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Publié par Bob Woodward

La déradicalisation, un marché juteux ?

Des ateliers de déradicalisation sur mesure pour lutter contre le terrorisme : voilà l'une des mesures phares proposées par le sénateur socialiste des Hauts-de-Seine Sébastien Pietrasanta dans son rapport sur la déradicalisation des jihadistes. Commandé par le Premier ministre, Manuel Valls, au lendemain des attentats qui ont endeuillé la capitale en janvier, le rapport propose 37 mesures pour apporter des réponses au phénomène massif des départs de jeunes vers l'Irak et la Syrie.
Selon les derniers recensements effectués par la justice au 2 juillet, 2500 personnes sont aujourd'hui impliquées dans les filières jihadistes, dont 475 sont actuellement présentes sur les terres de jihad, tandis que 608 ont manifesté des velléités de départ. Selon l'auteur du rapport, l'absence de profil type lié aux individus radicalisés enjoint aux pouvoirs publics de réfléchir à des prises en charge échelonnées et individualisées. « Il faut une gradation dans les réponses, allant de la prison aux actions menées en milieu ouvert en passant par les structures dédiées pour ceux qui n'ont pas totalement basculé dans la frange la plus dure. En prison également, il faudrait pouvoir proposer un échelonnement des mesures ; on ne peut pas apporter les mêmes sanctions à deux personnes aux parcours distincts. » A ce titre, Sébastien Pietrasanta milite pour la mise en place, avant la fin de l'année, de structures de déradicalisation, où une équipe pluridisciplinaire (psychologues, travailleurs sociaux, représentants du culte) puisse répondre à des parcours de vie distincts. Selon lui, une approche individualisée similaire devrait se mettre en place en milieu carcéral, décrit comme un haut lieu de radicalisation.
Pour ce faire, le député évoque les nombreuses expérimentations menées à l'étranger, à l'image de l'Angleterre. En mai 2013, les autorités britanniques ont mis en place un programme de lutte contre la radicalisation en prison, où des programmes d'éducation coranique ont été développés auprès de plus de 2 200 détenus au cours de l'année 2014. Au total, ce sont près de 37 propositions qui sont émises par ce rapport, qui préconise aussi bien la création d'un réseau de psychologues formés, la mise en place d'équipes mobiles d'intervention « laïcité » apportant leur aide aux équipes enseignantes, la professionnalisation de certains « repentis » du jihad pouvant faire part de leur expérience, où la création d'une « task force » destinée à promouvoir un contre-discours jihadiste sur Internet. Il reste toutefois à définir la place, le rôle et la sélection des représentants du culte musulman amenés à intervenir au sein des structures de déradicalisation souhaitées. La ‘’radicalisation’’ avait été un des mots de 2015. La ‘’déradicalisation’’ est bien partie pour marquer 2016. Ce qui n’existait jusqu’à présent, en France, qu’à l’état artisanal, est en train de se structurer. Le premier centre officiel de déradicalisation a été inauguré il y a un mois à Bordeaux. D’autres devraient suivre. La tâche est immense.
La semaine dernière, le Figaro titrait en Une : « 8250 individus radicalisés en France », soit un doublement en moins d’un an (chiffre impressionnant, même s’il s’avère qu’il s’agit avant tout de signalements). Des individus qu’il s’agit désormais de ramener dans le ‘droit chemin’. Oui mais comment définir ce ‘droit chemin’ ? Poser la question de la déradicalisation, c’est se demander à quoi les personnes radicalisées vont devoir renoncer pour pouvoir à nouveau vivre avec la société. Renoncer à la violence seulement, ou renoncer aussi aux idées que les y ont conduit ?
