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Publié par Bob Woodward

Rosengard: entre foot et djihad

La banlieue la plus célèbre de Suède est enclavée dans la ville de Malmö. 90% de ses habitants sont nés à l’étranger ou de parents étrangers. A seulement quelques kilomètres l’un de l’autre, deux mondes coexistent sans vraiment se rencontrer.
L’ombre de Peter Mangs plane encore sur Malmö. Le meurtrier a semé la terreur dans cette ville au sud de la Suède pendant près d’un an, entre décembre 2009 et octobre 2010. Il a tué au moins deux personnes et commis cinq tentatives de meurtre avant qu’enfin la police ne mette la main sur lui. Le Suédois glabre de 40 ans au grand front strié de rides ne ciblait que les immigrés. Ce printemps, la bourgade a respiré, quand la Cour suprême de Suède a rejeté son appel, confirmant son emprisonnement à vie. La justice a ajouté trois tentatives de meurtre à son tableau.
D’autres personnalités se sont illustrées à Rosengard…un certain Zlatan Ibrahimovic par exemple.
L'histoire et la légende de Zlatan Ibrahimovic, célèbre joueur de football du PSG, se mélangent à Rosengard. On décrit tour à tour un enfant rebelle, violent, en rupture scolaire, voire quasi délinquant, puis comme une personnalité attachante et finalement pas plus turbulente que les autres. Un journal suédois a même exhumé récemment des bulletins scolaires flatteurs, notamment en anglais ou en arts plastiques... Ibra lui-même a parfois fluctué dans ses déclarations, assurant dans son autobiographie avoir failli être criminel et dressant des portraits peu flatteurs de ses parents et notamment son père, décrit comme un alcoolique violent.
Depuis, il a atténué le trait. Les membres de sa famille habitent toujours à Malmö, mais loin de Rosengard, dans des maisons que le fils prodigue leur a achetées... Lui a vendu sa villa cossue de 836 m2 au bord de la plage cet été et déclaré vouloir habiter Stockholm, la capitale de la Suède, au terme de sa carrière.
Au rayon des souvenirs, chacun se retrouve au moment de dresser le portrait d'un garçon totalement obnubilé par le football. « Petit, il n'était pas le plus doué, mais certainement le plus convaincu de ce qu'il fallait faire pour atteindre le sommet, reconnaît Ivica Kurtovic, ancien entraîneur au FC Balkan et désormais au FC Rosengard, deux équipes qu'a fréquenté Zlatan. Il s'entraînait alternativement avec les deux clubs en fonction des créneaux horaires... ou quand son coach s'était emporté contre lui. Il pensait vraiment au foot du matin au soir. »
Dans le foyer de ce club de quartier, la vitrine déborde de trophées, mais seulement deux photos témoignent du passage du plus grand des footballeurs suédois. Son aura est pourtant partout. « On le montre en exemple, reconnaît Muntaha, jeune femme de 19 ans d'origine kurde qui entraîne les 13 ans féminines. Pour nous, c'est un vecteur d'éducation. » Sans en faire un modèle unique. « C'est bien pour montrer à ces enfants qu'ils peuvent réussir même s'ils viennent de ce quartier, précise Ivica. Mais on leur rappelle que c'est une voie extrêmement difficile et qu'il vaut mieux privilégier l'école. » Pas certain que le discours aurait plu au Zlatan de Rosengard…
Une nouvelle personnalité, beaucoup moins positive, vient dernièrement d’apparaitre dans le monde de Rosengard : Osama Krayem. C'est l'un des visages des attentats de Bruxelles. Dans les rédactions, on a pris l'habitude de le surnommer «le deuxième homme du métro». Osama Krayem, déjà inculpé «d'assassinats terroristes» dans l'enquête sur les attaques du 22 mars en Belgique, est désormais inculpé dans le cadre du volet belge des attentats de Paris et de Saint-Denis, a indiqué mardi le parquet fédéral belge. Preuve supplémentaire que derrière les attentats du 13 novembre et du 22 mars, il n'y avait qu'une seule et même cellule. Ses empreintes digitales ont été retrouvées dans plusieurs planques ayant servi lors des préparatifs de ces attaques, ont rapporté plusieurs médias. Retour sur le parcours de ce jeune homme de 23 ans qui a grandi en Suède avant de rejoindre l'État islamique.
