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Publié par Bob Woodward

La Tunisie en faillite ?

 

La croissance économique en Tunisie au 1er trimestre 2016 a été de 1,7%, contre 2,2% pendant la même période de 2015. Les grèves et mouvements sociaux y sont pour beaucoup. L'Institut national des statistiques (INS) a indiqué, mardi 19 mai 2016: «Selon les résultats préliminaires des comptes trimestriels, le Produit Intérieur Brut aux prix de l'année précédente a enregistré au premier trimestre de l'année 2016 une évolution de 1,7 % par rapport au même trimestre de l'année 2015 et de -0,2 % par rapport au 4e trimestre de l'année 2015». Cette faible croissance vient essentiellement de la bonne récolte d'huile d'olive et des investissements en extension en télécommunications. Et nullement de la productivité des Tunisiens, qui est à son plus bas niveau depuis des décennies! Avec un taux de croissance aussi faible, il est impossible de créer des emplois pour les chômeurs, alors que le pays continue de s'endetter pour payer les salaires des fonctionnaires, tout en faisant face aux grèves des salariés dans quasiment tous les secteurs : éducation, santé, transport, industrie, etc. Situation économique et sociale intenable, que le gouvernement ne semble pas en mesure d'améliorer, incapable de raisonner une population devenue excessivement vindicative et revendicative. Et, surtout, irresponsable et suicidaire. Nombreux sont les observateurs qui s’accordent à reconnaître que l’économie tunisienne est en panne et que les défis sont à la fois complexes et nombreux. A la tête de ces challenges, l’amélioration de la productivité globale est d’une importance cruciale.
Il faut dire que les répercussions de la conjoncture politique et économique sur la productivité, considérée comme un facteur de premier plan dans le bon fonctionnement de l’économie nationale, sont aujourd’hui plus qu’évidentes.
Faut-il rappeler, dans ce cadre, ce qui ressort de l’enquête menée récemment auprès de chefs d’entreprises installées en Tunisie, par le Centre tunisien de veille et d’intelligence économique relevant de l’Institut arabe des chefs d’entreprises , à savoir  « Une perception négative, mais surtout un impact direct de la situation sécuritaire sur la productivité de l’entreprise ».
Faut-il aussi rappeler ce qu’il en est, véritablement, de la situation déplorable de la productivité dans notre pays, d’après la fameuse étude sur les défis de la productivité et de l’emploi dans le cadre de la transition économique publiée en 2012 et financée par la BEI ?
De tous les 18 pays ayant fait l’objet de cette étude, la Tunisie réalise la productivité la plus faible avec un taux de productivité totale inférieur à 2%, et ce, derrière la Roumanie, l’Egypte, l’Inde, la Chine et bien d’autres.
Tirer la sonnette d’alarme sur la dérive de la productivité en Tunisie est chose faite et tous les observateurs de l’économie tunisienne s’accordent sur ce constat. Il convient désormais d’identifier les sources de ce «mal» qui nous range et qui s’apparenterait au talon d’Achille de notre économie.
Le dinar tunisien atteint son niveau le plus bas de l’Histoire. Les experts économiques les plus chevronnés parlent carrément de risque de faillite du pays et d’une année 2017 plus dangereuse que 1986. La Banque centrale de Tunisie intervient de moins en moins, car cela ne sert plus à rien. 
Pendant ce temps-là, le Tunisien vit son ramadan avec sa séance unique et prépare ses vacances estivales qui vont durer jusqu’au mois de septembre… 
Conséquence, la production est des plus basses et c’est là la source de 100% des maux du pays. 
On en parle depuis 2011 et nous y arrivons à grands pas, la Tunisie frise la faillite. C’est l’expert économique Ezzedine Saïdane qui lance le mot et aucun autre expert économique n’oserait le démentir ni atténuer ses propos, car la réalité ne saurait être que pire.
Les chiffres sont têtus et la comparaison s’impose. L’euro s’échange jeudi 9 juin 2016 à 2,433 dinars, soit le niveau le plus élevé de l’Histoire. Le dollar américain s’échange pour sa part à 2,141 dinars, soit également le niveau le plus élevé de l’Histoire. Il y a six ans, le 9 juin 2010, ils étaient respectivement à 1,83 dinar et 1,52 dinar. Il y a cinq ans, le 9 juin 2011, ils étaient à respectivement 1,98 dinar et 1,36 dinar. Il y a un an, le 9 juin 2015, ils étaient à 2,17 dinars et 1,93 dinar.
La chute du dinar est perceptible et la Banque centrale de Tunisie n’y peut rien. Chedly Ayari n’y peut absolument rien et il l’avoue dans une déclaration donnée cette semaine à African Manager. Cette chute aura une incidence directe sur l’inflation puisque le Tunisien importe beaucoup plus que ce qu’il exporte et ceci est valable en tout, aussi bien dans l’industrie, que le commerce et l’agriculture. Ici aussi, les chiffres sont têtus. 
Selon les chiffres de l’INS, la Tunisie a exporté pour les cinq premiers mois de l’année 2016 pour 11,685 milliards de dinars et a importé pour 16,820 milliards de dinars. Soit un taux de couverture de 69,5% contre 71,9% pour les cinq premiers mois de l’année 2015. Le déficit commercial de la Tunisie est enregistré principalement dans nos échanges avec l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne et l’Algérie. Il y a en revanche un excédent commercial avec la France et la Libye.
Cette chute du dinar et ce déficit commercial sont la conséquence directe du manque de productivité. Le Tunisien consomme beaucoup plus que ce qu’il ne produit et il aggrave son cas l’été et la situation empire au cours du mois de ramadan. Le Tunisien est une cigale et c’est dans sa culture dont la principale caractéristique se manifeste par cet horaire de séance unique qui touche tout le secteur public et un pan du secteur privé.
L’exemple le plus significatif est celui des banques. Les guichets ferment vers 12h30-13h00 au prétexte que c’est le mois de ramadan. Or le coucher du soleil, synonyme de rupture du jeûne, est vers 19h45, ce qui fait une improductivité de plus de six heures de temps que le Tunisien passera entre la sieste, les courses (le plus souvent liées à la bouffe), la cuisine et les loisirs (foot, télé, internet).
Pourtant, force est de constater que ce même Tunisien n’a pas de problème à jeûner et à travailler toute la journée, quand il est à l’étranger. Exemple parmi d’autres, la rupture du jeûne en France est vers 21h55.

