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Publié par Bob Woodward

L'Etat islamique infiltre-t-il l'armée française ?

Le phénomène de radicalisation touche aussi l'armée. Un rapport parlementaire daté du 22 juin et présenté par la commission défense de l'Assemblée nationale indique que l'armée surveille de près plusieurs dizaines de militaires.

Interrogé par les députés Olivier Audibert Troin (député du Var LR) et Christophe Léonard (député des Ardennes PS), le général Jean-François Hogard, directeur de la protection et de la sécurité de la Défense (DPSD), a indiqué qu'il suivait en priorité une "cinquantaine de dossiers de radicalisation" dans les rangs de l'armée. Pour les détecter, la DPSD se base sur des signalements émis en interne. Elle engage ensuite des recherches et "des opérations de renseignement de durée variable" pour évaluer la dangerosité de l'individu signalé. "Les investigations se mènent systématiquement à charge et à décharge", décrivent les auteurs du rapport. De fait, "le nombre de cas évolue en permanence", les signalements n'étant pas toujours pertinents. "Notre traitement doit être prudent, car il faut éviter de stigmatiser certaines personnes, faute de quoi on risque de les pousser dans les bras de l’ennemi", a expliqué le général. "Il faut savoir distinguer des cas de réelle radicalisation de ce qui peut n’être que l’expression d’un refus de la discipline ou d’un simple mal-être, et veiller à limiter les effets de stigmatisation, qui nuisent à la cohésion dont ont besoin les armées", a-t-il par ailleurs prévenu.

L'armée est toute aussi vigilante sur ses recrutements. Chaque candidat fait l'objet d'un "contrôle élémentaire", qui vise à évaluer le degré de confiance qui peut être accordé à l’individu. Il est conduit par les personnels du centre national des habilitations défense (CNHD). "L’objectif est d’écarter du métier des armes les profils présentant une dangerosité pour la défense", soulignent les députés. Selon le général Jean-François Hogard, "l’immense majorité des recrues ont un profil sûr". Au total, 92 % des candidats à l’engagement bénéficient d’un avis 'sans objection' de la DPSD, souligne-t-il. Les 8 % restant se voyant attribuer d’un avis 'restrictif' ou 'défavorable' lié à une vulnérabilité ou à un antécédent constitué.

