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Publié par Bob Woodward

La nouvelle guerre du Biafra ?

Colonie britannique jusqu'au 1er octobre 1960, le Nigeria, le plus peuplé des États africains, doit faire face le 30 mai 1967 à la sécession de sa région du Sud-Est (77.000 km2).
Les Ibos, habitants de cette région forestière, essentiellement animistes ou chrétiens, se plaignent d'être tenus en sujétion par les habitants du Nord sahélien, les musulmans haoussas. Des officiers ibos tentent de prendre le pouvoir en 1966 mais le perdent rapidement.
En désespoir de cause, le colonel Ojukwu proclame l'indépendance de sa région sous le nom de Biafra. Il s'ensuit une guerre civile de trente mois qui va faire un million de victimes et aboutir à la victoire du Nigeria et de son chef, le général Gowon. Elle donne lieu aux premières interventions d'urgence et aboutit à la création de Médecins sans Frontières par Bernard Kouchner et Jean-Christophe Ruffin.
Après la guerre, la découverte de pétrole dans le delta du Niger relance les luttes d'influence au Nigeria. Elle aggrave l'oppression qui pèse sur les habitants de l'ancien Biafra. On croyait la guerre depuis longtemps oubliée, mais un sécessionnisme biafrais a refait surface dans le sud-est du pays. Signe d'un profond malaise et d'une mémoire toujours à vif. Lors de son indépendance, en 1960, le Nigeria conserve ses frontières. Le pays doit composer avec les 250 ethnies qu'il abrite. Mais des conflits ethniques déstabilisent le pays et provoquent deux coups d'Etat successifs. Le pouvoir militaire des Haoussas, première ethnie nigerianne, prend la tête du pays.

La région de l'Est, majoritairement Igbo, ethnie qui représente 18% de la population totale, refuse de reconnaître l'autorité du pouvoir en place. Les tensions montent entre Haoussas musulmans et Igbos chrétiens. Situés dans le sud-est du pays, les Igbos décrètent le 26 mai 1967, via le conseil consultatif de la région de l'Est, sa sécession du Nigeria.

Quatre jours plus tard, le lieutenant-colonel Ojukwu – un Igbo – donne un nom au territoire sécessionniste : la République indépendante du Biafra, reconnue par la Tanzanie, le Gabon, la Côte d'Ivoire, la Zambie et Haïti. Le militaire la dote même d'une capitale, Enugu.

En réaction, le gouvernement fédéral militaire déclare l'état d'urgence et met en place des mesures policières. Mesures qui se muent rapidement en répression sanglante. C'est le début de la guerre civile. A son apogée, pas moins de 250.000 hommes sont envoyés par Lagos au front pour combattre les indépendantistes.

Mai 1968 est un tournant dans le conflit. Après la chute d'Onitsha et de Port Harcourt, la République indépendante du Biafra perd l'accès à l'océan Atlantique. Le pouvoir en place impose alors un blocus drastique à l'encontre des indépendantistes.

Coincés entre les deux armées, les Biafrais font face à une grande famine, alors que l'aide internationale peine à venir. On soupçonne le Nigeria de génocide alors qu'un avion de la Croix-Rouge a été attaqué par un chasseur nigérian, à l'encontre du droit international. Cette crise humanitaire sans précédent va être à l'origine de l'ONG Médecins sans frontières, créée en 1971.

Les enfants biafrais ont été les premières victimes de la famine, causée par le blocus du pouvoir nigerian à partir de mai 1968. Ici, des bébés sont nourris dans un hôpital de Libreville, au Gabon, le 15 mars 1969. © AFP

Un million d'Igbos trouvent la mort et trois millions de réfugiés fuient le pays. Après plusieurs mois de siège, le pouvoir central lance l'attaque finale en décembre 1969 contre les sécessionnistes. Le 12 janvier 1970, le lieutenant-colonel Ojukwu s'enfuit en Côte d'Ivoire et laisse son Premier ministre, Philip Effiong, signer le cessez-le-feu, immédiat et sans condition. Trois jours plus tard, le Biafra fait son retour officiel dans le Nigeria.

Cette lutte politique et ethnique et la médiatisation de la crise humanitaire a passé sous silence un enjeu économique indéniable. Le Biafra possède 80% du pétrole nigérian. A la fin de la guerre, la région sera toujours aussi riche en or noir, mais aura perdu la majorité de sa population.

Depuis le retour de la démocratie au Nigeria, en 1999, le Mouvement pour l'actualisation de l'Etat du Biafra (Massob) rêve de sécession. Les indépendantistes réalisent des actions de désobéissance civile via les symboles du Biafra – drapeaux, monnaie, passeports – auprès notamment de la diaspora biafraise.

