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Publié par Bob Woodward

Sport et malbouffe: des alliances très lucratives

Fin mars 2016, Le chroniqueur gastronomique français Jean-Pierre Coffe, célèbre pour son franc-parler et ses coups de gueule contre la "malbouffe", est mort à l'âge de 78 ans, après avoir imposé pendant trente ans son personnage truculent sur les ondes et sur les écrans. Ses leçons ne semblent toujours guère entendues.
Une association allemande appellait dès 2012 l'Etat, les écoles et les associations sportives à cesser leurs partenariats avec les fabricants de nourriture malsaine pour enfants. «L'industrie de la malbouffe n'est pas un partenaire adéquat pour l'Etat, les écoles et les associations sportives comme la fédération allemande de football (DFB)», écrit l'association, qui milite pour une alimentation plus saine et plus contrôlée, et publie une étude sur le comportement de consommation des jeunes.
Les joueurs de l'équipe nationale allemande de football ont longtemps participé à des spots télévisés pour Nutella, tandis que McDonald's et Coca-Cola font partie des partenaires publicitaires de la fédération.
Les deux géants américains de l'alimentaire sont, au même titre que PepsiCo, Mars ou encore Ferrero, dans le collimateur de Foodwatch pour leurs «stratégies perfides» de marketing à l'égard des enfants et des jeunes.
«L'industrie veut programmer les enfants dès le plus jeune âge à la malbouffe», dénonce Anne Markwardt de Foodwatch.
«L'industrie alimentaire doit prendre ses responsabilités» en produisant «de la nourriture pour enfants équilibrée», et non avec «des initiatives pour bouger ou des conseils d'alimentations dispensés dans les écoles», dénoncés par Foodwatch comme autant de «mesures de relation publique à caractère d'alibi».
L'association réclame que pour les produits malsains, trop gras et trop sucrés, et qui représentent selon elle 73,3% des produits destinés aux enfants disponibles sur le marché, la publicité avec «des personnages de dessins animés, des jouets en cadeau, des jeux-concours et des vedettes» soit bannie. Les joueurs de l'équipe nationale allemande de football ont longtemps participé à des spots télévisés pour Nutella, tandis que McDonald's et Coca-Cola font partie des partenaires publicitaires de la fédération.
Les deux géants américains de l'alimentaire sont, au même titre que PepsiCo, Mars ou encore Ferrero, dans le collimateur de Foodwatch pour leurs «stratégies perfides» de marketing à l'égard des enfants et des jeunes. «L'industrie veut programmer les enfants dès le plus jeune âge à la malbouffe», dénonce Anne Markwardt, de Foodwatch. «L'industrie alimentaire doit prendre ses responsabilités» en produisant «de la nourriture pour enfants équilibrée», et non avec «des initiatives pour bouger ou des conseils d'alimentations dispensés dans les écoles», dénoncés par Foodwatch comme autant de «mesures de relation publique à caractère d'alibi».
L'association réclame que pour les produits malsains, trop gras et trop sucrés et qui représentent selon elle 73,3% des produits destinés aux enfants disponibles sur le marché, la publicité avec «des personnages de dessins animés, des jouets en cadeau, des jeux-concours et des vedettes», soit bannie.
Au Luxembourg, la Fédération luxembourgeois de football (FLF) travaille en étroite collaboration avec la marque Kinder, de l'Italien Ferrero, et ne voit pas vraiment le problème: «Cela n’a rien de répréhensible en soi», explique Joël Wolff, secrétaire général de la FLF, contacté par L’essentiel Online. «On fait attention aux choix de nos sponsors et on suit toujours des principes éthiques». Ainsi, souligne la FLF, les partenariats avec des producteurs d’alcool ou de tabac sont exclus. Ce qui est important pour le sponsoring, «c’est l’engagement du partenaire, surtout vis-à-vis du monde amateur».
On n’arrête pas le progrès. La seconde division du championnat de France de football, qu’on appelait jusqu’ici bêtement la Ligue 2, s’appellera dorénavant la « Domino’s Ligue 2 », puisque la Ligue de football professionnel (LFP) a conclu un partenariat avec l’entreprise américaine Domino’s Pizza pour les quatre prochaines saisons (2016-2020).
Ainsi, dès l’été prochain, spectateurs et téléspectateurs de L2 goberont-ils de la Domino’s Pizza à toutes les sauces : le logo s’affichera sur le maillot de chaque joueur de chaque équipe, de courts spots publicitaires (« billboards ») seront diffusés avant les rencontres, la marque sera visible sur les panneaux derrière les joueurs lors des interviews d’après-match, sur la page Facebook et la chaîne YouTube de la LFP, etc.
La pratique du « naming » dans le monde du sport, consistant pour le propriétaire d’un stade, d’une équipe, ou d’une compétition, à en céder le nom à une marque commerciale ­contre de l’argent, n’a rien de nouveau. Elle est très largement répandue aux Etats-Unis, et la France y succombe doucement — la transformation du Palais omnisports de Paris-Bercy en AccorHotels Arena, en octobre 2015, en est l’exemple le plus récent et le plus frappant.
On peut en revanche être surpris par la marque choisie par la Ligue 2. Outre qu’on a connu plus chic, on a surtout connu plus sain, et l’on se demande s’il va falloir broder en tout petit, sous le logo Domino’s qui ornera le maillot des joueurs, la fameuse injonction à « manger cinq fruits et légumes par jour », qui permet de vendre n’importe quelle victuaille sans être accusé de contribuer au cholestérol des Français.
Cela dit, Frédéric Thiriez, président démissionnaire de la LFP, dont ce partenariat de prestige restera donc l’ultime coup d’éclat, n’a aucun scrupule à avoir. Au contraire, grâce à lui, la Ligue 2 rivalise désormais avec la Fédération française de football et son mariage avec Kentucky Fried Chicken (KFC), qui permet depuis 2014 aux joueurs de l’équipe de France de faire la retape de ce fast-food américain débitant du pilon de poulet frit à la tonne.

