Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Daech frappera-t-il le jour de l'Assomption ?

C'est par le biais de son "agence de presse", Amaq, que l'Etat islamique a revendiqué ce mardi 26 juillet l'attentat perpétré dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. Le groupe terroriste avait déjà utilisé ce moyen de communication pour revendiquer le 16 juillet dernier le massacre commis sur la promenade des anglais à Nice le 14 juillet.
Le message formulé par le groupe terroriste est le suivant: "Les auteurs de l'attaque contre une église en Normandie sont deux soldats de l'Etat islamique qui ont mené l'opération en réponse aux appels à viser les pays de la coalition internationale croisée".
Le président de la République François Hollande, qui s'est rendu à Saint-Etienne-du-Rouvray, avait affirmé que l'attaque avait été perpétrée par "deux terroristes se réclamant de Daech (Etat islamique).
Les deux hommes qui ont fait irruption dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray ce mardi matin ont pris en otage cinq personnes. Ils ont tué le prêtre et blessé grièvement une autre personne avant dêtre abattus par les forces spéciales de la police.
Les dernières actions de Daech ont choqué lemonde: attentat de Bruxelles, attentat à Nice…
Les destructions par Daech d’une église à Al-Qaryatayn et d’un temple à Palmyre s’ajoutent à d’autres déjà, en Syrie comme en Irak. Le groupe Daech s’attaque en réalité à toutes sortes de vestiges du passé et de lieux de culte.
Détruire des temples anté-islamiques semble a priori le moins étonnant, car ils sont associés au paganisme : cela permet à la fois de renouer avec la geste supposée des débuts de l’islam, et de choquer l’Occident. Détruire des mosquées chiites et des tombeaux de saints relevant de l’islam sunnite n’est pas non plus sans précédent : les armées wahhabites avaient fait de même en Arabie et en Irak au tout début du XIXe siècle, puis lors de la conquête, en 1924-1925, de La Mecque et Médine.
La destruction des églises chrétiennes est une manière d’anomalie : elle n’a aucun fondement religieux en islam. Le choc que produisent ces destructions en Occident est probablement la motivation principale de Daech. Selon les règles les plus communes de la charia, les églises des chrétiens payant la « djizya » (l’impôt islamique) doivent être préservées, même si leur restauration est interdite.
On trouve bien, dans l’histoire du monde musulman, des épisodes de destruction d’églises, par exemple sous l’ère fatimide en Egypte, ou - au Moyen Âge toujours - sous la forme de représailles populaires aux croisades, mais jamais sous la forme d’une politique générale. Le plus souvent, comme en Irak avec le tombeau de Jonas ou en Syrie avec la mosquée des Omeyyades, les lieux de cultes chrétiens ont été graduellement transformés et affectés au culte musulman. Ou bien désacralisés et laissés à l’abandon, ou voués à d’autres usages, purement touristiques, comme dans la Turquie kémaliste.
On a finalement du mal à expliquer les « raisons » de tels actes. Ils s’inscrivent dans un refus nihiliste du passé et de l’histoire, ils nient la diversité des sociétés humaines et rejettent tout ancrage local et anthropologique à l’islam lui-même. Le groupe Daech prétend n’être d’aucun lieu, d’aucune époque, et en cela il est profondément moderne et fruit d’une occidentalisation poussée. Son islam est hyper abstrait et finalement nihiliste. Les membres de Daech ont justifié la destruction de sites religieux dans la deuxième ville irakienne, Mossoul, par le fait qu'ils avaient été édifiés sur des sépultures, apparentant cela à de l'idolâtrie. Cette explication a été publiée sous la forme d'un communiqué :
« La démolition de structures érigées sur des tombes est une question très claire du point de vue religieux. Nos pieux prédécesseurs ont procédé ainsi (...) et il n'y a pas de débat sur la légitimité de démolir ou d'éliminer ces tombes et sanctuaires. »
Le texte fait référence à la démolition par Mohammad Ibn Abdel Wahhab – fondateur du wahhabisme, une forme stricte de l'islam suivie par les djihadistes – d'un dôme érigé sur la tombe de Zayd Ibn al-Khattab, le frère du second calife de l'islam (VIIe siècle). Khattab, qui serait mort héroïquement au combat, avait acquis une renommée posthume, et Abdel Wahhab voyait dans le dôme construit sur sa tombe un objet d'idolâtrie.
