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Publié par Bob Woodward

Une nouvelle radio sur les ondes: radio Daech ?

Daech a lancé lundi 1er février 2016 sa propre radio pour smartphones avec une application sur Android. C’est le site américain Vocativ, relayé par Arabi21 qui a révélé son existence. Les membres ou sympathisants de Daech mènent une campagne d’information sur Twitter pour diffuser «la bonne nouvelle». Dans ce post, un membre de l’EI s’adresse à ses «frères vivant hors du Califat» pour leur dire comment capter la radio. «Il faut l’installer sur Android», explique-t-il à l’un des partisans.
Jusqu’à présent, Al Bayan émettait sur FM depuis Mossoul, en Irak. Elle diffuse des programmes en broadcast en plusieurs langues. Selon Vocativ qui a découvert l’application, les partisans de l’organisation djihadiste s’échangent sur les réseaux sociaux et les forums le lien pour l’installer sur les téléphones portables.
«Il n’est certainement pas sur votre application Android moyenne. Il ne peut pas être téléchargé via la boutique Google, mais peut être installé avec les fichiers de l'AKP qui circulent en ligne parmi les loyalistes du groupe terroriste.»
 
Cette radio sur Android intervient deux mois après le lancement de la plateforme mobile, toujours sur Android, d’Aamaql’agence de presse semi-officielle de l’Etat islamique, qui permettait d’avoir les dernières actualités du groupe terroriste. Avec Al Bayan, Daech ne s’embarrasse pas de subtilité, il en fait son organe officiel. L’objectif de cette application est d’atteindre les sympathisants de l’EI qui ne pourraient pas capter la radio en FM, et donc hors d’Irak et de Syrie.
 
Par le passé, Daech avait revendiqué sur sa radio Al Bayan la fusillade de Dallas en mai 2015 qui avait fait deux morts.
«Deux soldats du califat ont mené une attaque contre une exposition de caricatures contre le prophète à Garland, Texas, Amérique», avait déclaré l’organisation.

Dans les zones contrôlées par Daech, les smartphones font l'objet d'une surveillance accrue au sein de la population. «On a arrêté beaucoup de gens après avoir fouillé leurs téléphones portables», confie un ancien membre de Daech dans un documentaire d'Arte. «Plusieurs d'entre eux ont été exécutés à cause de ça. Certains avaient des photos et des vidéos de Bachar el Assad, on trouvait des communications par texto avec l'étranger, des messages d'insultes. Ils ne faisaient pas attention alors que nous, on fouillait tout». Un témoignage recueilli par Libération va dans le même sens: l'année dernière, un jeune homme a été tabassé par les patrouilles de l'EI avant d'être emprisonné et torturé. Son tort? Avoir téléphoné à sa petite amie qui se trouvait en Turquie. Il a été jugé coupable de relations hors mariage.

