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Publié par Bob Woodward

Périscope, l'application pousse-au-crime ?

Les images du suicide d’Océane, diffusées en direct ce mardi après-midi sur Périscope ont choqué. Aujourd’hui, ses proches, anéantis, tentent de comprendre l’acte désespéré de la jeune femme. « Je sais qu’une vidéo intime d’Océane avait été dévoilée. Elle se sentait très mal à l’aise à cause de ça. Elle avait honte et peur que sa famille le découvre », confie Sergio, un de ses amis au Parisien.
Plus tôt le jour de son suicide, la jeune fille de 19 ans avait posté une vidéo pour expliquer son geste. Elle y déclare avoir été victime d’un viol commis par son ex-compagnon, dont les images auraient été mises en ligne sur le réseau social Snapchat.
Sergio raconte qu’Océane entretenait une relation destructrice avec son ex-compagnon. « Leur relation était très compliquée, toxique. Ils s’étaient fait tatouer chacun le nom de l’autre. Elle me parlait de violences mais je n’en ai aucune preuve. Cela jouait sur sa santé. Elle pleurait souvent puis remontait la pente. C’était les montagnes russes », déclare Sergio au Parisien, ajoutant que la jeune femme était « suivie psychologiquement ».
L’ancien compagnon d’Océane, un mécanicien âgé de 25 ans, a été entendu par les enquêteurs de la gendarmerie de Palaiseau et dément formellement les accusations de viol.
La mort d’Océane est de ce point de vue singulière, comme l’analyse Xavier Pommereau, chef du pôle aquitain de l’adolescent au CHU de Bordeaux, qui vient tout juste de publier un ouvrage intitulé le Goût du risque à l’adolescence (Albin Michel). Selon lui, «il y a davantage de décès chez les garçons car ils utilisent des méthodes plus radicales, quand les jeunes femmes ont davantage recours à l’intoxication médicamenteuse. En revanche, parmi les 40 000 à 50 000 tentatives de suicide des moins de 25 ans tous les ans, on dénombre trois filles pour un garçon, énonce Xavier Pommereau. Les jeunes hommes ont davantage tendance à tenter de sortir de leur souffrance par des actes antisociaux, de vandalisme par exemple, alors que les jeunes filles et jeunes femmes intériorisent davantage et cherchent à se faire du mal».
Sans se livrer à de la psycho ou de la socio de bazar sur un triste fait divers, le psychiatre note que la victime a évoqué «un viol». «Hors les cas des maladies mentales, comme la schizophrénie, qui peut conduire à un suicide, la grande cause de suicides reste les violences sexuelles subies. Dans mon service, parmi ceux qui ont tenté de se suicider cela concerne une jeune fille sur trois, et un garçon sur sept. Les abus ont eu lieu le plus souvent dans l’enfance, par un proche. Cela peut pulvériser l’identité de quelqu’un.» Et les ruptures sentimentales, comme celle que suggère Océane dans les vidéos qu’elle a diffusées avant sa mort ? «Ce sont souvent des causes superficielles qui en cachent d’autres.»
Au-delà du profil de la victime, ce fait divers dans lequel Océane se filme invite à s’interroger sur un éventuel côté «pousse au crime» de Periscope. Cette appli qui permet de diffuser en direct une vidéo captée par le téléphone est pour le public jeune une nouvelle manière de communiquer - le plus souvent son propre ennui - en mode selfie mal éclairé, en répondant aux questions et aux défis des spectateurs. N’est-elle pas aussi une formidable caisse de résonance lorsque, désespéré, on cherche à mettre en scène son besoin de se débarrasser de sa vie ? Pommereau évoque plutôt une «amplification», tout en faisant remarquer que les jeunes candidats au suicide par méthode violente recourent souvent à de la mise en scène. «Pour impressionner à jamais ceux qui vont rester, pour exister davantage morts que lorsqu’ils étaient en vie. En faisant cela, ils lancent une forme de fatwa existentielle à leurs proches. Et traumatisent ceux qui ont vu sans pouvoir intervenir.» 
Pour la diffusion en live, tout a commencé en février 2015 avec le lancement de Meerkat, la première appli du genre. Elle se fait cependant très vite éclipser, dès mars, par Periscope, racheté par Twitter deux mois auparavant. En avril, la retransmission de Nuit debout en direct à Paris par Remy Buisine sur Periscope a réussi à dépasser les 80 000 spectateurs en simultané. C’est dingue, mais on n’a encore rien vu. Facebook est en ce moment en train de déployer son «live». Avec 1,5 milliard d’utilisateurs potentiels, les usages devraient dépasser tout ce qu’on a connu jusqu’ici.

