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Publié par Bob Woodward

Qui est le ministre des attentats ?

L’enquête sur les attentats de Paris et de Saint-Denis du 13 novembre a mis au jour une coordination en temps réel des attaques, depuis la Belgique, selon les informations révélées par Le Monde. La question du rôle joué par Abou Mohammed Al-Adnani, porte-parole de l’organisation Etat islamique (EI), dans les opérations extérieures du mouvement djihadiste se pose à nouveau. Ce dernier serait le véritable cerveau des attaques du 13 novembre, selon une thèse avancée par le spécialiste du terrorisme Alain Bauer au lendemain des attentats. Une théorie reprise par le New York Times ultérieurement.
Pour le quotidien américain, les attentats récemment revendiqués par l’EI en Egypte, au Liban puis en France, témoignent d’un changement de stratégie du mouvement terroriste. Bien coordonnées, ces attaques seraient « dirigées depuis la Syrie ». Le véritable instigateur de ces opérations ne serait autre qu’Abou Mohamed Al-Adnani, sans qu’on sache s’il joue un rôle de donneur d’ordres ou de planificateur.
L’homme fait désormais partie des terroristes les plus recherchés par les Etats-Unis. En août 2014, il avait été désigné par le département d’Etat comme « terroriste mondial » et figure depuis sur la liste officielle américaine antiterroriste intitulée « Rewards for Justice », qui promet la somme de 5 millions de dollars (4,6 millions d’euros) pour tout renseignement permettant sa capture. Le 14 décembre, CNN l’a désigné comme le responsable le plus recherché par les Etats-Unis au sein du mouvement djihadiste, devant même Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l’EI et calife autoproclamé.
Le 29 juin 2014, c’est bien la voix d’Abou Mohamed Al-Adnani qui avait proclamé le califat et le nouveau nom de l’organisation, qui n’entendait plus se limiter à l’Irak et à la Syrie : « Lors d’une réunion, la choura [assemblée] de l’Etat islamique a décidé d’annoncer l’établissement du califat islamique. » Depuis, ses nombreux enregistrements audio rythment les déclarations du « califat ». Le 22 septembre 2014, Al-Adnani avait ainsi publié un message radiodiffusé de quarante-deux minutes dans lequel il encourageait les attaques en Occident :
« Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien ou tout incroyant (…), dont les citoyens de pays qui sont entrés dans une coalition contre l’Etat islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. »
Pour David Thomson, journaliste à RFI et spécialiste du djihadisme, ce message est le premier appel explicite de l’EI au djihad contre la France.
Dès lors, bien connu des services de renseignement américains et européens, Abou Mohammed Al-Adnani pourrait être aujourd’hui à la tête d’un véritable département chargé des « opérations extérieures » de l’EI. Le New York Times révèle ainsi que de nombreux activistes étrangers travailleraient sous la direction de cet homme, figure de longue date de la mouvance djihadiste.
Né en 1977 en Syrie, Al-Adnani n’était a priori pas destiné à devenir l’orateur consacré du mouvement djihadiste. De son vrai nom Taha Fallaha, ce jeune Syrien avait, selon ses proches interrogés par le journal britannique en arabe Al-Araby Al-Jadid, la personnalité introvertie d’un « ermite soufi ». Ouvrier dans le bâtiment dans la bourgade de Binnish, au milieu de la province d’Idlib, il disparaît en 1998. Son entourage le croit alors mort.
On perd sa trace jusqu’en 2003, date à laquelle il réapparaît en Irak, peu après l’invasion américaine. Selon le département d’Etat, Al-Adnani est « l’un des premiers combattants étrangers à s’opposer aux forces de la coalition en Irak », dès la mi-2003. Il prête à cette époque allégeance à celui que l’on considère comme le véritable fondateur et maître à penser de l’EI, Abou Moussab Al-Zarkaoui, ancien leader de ce qui était alors la branche irakienne d’Al-Qaida, tué dans un raid aérien américain en juin 2006.
En 2005, Al-Adnani est capturé par les forces américaines dans la province d’Al-Anbar, l’un des bastions de l’insurrection sunnite, sous le faux nom de Yasser Khalaf Nazal Al-Rawi. Lors de son incarcération, il est détenu dans le tristement célèbre camp Bucca, une prison gérée par l’armée américaine dans le sud de l’Irak, par laquelle sont passés plusieurs futurs hauts dirigeants de l’EI.
Comme beaucoup d’autres djihadistes, c’est ici qu’Al-Adnani a rencontré l’homme qu’il présentera quelques années plus tard comme le nouveau « calife » des musulmans, Abou Bakr Al-Baghdadi.
Relâché en 2010, Abou Mohamed Al-Adnani rentre alors en Syrie. Il réapparaît dans son village natal. Le changement est brutal pour son entourage qui le croyait mort : vêtu à l’afghane et ne s’exprimant plus qu’en arabe littéraire, Taha Fallaha n’existe plus que sous son nom djihadiste d’Abou Mohammed Al-Adnani. Il répand alors l’idéologie d’Al-Qaida dans sa région d’origine.
La Syrie ne va pas tarder à être ébranlée par un soulèvement populaire contre le régime de Bachar Al-Assad, qui éclate en mars 2011 dans la foulée des révolutions arabes. L’activiste en profite pour renouer avec ses anciens compagnons d’armes irakiens. Ce Syrien de 38 ans, de son vrai nom Taha Sobhi Falaha, a grandi dans une famille modeste de la province d'Idlib, proche d'Alep en Syrie. Il embrasse d'abord une carrière d'ouvrier en bâtiment avant de rejoindre l'Irak, en 2003, pour contrer la coalition anti-Saddam Hussein, conduite par les Etats-Unis, qui viennent d'envahir le pays. Au bout d'un an, il est fait prisonnier par les Américains et passe deux ans dans un camp à Bucca, dans le sud de l'Irak.