Il était 15h40 lorsque le message est apparu à l'écran du smartphone: «Des combattants de l'Etat islamique ont mené une série d'attentats à l'aide de ceintures et d'engins explosifs mardi, prenant pour cible un aéroport et une station de métro au cœur de la capitale de la Belgique, pays qui participe à la coalition internationale contre l'Etat islamique». Ces quelques lignes qu'on pourrait croire sorties d'un média d'informations généralistes proviennent en fait d'une application développée par... Daech. Quelques heures après le drame, la brêve s'est affichée dans le «fil d'actualité» de cette appli qui relaie la propagande de l'Etat islamique.
Son nom: «Aamaq Agency», du nom d'une agence de communication pro-Daech. Elle a été créée fin 2015 par le groupe terroriste, en même temps que l'appli «Al Bayan Radio», la station de radio officielle de l'EI. Le Figaro a pu télécharger et consulter ces deux applications. La première ressemble, à s'y méprendre, à une appli d'informations traditionnelle: à ceci près qu'elle regroupe des communiqués vantant les progressions militaires du groupe terroriste, des photos de martyrs et des vidéos de scènes de combat très violentes. Le tout rangé dans différentes rubriques (brèves, infographies, vidéos, etc.). Ces informations s'adressent tout aussi bien aux sympathisants du groupe terroriste, aux apprentis djihadistes et à ceux qui ont déjà rejoint les rangs de Daech. En moyenne, un article est posté toutes les deux-trois heures sur cette appli qui n'est, à notre connaissance, disponible qu'en langue arabe. L'ensemble s'avère sophistiqué: les contenus peuvent être partagés, la navigation est relativement fluide et des mises à jour sont même proposées.
Les contenus postés évoquent essentiellement les combats et la vie sous l'Etat islamique en Syrie et en Irak. Samedi 20 mars, 16h31, une nouvelle brève s'affiche à l'écran: «Attaque récente d'un commando à Haqlaniyyah près de Haditha», peut-on lire sur l'application. En ouvrant l'article quelques lignes de propagande expliquant que quatre combattants de Daech ont mené une opération militaire en Irak, «faisant 20 morts et 26 blessés». En guise de photo d'illustration, des ceintures d'explosifs étalées sur le sol. Dans le flux des vidéos, on aperçoit le visage de John Cantlie, journaliste britannique retenu en otage par Daech depuis 2012. Vêtu d'une veste et d'un pantalon noir, il affirme se trouver à Mossoul, deuxième ville d'Irak et fief de l'EI. Le photojournaliste se tient debout devant des morceaux de tôle sur le sol. Il affirme qu'il s'agit des restes d'un kiosque distribuant des brochures de l'EI qui a été détruit dans un raid aérien de la coalition internationale menée par les Etats-Unis. Plus loin, une autre vidéo montre des corps ensanglantés après «des bombardements sur la ville Raqqah» que Daech impute à l'aviation russe. Des informations impossibles à vérifier.

Une nouvelle radio sur les ondes: radio Daech ?