Les Igbos se sentent aujourd'hui lésés par le gouvernement, en termes d'infrastructures, de santé ou encore d'éducation. Les manifestations s'enchaînent depuis l'arrestation de Nnamdi Kanu, chef du mouvement Peuple indigène du Biafra (Ipob). En réponse, les forces de l'ordre s'en sont violemment pris aux manifestants, sans hésiter à leur tirer dessus. Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, a prévenu « qu'il ne tolèrerait pas » de manifestations menaçant l'intégrité du Nigeria.
Près de cinquante ans après la guerre du Biafra, qui a fait 1 million de morts entre 1967 et 1970, la rébellion biafraise a un nouveau visage. Après le colonel Ojukwu, décédé à Londres en novembre 2011, voici Nnamdi Kanu, un Anglo-Nigérian de 45 ans, qui s’appuie sur un parti sécessionniste, Indigenous People of Biafra (Ipob), et un média de propagande, Radio Biafra, basé à Londres et interdit au Nigeria depuis juillet 2015. L’objectif de Kanu ? L’indépendance des cinq États de la « zone sud-est » du Nigeria, où les Ibos – la troisième communauté du pays – sont majoritaires. Enclavé et sans ressources pétrolières, ce territoire abrite quelque 19 millions d’habitants.
Depuis l’arrivée du nordiste Muhammadu Buhari à la tête du Nigeria en mars 2015, les messages de Nnamdi Kanu redoublent de violence. Le leader biafrais accuse le nouveau président de ne s’entourer que de conseillers originaires du Septentrion. « C’est faux, répond le général Buhari. Le ministre du Pétrole, celui du Travail et le gouverneur de la Banque centrale appartiennent à la communauté ibo. » Surtout, le chef rebelle n’hésite pas à prôner la lutte armée. En septembre 2015, à Los Angeles, aux États-Unis, devant le Congrès mondial ibo, Kanu déclare : « Nous avons besoin de fusils et de balles. Si nous n’obtenons pas le Biafra, tout le monde devra mourir. »
Le 19 octobre, à son retour au Nigeria, Nnamdi Kanu est arrêté par la sécurité nationale et poursuivi pour « sédition, incitation ethnique et crime perfide ». Cette arrestation met le feu aux poudres. Dans les grandes villes de la « zone sud-est », le parti Ipob rassemble des dizaines de milliers de personnes. Le 2 décembre, à Onitsha, les partisans de Kanu tentent de s’emparer du grand pont qui enjambe le fleuve Niger et qui marque à leurs yeux la frontière entre Biafra et Nigeria. La police tire à balles réelles. Dix morts, dont deux policiers. Les manifestants mettent le feu à la principale mosquée de la ville et détruisent huit camions appartenant au nordiste Aliko Dangote, l’homme d’affaires le plus riche du continent.
Pour Muhammadu Buhari, déjà confronté dans le nord-est du pays à l’insurrection de Boko Haram, cette révolte du Sud-Est tombe au plus mal. Du coup, le chef de l’État nigérian hausse le ton : « Je ne ferai aucun compromis sur l’unité nationale. Il y a une accusation de crime perfide contre Nnamdi Kanu, et j’espère que la justice va instruire ce dossier. » Mais pour Wole Soyinka, la manière forte ne peut suffire. Pendant la guerre de 1967-1970, le célèbre écrivain, issu de la communauté yoruba et soupçonné de sympathie pour la cause biafraise, a fait deux ans de prison. Aujourd’hui, le lauréat du Nobel de littérature 1986 affirme : « Le Biafra est une mémoire qui ne peut être effacée. »
Derrière ce retour de flamme, il n’y a pas que le malaise social d’une région déshéritée. Dans le secret des maisons, beaucoup d’anciens montrent encore à leurs enfants ces billets couleur vert menthe de 1967 portant la mention « Republic of Biafra ». À la fin de la guerre, en 1970, le président du Nigeria, le général Gowon, a déclaré : « Il n’y a ni vainqueur ni vaincu. » Mais, aujourd’hui, beaucoup d’enfants du Sud-Est nourrissent encore un sentiment de revanche. Muhammadu Buhari devra sans doute faire des gestes d’apaisement.

La nouvelle guerre du Biafra ?

