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Publié par Bob Woodward

Affaire Baupin: l'effet boule de neige

Emmanuelle Cosse, l'épouse de Denis Baupin, le député écologiste accusé de harcèlement sexuel ou de gestes déplacés par des élues et militantes écologistes, ne s'est pas dérobée.
La ministre du Logement a honoré son invitation à la matinale de France Info, ce mardi, sachant que l'interview serait toute consacrée à l'affaire dévoilée la veille par France Inter et Mediapart.

« J'ai été très touchée en tant que femme, compagne, mère et ministre », a-t-elle commencé, affirmant avoir été « saisie » lorsqu'elle a « appris les choses comme vous hier ». « On parle de faits d'une extrême gravité. Si ces faits sont avérés, il faut que ce soit réglé devant la justice. Et si ces faits ne sont pas avérés, il faut aussi que ce soit réglé devant la justice », a-t-elle précisé d'une voix plus grave qu'à l'ordinaire. « Aujourd'hui, les allégations sont suffisamment graves, a-t-elle ajouté un peu plus tard. Denis Baupin, qui est par ailleurs mon conjoint, a fait le choix de se défendre en justice ». « Il y a aussi la présomption d'innocence », a-t-elle plaidé.
Troublée, Cosse l'a dit du bout des lèvres : « Si votre question est de savoir si j'ai confiance en mon conjoint, oui ».
Martelant, dans son combat politique, n'avoir « jamais transigé » sur la question des violences faites aux femmes, l'ancienne patronne d'EELV l'affirme : « Je n'ai jamais été saisie à aucun moment de faits de harcèlement ou d'agression sexuelles » quand elle était aux commandes.

Des membres de la direction expliquaient lundi que, lorsque le parti écologiste avait mis en place, il y a un an, une adresse mail pour appeler à briser le silence sur les questions de harcèlement sexuel, Emmanuelle Cosse avait demandé à être seule destinataire des messages envoyés. « C'est totalement faux, (cette) adresse mail était dirigée par quatre personnes du bureau exécutif, et pas moi. Je faisais une réunion par semaine et je n'ai jamais eu aucun retour », a-t-elle assuré, qualifiant ces informations, comme les interrogations sur le «timing» des révélations, quelques jours après la démission de Baupin d'EELV, de « vociférations de telle ou telle personne » qu'elle refuse de « commenter ». « Je suis une femme qui peut être touchée mais je suis aussi ministre du Logement, je vais poursuivre mon travail et mon engagement politique, dans la même droiture que celle qui m'a toujours animée », a conclu la ministre. La ministre du Logement a-t-elle couvert son mari, Denis Baupin ? C'est en tout cas ce qui semble ressortir ce lundi 9 mai alors que ce dernier est actuellement confronté à des accusations de harcèlement sexuel.
Emmanuelle Cosse au cœur de la tourmente ? L'affaire Denis Baupin prend de l'ampleur au point d'atteindre lundi soir la ministre du Logement. Denis Baupin pourrait bien répondre d'accusations de harcèlement sexuel devant la justice. C'est l'un des derniers développements de cette folle journée pour le député écologiste de Paris, objet de vives pressions depuis que France Inter et Mediapart ont révélé les témoignages de huit femmes l'accusant de harcèlement voire d'agressions sexuelles. Ces victimes présumées sont des femmes politiques, pour la plupart membres du parti EELV. Trois d'entre elles décrivent des faits présumés qui ne seraient pas prescrits ce lundi 9 mai 2016.
