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Publié par Bob Woodward

Le djihad des plages a-t-il débuté ?

Un camion a foncé dans la foule qui était réunie sur la promenade des Anglais à Nice pour assister au feu d’artifices, jeudi 14 juillet. Au moins 84 personnes ont été tuées, selon le ministère de l’intérieur. Les témoins évoquent des scènes d’horreur et de panique. « On courait en se tenant la main très fort pour ne pas se perdre, décrit au Monde Charlène Camin, qui était en terrasse avec son petit ami. On s’est réfugiés dans un autre restaurant (…), les gens essayaient de se cacher dans les toilettes, dans les cuisines. On a éteint les lumières pour être plus discrets. »
Emilie Blain, 27 ans, était, elle, à la hauteur de l’office du tourisme. « J’ai une entorse au genou, témoigne-t-elle au Monde, mais dans ces conditions, ton instinct de survie prend le dessus et tu cours malgré la douleur. » Elle s’est réfugiée dans un restaurant : « Il y avait une femme enceinte de presque neuf mois, elle a eu des contractions et a fait un malaise. Nous avons appelé les pompiers, cela prenait du temps pour les joindre mais ils ont fini par répondre. »
C’est le grand périodique allemand Bild qui rapporte l’information sur la stratégie d’attaques terroristes de l’organisation terroriste dite « Etat islamique » ou Daech, en Europe, pour l’été à venir. Après les informations persistantes sur le ciblage de sites nucléaires en Belgique et en Allemagne, les terroristes ont également programmé d’attaquer d’autres endroits, très difficiles à protéger.
Ainsi, Daesh planifierait des attaques sur les plages d'Europe cet été. Le quotidien se fonde sur une information des services de renseignement allemands. Les kamikazes de l'Etat islamique s’en prendraient en particulier aux plages d'Italie, d'Espagne et de France, comme leur loup solitaire l’avait fait en juin dernier sur la plage de Sousse, en Tunisie, faisant des dizaines de morts parmi les touristes et la population locale.
Populeuses et très fréquentées par tous types de vacanciers, les plages en été voient l’affluence de baigneurs, mais aussi de vendeurs de glaces et de colporteurs divers. « Cela pourrait représenter une nouvelle dimension de la terreur de Daech. Les plages de vacanciers sont difficiles à protéger », a expliqué un haut-représentant allemand à Bild. Comment savoir, en effet, si vendeur de glaces cache des explosifs dans son armoire frigorifique ? Ou si un marchand de breloques dissimule une arme automatique dans son sac ? Et s’ils sont plusieurs ?...
Le quotidien allemand ajoute que les terroristes à l’origine de ces menaces sur le continent seraient établis au Sénégal et se revendiqueraient du groupe terroriste Boko Haram, lequel s’est associé à l’Etat islamique il y a un an.
La menace est d’autant plus crédible et effrayante que des informations fournies par les services belges indiquent que Daech aurait envoyé d’autres terroristes en Europe, après le démantèlement de la cellule Abaoud à Paris  et la capture de Salah Abdeslam et Mohamed Abrini à Bruxelles. En effet, « il y a beaucoup de renseignements, par exemple des signaux que des FTT (Foreign terrorist fighters), des combattants en Syrie, voudraient retourner, pas seulement vers la Belgique, mais vers l'Europe, pour commettre un attentat », a déclaré Paul Van Tigchelt, directeur de l'Ocam (Organe de coordination pour l'analyse de la menace). Les terroristes ont frappé un angle mort, le dimanche 13 mars, en prenant d’assaut à la kalachnikov la plage de Grand-Bassam, à 40 km au sud-est d’Abidjan. L’attaque a été revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et a fait, selon un bilan officiel, 14 victimes civiles (dont plusieurs expatriés) et deux militaires, ainsi que six terroristes abattus. Une première dans le pays.
Grand-Bassam, haut-lieu du tourisme en Côte d’Ivoire et classé patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses vestiges coloniaux, est prisée par les Ivoiriens et les expatriés. Tous les week-ends, ils sont nombreux à s’y rendre pour passer du temps entre amis ou en famille. « C’est au moment de passer à table pour le déjeuner que j’ai entendu les premières rafales », raconte au Monde Afrique Jean-Marc, un homme d’affaires canadien installé à Abidjan. Il était treize heures, heure locale.

Le djihad des plages a-t-il débuté ?

