Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Le Nigéria, premier pourvoyeur de prostituées au monde ?

 

Pas moins de neuf filières ont été démantelées l'an passé en France, mettant au jour des organisations criminelles qui rapporteraient 15 M€ par an.

Les réseaux de proxénétisme nigérians sont en pleine expansion en France. Ce constat a fait l'objet d'une note rédigée par la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), datée du 19 juin dernier, que nous nous sommes procurés et qui synthétise notamment les auditions de 189 prostituées et de 90 proxénètes interpellés depuis 2014. Sur la seule année 2015, neuf réseaux internationaux de proxénètes nigérians ont été démantelés en France, dans des grandes villes mais aussi dans des agglomérations plus modestes comme Béziers (Hérault) ou Caen (Calvados).

D'après la note de la PJ, 20% des prostituées interpellées pour racolage l'an dernier étaient de nationalité nigériane. Une tendance qui ne surprend évidemment pas Yann Sourisseau, chef de l'Office central de répression de la traite des êtres humains à la DCPJ : « Dans les années 1980, 70% des prostituées exerçant sur notre territoire étaient de nationalité française. Elles ne sont plus que 20% aujourd'hui. Cela est dû à la mainmise des groupes criminels étrangers sur la prostitution ». Un développement favorisé par l'abandon progressif du milieu français pour ce secteur criminel. Les réseaux nigérians sont une manifestation concrète de ces organisations qui ont fait de la traite des femmes aux fins d'exploitation sexuelle une spécialité. Un secteur très lucratif puisque, d'après la note de la DCPJ, le seul proxénétisme nigérian dégage chaque année 15 M€ de bénéfices en France. Du recrutement des filles au Nigeria à leur « revente » aux « mamas » chargées de les encadrer en France en passant par la cérémonie du « juju » (lire encadré), le mode opératoire est parfaitement huilé.

« Ces jeunes femmes se retrouvent sans attaches familiales dans un pays dont elles ne maîtrisent pas la langue et en situation de grande faiblesse, puisqu'elles doivent rembourser une dette élevée à leurs proxénètes », poursuit Yann Sourisseau. Fin 2011, ses services, épaulés par la DIPJ de Bordeaux (Gironde), ont démantelé une filière emblématique qui rayonnait dans le Sud-Ouest. Une quinzaine de suspects ont été arrêtés, dont des « mamas », ces femmes qui rachètent environ 10000 € les filles en provenance du Nigeria, et trois « banquiers » installés en Espagne. Ces hommes venaient collecter les revenus des passes tous les quinze jours environ. Sur l'un d'eux, interpellé en pleine tournée, les policiers ont ainsi saisi 60000 €.

Preuve de l‘organisation de ces réseaux, les victimes récalcitrantes peuvent subir des « violences physiques ou des privations de nourriture », comme l'explique la note de la DCPJ, tandis que « leur famille au Nigeria peut être menacée par les réseaux d'immigration clandestine à l'origine du trafic. » Si Yann Sourisseau rappelle que les « peines de prison très élevées et les saisies sur le patrimoine des proxénètes » restent les meilleurs armes, il reconnaît également que les « déséquilibres économiques mondiaux et la réalité d'une clientèle française » favorisent le phénomène. Ces affaires posent la question du rôle des mamas, ces femmes proxénètes qu’il est difficile de distinguer de leurs victimes et qui caractérisent ces réseaux nigérians. Dans une culture qui accorde une place majeure à l’entraide familiale, une cousine ou une tante qui a "réussi" en France propose de faire venir la jeune femme visée pour lui trouver un prétendu emploi, par exemple dans la coiffure ou l’esthétique. Idéales pour mettre en confiance, elles sont prisées par les réseaux dont elles sont devenues un rouage essentiel.

Accusées de proxénétisme en bande organisée, traite des êtres humains en bande organisée, blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs, les mamas interpellées sont passibles de la Cour d’Assises. S’il n’est pas question de nier leur comportement de bourreaux, il reste que le niveau de culpabilité de ces femmes elles-mêmes prostituées – et enrôlées dans un premier temps grâce au même système de tromperie - est complexe à établir.

La délégation du mouvement du Nid du Nord par exemple peut témoigner des dimensions sans précédent prises par les réseaux nigérians. La presque totalité des 140 personnes reçues à la permanence en mai 2015 étaient en effet nigérianes. Elle est donc bien placée pour connaître la complexité des liens établis entre les mamas et les jeunes femmes qu’elles exploitent. Face à la police, ces dernières nient d’ailleurs leur avoir versé de l’argent alors que les investigations policières ont révélé qu’elles devaient s’acquitter de “dettes” allant de 40 000 à 60 000 euros.

“Les mamas vivent dans des taudis avec les jeunes femmes qu’elles prostituent et se présentent comme des "copines"”, explique Bernard Lemettre, responsable de la délégation. “Cette vie en commun leur permet de tout contrôler et de soumettre entièrement leurs victimes – qui les couvrent de cadeaux - jusqu’à de véritables conditions d’esclavage : après une nuit entière sur le trottoir, elles doivent encore, en rentrant à 7h du matin, faire le ménage et servir les mamas. La privation de sommeil fait partie du système”.