Fils de Syriens exilés, Osama Krayem a passé toute son enfance dans le sud de la Suède, dans la banlieue de Malmö avec ses parents, sa grande sœur et son petit frère. Il est décrit comme un enfant «normal, sympathique, qui aimait taper le ballon avec les autres enfants entre les immeubles», raconte le quotidien suédois Sydsvenskan. «Il a grandi comme n'importe quel enfant, puis il a rencontré des amis à l'école et ensuite ils sont devenus un groupe que leurs parents n'ont pas pu contrôler», raconte à France 3 Ali Ibrahim, l'ancien imam de la mosquée de Rosengard.
L'adolescent fréquente la mosquée de son quartier mais boit, fume et vit de petits trafics. En 2013, il décroche un emploi service auprès de la mairie de Malmö pour un an. Le jeune homme se serait rapidement radicalisé dans la foulée. «Dans les deux ou trois mois avant son départ, il a cessé de voir ses amis. Il écoutait des prêches d'imams sur son téléphone portable, il laissait pousser sa barbe. C'est devenu quelqu'un d'autre», se souvient un de ses proches dans le quotidien suédois Sydsvenskan.
Osama Krayem aurait rejoint les rangs de Daech début 2015. «Tout d'un coup, il a disparu sans prévenir, puis il a appelé de l'étranger pour dire qu'il était avec l'État islamique et qu'il ne reviendrait pas», a expliqué sa tante Akhlass, toujours sur France 3. Sur son compte Facebook, l'homme pose en treillis avec une arme automatique et publie des vidéos d'exécution de l'État islamique. «Son papa n'approuve pas et sa maman est si triste depuis son départ qu'elle est tombée malade», confie un proche de la famille au quotidien Aftonbladet.
Ce n'est que quelques mois plus tard qu'il revient en Europe, en passant par l'île de L'Eros en Grèce. Il est alors enregistré sous le faux nom de Naïm Al Hamed, le 20 septembre 2015, avant d'être contrôlé avec Salah Abdeslam le 3 octobre à Ulm en Allemagne. Amine Chourkri, arrêté en même temps que Salah Abdeslam, faisait également partie du voyage avec un quatrième homme, encore non identifié.
Le Suédois de 23 ans, qui utilisait un faux passeport syrien, a été identifié comme étant le deuxième homme du métro bruxellois. Face aux enquêteurs, il a indiqué être parti le 22 mars d'un appartement d'Etterbeek, à Bruxelles, avec le kamikaze Khalid El Bakraoui, selon la RTBF. On a retrouvé leur trace dans le métro de Bruxelles, à la station Pétillon. Sur les images de vidéosurveillance, on aperçoit Krayem remettre un sac à El Bakraoui, qui s'est fait exploser quelques minutes plus tard à la station Maelbeek. Lui aurait renoncé à déclencher les explosifs qu'il portait, selon son conseil Me Vincent Lurquin. Jugé trop bavard par ses confrères, ce dernier a depuis été écarté du dossier. En revanche, le sac à dos que portait Osama Krayem ce jour-là reste introuvable. Les enquêteurs le soupçonnent aussi d'avoir acheté les autres sacs ayant servi lors des attaques à l'aéroport de Zaventem et dans la station de métro, ayant fait 32 morts.

Rosengard: entre foot et djihad

Osama Krayem a été arrêté le 8 avril dernier, le même jour que Mohamed Abrini, un temps surnommé «l'homme au chapeau». Sa véritable identité aurait été découverte durant sa courte cavale. Disposant de son avis de recherche, les services de sécurité suédois ont réussi à le confondre via Facebook, rapporte le quotidien suédois Sydsvenskan. Le terroriste présumé a fait «l'erreur» d'envoyer un message à son petit frère resté à Malmö. Ce qui a permis aux enquêteurs suédois de voir que «Naïm Al Hamed» et Osama Krayem ne faisaient qu'un.