Parmi les cas connus de radicalisation dans l'armée, on se souvient de Manuel Broustail, cet ancien militaire français converti à l'islam. En août 2014, il avait été radié de l'armée après avoir fait l'objet d'un signalement pour sa radicalisation. Il aurait basculé lors d'une mission à Djibouti en 2008 pour le compte du 6e régiment du Génie d'Angers. Après les attentats de Paris, il avait été arrêté puis assigné à résidence. Alors qu'il se rendait au Maroc en mars dernier, il avait été interpellé à la descente de l'avion à Fès, en possession de plusieurs armes blanches, déjouant ainsi tous les contrôles de sécurité. En plein état d'urgence, comment est-il possible d'embarquer avec, dans ses valises, quatre couteaux de cuisine, une machette, deux canifs, une matraque rétractable, une cagoule noire et une bonbonne de gaz? Alors qu'en principe, les voyageurs et leurs bagages sont passés au crible avant chaque embarquement, Manuel Broustail, ancien militaire converti à l'islam, est manifestement parvenu à déjouer toute vigilance. Dimanche dernier, sans être inquiété, il a pu monter à bord du vol 4428 de Ryanair qui décollait de l'aéroport de Nantes-Atlantique. Il a toutefois été arrêté dès son arrivée à Fès, au Maroc, raconte le quotidien régional Presse Océan.
Cette arrestation à l'aéroport de Fès n'est toutefois pas le fruit du hasard. L'individu avait été signalé aux autorités marocaines par la France. En effet, Manuel Broustail avait été arrêté en novembre dernier à Angers (Maine-et-Loire) après les attentats de Paris. Puis il avait fait l'objet d'une assignation à résidence jusqu'à la mi-février.
D'après la police et la notification de son arrêté d'assignation à résidence, il avait été radié de l'armée en août 2014, après avoir fait l'objet d'un signalement en avril 2013 pour sa radicalisation qui serait intervenue lors d'une mission à Djibouti en 2008 pour le compte du 6e régiment du Génie d'Angers. Depuis, selon les services de renseignements, il s'était affirmé comme le leader d'un groupe de musulmans radicalisés à Angers, organisant même à l'occasion «des entraînements de type paramilitaire».
Au printemps 2015, il a fait part de son désir de partir s'installer dans un pays musulman, en l'occurrence le Maroc, où il a trouvé un pied-à-terre à Sefrou, près de Fès. Sa femme et sa fille sont venues le rejoindre en juin 2015. Il est ensuite revenu en France pour régler des formalités administratives et personnelles.
Toujours selon les renseignements, il représentait «une référence en matière de pratique religieuse fondamentaliste auprès de la mouvance radicale musulmane angevine». Par ailleurs, il rendait régulièrement visite à un détenu de la maison d'arrêt qui projetait de partir pour la Syrie.
Le Militärische Abschirmdienst (MAD), l’équivalent allemand de la DPSD française, a du pain sur la planche. Le service surveille non seulement les tentatives d’infiltration de mouvements néo-nazis au sein de la Bundeswehr (4 cas ont donné lieu à des exclusions en 2015) mais aussi les soldats ayant basculé vers l’islam radical.
Ainsi, le MAD a identifié 29 anciens militaires de la Bundeswehr, dont des sous-officiers, qui ont fait le voyage en Irak et en Syrie pour rejoindre l’État islamique (EI ou Daesh) une fois leur contrat terminé ou bien après avoir été renvoyés de l’armée justement en raison de leur extrémisme religieux.
Au total, et depuis 2007, 320 soldats de la Bundeswehr soupçonnés de s’être radicalisés ont été mis sous surveillance par le MAD. Et, pour 65 d’entre-eux, une enquête est toujours en cours. En outre, 22 ont été classés comme « islamistes radicaux » et 17 d’entre-eux ont été renvoyés, les 5 autres étant arrivés au terme de leur contrat.
La crainte est de voir ces soldats radicalisés devenir des recruteurs pour Daesh, ce qui permettrait à l’organisation jihadiste d’infiltrer la Bundeswehr. Mais, a priori, il s’agit plus pour eux de suivre une formation militaire.
« Comme toutes les armées, la Bundeswehr peut être attrayante pour les islamistes cherchant à se former au maniement des armes », a ainsi commenté Hans-Peter Bartels, le commissaire parlementaire pour les forces armées.
Et d’ajouter que ces cas de radicalisation, s’ils ne sont pas le principal problème de la Bundeswehr, posent toutefois « un danger réel qui doit être pris au sérieux ».
Quoi qu’il en soit, Berlin entend mettre des « filtres » en vérifiant les antécédents des recrues de la Bundeswehr. Une telle disposition existe déjà mais uniquement pour les militaires amenés à travailler sur des documents confidentiels. D’après l’agence de presse DPA, un projet de loi allant dans ce sens devrait être présenté au Parlement avant la fin de ce mois.
En avril, il a été fait état de cas de radicalisation dans les rangs des forces armées allemandes. Et parmi eux, 65 faisaient alors toujours l’objet d’une enquête menée par le Militärische Abschirmdienst (MAD), l’équivalent de la DPSD française.
Ce phénomène n’est évidemment pas propre à l’Allemagne. Cependant, il est difficile d’en avoir une idée précise dans la mesure où les autorités concernées sont réticentes à communiquer sur ce sujet.
Toutefois, le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput, a donné le nombre de cas de radicalisation au sein de l’armée d’outre Quiévrain dans une réponse parlementaire écrite (signalée par La Libre Belgique).
Ainsi, selon les chiffres du Service Général du Renseignement et de la Sécurité (SGRS) donnés par le ministre, il y aurait » quelque 60 membres de la Défense (à savoir 0,2% de l’effectif total), qui présentent un comportement suspect. 60% des personnes suivies appartiennent à la Composante Terre, et le reste sont plus ou moins équitablement répartis entre les autres composantes. » Parmi eux, il y a 5 sous-officiers. « Il va sans dire que la moindre indication de départ imminent vers la Syrie entraînera une action immédiate », a-t-il ajouté.