Après les attentats de janvier et de novembre 2015, la lutte contre la radicalisation islamiste est affichée comme une priorité par le gouvernement. La France prépare la création de plusieurs centres pour accueillir djihadistes de retour de Syrie et jeunes radicalisés, et des programmes de déradicalisation devraient se mettre en place à partir du 25 janvier dans deux quartiers des prisons d’Osny (Val-d’Oise) et Lille-Annœullin (Nord). Pourtant, dans les domaines de la prévention et de la déradicalisation, la France est moins expérimentée que ses voisins européens. La France a cru pouvoir endiguer le phénomène par des mesures sécuritaires plutôt que par la prévention, notamment dans l’éducation. Cela s’explique en partie parce que cette question touche au fait religieux, délicat à aborder en raison du principe de laïcité. Le tout sécuritaire a créé l’illusion de fonctionner pendant quinze ans. Après Mohamed Merah (mars 2012) et le départ de combattants en Syrie, le gouvernement a mis en place des mesures préventives, mais aucune stratégie globale n’a été développée. Les maîtres-jihadistes ne philosophent pas tant ; ils proposent plutôt aux jeunes une solution concrète. En découdre avec l’ennemi, quitte à verser le sang, le leur et celui de leurs victimes éventuelles. Cette potion magique leur paraît d'autant plus séduisante qu'elle les arrache à leur désespoir et qu’elle se présente sous les apparats d’idéaux humanitaires et/ou religieux. Tuez-les-tous, ici ou là-bas, qu’importe, et si vous n’obtenez pas la justice ici-bas, vous aurez le paradis dans l’au-delà. Voilà, en gros, ce que vendent les marchand de la mort à nos jeunes. Et, bien que criminelle et anti-islamique, cette formule fonctionne. Alors, encore une fois, pourquoi?
En partie parce que, aussi simpliste qu’elle soit, la pseudo-solution jihadiste fait écho à des problèmes réels. Mais elle profite également de son instrumentalisation par ceux-là même qu’elle prétend combattre. En effet, sans l’ombre d’un doute, le jihadisme est au service des rentiers des industries de l’impérialisme et de l’islamophobe. Pour s’en convaincre, il suffit de poser la question de son bilan. Censé libérer le monde de l’islam des potentats locaux et de l’emprise (néo)coloniale, il ne fait en réalité que déstabiliser les États et déchirer les sociétés à majorité musulmane au bénéfice justement de ces mêmes potentats et de cette même emprise.
Le jihadisme s’illusionne par ailleurs sur sa capacité à affaiblir les maîtres iniques de ce monde en leur causant un double problème, sécuritaire et économique. Il croit que sa terreur les fait trembler, cependant qu’il reconnaît lui-même, statistiques à l’appui, que ses méfaits ne constituent qu’une infime proportion des actes terroristes perpétrés en Occident. Ainsi donc, les maîtres-jihadistes savent bien que le sentiment d’insécurité qu’ils causent au sein des sociétés civiles occidentales est fonction de l’amplification qu’un système médiatico-politique, sous contrôle et bien rodé à la manipulation, veuille bien accorder à leurs actes. Or, loin d’être une gracieuseté de ce système et de ses maîtres financiers, cette amplification, dont le jihadiste est donc l’allié objectif, participe d’une stratégie qui vise à diaboliser une religion et déshumaniser ses adeptes afin de construire les consensus nécessaires à la poursuite de leur domination. Elle autorise par ailleurs, au cœur même de l’Occident, l’accélération du démantèlement de l’État-social au bénéfice de l’État-du-tout-sécuritaire.
Alors, pour la troisième fois, pourquoi nos enfants se fourvoient au sujet de l’impasse jihadiste? La réponse est simple : parce que, si le jihadisme est une mauvaise solution à de vrais problèmes, la seule alternative que nous leur offrons est une excellente solution à de faux problèmes. Loin d’eux, nous concevons des programmes censés les éloigner de cette impasse en contrant leur éventuelle radicalisation. Nous voulons ainsi combattre cette radicalisation par des contre-récits théologiques qui s’apparentent à un endoctrinement à l’envers, en rivalité avec les mensonges des maîtres-jihadistes. Ils leur vendent une lubie concrète, nous cherchons à être meilleurs vendeurs en leur offrant un discours creux sur le pacifisme de l’islam et la grandeur de la société démocratique.