La seconde application est une webradio sur laquelle on peut écouter les derniers «bulletins d'informations de l'Etat islamique». Son utilisation est rudimentaire: il suffit simplement d'activer le player audio. Là, une voix masculine égrène en arabe les dernières avancées militaires du groupe. La même émission en langue française est relayée quotidiennement sur les réseaux sociaux.
Sans surprise, elles ne sont pas disponibles dans les rayons des boutiques traditionnelles d'applications (Play Store ou Apple Store). Ce sont des sympathisants de Daech qui invitent à les télécharger via les réseaux sociaux (Twitter, Google+, etc). Généralement, les hyperliens renvoient vers le site d'hébergement de fichiers Mediafire ou le site Archive.org, une sorte de grande bibliothèque numérique, et se téléchargent en quelques secondes. Impossible en revanche de savoir combien de personnes les ont consultées. D'autant que l'accès à ces applications reste restreint dans le temps: il n'est pas rare que les liens de téléchargement disparaissent et que les connexions avec les serveurs soient rompues rapidement. Nous l'avons notamment constaté avec l'appli radio de Daech.
Dès 2014, plusieurs applications ont été diffusées par des sympathisants de Daech, comme «Fajr Al-Bashalir», accessible via Google Play Store. Recensant «les dernières nouvelles d'Irak, de Syrie et du monde musulman», elle visait «à soutenir l'Etat islamique». «Elle a été particulièrement utilisée lors de la capture de Mossoul en juin 2014», confirme dans un des ses travaux Charles Lister, chercheur au Brooking Doha Center. À l'été 2015, une autre application avait été repérée par SITE, un centre américain de surveillance des sites islamistes. Baptisée «Nouvelles Android», elle permettait de suivre les prouesses de Daech en temps réel, selon l'hebdomadaire Marianne qui l'avait alors téléchargée. À notre connaissance, ces deux applications ne sont plus disponibles aujourd'hui.
Enfin, en janvier dernier, plusieurs médias français et étrangers relayaient l'existence d'une autre application, du nom de «Alrawi», supposément créée par l'EI pour échanger des messages chiffrés. Une enquête réalisée par le site américain Daily Dota depuis démontré qu'il s'agissait d'une intox et que l'outil n'avait jamais été relayé au sein de la communauté des djihadistes.
Comme tout utilisateur de smartphone, les membres de Daech surfent sur le Web, téléchargent des applications et prennent des photos et des vidéos. Leurs smartphones recèlent d'informations parfois stratégiques. Récemment, un documentaire diffusé sur Arte dévoilait des images inédites tournées par des membres de l'EI avec leurs téléphones. Elles ont été récupérées par un réseau clandestin basé en Turquie qui se charge d'exfiltrer des déserteurs de Daech. Stockées dans leur téléphone, les images de la vie quotidienne et les scènes d'horreur se succèdent. Ici, des combattants tout sourire en train de manger autour d'une table basse dans un appartement. Là, un cours filmé pour préparer un engin explosif et une voiture piégée. L'année dernière, la BBC avait également mis la main sur une vidéo montrant un adolescent de 14 ans torturé par des membres de l'EI. Elle provenait aussi du téléphone d'un déserteur.
Si ces photos et vidéos sont parfois prises à des fins de propagande, Daech reste très vigilant quant aux données personnelles et aux communications de ses membres. Ainsi, l'organisation terroriste incite ses troupes à sécuriser leurs smartphones pour échapper à la surveillance des services de renseignements. Sur Twitter, plusieurs comptes affiliés ou proches de l'EI diffusent pêle-mêle des guides de bonne conduite. L'un propose aux djihadistes d'installer Orbot, l'équivalent de Tor (navigateur Internet anonyme, ndlr) sur Android, quand un autre explique comment «rooter» son smartphone. «Le root (…) lève toutes les barrières posées par les constructeurs et permet un contrôle total de l'appareil», peut-on lire dans ce fascicule de 5 pages qui conclut ainsi: «Nous demandons à Allah qu'il préserve tous les frères et sœurs et qu'il aveugle (...) tous ses ennemis».
WhatsApp, Signal, Threema … L'Etat islamique recommande aussi l'utilisation de certaines applications de messagerie, accessible au grand public. Leur intérêt: elles sont sécurisées et permettent d'échanger des messages en toute discrétion, et parfois même des photos, vidéos et enregistrements audio. Les messages qui transitent via ces applications sont chiffrés et ne peuvent en théorie être lus que par les deux personnes qui s'écrivent. Autre application: Zello, qui permet de transformer le téléphone en talkie-walkie, est également très utilisée selon les auteurs du livre Inside the army of terror.
L'application Telegram, qui revendique aujourd'hui plus de 100 millions d'utilisateurs, est réputée pour être l'une des plus utilisées par les membres et sympathisants de Daech. Non seulement elle permet de communiquer entre combattants mais elle est aussi un moyen de diffuser de la propagande et de recruter. Si le patron de Telegram affirmait avoir supprimé 660 comptes de djihadistes en janvier dernier, les sympathisants de Daech continuent de l'utiliser. Plusieurs de leurs «chaînes» sont accessibles en quelques clics. L'une d'elle diffuse les communiqués habituels du groupe terroriste relatant ses avancés militaires, ses opérations martyres ou des exécutions «d'espions», photos et vidéos à l'appui. Ouverte fin décembre, elle affichait près de 500 membres à la mi-mars. La seconde, créée fin février, liste des techniques pour sécuriser son téléphone. On y trouve des liens vers des manuels à télécharger comme des articles rédigés par des sites d'informations généralistes, évoquant des méthodes pour chiffrer son téléphone.
Autre preuve que Daech se préoccupe de plus en plus de sa cybersécurité: l'année dernière, il diffusait au sein de ses réseaux un guide écrit à l'origine pour des journalistes et lanceurs d'alertes, selon le Combating terrorism Center de l'académie militaire de West Point aux Etats-Unis. Ce manuel de 34 pages, rédigé il y a plus d'un an par une entreprise de sécurité koweïtienne, regorgeait de conseils pratiques pour ne pas se faire repérer lors de communications. Parmi les nombreuses recommandations figurait l'usage de téléphones cryptés (Blackphone) et d'applications pour falsifier ses données de localisation (Mappr).

Une nouvelle radio sur les ondes: radio Daech ?

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