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Publié par Bob Woodward

Daech a-t-il l'armée la mieux équipée au monde ?

C’est un rapport accablant publié mardi par Amnesty international sur les armes de l’Etat islamique. « Un arsenal qui donne le vertige » écrit l’ONG, des armes en provenance de 25 pays, dont les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Belgique, pillées par les djihadistes dans les énormes stocks de l’armée irakienne après la chute de Mossoul et plusieurs villes irakiennes. Selon Patrick Wilcken, spécialiste de la question au sein d’Amnesty International, « l’absence de réglementation et de suivi des importations de très grandes quantités d’armes en Irak, durant des décennies, a constitué une aubaine pour l’EI et les autres groupes armés, leur offrant l’accès à une puissance de feu sans précédent. » C’est avec ces armes que l’EI a étendu son territoire en Syrie et en Irak. « Les terroristes se sont également emparés d’un important arsenal en prenant le contrôle de bases de l’armée et de la police à Fallouja, Saqlawiya et Ramadi (dans l’ouest), Tikrit (dans le nord) ainsi qu’en Syrie. Les opérations lancées par les forces gouvernementales pour reprendre Ramadi, chef-lieu de la province d’Al-Anbar, sont ainsi entravées par les « plus de 100 véhicules de combat blindés, y compris des chars » dont des Abrams américains que s’est approprié Daech. Et « parmi les armements sophistiqués de l’EI figurent les systèmes de défense antiaériens Sol-Air À Très Courte Portée (SATCP), les missiles guidés antichars et les véhicules blindés de combat, ainsi que les fusils d’assaut tels que les AK russes, les M16 et Bushmaster américains et les FAL et d’autres armes automatiques produits par de la FN Herstal ».
Ces énormes stocks de l’armée irakienne se sont constitués durant la fin des années 1970-80, et « pendant et après l’invasion du pays » par les Etats-Unis note Amnesty qui souligne que « la plupart n’étaient pas sécurisés ni dûment contrôlés par les forces de la coalition et les forces irakiennes reconstituées ». Qui plus est ajoute l’ONG, « entre 2011 et 2013, les États-Unis ont signé des contrats de plusieurs milliards de dollars pour, entre autres, des tanks 140 M1A1 Abrams, des avions de combat F-16, des missiles portables 681 Stinger et des batteries antiaériennes Hawk. En 2014, ils avaient livré plus de 500 millions de dollars d’armes légères et de munitions au gouvernement irakien ». Et qu’ « en raison de la corruption endémique au sein de l’armée irakienne, ainsi que des contrôles défaillants sur les stocks militaires et le suivi des armes, le risque était élevé que ces armes ne soient détournées vers des groupes armés comme l’EI ».
Dans ce rapport, Amnesty international ne mentionne pas les 3000 4x4 Hummer fabriqués par la General Motors tombés aux mains de Daech, ni les armes et matériel fournis par les Etats du Golfe, Arabie saoudite en tête, aux insurgés syriens dit « modérés » comme les missiles Tow dont dispose Daech. Ni non plus, ces milliers de véhicules 4x4 flambant neuf de marque Toyota, notamment des « Toyota Land Cruiser » et « Toyota Hilux », qu’exhibe fièrement l’EI dans les rues de Raqqa et Mossoul. Embarrassée et sommée de s’expliquer par Washington, qui a pourtant beaucoup de choses à se reprocher en la matière – les Etats-Unis ont déjà livré des Toyota aux rebelles dit modérés - la firme japonaise a ouvert une enquête
C’est à partir de la guerre opposant l’Iran à l’Irak au début des années 80 que le commerce mondial des armes explose. 34 pays, dont aux premiers rangs la Russie, la France et la Chine, fournissent des armes à l'Irak et 28 à l'Iran. Saddam Hussein, alors président de l’Irak depuis 1979, développe lui aussi sa propre industrie de l’armement.