Au cours des derniers mois, l'EI a détruit plusieurs des principaux sites religieux de Mossoul, devenue de facto la capitale du « califat » proclamé fin juin 2014 par le groupe sur les zones qu'il contrôle en Irak et en Syrie. Parmi ces sites figurent la tombe du prophète Jonas (Nabi Younès) et le sanctuaire du prophète Seth (Nabi Chith), considéré comme le troisième fils d'Adam et Eve dans la tradition juive, islamique et chrétienne.
Les djihadistes ont également menacé de détruire le « bossu », surnom d'un minaret légèrement incliné construit au XIIe siècle, trait caractéristique du paysage de la ville. Selon l'EI, toutes les écoles de jurisprudence islamiques « s'accordent sur le fait que l'usage d'une mosquée construite sur une tombe est contraire à l'islam ». Une position que contestent de nombreux spécialistes.
Harith al-Dhari, président du comité des oulémas musulmans, principale organisation sunnite en Irak, a fermement condamné la démolition des lieux de culte par l'EI. Le comité qualifie ces destructions d'« immense perte pour la population de Mossoul qui voyait ces mosquées comme des lieux emblématiques (...) comme partie de sa culture et de son histoire », a déclaré dans un communiqué ce dignitaire, pourtant longtemps considéré comme un soutien de l'EI. La volonté de François Hollande de mener des frappes aériennes en Syrie a engendré un regain de tension vis-à-vis de l'EI. Des écoutes de services de renseignements occidentaux ont permis de détecter des vélléités d'attaques sur des sites religieux français, dont Lourdes, ville dans les Hautes-Pyrénées.
Centre de pèlerinage catholique depuis les apparitions de la Vierge Marie en 1858, elle accueille chaque année 6 à 7 millions de pèlerins ou visiteurs venus du monde entier selon le secrétariat général des sanctuaires, dont environ 60 000 malades et invalides. C'est le troisième lieu de pèlerinage catholique en fréquentation après le Vatican et la baisilique Notre-Dame de Guadalupe à Mexico.

Daech frappera-t-il le jour de l'Assomption ?

En 1858, Bernadette Soubirous dit qu'une Dame Blanche (qui bientôt se définira à elle par les mots « Que soy era Immaculada Councepciou » - « Je suis l'Immaculée Conception », ce que l'on considère comme une désignation de la Vierge identifiée à sa propre conception) lui est apparue à plusieurs reprises dans la petite grotte de Massabielle en bordure du gave de Pau à l'ouest de la ville. Une ferveur de plus en plus grande s'empare des habitants des environs qui viennent se recueillir devant la grotte qui, peu à peu, prend l'allure d'une chapelle, mais seule Bernadette dit « voir » la Vierge. Devant l'afflux massif de fidèles et de curieux, le maire interdit temporairement l'accès à la grotte en la fermant par une barrière en bois, retirée début octobre 1858 sous la pression populaire et l'intervention de l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III et fervente catholique. En 1862 les apparitions sont reconnues officiellement par Mgr Laurence, évêque de Tarbes. Depuis 1858, plus de 2 000 guérisons inexpliquées ont été reconnues par le corps médical et seulement 68 ont été déclarées miraculeuses par l'Église.
Cette ferveur religieuse est considérée par Daech comme impie, la Vierge Marie étant en outre une femme "mécréante" pour les membres de l'EI. Lourdes est donc une ville toute désignée pour une future attaque...le 15 août? Le 15 août, c’est l’Assomption. À ne pas confondre avec l’Ascension (qui célèbre la mort de Jésus), cette journée est une fête religieuse, commémorant la montée au ciel de Marie, la mère de Jésus. Selon les croyances catholiques, Marie est montée au paradis corps et âme après sa mort, car elle n'avait commis aucun péché. Ce jour-là, toutes les « Marie » sont fêtées.
En France, ce jour est chômé, pour permettre aux croyants d’aller à l’église. Cette fête est importante pour les catholiques et s'accompagne généralement de pélerinages. On pensera notamment à celui de Lourdes, bien qu’il y en ait aussi dans tous les départements. Dans certaines villes comme le Puy-en-Velay (Haute-Loire) ou Audresselles (62), des processions sont organisées en l'honneur de la Vierge Marie.
Toutefois, au fil du temps, la tradition religieuse s’est perdue, et les chrétiens sont devenus moins pratiquants, oubliant peu à peu la signification de cette journée. Pour une majorité d’entre eux, le 15 août représente désormais un simple jour de repos.
