Britanniques en 1960. A faible teneur en soufre, il est de qualité « bonny light », la meilleure au monde, et est intégralement extrait dans le delta, où les conditions de vie sont particulièrement difficiles pour les populations, comme le montre un reportage de l’émission « Les routes de l’impossible », diffusé sur France 5 en janvier 2012 et intitulé Les Esclaves de l’or noir. Tourné en partie au milieu de la mangrove, où près de 2 000 sites sont pollués par les compagnies pétrolières et les innombrables raffineries clandestines qui s’y sont installées, il montre toutes les étapes du trafic d’essence, des pipelines jusqu’aux rues de Cotonou, la capitale du Bénin.
Si l’on ignore combien d’hommes composent les Vengeurs du delta du Niger, leur volonté semble claire. Sur son site Internet, le groupe, apparu en février, se décrit comme étant composé de « jeunes éduqués » qui militent pour l’indépendance des régions du delta, la destruction de l’économie nigériane et la libération de Nnamdi Kanu, un chef du mouvement régionaliste Indigenous People of Biafra (IPOB), arrêté en octobre 2015 à Lagos. Tout en assurant que lutte sera pacifique.
En termes de revendications, le groupe de rebelles s’inscrit dans la lignée du Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (MEND), qui a mené de nombreuses attaques contre des installations pétrolières, mais aussi des enlèvements de travailleurs du secteur dans les années 2000 (ce que refusent aujourd’hui les Vengeurs du delta) avant que le gouvernement ne mette fin aux violences par le biais d’une amnistie en 2009. Quelque 30 000 rebelles ont ainsi bénéficié du programme, déposant leurs armes contre des revenus destinés à la formation et à la reconversion. L’accord signé avec le gouvernement prévoyait par exemple le versement d’un pécule mensuel de près de 400 dollars ainsi que de juteux contrats dans la sécurité pour les chefs.
« Le budget alloué aux anciens du MEND a été considérablement amputé par rapport à 2015. C’est très probablement une partie de ses anciens chefs, associés à des jeunes, que l’on retrouve derrière les Vengeurs du delta du Niger, explique Benjamin Augé. Cela permettrait d’expliquer les moyens logistiques importants dont bénéficient les rebelles et leur parfaite connaissance des zones pétrolifères stratégiques. La volonté autonomiste est plus un vernis politique. En réalité, ils veulent des postes et avoir accès à des contrats, et la seule façon de faire bouger le gouvernement est d’imposer un rapport de force : celui qui fait sauter un pipeline est quelqu’un d’important ! »
Agé de 47 ans, Government Ekpemupolo, surnommé « Tempolo », est l’un des anciens dirigeants les plus connus du MEND. Même si le groupe s’en défend, il soutiendrait les Vengeurs du delta du Niger. En janvier, la Haute Cour fédérale de Lagos avait ordonné son arrestation pour vol et blanchiment d’argent entre 2012 et 2015 pour un montant de 175 millions de dollars (155,6 millions d’euros), mais « Tempolo » est aujourd’hui introuvable.
« Les habitants ne soutiennent pas vraiment ces mouvements de libération, analyse Benjamin Augé. Lorsque les leaders obtiennent les avantages qu’ils réclament, ils ne versent rien à la population. Certains sont pourtant devenus millionnaires. »

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