La police fédérale belge l'aurait finalement coincé grâce à son téléphone portable. Tout serait parti d'un témoignage, raconte Le Parisien: après les attentats, un conducteur de tram s'est souvenu d'une étrange phrase prononcée par l'un de ses passagers: «Il faut préparer trois sacs pour l'attaque», aurait dit l'homme au téléphone. La vidéosurveillance présente dans la rame a fait le reste: les enquêteurs ont retracé l'appel et retrouver le Suédois à Laeken.
Le parquet fédéral belge a annoncé ce mercredi qu'Osama Krayem resterait en détention préventive pour au moins un mois.
Malmö se rendait compte que la violence raciale pouvait se tenir embusquée au coin de ses jolies rues pavées et derrière ses balcons fleuris. Sur ses 300 000 habitants, 40% sont nés à l’étranger ou de parents étrangers. A Rosengard, ils sont 90%. Le nom de cette banlieue signifie cour des roses, mais parlez-en autour de vous et on vous dira que ce quartier est un ghetto insalubre livré au crime, où des voitures brûlent la nuit, la police n’ose plus entrer et les femmes ne sortent pas sans voile.
Isabella, 17 ans, se promène avec nonchalance entre les HLM du quartier, tête nue et jeans moulant. «On nous stigmatise depuis toujours, dit la jeune fille, de mère marocaine et de père ghanéen. C’est vrai, il y a des méchants, des types qui vendent de la drogue dans des coins. Mais regardez autour de vous, vous voyez des voitures brûler?» Une fille passe sur un vélo, cheveux au vent. Au loin, trois enfants courent après un ballon. Ghetto ou pas, on est encore en Suède: points de collecte des déchets, club de boxe, piscine, bibliothèque, il ne manque rien.
Le quartier, sorti de terre dans les années 1960, est né du Million Programme, qui visait à bâtir un million de logements, dont un tiers d’appartements à louer, dans tout le pays. Le projet fut une telle réussite qu’il a généré 6000 logements en plus du million prévu. Mais les Suédois ont peu à peu déserté les appartements exigus des immeubles style Allemagne de l’Est, réinvestis par les populations les plus défavorisées.
Entre les grands blocs ternes s’étendent plusieurs terrains de football pris d’assaut par des hordes d’enfants. «Tous les garçons se promènent avec un ballon. C’est l’effet Zlatan», rigole Isabella. Depuis que la biographie du footballeur bling-bling Zlatan Ibrahimovic est parue en janvier, la success story du petit morveux de Rosengard devenu multimillionnaire a submergé la Suède, effaçant le souvenir du tueur Peter Mangs.
Il n’y en a que pour la star du ballon rond d’origine ex-yougoslave. Dans les vitrines des libraires, sur les devantures des kiosques, devant les caisses des supermarchés, il est partout avec son air conquérant et ses cheveux longs: Moi, Zlatan Ibrahimovic a été vendu à des centaines de milliers d’exemplaires dans le pays. Pour la première fois, les Suédois découvraient ce qu’il se passait derrière les murs des HLM de Rosengard.
Le footballeur raconte son enfance entre les claques de sa mère croate et la nostalgie d’un père bosniaque alcoolique qui s’abreuve de musique balkanique. «Il n’y avait pas à la maison de conversations civilisées à la suédoise du type: «Chérie s’il te plaît, pourrais-tu me passer le beurre?» C’était plutôt: «Va chercher le lait espèce d’enfoiré», raconte le footballeur. «Si un type comme moi voulait gagner le respect, il devait être cinq fois plus fort que n’importe quel Leffe Persson ou appelez-le comme vous voulez», dit-il de ses débuts au club de la ville, le Malmö FF. Tous les enfants de Rosengard raffolent de l’histoire de ce «basané» qui s’est propulsé au sommet en jouant de sa différence.