Périscope, l'application pousse-au-crime ?

Le suicide d’une jeune femme de 19 ans, mardi dans l’Essonne, retransmis en direct par la victime, a relancé les questions autour de l’usage de Periscope. L’application de Twitter aux 10 millions d’utilisateurs dans le monde, permet de diffuser un flux vidéo en live depuis son téléphone, suivi par d’autres utilisateurs qui peuvent le commenter. Le principe ouvre un immense champ de possibilités, y compris les plus incontrôlables. Justement, depuis le début de l’année 2016, ce sont les vidéos polémiques qui ont fait parler de Periscope et ont contribué à sa popularité en France. Retour sur les affaires les plus médiatisées.
Serge Aurier, l’homme qui a popularisé Periscope en France
« C’est une fiotte », lâchait le défenseur du Paris Saint-Germain le 13 février. L’avis de Serge Aurier sur son entraîneur Laurent Blanc (et la moitié de ses coéquipiers) serait resté dans le domaine privé si ce soir-là, il ne l’avait pas exprimé sur Periscope, répondant à une question de l’un des 4.000 internautes connectés au direct. Lancée en mars 2015, l’application, jusque-là confidentielle en France, s’offre une grosse publicité, et Aurier une grosse polémique ( et une brève mise à l’écart du groupe professionnel). Quelques jours plus tard, presque un mois après l’affaire Serge Aurier, le cofondateur de l’appli, Kayvon Beykpour, déclarait que « la France est désormais l’un de [leur] plus gros pays, ce qui n’était pas le cas il y a encore quatre semaines ». Comme un remerciement à l’endroit du joueur parisien.
Un détenu qui se filme depuis sa cellule
Quelques jours après Serge Aurier, un détenu de la prison de Béziers donne un autre coup de projecteur à Periscope. En se filmant le 20 février, joint à la main, depuis sa cellule - « en didi du zoo » pour reprendre ses termes -, « Luciano » a montré les premières limites de l’utilisation de Periscope, ou plutôt son absence de limites. Accessoirement, il a aussi écopé de six mois de prison supplémentaires pour son reportage improvisé.
La conférence de presse ratée de Hollande
Le 1er mars, l’Elysée expérimente le service vidéo lors d’une visite d’entreprise de François Hollande. Les commentaires, non filtrés, sont virulents et le service de communication n’arrive pas à gérer l’afflux. Finalement, le live est interrompu au bout de 23 minutes. 
Un jeune footballeur s’en prend à la Corse
Waly Diouf, joueur des moins de 19 ans de l’AJ Auxerre, avant un match mi-mars face aux jeunes de l’AC Ajaccio, prépare le terrain en lançant sur Periscope dans une vidéo de moins d’une minute un « bande de putes les Corses ». Il a depuis présenté ses excuses, mais restera comme le premier émule de Serge Aurier.
Des salariés de SFR détruisent le portable d’un client
Fin mars, cinquième « affaire Periscope ». Dans le même esprit de sabordage que Serge Aurier, décidément précurseur, deux employés d’une boutique SFR détruisent en direct la vitre du téléphone portable d’un client « désagréable », « qui leur casse les couilles depuis ce matin ». Contrairement au footballeur ivoirien, ils ont été licenciés depuis.
Agression en direct à Bordeaux
Le premier drame sur Periscope. Le 23 avril, deux adolescents se filment via l’application pendant qu’ils agressent un homme dans les rues de Bordeaux. Encouragés par une frange des utilisateurs connectés, ils choisissent leur cible au hasard : « « On fait un jeu, on a deux coups chacun, si y a pas de K.O. en deux coups, l’autre finit ! » Les garçons de 15 et 16 ans ont été mis en examen, et leur victime a dû être hospitalisée.

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