Denis Baupin, qui a quitté il y a un mois Europe Ecologie-Les Verts, est à la ville le mari de la ministre du Logement Emmanuelle Cosse. S'il "conteste" les accusations selon les propos de son avocat, l'affaire sonne comme un véritable tremblement de terre politique, en particulier pour cette membre récente du gouvernement. Emmanuelle Cosse, qui ne s'est pas exprimée sur le sujet, pourrait avoir elle-même été informée des agissements présumés de son mari, alors qu'elle était à la tête d'Europe Ecologie-Les Verts, de novembre 2013 à février 2016. La direction des écologistes aurait en effet été alertée, à plusieurs reprises. C'est ce que révèlent les enquêtes de France Inter et de Mediapart. David Cormand, nouveau secrétaire national d'EELV depuis la démission d'Emmanuelle Cosse à ces fonctions, a admis ce matin avoir été mis au courant.
En fin de journée, l'AFP relançait la thèse selon laquelle la direction d'EELV "savait", et ce depuis longtemps. "C'était très, très connu dans le parti ", a ainsi indiqué un collaborateur des députés du groupe d'élus écologistes du palais Bourbon à l'agence de presse. Après avoir déclaré qu'il était "abasourdi" et qu'il n'avait "jamais eu connaissance de tels actes", le député écologiste François de Rugy, un ami proche de Denis Baupin, a lui aussi reconnu avoir un jour "parlé" avec lui au sujet d'une collaboratrice.
A France Inter, l'actuelle porte-parole d'EELV Sandrine Rousseau, qui compte parmi les victimes présumées de ces agissements, indiquait dès ce matin en avoir "parlé à deux membres de la direction du parti". "L'un m'a dit : 'Ah il a recommencé'. L'autre : 'Ce sont des choses qui arrivent très souvent'", explique-t-elle. Plusieurs témoignages laissent en outre penser que les présumées victimes ont souhaité préserver à la fois le parti et sa présidente. "Je savais que nous étions plusieurs députées et une collaboratrice à en recevoir [des messages du député - NDLR]. Beaucoup se sont tus pour ne pas blesser sa compagne", précise sur France Inter Isabelle Attard, députée du Calvados.
Un autre témoin confirme, en gardant l'anonymat : "Oui on a déjà eu à traiter des problèmes de relation de travail avec Denis Baupin et une collaboratrice". Un ancien dirigeant d'EELV assure au Parisien.fr avoir eu connaissance d'un fait relevant de harcèlement sur une jeune femme : "L'une d'elle s'était confiée à moi, je l'ai poussée à porter plainte à l'époque, ajoute-t-il, mais elle n'a pas osé". Et d'ajouter : "On croyait que c'était un gros lourd, et en fait c'est pathologique [...] On n'avait pas toutes les pièces du puzzle, on n'avait pas mesuré l'ampleur, on ne s'imaginait pas que c'était industriel". Le député EEVL Yves Contassot dit avoir été "au courant" d'"un comportement disons un peu lourdingue avec les femmes", mais n'avoir "pas idée qu'il allait aussi loin". Mais sur la responsabilité d'Emmanuelle Cosse, il va plus loin. Il considère que l'actuelle ministre - qui était à la tête du parti de 2013 à 2016 - a tenté d'étouffer les accusations lancées contre son mari. "Quand il y a eu des allusions à ça, assez récemment lors d'un conseil fédéral, à la surprise générale, la personne qui est montée à la tribune pour demander qu'on arrête de discuter de ça, c'est sa compagne, c'est Emma Cosse qui a dit : 'stop, j'ai interdit qu'on poursuive ce débat. On réglera ça ailleurs et dans d'autres conditions'", a-t-il fait savoir sur RMC. Et de se faire plus précis : "Il y a eu une sorte de stupéfaction parce que même si le nom de Denis n'était pas évoqué, tout le monde se disait 'c'est possible qu'il soit implicitement évoqué. On parlait de harcèlement, de viols, etc...". Sur Europe 1, Yves Contassot confirme ses dires. Oui, assure-il, alors que les écologistes entamaient un débat sur le harcèlement sexuel, "on s'est retrouvés dans cette situation complexe où la secrétaire nationale, potentiellement concernée par son mari, a refusé de discuter".