L'Etat islamique infiltre-t-il l'armée française ?

« La liberté de culte est un droit fondamental également valable pour les militaires. Le SGRS vérifie si les idées ou le comportement d’un membre du personnel de la Défense n’enfreignent pas les valeurs et/ou les missions de l’armée », avait préalablement souligné M. Vandeput.
Par ailleurs, le ministre a expliqué que « la limite entre d’une part une interprétation rigoureuse de l’islam et d’autre part le radicalisme ou l’extrémisme est difficile à déterminer ». Aussi, a-t-il continué, « un certain nombre de militaires sont suivis de près afin de contrôler s’ils franchissent cette fine ligne, et quand ». Et, le cas échéant ils sont « immédiatement signalées aux services de renseignement compétents. »
Cela étant, il est compliqué de donner le nombre exact de cas de radicalisations. « Le nombre précis varie continuellement en fonction des nouvelles constatations », a indiqué M. Vandeput.
Toutefois, ce phénomène n’est pas nouveau pour l’armée belge. Au point que, en 2013, des mesures avaient été prises pour empêcher l’engagement d’extrémistes de tous bords.
Selon une note confidentielle émanant de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste du ministère de l'intérieur datée de janvier 2016, la France compte 8 250 islamistes radicalisés, (soit une augmentation de 50 % en un an).
Une partie de ces islamistes sont partis en Syrie aux côtés de l'Etat Islamique (ISIS), mais les autres infiltrent tous les niveaux de la société, à commencer par la police et les forces armées.
Une note confidentielle de la Direction de la sécurité de proximité publiée par Le Parisien, détaille 17 cas de policiers islamisés, entre 2012 et 2015, avec une accélération en 2014. La note fait état de policiers musulmans qui écoutent et diffusent des chants islamiques pendant leurs patrouilles.
Certains policiers ont refusé ouvertement de participer à une minute de silence en commémoration des victimes d'attentats et même de protéger une synagogue.
La direction de la police a également été alertée par une policière qui, sur Facebook, incitait à commettre des attentats. Cette islamiste a qualifié son uniforme de « saleté de torchon de la République » en s'essuyant les mains dessus. « Elle sortait ensuite des vestiaires du service couverte d'un hidjab (voile islamique). En janvier 2015, juste après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher de Vincennes ou 17 personnes ont trouvé la mort, elle écrivait sur son compte Facebook : « cette fusillade masquée montée par des lopettes de sionistes » [...] « Il faut leur faire la peau ».
L'inquiétude est d'autant plus grande que les fonctionnaires de police sont équipés d'une arme de service et ont accès aux bases de données de la police.
La préfecture de police de Paris affirme que le phénomène est minoritaire, mais a pris la décision de recenser, sur une base hebdomadaire, les « comportements de transgression du principe de laïcité », c'est à dire les policiers musulmans qui donnent le sentiment de basculer dans la radicalisation. Patrice Latron, directeur du cabinet du préfet de police de Paris, a déclaré au Parisien que le phénomène était « très marginal ».
La police n'est pas la seule à s'inquiéter. L'armée française aussi. Il n'existe pas de statistiques ethniques sur le nombre de soldats musulmans au sein de l'armée française, mais chacun sait qu'ils sont nombreux, et d'autant plus sensibles à l'influence islamiste que la France est engagée militairement en Afrique, contre Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) et contre l'Etat Islamique au Moyen Orient. Rappelons que depuis les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, la plus grosse opération militaire française a lieu sur le territoire national : 10 000 militaires protègent en France les synagogues, les écoles juives, les gares, le métro et quelques mosquées aussi pour montrer aux musulmans que la République ne les considère pas comme des ennemis. Leur mission n'est plus d'être une force d'appoint mais comme l'explique le Figaro, de « déployer sur la durée de véritables opérations militaires intérieures ».
Dès 2013, lors des 5e rencontres parlementaires de la sécurité nationale, le colonel Pascal Rolez, adjoint au sous-directeur Contre-ingérence à la Direction de la protection et de la Sécurité de la Défense (DPSD), avait déclaré : « Nous constatons une augmentation de la radicalisation parmi les militaires français, notamment après l'affaire Mérah ». Pour mémoire, Mohamed Mérah, un jeune français musulman avait assassiné en 2012, à Toulouse, de sang-froid, trois militaires et plusieurs Français de confession juive dans une école.
