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Publié par Bob Woodward

Gibraltar, tour de guet contre Daech ?

Aux portes d'une Afrique politiquement instable et sur la route du Moyen-Orient, l'enclave de Gibraltar, au coeur d'une poussée de tension entre Madrid et Londres, est une base stratégique équipée d'installations militaires et de renseignement incontournable pour les Britanniques, affirment des experts.

Cédé en 1713 à la Grande-Bretagne aux termes du traité d'Utrecht, Gibraltar, un territoire de sept kilomètres carrés peuplé de 30.000 habitants, est au centre de tensions récurrentes entre le Royaume-Uni et l'Espagne, qui en revendique la souveraineté. 

L'accès protégé à l'enceinte militaire de l'aéroport est la première vue qui s'offre au visiteur du Rocher, à une extrémité de l'énorme piste d'atterrissage qu'il doit franchir, en voiture comme à pied, pour entrer à Gibraltar. 

"Il ne faut pas oublier qu'une bonne part du territoire est occupé par une base aérienne militaire, une base navale, essentielle pour les escales et la réparation des sous-marins nucléaires, ainsi qu'une base de renseignement", explique Alejandro del Valle, professeur de droit international public à l'Université de Cadix. 

Ce petit territoire constitue "l'unique porte d'entrée et de sortie de la Méditerranée", un espace plus que jamais stratégique pour les Occidentaux en raison de la montée de l'islamisme au Sahel et de l'instabilité au Moyen Orient, ajoute-t-il. 

"Un responsable de l'armée britannique à Gibraltar, il y a de nombreuses années, a dit un jour: 'Si Gibraltar n'existait pas, il faudrait l'inventer, car nous sommes ici à mille milles plus près de la menace", souligne Luis Romero, ex-rédacteur en chef du journal Europa Sur de Algesiras et expert en politique de sécurité. 

La base permet une surveillance de la Méditerranée par laquelle transite une bonne partie du pétrole et du gaz naturel consommés en Europe occidentale.  

Le Royaume-Uni veut donc conserver ce territoire pour des "raisons de communication, de renseignement et de contrôle du trafic maritime" passant par le détroit de Gibraltar, qui sépare l'Europe de l'Afrique, explique Alejandro del Valle. 

L'importance stratégique du détroit s'est encore accrue avec son statut international qui, depuis 1982, permet à tout pays de survoler et de naviguer dans la zone, y compris pour les sous-marins, sans en informer les pays riverains, à savoir l'Espagne et le Maroc. 

Avec moins de 200 militaires, l'activité de la base navale britannique n'en reste pas moins incessante, assure Luis Romero. 

"C'est un point d'escale permanent tant des navires de guerre que des sous-marins nucléaires, britanniques mais également américains, à l'aller ou au retour des patrouilles en Méditerranée", souligne-t-il. 

C'est ainsi que la frégate britannique HMS Westminster, en pleine tension diplomatique avec l'Espagne sur la souveraineté des eaux qui entourent Gibraltar, doit faire escale dans le territoire dans les jours à venir, dans le cadre d'un "déployement annuel" de la Royal Navy jusqu'au Golfe. 

Londres profite par la même occasion de la capacité exceptionnelle d'écoute de ses installations de renseignement électronique, selon Luis Romero. 

La pointe du Rocher, à l'extrémité de l'ithsme où se situe Gibraltar, se trouve "à 400 mètres à l'aplomb de la mer et avec en face, rien d'autre que l'Afrique", explique-t-il.  

Cette position fait du territoire "une tour de renseignement très intéressante pour les Britanniques, qui l'exploitent pour eux-mêmes mais également pour leur allié le plus proche, les Etats-Unis", souligne Luis Romero. 

Pour toutes ces raisons, "le statut des bases militaires fut une des lignes rouges" à ne pas franchir pour les Britanniques lors des négociations menées au début des années 2000 entre les gouvernements britannique de Tony Blair et espagnol de José María Aznar, à la recherche d'une souveraineté partagée, relève Alejandro del Valle. 

"Les Britanniques ne voulaient évidemment pas que les bases militaires soient placées sous une co-souveraineté ni qu'il y ait une utilisation commune", ajoute-t-il. 

