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Publié par Bob Woodward

Manuel Valls est-il pro-israélien ?

 

Samedi 21 mai au soir, Manuel Valls a entamé un déplacement de trois jours en Israël et dans les territoires palestiniens. En amont de ce voyage, Matignon a particulièrement insisté sur son caractère « équilibré ». « Le premier ministre est très attaché à l’équilibre de son déplacement, il veut porter la relation d’ensemble de la France avec nos deux partenaires israélien et palestinien dans la région », indique la cellule diplomatique de la rue de Varenne. M. Valls restera jusqu’à lundi midi côté israélien, à Tel-Aviv puis à Jérusalem, où il rencontrera le chef du gouvernement, Benyamin Nétanyahou. Il se rendra ensuite côté palestinien jusqu’à mardi en fin d’après-midi, à Bethléem, Jérusalem-Est et Ramallah, où il s’entretiendra avec le premier ministre, Rami Hamdallah.
L’agenda du premier ministre a été scrupuleusement programmé pour ne pas donner le sentiment qu’il privilégie un interlocuteur plus que l’autre. L’enjeu est important pour M. Valls, régulièrement accusé de défendre des positions trop favorables à Israël. Ses dernières déclarations lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), en mars, ont à nouveau suscité la controverse. Il avait alors déclaré que l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ». Ses propos ont provoqué de vives réactions, jusqu’au sein du gouvernement. « C’est une bêtise de dire qu’antisionisme égale antisémitisme, c’est une lecture totalement partisane qui ne peut que tendre un peu plus les rapports entre Israël et les Palestiniens », estime un ministre qui refuse néanmoins de réagir publiquement, jugeant le sujet « trop sensible ».
Ce « nouvel antisémitisme » dénoncé par M. Valls, et qui est, selon lui, une des composantes du péril islamiste qui peut nourrir le risque terroriste, s’inscrit dans la lignée de ses déclarations des dernières années. Il rappelle ses propos durant l’année 2015, après les attentats de janvier et de novembre, comme ceux qu’il avait tenus dès l’été 2014 contre les manifestations de soutien en France aux Palestiniens, au moment des raids militaires menés par Israël dans la bande de Gaza.
Les défenseurs, en France, des droits du peuple palestinien, reprochent au premier ministre d’avoir opéré un changement dans ses positions à la fin des années 2000. « Il y a eu un virage à partir de 2009-2010 », estime Bertrand Heilbronn, le président de l’association Evry Palestine. A partir de 2001, M. Valls participe, comme nouveau maire d’Evry (Essonne), à plusieurs manifestations de soutien à la Palestine, organisées notamment par Evry Palestine. En novembre 2002, lors d’un rassemblement à la Mutualité, à Paris, après l’opération « Rempart » lancée par Israël pour occuper la Cisjordanie, il déclare qu’il faut « amener les Parlements et les gouvernements à suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël ». En 2006, Evry est jumelée avec le camp de réfugiés de Khan Younès, situé dans la bande de Gaza, et la mairie accueille en son sein une opération de solidarité baptisée « Six heures avec la Palestine ».
Mais, à partir des années 2009 et 2010, ses rapports avec les organisations propalestiniennes à Evry se rafraîchissent. Plusieurs observateurs au PS mettent ce changement sur le compte des ambitions politiques nationales naissantes de M. Valls, qui sera candidat à la primaire à gauche pour la présidentielle, en 2011. « Il a dû penser que pour être un jour président de la République, il devait nuancer », explique, à l’époque, un cadre du PS. En 2010, M. Valls dénonce le boycott des produits israéliens. Un an plus tard, il fait partie des 110 socialistes qui s’opposent, lors d’un vote du PS, à la reconnaissance de l’Etat de Palestine par l’ONU. Toujours en 2011, quelques mois après son mariage avec Anne Gravoin, il se déclare « par [sa] femme, lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël », lors d’une rencontre organisée par Radio Judaïca à Strasbourg. Une phrase qui depuis ne cesse d’alimenter les sites Internet complotistes et antisémites de la « fachosphère ».
Matignon réfute tout virage dans la trajectoire politique et personnelle du premier ministre. « Il n’a pas à corriger quoi que ce soit, il a cette relation avec Israël, des gens qu’il connaît là-bas, son combat très personnel et très fort contre l’antisémitisme », affirme-t-on. Surtout, M. Valls est dans la ligne de la position française sur le dossier israélo-palestinien. « Il a une analyse sans ambiguïté sur les conditions nécessaires de la paix, par exemple sur la question des deux Etats, et sur l’arrêt de la colonisation israélienne », ajoute son entourage. Les propos de Manuel Valls semblent renvoyer à la critique de Roland Dumas en février 2015. Rappelons-nous...Roland Dumas avait joué en février 2015 la provocation vis-à-vis de Manuel Valls, dont il dit dans son ouvrage Politiquement incorrect qu'il n'est «pas sa tasse de thé». «Sous le prétexte que je défendais à une époque les Palestiniens contre les Israéliens, il m'a agressé un jour. Il a des alliances personnelles. Chacun sait qu'il est marié avec quelqu'un.... quelqu'un de très bien, je dirais, qui a de l'influence sur lui», a lâché l'ancien président du Conseil constitutionnel, sans prononcer le nom de l'épouse du premier ministre, la violoniste Anne Gravoin. Relancé par Jean-Jacques Bourdin, l'ancien ministre de François Mitterrand, âgé de 92 ans, a réitéré son insinuation: «Bien sûr! Pourquoi ne pas le dire?». Roland Dumas n'est pas le premier à évoquer une prétendue «influence» d'Anne Gravoin sur son époux. Après l'offensive du premier ministre contre Dieudonné, le footballeur Nicolas Anelka, auteur d'une «quenelle» controversée, avait développé un discours identique: «Je pense qu'il a été sous l'influence de sa femme sur cette affaire de quenelle», avait-il assuré dans une interview à Metronews.

