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Publié par Bob Woodward

Le pays où les mères se suicident...

La violence à l’égard des femmes continue à augmenter, tout comme le niveau général d’agressivité et de cruauté de la société tadjike. L’alarme a été lancée par une représentante de l’ONG Women With Higher Education, après le énième cas de suicide d’une femme dans le fleuve traversant la petite ville de Vahdat, la jeune femme s’étant lancée dans l’eau avec son enfant, tous deux étant épuisés par la faim et la pauvreté. Selon les informations parvenues à Fides, déjà en février dernier, une femme de 25 ans s’était jetée d’un pont avec ses quatre enfants. Quatre mois auparavant, une mère de famille de 30 ans s’était sauvée par miracle après avoir noyé ses trois enfants et avait été condamnée à 18 ans de réclusion.
Selon un porte-parole du Ministère tadjik, en 2015, ont été enregistrés au total un nombre de 325 suicides et de tentatives de suicides de femmes. Les femmes tadjikes sont contraintes à se marier très tôt et immédiatement envoyées dans les maisons de leurs maris, où elles subissent des abus de toute nature. En outre, l’aggravation de la crise économique qui afflige le pays a eu des conséquences sociales dramatiques sur une grande partie de ses habitants.
Selon la Banque mondiale, le Tadjikistan est le pays le plus largement dépendant des retours financiers effectués par les émigrés. Les flux monétaires ont diminué des deux tiers en 2015 suite à la crise économique russe, qui trouve à son tour son origine dans la chute des prix du pétrole et dans les sanctions occidentales suite à la participation de la Russie au conflit ukrainien. Le Tadjikistan est également fortement dépendant de l’économie russe, au sein de laquelle travaille la moitié de la population masculine, en majorité dans le secteur des constructions. Encore tremblante, Manzoura Borbieva pointe du doigt les courants de la rivière qui traverse la petite ville de Vahdat, au Tadjikistan, où s'est noyée sa collègue de 21 ans avec son bébé. "C'est là qu'elle a sauté", raconte-t-elle à l'AFP.
La jeune mère, Maftnouna Rakhmonova, travaillait avec elle sur le marché de Vahdat, ville proche de la capitale, Douchanbé, jusqu'à son suicide en avril.
"Nous lui avons crié d'épargner au moins l'enfant, mais elle n'écoutait pas", se souvient Manzoura Borbieva. "Elle nous a dit en pleurant: +Quel que soit mon destin, ce sera aussi celui de mon fils+".
Emporté par la rivière, le corps de l'enfant, âgé de trois mois, n'a jamais été retrouvé.
La noyade de Maftnouna Rakhmonova est la dernière d'une série de suicides de jeunes mères tadjikes avec leurs enfants qui ont bouleversé la population de ce pays pauvre d'Asie centrale.
En février, une femme de 25 ans s'est jetée d'un pont avec ses quatre enfants. Quatre mois plus tôt, une trentenaire qui avait noyé ses trois enfants et réchappé de peu à la mort, a été condamnée à 18 ans de prison.
Au total, 325 suicides et tentatives de suicides par des femmes ont été enregistrées en 2015 dans le pays, a indiqué à l'AFP un porte-parole du Parquet tadjik, en refusant de donner les statistiques de l'année précédente.
Mariées jeunes et aussitôt placées dans les familles de leur mari, les jeunes Tadjikes subissent souvent de mauvais traitements dans leur belle-famille, dont elles dépendent entièrement.
C'est peut-être ce qui a poussé Maftnouna Rakhmanova à sauter dans la rivière avec son fils, affirme sa grand-mère, Harimbibi, 59 ans, qui l'a élevée.
Sa belle-famille "la frappait presque chaque jour", assure-t-elle, ajoutant qu'on l'avait forcée à vendre sa dot, des bijoux en or, afin que son mari et son beau-frère puissent acheter des billets d'avion pour la Russie.
Harimbibi Rakhmanova voudrait que le mari soit jugé pour incitation au suicide, mais elle craint que le Parquet n'ait déjà reçu des pots-de-vin de sa part pour étouffer l'affaire.
Cette grand-mère dont la voix tremble ne peut compter sur le soutien de la communauté: le suicide de Maftnouna avec son enfant a jeté l'opprobre sur sa famille, explique-t-elle.
Si les proches de la jeune mère attribue son acte désespéré aux mauvais traitements qu'elle subissait dans sa belle-famille, sa collègue Manzoura Borbieva assure, elle, que le drame a été causé par la situation économique difficile de son mari.
"Nos hommes ne trouvent pas de travail pour nourrir leurs familles nombreuses et des disputes ont lieu à la maison", explique-t-elle alors que les vendeurs du marché s'approchent d'elle pour l'écouter parler.
"C'est ça qui pousse les gens à faire des choses pareilles", lance Manzoura, provoquant des hochements de tête parmi ses auditeurs. "Le voilà, notre Tadjikistan", ajoute-t-elle tristement.

Le pays où les mères se suicident...

L'ampleur de la crise économique et financière qui touche le pays a eu des conséquences sociales dramatiques pour nombre d'habitants.
Le Tadjikistan est le pays le plus dépendant des transferts d'argent envoyés par ses émigrés à leur famille, selon la Banque mondiale, or ces flux monétaires ont diminué de deux-tiers en 2015 à cause de la crise économique russe, causée par la chute des cours du pétrole et les sanctions occidentales contre Moscou pour son rôle dans le conflit ukrainien.
L'Etat tadjik est en effet très tributaire de l'économie de son grand voisin russe. Près de la moitié de la population masculine du Tadjikistan travaille en Russie, notamment dans le secteur de la construction.
Mais depuis janvier 2014, le somoni, la monnaie nationale du pays, a perdu 40% de sa valeur face au dollar et le gouvernement tadjik a dû solliciter l'aide d'institutions financières internationales pour garder à flot son système bancaire.
"Si auparavant nos problèmes sociaux étaient liés au fait que nos hommes partaient à l'étranger et vivaient de longues périodes sans voir leur famille, maintenant le problème est qu'ils restent à la maison sans gagner d'argent", explique Alla Kouvatova, spécialiste tadjike des questions liées au statut des femmes.
A la tête d'une ONG pour l'éducation des femmes, Women With Higher Education, l'experte s'inquiète: "La violence contre les femmes augmente. De manière générale, le niveau d'agressivité et de cruauté dans la société est en hausse", dit-elle.

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