Qui est le ministre des attentats ?

Durant sa période de captivité, il fait la connaissance des futurs dirigeants de l'Etat islamique, et notamment d'Abou Bakr al-Baghadi, actuel chef de l'organisation terroriste. Après sa sortie de prison, al-Adnani est nommé porte-parole de Daech au moment de la proclamation du califat, en juin 2014.
C'est lui qui délivre ce message glaçant dans une vidéo postée sur Twitter en septembre 2014: "Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen-en particulier les méchants et sales Français- ou un Australien ou un Canadien, ou tout citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l'Etat islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n'importe quelle manière."
En dehors de ses qualités d'orateur, al-Adnani est également un logisticien hors pair qui aurait coordonné les attaques de Paris en novembre 2015 et celles de Bruxelles en mars 2016, depuis la Syrie, d'après le spécialiste du terrorisme Alain Bauer. Sa voix a par ailleurs été identifiée sur le commentaire de la vidéo revendiquant les attentats du 13 novembre.
Le Syrien pourrait être à la tête d'une unité chargée des "opérations extérieures", sorte de "ministère des attentats sur le sol étranger". Selon "Le Parisien", un combattant de l'EI, interpellé à son retour de Syrie par la DGSI en juin 2015, mentionnait déjà l'importance de ce personnage dans les projets d'attentats à venir.
Le nom d'Al-Adnani est également cité dans l'enquête qui a été ouverte à la suite des attentats de janvier 2015. Des enregistrements audio de la voix d'al-Adnani ont été retrouvés sur l'ordinateur et la clé USB d'Amédy Coulibaly, l'auteur de la tuerie de l'Hyper Cacher.
Abou Mohammed al-Adnani fait actuellement partie des djihadistes les plus recherchés par les Etats-Unis. Les Américains l'ont d'ailleurs placé sur la liste antiterroriste des "Rewards for Justice" et promettent la somme de cinq millions de dollars pour tout renseignement susceptible de conduire à son arrestation.
Une « biographie » d’Abou Mohamed Al-Adnani à des fins de propagande a été publiée le 1er novembre 2014 sur Internet par un membre de l’EI. Elle dresse un portrait bien éloigné de celui peint par ses proches. Décrit comme un homme instruit ayant grandi dans l’amour de la religion, il serait un fin connaisseur du Coran et du droit islamique. Al-Adnani aurait ainsi été un enseignant, permettant « l’éducation et l’enseignement des moudjahidine ».
Auteur de nombreux textes et poèmes religieux, il est désigné dans ce document comme un « cheikh », titre réservé aux érudits dans l’islam. Si aucune allusion n’est faite à un rôle supposé dans les opérations extérieures du groupuscule, cette biographie partisane fait bien état de son statut de porte-parole officiel de l’EI.

Qui est le ministre des attentats ?

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