Manuel Valls est-il pro-israélien ?

A l'époque, une vidéo de Manuel Valls avait beaucoup circulé sur les réseaux des «dieudonnistes»: un extrait d'une interview donnée en 2011 à la radio Judaïca par celui qui n'était encore que candidat à la primaire socialiste. Répondant à un auditeur qui venait de mettre en cause la gauche sur ses rapports avec la communauté juive, Manuel Valls s'était emporté: «Ma famille est profondément liée à Vladimir Jankélévitch qui a écrit le plus beau livre qu'on puisse écrire sur L'imprescriptible et la Shoah ; par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël, quand même... Donc je ne viens pas ici pour recevoir des leçons de lutte contre l'antisémitisme».
Dans cette même interview, Manuel Valls qualifiait Roland Dumas de «sale bonhomme», insistant sur son discours vis-à-vis d'Israël et ses liens avec Jacques Vergès, l'avocat de Klaus Barbie. En décembre 2013 à quelques mois des élections municipales, Anne Hidalgo avait fait une visite de trois jours en Israël et dans les territoires palestiniens. La candidate à la mairie de Paris dit être venue exprimer «l'attachement historique» de la capitale à la communauté israélite. Fin juillet 2013, Nathalie Kosciusko Morizet s'était rendue à Tel-Aviv et à Netanya, où vit une importante population française, dans le cadre d'un «voyage d'étude».
La première adjointe à Bertrand Delanoë à l'époque, qui était venue accompagnée de Pierre Aidenbaum, maire du IIIe arrondissement, ainsi que de Patrick Klugman, conseiller du XVIIe arrondissement, présenta ce déplacement comme une étape parmi d'autres dans une campagne qui l'avait menée à Lisbonne, Madrid, Rabat, Berlin, Rome et Bruxelles. «Il s'agit pour moi de montrer que Paris, ville-monde, souhaite développer ses relations avec d'autres grandes capitales», a-t-elle expliqué, à Jérusalem, lors d'une rencontre avec la presse.
À Tel-Aviv, où elle a visité un incubateur de start-up, Anne Hidalgo a souligné l'importance des nouvelles technologies dans le développement des grandes métropoles. «Paris est aujourd'hui la première capitale européenne créatrice de start-up, devant Londres», s'est félicitée la candidate, qui a profité de sa visite pour rencontrer le nouveau chef du Parti travailliste, Yitzhak Herzog, ainsi que pour se rendre au mémorial Yad Vashem et se recueillir sur la tombe d'Ilan Halimi, assassiné en janvier 2006 par le «gang des barbares».
Si son déplacement l’a emmené à Bethléem et à Ramallah, où elle a rencontré des élus locaux palestiniens, la candidate socialiste a visiblement choisi de mettre l'accent sur le volet israélien de sa visite. «Je sais combien le drame de la Shoah pèse dans l'histoire de Paris», a-t-elle expliqué, évoquant une ville qui recueillit les victimes des premiers pogroms en Europe de l'Est mais qui fut aussi, en juillet 1942, le théâtre de la rafle du Vel' d'Hiv'. Patrick Klugman, qui avait dénoncé la «cosmétique électorale» de Nathalie Kosciusko-Morizet lors de sa visite en Israël, a martelé que «le déplacement d'Anne Hidalgo est au contraire un investissement stratégique». À l'entendre, la candidate n'aurait d'ailleurs aucun besoin de courtiser l'électorat juif. «Chacun sait que la Ville de Paris, sous l'autorité de Bertrand Delanoë et d'Anne Hidalgo, a su se montrer intraitable envers les auteurs d'actes antisémites», a-t-il assuré.