En 1990, l’ONU décrète un embargo sur les armes suite à l’invasion de l’armée irakienne au Koweït réduisant ainsi les importations. Mais l’intervention de l'armée américaine en Irak en 2003, lors de la deuxième guerre du Golfe, amènera de nouveau le pays à en être inondé.

Un million d’armes d’infanterie et de pistolets et des millions de munitions sont transférés à l’armée irakienne, alors que celle-ci est incontrôlable et minée par la corruption.

Les soldats de l’armée irakienne dissoute (400.000 militaires), les membres des groupes armés naissant et même les civils s’en emparent sans que la coalition puisse maintenir un réel contrôle des flux et des stocks. Des milliers d’armes se volatilisent dans la nature. Les marchés illégaux prolifèrent faisant de ce pays une véritable caverne d’Ali Baba de l’armement. Une aubaine pour tous les groupes de la région.

Entre 2011 et 2013, des contrats de plusieurs milliards de dollars ont été signés avec les Etats-Unis pour rééquiper l’armée irakienne: chars de combat (140 M1A1 Abrams), avions de combat F-16, missiles Sol-Air portables (681 Stinger) et batteries antiaériennes Hawk. Et en 2014, 500 millions de dollars d'armes légères et de munitions sont livrés au gouvernement irakien. Le groupe terroriste Daech implanté dans le pays récupère une très grande partie de cet arsenal au fur et à mesure de son avancée sur le terrain. C’est grâce à celui-ci qu’il peut conquérir des grandes villes comme Mossoul.

Daech possède aujourd’hui l’équipement d’une véritable armée moderne: système d’artillerie russes Kornet et Metis et HJ-8 chinois, missiles guidés antichars d’ex-Union soviétique et d’ex-Yougoslavie, missiles européens MILAN et HOT et missiles Sol-Air MANPADS FN-6 chinois.

Il détient aussi des systèmes de défense antiaériens Sol-Air Très Courte Portée (SATCP ou MANPADS), des mitrailleuses lourdes et légères russes, chinoises, irakiennes et belges, des fusils d'assaut tels que des AK russes, des M16 et Bushmaster américains, des CQ chinois, des HK G3 allemands, des fusils à lunette Steyr Autrichiens et Dragounov SVD russes ainsi que des explosifs et des véhicules blindés de combat. Mais aussi des armes plus classiques et de petit calibre comme des pistolets, des armes de poing et les célèbres Kalachnikov. Daech récupère au final l’armement de 25 pays. Mais en plus de cet arsenal guerrier, les djihadistes fabriquent leurs propres armes comme des mortiers, des roquettes, de grenades à main, des objets piégés, et même des bombes à sous-munitions remaniées, une arme prohibée par le droit international. Ils ont également accès à des armes provenant des stocks de l’armée syrienne. Des marchands d’armes vendent clandestinement via Facebook depuis des années, selon une étude [PDF] menée par un cabinet de consultants, Armament Research Services (ARES) et une ONG genevoise, Small Arms Survey, reprise par le New York Times.
Centrée sur le trafic d’armes par les réseaux sociaux en Libye, l’étude d’ARES relève de nombreuses ventes et tentatives de ventes d’armes convoitées par des terroristes, surtout dans les régions où le groupe Etat islamique est le plus présent. Il ne s’agit pas que d’armes légères : la panoplie va des armes de poing et des grenades jusqu’à des mitrailleuses lourdes, lance-roquettes et missiles sol-air. Le quotidien américain rapporte avoir transmis lundi 4 avril sept exemples de groupes suspects à Facebook, qui le lendemain en a fermé six (estimant que le septième ne fait que diffuser des photos et discuter d’armes, ce qui n’est pas contraire à ses conditions).

Daech a-t-il l'armée la mieux équipée au monde ?