C'était la plus grande peur des Tunisiens après l'attaque terroriste de Sousse, le 26 juin 2015, qui avait fait 38 morts sur une plage de cette station balnéaire située à 168km au sud de Tunis: voir les touristes, qui sont l'une des principales ressources du pays, fuir en masse. Presque un mois après le drame, c'est la triste réalité. Les plages tunisiennes sont désertes en pleine saison touristique.
Dans un reportage daté du jeudi 16 juillet 2015 et intitulé «L'inquiétant silence des plages de Tunisie», le journal Libération dresse un sombre panorama de la situation sur le littoral de la ville très touristique d'Hammamet, à proximité de Tunis. «Cela fait une semaine que je n'ai rien vendu», constate Baïssam, propriétaire d'une échoppe de souvenirs. «Au maximum, on voit cinq ou six touristes par jour. On n'a rien d'autre à faire que de s'asseoir à l'ombre et attendre.»
Le 9 juin, le ministre des Affaire étrangères avait recommandé aux touristes britanniques de quitter le pays et déconseillé tout voyage «non essentiel» en Tunisie, arguant de dispositions locales insuffisantes face à la «forte menace terroriste». Jugeant qu'une «nouvelle attaque terroriste est hautement probable», le ministère des Affaires étrangères indique sur son site ne pas croire que «les mesures mises en place (par le gouvernement tunisien) soient suffisantes pour protéger actuellement les touristes britanniques».
Sur les hauteurs de la cité antique de Carthage classée au patrimoine mondiale de l'Unesco, depuis laquelle s'offre une vue sur Tunis, Mohammed, un guide local, explique à la BBC que les lieux se sont «complètement vidés de touristes». Avec un collègue, il attend desespérement l'arrivée de clients potentiels. «Depuis l'attaque de Sousse, je n'ai plus de travail, je suis au chômage. Le tourisme est complètement mort. Je suis très triste», explique t-il.
Pour le ministre des Transports Mahmoud ben Romdhane, «cela va prendre des années à faire revenir les touristes. Nous sommes également moins attractif pour les investisseurs étrangers. La Tunisie n'est pas un pays où les gens veulent aller actuellement», note-il attristé.
Après l'attaque de Sousse, les autorités tunisiennes avaient tiré la sonnette d'alarme en affirmant qu'une chute des revenus touristiques, qui représentent environ 7% du PIB du pays, serait une catastrophe pour le pays. À la vue de la situation actuelle, c'est pourtant bien ce qui risque de se passer.
Trente-huit personnes, dont des touristes étrangers, ont été tuées le 26 juin 2015 lorsqu’un homme armé a ouvert le feu dans l'hôtel Marhaba de Sousse, au sud de Tunis, a annoncé le ministère de l’Intérieur. Au moins cinq Britanniques sont morts dans l'attentat. Au moment de l'attaque, «il y avait 565 clients dans l’hôtel», qui accueille surtout des Britanniques et des résidents d'Europe centrale. D'après le ministère de la Santé tunisien, les touristes blessés identifiés pour le moment seraient de nationalité belge, britannique, norvégienne et allemande.
L’auteur de l’attentat, qui a été abattu par les forces de police, est un étudiant tunisien inconnu de la police, selon le secrétaire d’Etat aux affaires sécuritaires, Rafik Chelly. «Il est Tunisien, originaire de la région de Kairouan [ville située dans le centre de la Tunisie, ndlr]. C’est un étudiant», a déclaré le responsable à la radio Mosaïque FM. «Cette personne n’était pas connue (de nos services)», a-t-il ajouté. Radio Tunis annonçait qu'un autre assaillant avait été arrêté, mais selon selon Rafik Chelly «a priori, un seul élément» a mené l’attaque de vendredi.
L’assaillant a visé les clients sur la plage et au bord des piscines, selon le pâtissier de l’hôtel. «J’ai entendu des coups de feu et je suis sorti voir ce qui se passait. J’ai vu quelqu’un tirer sur des touristes âgés (sur la plage). Ils sont morts», a raconté Slim Brahim. «J’ai cherché à me cacher parce que j’ai vu le terroriste entrer dans l’hôtel du côté de la piscine. Il a ensuite jeté une grenade près de la piscine». Une journaliste de l’AFP qui a pu entrer dans l’hôtel a vu deux corps allongés dans du sang sur le parking, ainsi que trois corps ensanglantés sur le rebord de la piscine couverte.
D'après France 24 qui cite le ministère de l'Intérieur tunisien, l'assaillant serait allé se baigner, en short, avant de revenir sur la plage et de sortir une kalachnikov de son sac de plage. Il aurait ensuite tiré sur les touristes sur la plage puis les a suivis près de la piscine de l'hôtel et jusqu'à la réception.
Un touriste britannique a indiqué à la télévision SkyNews que l’attaque s’était produite vers midi (13 heures en France). «Mon fils de 22 ans venait de retourner se baigner (...) quand on a vu à une centaine de mètres à notre gauche ce qu’on pensait être des feux d’artifices», a raconté Gary Pine, venu de Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre. «C’est seulement quand on a commencé à entendre des balles fuser qu’on a réalisé que c’était beaucoup plus grave que des feux d’artifice».
«Il y a eu un exode massif de la plage (...) et il y a eu quelques blessés légers dans le choc ou la panique», a-t-il ajouté. «J’estime avoir entendu une vingtaine ou une trentaine de coups de feu, il y en avait pas mal». «Je suis maintenant à la réception avec environ 200 autres clients étrangers. Doit-on partir? Où aller? C’est d’un calme mortel maintenant», a-t-il encore dit. La Tunisie disait craindre des attentats à l’approche de la saison touristique. Des menaces provenant de comptes sur les réseaux sociaux liés à la mouvance jihadiste avaient menacé de nouvelles attaques durant l’été. Depuis l'attentat du Bardo, le secteur stratégique du tourisme avait enregistré en avril de très mauvais résultats, avec un recul sur un an de 25,7% du nombre de touristes et de 26,3% des recettes touristiques en devises. Le tour de la France semble être arrivé avec l’attentat de Nice…

Le djihad des plages a-t-il débuté ?

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