Ce marché des illusions doit fermer ses portes. Nos jeunes ont plutôt besoin qu’on leur offre une alternative crédible au jihadisme. Pour ce faire, nous devons d’abord leur faire savoir que, comme eux, nous souffrons de ce qui les fait souffrir et que, en plus de cette souffrance commune, nous souffrons de leur souffrance. Qu’ils sachent aussi que leur cause est la nôtre et que nous sommes prêts à nous y engager et à assumer les sacrifices qu’elle exige, mais loin de toute violence qui ne sert au bout du compte que les intérêts mesquins de ceux qui savent l’instrumentaliser. Nous devons également assurer à nos jeunes des espaces sécuritaires où ils peuvent exprimer leurs griefs sans risquer d'être stigmatisés à cause de leur religion ou signalés aux services de sécurité comme des radicalisés potentiels. Nous devons aussi leur fournir des mentors qui puissent rentrer en dialogue avec eux, aussi bien sur le plan politique, citoyen ou religieux, pour déconstruire la solution jihadiste, ce leurre qui ne sert pas leur cause. Il est par ailleurs urgent de leur offrir des initiatives aussi bien humanitaires que politiques en vue de travailler concrètement à résoudre les injustices dont ils souffrent. Enfin, soyons honnêtes avec nos jeunes : bien que sobre, la voie que nous leur proposons est immensément difficile. Elle consiste en un véritable jihad. Celui du travail quotidien, du don et de la patience. Ce jihad est en fait le seul qui peut leur garantir de cueillir un jour les fruits qu’ils convoitent : la justice et la dignité pour nous tous, ici comme ailleurs.
Comment détecter les signes de radicalisation ? Comment réfuter les arguments de jeunes qui pensent que l’Etat islamique a raison de parler de société islamophobe ? Il existe des argumentaires pour casser les concepts-clés du djihadisme, mais ils ne sont pas disponibles pour les personnes concernées. A-t-on vu un manuel destiné aux travailleurs sociaux ? Ben Laden est mort, on peut tuer le Calife de Bagdad et bombarder Rakka. Cela ne résoudra rien si l’on n’intègre pas le volet de la lutte consistant à décoder cette idéologie et à s’en prémunir.
Le djihadisme est un phénomène idéologique complexe avec des éléments de justification religieuse mêlés de fantasmes. S’y greffent des facteurs géopolitiques, l’injustice en Syrie, des facteurs psychologiques. Le problème est aussi sociétal. Ces jeunes ont rompu avec la société française qui n’arrive plus à les atteindre. Celle-ci doit donc être partie prenante de la solution. Elle doit comprendre les racines du mal. Beaucoup ne font pas la différence entre une conversion à l’islam légitime et une radicalisation violente. Islam, islamisme, djihadisme… Rien n’a été expliqué. Les gens ont peur car ils font des amalgames.
L’Allemagne et la Grande-Bretagne font d’énormes efforts d’explication, en partenariat avec des chercheurs et la société civile. Ils prennent en compte le contexte social, sans se focaliser sur les communautés musulmanes. Bandes dessinées, films, projets interactifs sur Internet, kits éducatifs pour les écoles, etc. ont été créés. Hormis quelques îlots d’efficacité, le plan français de prévention et de déradicalisation n’est pas encore assez fonctionnel.
Quels sont les « îlots d’efficacité » et les dysfonctionnements ?
L’école nationale de la magistrature forme des élèves, des films de sensibilisation ont été conçus pour l’administration pénitentiaire. Le service d’information du gouvernement fait ce qu’il peut. Cela reste insuffisant. Ceux qui ont pris la mesure du problème se heurtent à l’inertie de l’appareil administratif. La société civile n’a pas été assez intégrée alors qu’elle dispose d’acteurs dynamiques et innovateurs.