Les ventes se pratiquent après une mise en ligne de photos dans des groupes fermés sur le réseau social, à la manière de petites annonces dans des forums dédiés aux armes. Le NY Times a ainsi trouvé en vente des mitrailleuses lourdes à usage anti-aérien, pouvant être installées sur des véhicules, des missiles téléguidés anti-char d’assaut et des missiles anti-aériens dernier cri.
Les observations de l’étude pourraient être étendues à d’autres régions et canaux numériques. Le journal Le Temps souligne :
« Le document se concentre sur les ventes et achats d’armes légères [mais aussi lourdes, voir ci-dessus, ndlr] réalisés en Libye au moyen de Facebook entre septembre 2014 et mars 2016. Mais ses auteurs assurent qu’ils auraient pu élargir leur propos à d’autres marques – comme Instagram, WhatsApp et Telegram – et d’autres pays – tels la Syrie, l’Irak et le Yémen. »
Le rapport d’ARES a enregistré 97 tentatives de transferts illégaux d’armes lourdes via des groupes Facebook libyens depuis septembre 2014. Il estime que beaucoup de ces équipements proviennent des arsenaux du pays, pillés en 2011 après la chute du régime de Kadhafi. Mais on trouve aussi des armes livrées au gouvernement installé après cette date.
Cependant, selon Nic Jenzen-Jones, directeur d’ARES et coauteur du rapport, mitrailleuses et missiles ne représentent qu’une faible part des trafics d’armes via Facebook et autres réseaux sociaux. Le gros de l’offre, rapporte le NY Times, consiste en « armes standard des groupes terroristes et miliciens », armes de poing, kalachnikovs etc. Les revolvers largement vendus par ce canal en Libye le seraient souvent à fin d’autodéfense, selon ARES : les Libyens voudraient se protéger contre les agressions et enlèvements devenus monnaie courante.
Nic Jenzen-Jones explique dans Le Temps :
« Ce matériel se serait de toute façon retrouvé sur le marché. Mais l’usage d’un réseau social comme Facebook comporte deux avantages. Il permet aux vendeurs de présenter une offre plus abondante à plus d’acheteurs potentiels que dans les lieux semi-publics où ce genre de négoce se déroule habituellement. Et il donne la possibilité d’entamer les tractations de manière plus discrète. Une fois le matériel choisi, la suite de la démarche s’opère de façon traditionnelle. Par téléphone, bien souvent, pour le marchandage des prix. Puis lors d’une rencontre, pour l’échange armes contre cash. »
Depuis janvier, Facebook interdit la vente d’armes à feu entre particuliers. Pour Monika Bickert, ancienne procureure fédérale maintenant chargée des règles de Facebook sur les contenus (« responsable mondiale des règlements des produits »), ce changement est dû au fait que, maintenant que le réseau autorise les paiements via son service Messenger, ses responsables veulent « rendre clair que ce n’est pas un site qui veut faciliter les ventes privées d’armes ».
Facebook s’appuie pour interdire des groupes sur les dénonciations par des internautes. Une méthode logiquement peu fructueuse, le temps qu’un groupe soit signalé (pour y accéder il faut normalement être invité) et vu la facilité d’en recréer un nouveau. Le New York Times souligne que plusieurs des groupes Facebook qu’il a scrutés existaient depuis deux ans ou plus, et comptaient des milliers de membres avant que Facebook annonce interdire les ventes d’armes.
ARES a répertorié 250 à 300 posts par mois sur des ventes d’armes pour les seuls sites libyens, une tendance en hausse ; à travers le Moyen-Orient il en va de même : « Nous avons documenté environ 6 000 ventes, mais c’est probablement bien plus que ça », déclare Nic Jenzen-Jones.
De fait, le quotidien américain cite des annonces de ventes d’armes en Syrie, « identiques à celles distribuées aux rebelles par les Etats-Unis », via Facebook et d’autres réseaux sociaux et applis de messagerie. Un journaliste a ainsi joint par WhatsApp un internaute qui proposait sur Facebook – et avait déjà vendu – un système de missiles anti-char d’assaut du même modèle que celui fourni à des rebelles.

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