Rosengard n’est qu’à quelques kilomètres du centre-ville de Malmö, mais si loin de ses bars chics peuplés des Suédoises blondes qui faisaient rêver Zlatan Ibrahimovic. Seul horizon dans l’adolescence du garçon: un terrain de foot au pied de son immeuble. C’est là que s’entraîne aujourd’hui Ahmed, 13 ans. Le Somalien vit avec ses parents et cinq frères et sœurs dans l’immeuble où Zlatan Ibrahimovic a grandi. Depuis, les filets troués ont été remplacés, et l’herbe jaunie a laissé place à un revêtement lisse et brillant.
Ahmed quitte rarement les buts pour aller au centre-ville. «C’est plus amusant ici, entre étrangers, on se connaît tous. Si je vivais avec des Suédois, peut-être que je me sentirais Suédois.» De la bio de Zlatan, il ne veut retenir que sa verve et son indépendance farouche. «Je ne veux pas être lui. Moi j’écrirai ma propre histoire.» A son corps défendant, il cultive l’attitude de petite frappe du gamin de Rosengard.
A quelques encablures, au bord de la route, se dresse la mosquée de Malmö. Le lieu saint a été attaqué plus de 300 fois depuis qu’il a été construit, en 1983. On l’a brûlé, assailli à coups de cocktails Molotov. A chaque fois, il a été reconstruit. Mais c’est le tireur fou Peter Mangs qui a marqué les esprits le plus profondément. Le 31 décembre 2009, il était posté dans un fourré et visait la tête de l’imam. L’homme a été sauvé de justesse: «La balle a traversé la vitre à cet endroit, elle s’est encastrée dans le pot de fleurs posé sur le rebord de la fenêtre», raconte la secrétaire, encore bouleversée, en montrant la fenêtre du doigt.
Le directeur de la mosquée, Bejzat Becirov, évacue les mauvais souvenirs d’un geste de la main: «Des incidents de travail mineurs», dit-il en un éclat de rire. Cet ancien professeur préfère parler des 250 élèves qui fréquentent tous les jours les classes de son centre islamique, attenant à la salle de prière, «un lieu d’intégration» pour les enfants musulmans, qui y suivent le même cursus que dans toute école suédoise, auquel s’ajoutent deux heures d’islamologie par semaine.
«Rosengard a toujours eu mauvaise réputation», raconte-t-il. D’abord il y a eu les ouvriers finlandais. Ils rentraient à tâtons dans le blizzard, ivres, et tombaient souvent inertes dans la rue avant même d’avoir pu atteindre leur appartement. Puis les usines de Malmö ont fermé les unes après les autres, les Finlandais sont rentrés chez eux. Ils ont été remplacés par des réfugiés du monde entier, dont les origines se suivent comme s’enchaînent les guerres. Balkans, Irak, Liban, Somalie, Afghanistan, Syrie. «Regardez, depuis que les musulmans sont majoritaires dans le quartier, il n’y a plus de prostituées dans les rues de Rosengard!» dit Bejzat Becirov. Les voiles ont remplacé les minijupes. «Qu’ils soient chrétiens ou musulmans, tous les hommes peuvent aller au paradis. Ce n’est pas la religion qui pose problème à Rosengard, c’est le chômage.»
Seuls 38% des 24 000 habitants du quartier ont un emploi. Pour Per Hiller, policier à Rosengard, c’est la cause de tous les ennuis. «Les jeunes n’ont pas de bonnes notes à l’école, ils n’ont aucune chance de trouver un job», raconte l’homme, avachi sur son tabouret. Après vingt ans de service, le petit homme rougeaud s’apprête à prendre sa retraite. Il connaît la banlieue par cœur, il était sur le terrain avant d’atterrir derrière le comptoir du poste de police. «On doit pouvoir nouer des liens avec les jeunes, ils ne jettent pas des pierres sur les flics qu’ils connaissent. Mais personne ne veut rester plus d’un an ici!» se lamente le vieil agent.