En France, les dispositifs de signalement passent par les préfectures. Dans des quartiers comme ceux du nord de Marseille, qui va appeler la préfecture ? Personne, ou presque, parce que le lien est cassé avec une partie de la population. Des instituteurs et des éducateurs m’ont expliqué de ne pas vouloir signaler de jeunes, par crainte de les stigmatiser. Il est urgent de créer des organismes indépendants qui puissent servir d’intermédiaires entre la société et l’Etat.
Cela a été fait en Allemagne, avec Hayat, une initiative lancée par le Centre de la culture démocratique (ZDK), issu de la société civile. Hayat fait la passerelle entre les familles et les autorités. Quand un individu est signalé, Hayat évalue les risques sécuritaires et peut proposer un programme de déradicalisation… Une tâche délicate, tant l’équilibre entre l’objectif des services de sécurité (obtenir des renseignements) et celui des familles (protéger leurs proches) est difficile à obtenir. L’organisation souligne que, tout au long du processus, les droits des participants doivent être garantis. Elle collabore aussi avec une revue scientifique pour renforcer les échanges entre universitaires et praticiens. L’orientation est pluridisciplinaire, intégrant radicalisation, déradicalisation et culture démocratique.
On évoque en France la création de centres de déradicalisation, mais cette démarche est très complexe. Les méthodes doivent être discutées ouvertement avec tous les spécialistes et être suivies de près si l’on veut éviter de fabriquer des « académies du djihad ».
Le gouvernement a annoncé le financement d’actions de prévention à hauteur de 8,6 millions d’euros. Est-ce suffisant ?
Nous pouvons craindre la défaillance systémique de l’Etat. D’abord, parce qu’il ne dispose pas assez de ressources. Ensuite, parce qu’en raison de sa structure pyramidale, les principaux relais mis en place sont la police et les préfectures. Les liens avec la recherche sont ténus et la France ne participe pas assez aux échanges européens, se privant ainsi d’une précieuse expertise. En Norvège, Laila Bokhari, secrétaire d’Etat et coordinatrice en charge de la sécurité, est spécialiste du terrorisme. Elle a aussi conduit des recherches de terrain en Afghanistan et au Pakistan. En comparaison, le CIPD, chargé de la prévention et de la déradicalisation en France, ne dispose pas d’arabophone, pas de spécialiste de l’islam, seulement d’experts extérieurs.
Il n’existe pas de recette miracle, en milieu carcéral où ailleurs. L’important est de définir l’objectif recherché : veut-on obtenir le renoncement à la violence ou un changement de convictions idéologiques, voire une réinsertion dans la société ? La plupart des spécialistes s’accordent à dire qu’une déradicalisation, y compris idéologique, est préférable à un simple abandon de la violence. Cela implique un suivi psychologique, mais aussi spirituel.
Par ailleurs, il ne faut pas avoir peur d’initiatives originales. Je pense par exemple à « The Unity initiative » en Angleterre, où un champion reconnu d’arts martiaux, Usman Raja, parvient à créer des liens avec des djihadistes, en utilisant les combats, pour ensuite les engager dans un processus de déradicalisation. En France, les mesures prises sont encore balbutiantes. Il faut aller plus vite ! Il n’y aura certes jamais 100 % de réussite car certains cas sont irrécupérables, mais les résultats obtenus dans d’autres pays européens sont encourageants. Il n’y a de toute façon aucune autre alternative.

La déradicalisation, un marché juteux ?

Un marché de la déradicalisation, opaque, est en train d’apparaître en France. Beaucoup pourraient être cités dans ce contexte. Parmi les acteurs étatiques, certains s’inquiètent par exemple des chiffres jugés peu cohérents, transmis par le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (le CPDSI, dirigé par Dounia Bouzar), chargé du suivi des familles de jeunes radicalisés. Les initiatives du CPDSI devraient être évaluées par des scientifiques indépendants. Mme Bouzar parle « d’embrigadement sectaire » alors que le djihadisme a des causes plus complexes, qu’il faut appréhender de manière plus globale. Le CPDSI s’est octroyé une grande part du « marché de la déradicalisation ». Mais qui a mesuré son efficacité ?