Dans la compétition qui opposa les deux candiadtes à la Mairie de Paris, l'orientation de l'électorat juif n'est pourtant pas indifférente. En 2007, celui-ci s'est massivement porté sur Nicolas Sarkozy, qui, sous la présidence de Jacques Chirac, avait su s'imposer comme premier défenseur de cette communauté face à la recrudescence d'actes antisémites. «Sa présidence a, depuis lors, créé une grande déception parmi les électeurs», assure Patrick Klugman, qui souligne que le vote de la communauté juive fut favorable à la candidate socialiste. Pari qui semble être gagnant pour le parti socialiste.
Ron Huldai, le maire de Tel-Aviv, a de plus salué la « sagesse » de son homologue parisienne, Anne Hidalgo, concernant l’événement “Tel-Avis sur Seine”.
La polémique et les risques de débordement ont fait réagir la classe politique. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, s’est voulu serein : « Je pense que malgré les protestations des uns et des autres chacun va revenir à la raison. » Il affirme qu’« il n’y aura pas de débordement. »
« Il est encore temps d’éviter une faute politique », a martelé quant à lui Eric Coquerel, conseiller régional du Parti de gauche (PG) Ile-de-France, et Danielle Simonnet, conseillère (PG) de Paris, dans une lettre ouverte à l’adresse d’Anne Hidalgo. Les deux élus avaient demandé une modification de la programmation de « Tel-Aviv sur Seine », ou « à défaut » son annulation. L’été dernier, en pleine offensive israélienne à Gaza, des manifestations de soutien aux Palestiniens, interdites en raison des risques de violence, avaient dégénéré notamment dans le quartier populaire de Barbès, à Paris, et à Sarcelles. Dans cette ville où vit une importante communauté juive, un rassemblement non autorisé s’était transformé le 20 juillet en émeute urbaine aux relents antisémites.
Pour Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, rattaché à Matignon, le parallèle tracé par M. Valls entre l’antisionisme et l’antisémitisme ne prête pas à confusion. « Aujourd’hui, l’antisionisme est devenu une façon de tenir des propos antisémites sans l’assumer », affirme cet ancien préfet, regrettant que « tout ce qui s’apparente à un soutien à Israël [soit] toujours interprété de manière malveillante ». « Valls a une sensibilité particulière sur l’antisémitisme, il appelle un chat un chat, et remue les grilles de lectures établies, notamment à gauche », abonde le politologue Jean-Yves Camus, qui estime que « des dérives d’une certaine forme d’antisionisme sont bien réelles ».
Son amitié avec Israël n’empêche pas le chef du gouvernement de « parler franchement » aux autorités israéliennes, assure son entourage. Comme lorsque Benyamin Nétanyahou avait invité les juifs de France à faire leur alya et à immigrer en Israël, après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. M. Valls aurait reproché ses propos à son homologue israélien lors de la cérémonie organisée à la Grande Synagogue de Paris, le 11 janvier 2015, tout comme il aurait eu des mots avec son service d’ordre, particulièrement intrusif. « Il avait été très clair avec Nétanyahou, mais il n’avait pas fait de déclaration publique. Si on veut être efficace, il faut savoir parfois rester discret », explique son entourage.

Manuel Valls est-il pro-israélien ?

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