Après le « Brexit », voici venu le « BiafrExit ». Ou plutôt le #Biafrexit. La tendance a vu le jour sur la twittosphère nigériane au lendemain du référendum britannique. Pourquoi les activistes biafrais n’organiseraient-ils pas eux aussi leur propre référendum pour l’indépendance du Biafra ?
#Biafra:We bringto the World #BiafrExit Campaign #BiafrExit from #Nigeria #SupportBiafra #FreeNnamdiKanu #FreeBiafra https://t.co/4yGFS29uCY
— emekus2000 (@Emeka Mekus)
« #Biafra : nous lançons la campagne #BiafrExit (…) », annonce sur son compte Twitter Emeka Mekus. A son tweet, il joint cette publication officielle du mouvement indépendantiste : « Le peuple indigène du Biafra (IPOB), sous le leadership de Mazi Nnamdi Kanu, lance officiellement le slogan de campagne BiafrExit Vote. »
Ancienne colonie britannique, le Nigeria a pris son indépendance le 1er octobre 1960. Sept ans plus tard, l’Eastern Region, l’un des quatre Etats qui formaient le Nigeria de l’époque, faisait sécession en créant la République indépendante du Biafra. Une réponse aux massacres perpétués par le Nord islamisé sur les populations igbos d’un Sud largement christianisé et dominant le pays grâce à ses ressources pétrolières (les quatre cinquièmes du pays) ainsi qu’une forte scolarisation.
Cette tentative séparatiste fut réprimée violemment au cours de la guerre du Biafra qui dura jusqu’en 1970 et la défaite des sécessionnistes. Un à deux millions de rebelles y perdirent la vie, succombant, pour la plupart, à la famine. La région et ses 14 millions d’habitants sont alors rattachés au Nigeria. Si l’aspiration à l’indépendance n’a jamais vraiment été enterrée, la revendication refait particulièrement surface aujourd’hui, suite à un conflit entre bergers peuls du Nord et agriculteurs igbos du Sud.
Le hashtag #BiafrExit, à résonance internationale, est aujourd’hui repris par de nombreux militants en faveur de l’indépendance. Très tôt, un parallèle est dressé entre la situation britannique et celle de la région du Sud-Est :
BREXIT: What is good for #Britain is also good for #Biafra https://t.co/PUH9Gkv3Eb #BIAFREXIT
— chikiloo (@CHIKA)
« Brexit : ce qui est bon pour la Grande-Bretagne est bon aussi pour le Biafra », publie un internaute sur son compte.
You must EDUCATE BUHARI #Nigeria that secession isn't a call for WAR but expression of freedom of people #Biafrexit https://t.co/1Hg0kKJouH
— ekdillinger007 (@@Biafran Biafra)
« La sécession n’est pas un appel à la guerre, mais l’expression de la liberté du peuple », déclare quant à lui cet activiste.
La plate-forme Twitter s’est imposée en incontournable outil de communication pour le peuple indigène : « Nous tweetons. Nos seules armes sont Twitter et Radio Biafra », déclarait le mouvement en avril.
BIAFREXIT---THE LAST MIRACLE IS ABOUT TO HAPPEN https://t.co/y9il1aol4p https://t.co/tLb0iULUTG
— radiobiafralive (@Radio Biafra)
Radio Biafra relaye également sur son compte Twitter divers articles militants : « Aujourd’hui, le monde assiste à la résurrection du Biafra, de façon plus forte encore que dans les années 1990 », peut-on lire sur le communiqué dont le lien est posté sur ce tweet.
Déjà, les premiers sondages fleurissent sur la Toile. Kayode Ogundamisi, blogueur nigérian et chroniqueur, lance, à l’image d’autres intellectuels, sa propre enquête sur son compte Twitter :
With the outcome of @eureferendum and #Brexit should #Nigeria carry out a referendum on #Biafra exiting #Nigeria?
— ogundamisi (@Kayode Ogundamisi)
« En vue du résultat du référendum britannique sur le Brexit, le Nigeria doit-il effectuer un référendum pour l’indépendance du Biafra ? », demande-t-il. Sur l’échantillon des 1 121 votes récoltés, le oui l’emporte à 62 %.
Le sénateur Ben Murray-Bruce du People’s Democratic Party (PDP, la formation de l’ex-président Goodluck Jonathan, défait en 2015) est une des premières personnalités politiques de premier plan à réagir :
Brexit hit the British economy hard. I'm sure they'll recover. But what does it mean for Nigeria? It means we're better as one united nation
— benmurraybruce (@Ben Murray-Bruce)
« Le Brexit frappe durement l’économie britannique. Je suis sûr qu’ils vont s’en remettre. Mais qu’est-ce que cela signifie pour le Nigeria ? Cela signifie que nous sommes plus forts en tant que nation unie », indique-t-il, mettant en garde contre la désintégration du Nigeria.
If a nation as advanced and stable as UK can experience extreme economic shock from breakup with the EU, what awaits Nigeria if we break up?
— benmurraybruce (@Ben Murray-Bruce)
« Si une nation aussi avancée et stable que le Royaume-Uni peut se permettre l’immense choc économique qu’est une séparation de l’UE, qu’est-ce qui attend le Nigeria si nous nous divisons ? », ajoute-t-il dans un autre tweet.
Le président Muhammadu Buhari quant à lui ne s’est pas encore exprimé sur le nouveau slogan de campagne des indépendantistes, mais l’ancien général avait clairement déclaré qu’il ne céderait pas face à ceux qui menacent l’unité du pays.

La nouvelle guerre du Biafra ?

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