Dounia Bouzar, qui était jusqu’à présent en charge d’un programme de déradicalisation pour le compte du ministère de l’intérieur, a annoncé qu’elle jetait l’éponge au motif que la déchéance de nationalité est contraire à ses idées et qu’elle entrave le travail qu’elle a entrepris auprès des familles de jeunes radicalisés. 
Dounia Bouzar était jusqu’à présent considérée comme l’égérie de la déradicalisation. Rares étaient ceux qui osaient porter un regard critique sur son travail. Adoubée par le ministère de l’intérieur, cette femme ne manquait pas d’arguments dès lors qu’elle avait produit un rapport qui, dans le désert ambiant, l’avait élevée sans coup férir au rang d’experte.
En France, malheureusement, il est malséant de porter un regard critique sur ce genre de rapports dès lors qu’ils ont reçu l’imprimatur du gouvernement et des médias. Dans un article publié par l’IHNESJ dans les Cahiers de la sécurité et de la justice (n°30, mars 2015), une critique méthodologique értait évoquée en signalant que « le rapport Bouzar, ciblant un public jeune, prétend casser l’idée d’un lien entre religion et radicalisation, concluant que le risque de radicalisation peut toucher n’importe quel jeune « de bonne famille ». Mais là encore, et bien que l’étude soit plus aboutie, les conclusions reposent sur une analyse d’échantillon non représentatif, voire biaisé. » Cette remarque soulignait en creux l’incroyable légèreté scientifique de ce rapport mais également l’idée que Dounia Bouzar défendait et qui finit par se répandre dans le mainstream, à savoir que de plus en plus de jeunes radicalisés étaient des jeunes de bonnes famille. Certes, on ne peut nier le phénomène des conversions, mais  il y avait dans cette conclusion un biais évident qui consistait à détourner les regards qui se focalisaient sur les jeunes d’origine musulmane et particulièrement les jeunes délinquants des cités. Au-delà de ce doute, s’imposait le fait que cette entreprise exploitait le filon juteux d’un appel d’offre lancé dans l’urgence par un ministère de l’intérieur désemparé voire paniqué par le phénomène jihadiste. Il eut été par conséquent malvenu de la critiquer au risque de passer pour un conccurrent malheureux et mauvais perdant...
Si le travail qui a été effectué mérite, quoi qu’il en soit, d’être salué, il reste que l’empirisme, pour ne pas dire l’amateurisme qui le caractérisait, reposant sur un modèle théorique approximatif (faute une fois encore d’un échantillon représentatif), vouait cette entreprise à l’échec. Face aux attentes de parents dont on peut comprendre l'angoisse, l'édifice mis en place, bien que louable, était pour le moins fragile.
La première leçon que l’on retiendra de cette malheureuse histoire, c’est qu’une fois de plus, l’absence de pensée critique qui consiste, n’en déplaise aux règles de la bienséance, à vérifier scrupuleusement la réalité des compétences vantées par les experts et relayées par les médias, entraîne bien souvent des entreprises hasardeuses qui coûtent cher aux contribuables. La critique des pairs est inscrite en profondeur dans la culture scientifique. Elle est la base même de la validation des travaux de recherche, et c’est ce qui fait la différence entre un universitaire et un soi-disant expert (quand il ne porte pas pompeusement le titre de directeur de recherche) émargeant dans un de ces nombreux centres et instituts qui, pudiquement voilés derrière le statut associatif, cachent en réalité des sociétés dont la vocation est de capter les fonds publics sous forme de contrats de recherche*. Aux déclarations péremptoires des experts médiatiques, comment opposer la prudence des chercheurs qui, à mesure qu'ils progressent dans la connaissance, découvrent l'étendue de leur ignorance? 