Affaire Baupin: l'effet boule de neige

Ce lundi, de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux sont d'une violence outrancière à l'endroit d'Emmanuelle Cosse, dont certaines semblent même du ressort de l'insulte, de la diffamation et de l'injure publique.
Denis Baupin a démissionné à la mi-journée de son poste de vice-président de l'Assemblée nationale, comme le lui avait demandé le président de l'Assemblée, Claude Bartolone lui-même, quelques minutes plus tôt. L'avocat du député, maître Emmanuel Pierrat, a détaillé dans un communiqué les motivations de son client. Il évoque des "allégations délictueuses, mensongères, diffamatoires", qui "ne reposent sur aucun fondement".  Le magistrat indique que "Monsieur Denis Baupin conteste fondamentalement l'idée de harcèlement sexuel et plus encore d'agression sexuelle, lesquels lui sont totalement étrangers".
Rappelant que son client ne fait à ce jour l'objet "d'aucune poursuite judiciaire", il réclame le respect de la présomption d'innocence et menace : Denis Baupin "envisage de saisir les juridictions compétentes afin de faire valoir ses droits contre toute atteinte qui serait constatée". La démission du poste de vice-président de l'Assemblée nationale n'a été décidée que dans le but de "protéger les institutions de la République et de pouvoir assurer sa défense". Denis Baupin reste pour l'instant député de Paris.
Denis Baupin a quitté le parti EELV en avril 2016, pour désaccords politiques. Quelques semaines auparavant, son épouse, Emmanuelle Cosse, quittait ses fonctions de patronne de cette même formation politique pour entrer au gouvernement et devenir ministre du Logement, à la stupéfaction d'une partie des militants, opposés à la politique de François Hollande et de Manuel Valls. "L'affaire Baupin", révélée par Mediapart et France Inter ce lundi 9 mai 2016, après plusieurs mois d'enquête, a créé un profond malaise chez les Verts. Huit témoignages de femmes accusant le député et vice-président de l'Assemblée nationale de comportements inadéquats, dont certains sont qualifiables d'agressions sexuelles, ont été rapportés. Parmi ces huit femmes, figurent des personnalités politiques importantes chez EELV, comme sa porte parole Sandrine Rousseau. Les révélations du journal en ligne et de la radio publique portent sur des faits s'étant déroulés entre 1998 et 2014, pour la plupart prescrits au pénal. Mais Mediapart décrit dans son enquête des comportements clairement condamnables : "Ce sont huit cas pouvant relever de harcèlement sexuel ou d'agression sexuelle que nous avons découverts", écrivent les journalistes. Sur le fond, plusieurs femmes accusent notamment le député d'avoir envoyé des SMS extrêmement déplacés, d'autres évoquent des tentatives de chantage. Parmi les témoignages les plus poignants, celui de Sandrine Rousseau, qui accuse Denis Baupin de faits survenus en octobre 2011 : "Dans le couloir qui longe la salle, Denis Baupin est venu. Il m'a plaquée contre le mur en me tenant par la poitrine, et a cherché à m'embrasser. Je l'ai repoussé violemment". "Je me sentais coupable de recevoir ces SMS d'incitation sexuelle alors que je lui avais dit que je n'étais pas intéressée. Des propos plus que graveleux", raconte pour sa part Elen Debost, adjointe à la mairie du Mans et autre victime présumée, au micro de France Inter. Plusieurs des messages qui auraient été envoyés par téléphone portable ont été publiés sur le site de la radio publique, certains sont clairement explicites : "Rejoins-moi dans mon bureau", "Tu me résistes, j'aime bien ça", "J'aime ton cul", "Je suis dans un train, j'aimerais te sodomiser en cuissardes", "Tu dois être une dominatrice formidable". Isabelle Attard, députée du Calvados, parle quant à elle de "harcèlement quasi quotidien par SMS". "C'était par exemple : 'J'aime bien quand tu croises tes jambes comme ça'. C'était même crûment dans des réunions ou des déjeuners de travail le fait de me proposer d'être mon amant. Au début, c'est dit sur le ton de la rigolade. Et puis, cela devient vite très lassant, pénible".
Certains agissements de Denis Baupin ont semble-t-il été dénoncés par certaines de ses collaboratrices, il y a quelques années. Mais "rien n'était avéré. Les langues ne se délient pas facilement sur ces sujets. Il y avait une zone de flou sur ces comportements", se justifie aujourd'hui Cécile Duflot, ex-secrétaire nationale d'EELV, dans Mediapart. "Il y avait aussi des liens amicaux profonds avec ses proches qui compliquaient énormément la situation. Quand on en parlait, certains disaient d'ailleurs qu'il ne fallait pas l'accabler parce qu'il avait pris conscience de ses actes et se soignait", poursuit-elle.
Pour l'heure, l'élu écologiste a décidé de garder le silence - malgré les multiples sollicitations des journalistes - et renvoie systématiquement toute demande d'explications vers ses avocats. Aucune plainte n'a pour l'heure été déposée contre l'élu écologiste.
C'est une photo, diffusée dans la presse, qui aurait déclenché la fin de l'omerta protégeant Denis Baupin. Elen Debost explique avoir été "choquée" par l'initiative du député, posant maquillé à côtés d'autres personnalités politiques pour dénoncer les violences faites aux femmes, le 8 mars dernier, pour la Journée de la femme. "Ça me donnait envie d'hurler et de vomir". Le 31 juillet 2012, Denis Baupin affichait fièrement le travail des députés ayant conduit à l'adoption d'un texte luttant contre la violence faite aux femmes. Sur Twitter, il publiait : "Vote à l'unanimité de la loi contre le harcèlement sexuel. Fierté de participer à ce vote de justice. Fin de la session extraordinaire".

L'effet boule de neige? Les accusations contestées de harcèlement et d'agressions sexuelles portées contre Denis Baupin appellent, selon la députée socialiste Delphine Batho, un «grand ménage» dans l'ensemble de la classe politique. Selon elle, le cas du vice-président de l'Assemblée nationale démissionnaire n'est que «la partie émergée de l'iceberg».
«Il y a un ministre qui doit s'expliquer, présenter des excuses pour le moins», continue l'écologiste. Dans son viseur: le ministre des Finances Michel Sapin, accusé dans le livre L'Elysée off (Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, Fayard), d'avoir eu un geste déplacé envers une journaliste. La scène, formellement démentie par le locataire de Bercy, aurait eu lieu en janvier 2015 au forum économique mondial de Davos. Le ministre n'aurait pu «retenir sa main» devant une journaliste baissée, «murmurant: ‘Ah mais qu'est-ce que vous me montrez là?'». «On est dans un domaine total de calomnie», a réagi Michel Sapin face à la presse. Il appelle à ne pas «faire la confusion entre des noms qui n'ont rien à voir» et rappelle par ailleurs que «c'est à la justice d'établir les faits, pas à la presse ni aux personnes».
«Aucun parti n'échappe à une complicité sous forme d'omerta», a prévenu l'ancienne ministre de l'Ecologie. A l'instar de nombreuses consœurs, Delphine Batho estime que «plus largement, la question qui est posée est celle de la féminisation de la classe politique».

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