Sport et malbouffe: des alliances très lucratives

C’est ainsi : le football français se fait aujourd’hui le chantre de la junk food américaine, et s’engouffre avec bonheur — ces contrats rapportent, selon L’Equipe, 1,3 million d’euros par an à la LFP, et 34 à la FFF — dans le sillon tracé par la FIFA et le CIO, qui ont mis depuis longtemps la Coupe du monde et les Jeux olympiques au service de la santé et de la gastronomie mondiales, avec Coca-Cola et McDonald’s comme principaux sponsors.
Une société ne doit vraiment pas avoir peur de la contradiction, et doit même souffrir d’une forme de schizophrénie, pour s’alarmer de la progression de l’obésité tout en laissant le spectacle sportif promouvoir une alimentation qui la favorise.
On parle de l’OM, qui choisit Quick comme sponsor, du PSG, qui lance sa propre marque de chips, ou d’une salle que l’on baptise Kindarena (à Rouen), l’absurdité et l’hypocrisie atteignant des sommets avec la Jupiler League ou la Liga Sagres, les premières divisons de football en Belgique et au Portugal, qui se sont carrément vendues à des marques de bière. Le sport, c’est la santé ? Pour ceux qui en font, sans doute. Pour ceux qui le regardent, pas sûr.
Il n’y a pas que la France qui est touchée par cette guerre de la malbouffe.
Ce sont les classes moyennes des pays émergents qui prennent le plus cher
Quand un nouveau centre commercial ouvre à Calcutta, les Indiens parlent de "temple de la gastronomie". Au menu : KFC, McDo et Domino's Pizza. Dans ce pays, il n'y a aucune obligation d'informer les clients sur le contenu nutritionnel de ce qu'ils mangent, et pour cause : après analyse comparée, les produits de fast-food indiens sont trois fois plus gras et sucrés que leurs équivalents français. Conséquence : alors qu'une bonne partie de l'Inde souffre encore de malnutrition, la classe moyenne émergente subit une épidémie d'obésité. Et comment qualifier de gastronomiques ces Domino's pizzas truffées d'huile ?
On nous rend accro par des moyens habilement détournés.
Au Brésil, Coca-Cola organise un concours scolaire pour faire gagner de l'argent aux établissements participants. Pendant ce temps, Ronald, le clown de McDonald's, est engagé pour distraire des petits de maternelle. Ces pratiques rigoureusement interdites en France ne semblent gêner personne au Brésil puisque, comme le pointent les industriels, les produits de ces marques ne sont pas montrés. L'effet est en fait plus pervers : en associant leurs mascottes à des jeux, les marques veulent séduire puis fidéliser les jeunes, leur cœur de cible, par des moyens détournés.
Les enfants sont visés en-dehors de toute legislation.
On a beau savoir que les marques de fast-food préfèrent le profit à la santé de leurs clients, avoir la preuve de leurs manœuvres pour appâter les enfants donne définitivement envie de vomir. Rien qu'en France, les enquêteurs de Malbouffe sans frontières ont prouvé qu'on pouvait promouvoir un soda infect à des enfants via des jeux sur internet, alors que la loi interdit de cibler les moins de 11 ans. L'association du jeu et du sucre fait l'effet d'une bombe, calorique bien sûr, qui laisse les nutritionnistes désemparés. Reste à espérer que le débat public prenne et que la loi se durcisse sur une publicité alimentaire de plus en plus envahissante, jusqu'à l'écœurement.

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