La deuxième leçon sera pour le gouvernement qui, une fois de plus, se montre incapable à l’heure du fichage généralisé (...), de savoir que de vraies équipes de chercheurs travaillent sérieusement sur ces problématiques. Le problème, c’est que leurs travaux sont publiés dans des revues que personne ne lit (AERES oblige), ce qui fait qu’en dehors des rares ouvrages qu’ils publient pour le plaisir, nul ne sait ce qu’ils font, même quand ils le font mieux que les autres. De fait, et parce qu’ils ne passent que très rarement dans les médias, le gouvernement ne sait pas qu’ils existent. Il faut malheureusement faire ce triste constat qu’en France il est plus facile de se moquer gentiment des chercheurs que d’exploiter intelligemment leurs travaux. En bref, l’Etat est incapable de gérer les ressources de savoirs et de connaissances qu’il a à sa disposition (moyennant une masse salariale à faire pleurer Pierre Gattaz). A cela rien d’étonnant, la gestion stratégique des connaissances ayant fait l’objet de travaux que, justement, personne n’a lu...
Reste que la déradicalisation, après avoir fait feu de tout bois dans le discours politico-médiatique, risque de faire long feu faute de méthode qui tienne la route. De fait, ce n’est pas parce qu’il existe ailleurs en Europe des centres de déradicalisation que cela signifie que le concept fonctionne (l’herbe est toujours plus verte chez nos voisins).
Experts douteux, guerres des ego, courses aux subventions... Face à la peur de l'islamisation, profiteurs et charlatans se bousculent au portillon. 
Seul un groupe actuellement se fonde sur des bases universitaires : le centre de psycho-criminalistique de l’Université Claude Bernard de Lyon qui a développé une fédération pour soumettre aux autorités un guide de bonnes pratiques. Créé en 2016, la fédération française de psycho-criminalistique est une association qui regroupe l’association lyonnaise et parisienne de psycho-criminalistique. Elle a pour objet le développement d’un certain nombre de connaissances et de techniques permettant d’appréhender de manière moderne des problématiques criminelles avec les outils actuels issues des sciences du comportement et de la psychologie, mais également des neurosciences, de la psychiatrie, de l’intelligence artificielle, de la médecine légale… 
Elle regroupe des experts du renseignement, des criminologues, de nombreux chercheurs en médecine légale, en psychiatrie ainsi que des enseignants et professionnels de la psycho-criminalistique. 
Tous les sujets de cet environnement sont traités et débattus (radicalisation, embrigadement, discours criminels, atteintes à la laïcité, différentes formes de violence...). La FFPC s'inscrit également sur l'étude des nouveaux savoir-faire étrangers en la matière mais également sur l'évaluation des nouvelles technologies pouvant consolider cette discipline à travers le travail de ses chercheurs.
La FFPC vise à rendre des études et des rapports sur l'état de la psycho criminalistique en France et à l'étranger et sur la qualité et la validation des formations pédagogiques universitaires enseignées en France et à l’étranger. Elle aura aussi comme mission de renseigner les pouvoirs publics et organisation internationale et universitaire sur l'état de la discipline en France et dans le monde.
La formation des professionnels est également une des priorités de la FFPC afin de garantir le niveau de compétence de membres et stagiaires qui peuvent également suivre nos modules de formation certifiés.
Cette fédération forme l'embryon de la création de "trauma centers" spécialisés dans tous les domaines de la psycho-criminalistique et en particulier la radicalisation. 
Au-delà de l'aspect médical curatif, une prise en charge pédagogique d'insertion est prévue afin que chaque patient puisse réintégrer la société et suivre les règles du vivre-ensemble. Tout patient sera ainsi suivi individuellement par une équipe constituée de médecins, d'enseignants et de criminologues.

La déradicalisation, un marché juteux ?

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Domcher 28/08/2016 22:47

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