Le Nigéria, premier pourvoyeur de prostituées au monde ?

 

L’organisation des réseaux est complexe. “Il faut que la justice passe. Mais il est bon de savoir que ces mamas sont aussi des victimes à leur façon. Elles utilisent la menace mais elles sont elles-mêmes tenues ou menacées. Elles ont des ordres pour "gérer un cheptel" et opérer des recrutements”. Y a-t-il vraiment une autre issue pour une jeune femme nigériane prostituée par un réseau ? Pour Bernard Lemettre, “être mama, donc avoir un rôle de kapo, est pour ces femmes la seule possibilité. Dans l’affaire d’aujourd’hui, n’oublions pas qu’il y a deux hommes nigérians au dessus de la mama chef ; et peut-être d’autres niveaux intermédiaires…”

Pour lui, le système nigérian n’est à cet égard pas seul en cause : “Les rouages sont toujours les mêmes, quels que soient les réseaux. On n’emploie pas le même mot, mais il y a toujours sur nos trottoirs des chefs qui sont l’équivalent des mamas”.

Il est difficile pour la délégation de savoir la vérité sur le parcours des jeunes femmes. “Elles donnent de faux noms, et les premiers récits qu’elles livrent sont le plus souvent faux”, dit Bernard Lemettre. Mais au fil du temps, et dans le contexte actuel, “une parole se libère. Nous avons de longs entretiens, souvent éprouvants, avec des pleurs. On finit, pour certaines, par savoir ce qui leur est arrivé. En général, ces jeunes femmes, qui ont des difficultés familiales, sont présentées par une tante ou une personne de la famille à un monsieur qui leur propose de partir en Europe et leur obtient des papiers. C’est alors qu’intervient le juju, ce rituel de sorcellerie utilisé comme procédé d’intimidation et dont très peu d’entre elles ont le courage de parler : elles se retrouvent nues devant des personnes qui leur coupent des cheveux, des ongles, des poils pubiens et les mettent dans un bocal avec une goutte de sang. Des marques sont faites sur leur corps ; certaines nous les ont montrées…”

Le périple qui permet à ces jeunes femmes d’arriver en France semble de nature à embrouiller les repérages : “L’une d’entre elles nous a expliqué être partie de Lagos en avion, avoir transité par l’aéroport d’Ankara, être passée par Nice avec un faux passeport. Elle a ensuite été dirigée sur Poitiers. Elle a fui son réseau parce que sa mama la frappait et nous a adressé un appel au secours”.

Les descentes de police opérées au petit matin ont des conséquences qu’il s’agit ensuite de gérer. “Dans l’affolement, on nous confie les enfants, même petits, des personnes interpellées, dit Bernard Lemettre. Il faut trouver des solutions d’urgence. Nous allons aussi attendre les victimes à la sortie de leur audition, pour les réconforter, leur donner des bons d’alimentation, trouver éventuellement des solutions d’hébergement. Il va falloir accompagner également les mamas qui vont être en prison ou libérées sous caution…”

Pour le responsable de la délégation, “il est important d’accompagner les victimes qui ne sont pas préparées à la liberté ; de les aider à porter plainte pour se libérer, et à acquérir la protection à laquelle elles ont droit. Il faut se battre pour obtenir des papiers. Toutes demandent à sortir de la prostitution et à rester en France. Mais il faudrait des sas ; elles ne sont pas en état de travailler du jour au lendemain”.

Le Mouvement du Nid tient à rappeler que les clients prostitueurs, qui sont les pourvoyeurs directs des sommes considérables qui atterrissent dans les poches des proxénètes, sont des rouages essentiels de ce gigantesque système de traite d’être humains et donc des complices des mafieux. “Mais les policiers nous disent que les clients, ce n’est pas le problème”, dit le responsable de la délégation lilloise… “La société continue de protéger ces hommes”.

On voit donc la nécessité, au minimum, de voter la loi sur le système prostitutionnel adoptée en décembre 2013 à l’Assemblée Nationale et dont on attend l’examen au Sénat ; outre la pénalisation des "clients", pour qui de tels trafics sont mis sur pied, la proposition de loi envisage de véritables moyens pour l’accompagnement des victimes.“Il ne faut pas se contenter de lutter contre Boko Haram ”, souligne Grégoire Théry, le secrétaire général du Mouvement du Nid; “parallèlement à l’enlèvement des lycéennes au Nigéria, des milliers de jeunes femmes enlevées dans ce pays sont tenues en servitude sexuelle, dans l’indifférence générale, sur les trottoirs français ‘.’”

Le Nigéria, premier pourvoyeur de prostituées au monde ?

Commenter cet article

Wisney 24/10/2016 10:14

Ah la Nigeria