Pour connaître les origines de la fête de l’Assomption, il faut remonter au règne de Louis XIII. Rongé par la tristesse de n’avoir toujours pas d’héritier, il se tourne vers la Vierge Marie, priant pour qu’Anne d’Autriche, son épouse, lui donne cet enfant tant désiré. Il appelle tous ses sujets à organiser des processions dans les paroisses le 15 août, en l’honneur de la Vierge Marie. C’est alors qu'un an plus tard, en 1638, naît Louis XIV. Dès lors, Louis XIII décide que le 15 août serait une véritable fête mariale. 
Précisons qu’avant la République, le 15 août était le jour de la fête nationale en France. C'est en 1880 que la date du 14 juillet a été décrétée comme telle, et que le 15 août a été proclamé jour férié.Les tentatives d'attaque terroriste contre la communauté catholique en France ne sont pas nouvelles. Avant la tragédie de Saint-Etienne-du-Rouvray, deux églises de Villejuif et la basilique du Sacré-Cœur, avaient été prises pour cibles.
Après la France de la laïcité, c'est la France des églises qui est frappée. Dans l'Hexagone, la menace d'un attentat contre un lieu de culte catholique planait depuis plusieurs mois. L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray n'est en effet pas la première à avoir été ciblée.
En 2015, deux attentats déjoués en France avaient pour cible la basilique du Sacré-Cœur, un des emblèmes de Paris, perchée sur la butte Montmartre, ainsi que deux églises à Villejuif, dans le Val-de-Marne. C'est l'arrestation de Sid Ahmed Ghlam, le 19 avril 2015, qui révèle ces sombres projets. Cet étudiant algérien de 24 ans, qui faisait l'objet d'une fiche S, est le principal suspect du meurtre d'Aurélie Châtelain, professeur de fitness tuée par balle dans sa voiture, à Villejuif. Quatre kalachnikovs, deux armes de poing, des gilets pare-balles sont découverts dans la chambre et le véhicule du jeune homme.
L'exploitation de ses ordinateurs laisse entrevoir les glaçants préparatifs d'une attaque de lieu de culte. «Essaie de trouver une église avec du monde et aussi regarde pour que tu puisses repartir rapidement et facilement, lui écrivait notamment un mystérieux commanditaire. Quand tu auras trouvé, fais [sic] pour que je t'explique la suite». Et Sid Ahmed Ghlam de répondre: «Pour l'église, j'ai cherché, et en Ile-de-France, c'est difficile pour repartir. Tu peux voir sur Google map, les bonnes églises ou paroisses sont tout près d'un commissariat ou gendarmerie, c'est-à-dire une à cinq minutes en voiture.» C'est également dans son matériel informatique que les enquêteurs trouvent la mention de la basilique du Sacré-Cœur. Enfin, les investigations techniques réalisées après son interpellation ont également permis d'établir sa présence autour de deux églises de Villejuif: Saint-Cyr-Sainte-Julitte et Sainte-Thérèse, une semaine avant l'attaque programmée.
Dans la foulée de l'interpellation de Sid Ahmed Ghlam, le danger pour les lieux de cultes catholiques fait l'objet d'une note du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, aux préfets, à la police et la gendarmerie. Il y souligne qu'une action visant les églises à Noël aurait bien évidemment une «exceptionnelle force symbolique».
Dirigeants «croisés» occidentaux et «royaume de la Croix»: dans sa propagande, l'EI désigne les chrétiens occidentaux comme une cible. Dans le numéro 5 de son magazine en français, Dar al-Islam, les djihadistes préconisent de «Toujours viser les endroits fréquentés, tel que les lieux touristiques, les grandes surfaces, les synagogues, les églises, les loges maçonniques, les permanences des partis politiques, les lieux de prêche des apostats, le but étant d'installer la peur dans leur cœur.» La publication recommande également de passer à l'action «avec n'importe quel moyen qui est à votre disposition», citant «un simple couteau de cuisine ou un autre objet tranchant comme des cutters». Enfin, l'analyse de l'ordinateur d'un des kamikazes des attentats du 22 mars à Bruxelles a révélé que l'Institut Civitas, association catholique traditionaliste proche de la Fraternité Saint-Pie X qui dénonce régulièrement une montée en puissance de la «christianophobie», était sur la liste des djihadistes.

Daech frappera-t-il le jour de l'Assomption ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article