La Tunisie en faillite ?

En clair, l’argument religieux brandi par les adeptes de la séance unique n’est pas recevable. D’ailleurs, cet argument disparait avec l’été où la séance unique se poursuit jusqu’au 30 août (elle durait jusqu’au 15 septembre sous le gouvernement de la troïka 1). 
La situation économique de la Tunisie et ce manque terrible de production exigent pourtant de trouver des solutions immédiates et courageuses afin d’en finir avec ce farniente de la séance unique qui n’a plus de justification puisque la majorité des entreprises et des administrations sont climatisées. A l’origine, la séance unique est née parce qu’on a estimé (sous le protectorat français) que l’on ne peut pas travailler par grandes chaleurs. C’était il y a un siècle !
L’Espagne, autre pays adepte de la sieste, a mis le holà au farniente légendaire des Méditerranéens. « La journée était traditionnellement divisée en deux parties : le matin de 10h à 14h, et l’après-midi de 16h à 19h. Mais les horaires de travail espagnols ressemblent de plus en plus à ceux des autres pays, avec des entreprises opérationnelles de 9h à 16h, et de longues pauses-déjeuner et des siestes de moins en moins courantes », lit-on dans un guide spécialisé.
Une révision des horaires est pourtant impérative pour sauver l’économie de la Tunisie. Les journées peuvent démarrer tardivement (permettant une grasse matinée relative pour compenser la fatigue des veillées nocturnes) et finir à 16 heures, ce qui laisse du temps pour vaquer à ses occupations familiales. Cela fera 35 heures de travail durant la période ramadan-été, contre 32 heures actuellement, puisque la présidence du gouvernement laisse les fonctionnaires partir à midi le vendredi au prétexte de la prière hebdomadaire. Une prière qui ne dépasse pas une heure de temps et qui est loin de concerner tout le monde.
Du côté des entreprises privées, certaines ont franchi le Rubicon, comme Poulina, Orange ou Ooredoo. Elles ont réussi à affronter les tabous et à imposer des horaires sensés et assurant une productivité suffisante à la hauteur (toute relative) des salaires dépensés. Idem pour les PME et les usines. Restent les gros employeurs des grandes entreprises qui comptent des milliers de salariés.
Les banques, freinées par des syndicats très forts et des traditions sociales de quelques décennies, n’osent toujours pas adapter leurs horaires à ceux des pays développés. Il faut dire qu’elles réussissent malgré tout à dégager du beau bénéfice, donc elles ne voient pas l’urgence de la chose.
Mais qu’on le veuille ou pas, c’est toujours l’administration qui donne le la et, de ce côté, on reste frileux à tout changement radical.
La présidence du gouvernement n’a pas le courage d’affronter une polémique liée de près ou de loin à une question religieuse ou sociale, ni de prendre des décisions qui fâchent, quand bien même elles sont vitales pour l’économie du pays.

La Tunisie en faillite ?

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