De son côté, l'Espagne voit "dans la présence de la Grande-Bretagne à Gibraltar une atteinte à sa puissance stratégique", considère Luis Romero. En matière stratégique, remarque-t-il, "il est très important que tu puisses agir librement et que l'autre ne le puisse pas". Plusieurs bâtiments de guerre européens pourchassent six navires marchands chargés d'armes destinées à Daech. L'ONU a autorisé le recours à la force pour les neutraliser.

Gibraltar, tour de guet contre Daech ?

 

C'est une traque en haute mer qui se joue au cœur de la Méditerranée. Les services de renseignements occidentaux sont à la recherche de six navires de commerce chargés d'armes destinées à l'état islamique selon des informations révélées par Le Figaro. Les bâtiments marchands suspects ont quitté à la mi-mai différents ports de Turquie pour rallier les côtes libyennes afin de ravitailler en armes et munitions les terroristes de Daech. Il s'agirait essentiellement d'armes de type Kalachnikov.

Les navires ont été repérés par les services de renseignement européens et camouflent leur cargaison illégale au milieu de marchandises banales.

Les navires pris en chasse sont des porte-containers, des cargos et même un navire censé transporter du bétail. Se sentant sous surveillance, les capitaines de ces navires tentent de semer leurs poursuivants afin de pouvoir décharger leur cargaison de mort sur les côtes lybiennes.

Selon des sources sécuritaires, les navires n'ont pas franchi ni le canal de Suez ni le détroit de Gibraltar laissant supposer qu'ils «tournent» au milieu de la mer Méditerranée en attendant une fenêtre d'accostage.

Mais les forces françaises, italiennes, grecques et même britanniques sont à leur trousse. Les marines de ces pays agissent sous couvert du Conseil de sécurité de l'ONU qui a autorisé la mission Sophia à faire respecter l'embargo contre les armes en Libye. Initialement montée pour lutter contre les passeurs de la Méditerranée, cette armada se voit donc adjoindre un nouveau volet à sa mission.

La résolution des Nations unies a délaissé son traditionnel langage diplomatique au profit de consignes claires et musclées : «les inspections menées par les navires militaires européens sont autorisées à utiliser toutes les mesures appropriées aux circonstances». Ce qui inclut la possibilité d'ouvrir le feu voire de couler les navires contrebandiers.

Des commandos marines sont embarqués à bord des bâtiments des marines occidentales et peuvent passer à l'action pour stopper les trafiquants.

Toutefois la traque reste difficile car les navires pirates ont coupé leur signal GPS afin de ne pas se faire repérer et naviguent à vue. De plus,en concurrence avec sa rivale DAECH, Al Qaida tenterait de se replacer médiatiquement et auprès des mouvances extrémistes, en menaçant d'opérer des attaques spectaculaires contre les pétroliers qui traversent le détroit de Gibraltar.En effet, le groupe terroriste Al Qaïda, aurait menacé d’opérer des attentats contre les pétroliers qui transportent le pétrole de l’Orient, vers les marchés ouest-européens et les marchés américains à travers le détroit de Gibraltar, selon ce que rapporte le quotidien arabophone Al Massae, dans son tirage d’aujourd’hui 28 octobre.

Selon la même source, Al Qaïda aurait menacé de faire couler les pétroliers via des attaques aux lance-roquettes, pendant que ces navires traversent le col maritime séparant les cotes marocaines à celles du rocher de Gibraltar.

A rappeler que l’une des premières cellules terroristes démantelées au Maroc en 2002, avait planifié d’opérer des attaques contre les navires américains qui traversaient le détroit.

Le détroit de Gibraltar est la deuxième voie maritime la plus utilisée au monde. Il est franchi annuellement par environ 100 000 navires. Sa position a une très grande importance stratégique.

Il permet le passage de l'Atlantique non seulement vers la Méditerranée, mais aussi vers l'océan Indien, via le Canal de Suez. La navigation maritime dans le détroit est régulée par un dispositif de séparation du trafic TSS.

Gibraltar, tour de guet contre Daech ?

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