Pour identifier ces militaires en voie de radicalisation, la DPSD prend en compte les changements vestimentaires, les arrêts maladie à répétition, les voyages ou encore les vols de matériels.
Depuis les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher de Vincennes (15 personnes assassinées), l'actualité a fourni plusieurs signes de la radicalisation au sein de l'armée française.
Le 21 janvier 2015, la station de radio RFI, a annoncé qu'une dizaine d'anciens militaires français ont déserté pour combattre aux côtés des djihadiste en Syrie en Irak. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, a confirmé mais a relativisé. Il parle de cas « extrêmement rares ». L'un de ces militaires occuperait la position d'« émir » dans la région de Deir Ezzor et commanderait une dizaine de combattants français qu'il aurait lui-même formé au combat. D'autres sont experts en explosifs ou parachutistes ; ils viennent pour certains d'unités de commandos ou de la Légion étrangère.
En janvier 2015 toujours, peu après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher de Vincennes, la police découvre que l'adjudante de gendarmerie – la gendarmerie est un corps de police qui dépend du ministère de la défense -, Emmanuelle C., 35 ans, une Bretonne convertie à l'islam depuis 2011, entretenait des relations avec Amar Ramdani, un proche d'Amedy Coulibaly, le terroriste tueur de Montrouge et de l'Hyper Cacher. Le même Ramdani, recherché pour trafic d'armes et de stupéfiants, a été vu par la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) dans la zone « dite publique » du fort de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Ce fort abrite les services scientifiques de la gendarmerie. Emmanuelle C pour sa part, a été jugée pour avoir contourné les consignes de sécurité afin de consulter le Fichier des personnes recherchées (FPR) à plus de 60 reprises. Elle a été condamnée à un an de prison avec sursis et chassée de la gendarmerie.
En juillet 2015, la presse révèle que des explosifs - 180 détonateurs et une dizaine de pains de plastic - ont été volés sur un site de l'armée près de Marseille. Les enquêteurs ont d'emblée posé la question d'une complicité interne, tant les malfaiteurs semblaient bien informés. Deux pistes sont envisagées, le terrorisme islamiste et le grand banditisme. L'enquête serait toujours en cours.
Le 16 juillet 2015, le président François Hollande révèle qu'un attentat a été déjoué contre une base militaire française. Trois jours auparavant, le 13 juillet, quatre hommes dont un ancien militaire de la Marine nationale, ont été interpellés. Ils avoueront qu'ils projetaient de pénétrer sur une base de la Marine dans le sud de la France, de prendre en otage un « haut gradé », puis de le décapiter avant de diffuser les images de cette décapitation sur les réseaux sociaux. L'ancien militaire passe pour être l'un des leaders du commando.
Le 9 mars 2016, le journal local Presse Océan révèle qu'un ex-militaire français « radicalisé » a été arrêté au Maroc à sa descente d'avion. Il emportait dans ses valises, quatre couteaux de cuisine, une machette, deux canifs, une matraque rétractable, une cagoule noire et une bonbonne de gaz. Manuel Broustail, ancien militaire converti à l'islam, avait été assigné à résidence en novembre 2015, à Angers (Maine-et-Loire) après les terribles attentats du 13 novembre, à Paris, ou plus de 130 personnes ont trouvé la mort. Radié de l'armée en août 2014, il demeurait dans le collimateur des services de sécurité. L'ensemble des médias s'inquiètera qu'une personne puisse franchir les contrôles de sécurité des aéroports avec un pareil arsenal sans être inquiété.
Pour Thibaut de Montbrial, spécialiste du terrorisme et Président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, le risque « est de voir des représentants des forces de l'ordre s'en prendre à leurs collègues. Quelqu'un qui porte l'uniforme s'en prend à quelqu'un d'autre, qui porte le même uniforme. Un tel scénario n'est pas impossible en France. Les forces de sécurité doivent avoir ce risque présent à l'esprit ».

L'Etat islamique infiltre-t-il l'armée française ?

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