La police, Isabella s’en méfie. «Ils nous traitent de singes», dit la jeune fille dans une moue. En 2008, une cinquantaine de jeunes protestaient à Rosengard contre la fermeture d’un local de prière. Ils avaient reçu les policiers à coups de pierres. Pour calmer les jeunes qui feraient un peu trop de bruit en ville, les agents de Malmö perpétuent une pratique qui leur vaut la méfiance des jeunes. Quand des fêtards font trop de bruit dans la rue, ils les embarquent en fourgonnette et les déposent dans les bois, à trois heures de route du centre-ville. Le temps qu’ils dégrisent en rentrant à pied. A Rosengard, ils sont en force: les moins de 15 ans représentent un tiers de la population.
Zohair, 24 ans, est arrivé à Rosengard il y a huit mois. Coiffeur dans le centre commercial au cœur du quartier. En Irak, il était présentateur pour une télévision locale. Il écrivait aussi des articles sur des affaires de malversations impliquant les autorités. Un jour, en rentrant chez lui, il est kidnappé, frappé et enfermé dans une cellule pour une nuit. «Ils m’ont dit d’arrêter d’écrire.» Le lendemain, il décide de rejoindre son frère, installé à Rosengard depuis huit ans. Il vient d’apprendre que sa demande d’asile a été acceptée, huit mois après son arrivée. «On m’a dit que ça a pris du temps parce que les Syriens sont prioritaires», raconte-t-il. Il reçoit une aide mensuelle de 257 francs. Mais, dès que son autorisation de séjour sera formalisée, il aura droit à environ 1100 francs par mois, à condition de suivre un cours intensif de suédois.
«Hier, j’ai perdu trente amis à cause d’un attentat dans ma ville. Une bombe a explosé dans un quartier», raconte Zohair. Les histoires de guerres et de bombes se croisent à Rosengard, mais finalement les rêves des garçons se ressemblent. Comme Zlatan Ibrahimovic avant lui, Zohair veut une voiture et une copine. «Avant, je dois trouver un travail», dit-il.
Il faut parfois des années à un migrant avant d’obtenir une place en Suède, où les diplômes sont si importants. «Dix à quinze ans, évalue le sociologue Aje Carlbom. Ou parfois une vie entière au chômage. C’est inacceptable», s’indigne cet homme qui a partagé son quotidien avec les habitants de Rosengard, où il a installé sa famille pendant trois ans. «L’intégration ne peut pas fonctionner si l’on accueille des centaines de millier de réfugiés dans un temps si restreint. Mais en Suède, personne ne veut empoigner le débat de front, par peur d’être perçu comme raciste».
C’est le paradoxe suédois, dit le sociologue: d’un côté, une volonté farouche de préserver la cohésion d’une société ultramoderne, séculaire, démocrate et égalitaire. De l’autre, la conviction au nom du droit à la différence qu’il faut préserver les pratiques propres aux migrants. «Les politiciens enferment les migrants dans leurs traditions et les confortent dans leur statut d’outsiders, s’emporte le sociologue. Ils veulent inclure les musulmans dans la société, mais en fait ils font tout le contraire, ils les séparent.»
Ce paradoxe fait le miel de l’extrême droite. Pour les démocrates suédois, troisième formation du pays en pleine ascension, Rosengard est le symbole de l’échec des politiques de migration en Suède. Leurs attaques répétées n’ont pas infléchi la politique migratoire du gouvernement, qui reste l’une des plus généreuses en Europe. Mais les diatribes de la formation issue de la mouvance néonazie alimentent le ressentiment d’une partie de la population.
La cité de Rosengard est pointée du doigt pour ses jeunes partis faire le djihad en Syrie. Un militaire américain a d’ailleurs prévenu à temps les autorités du pays voisin, le Danemark, concernant un projet d'attentat, a expliqué mercredi 20 avril 2016 le Pentagone.
La collaboration entre services de renseignement est essentielle dans la lutte contre le terrorisme. Cette information rapportée avant-hier par le ministère de la Défense américaine en est le parfait exemple. Bradley Grimm, capitaine de l'armée de Terre américaine attaché à la base aérienne d'Al-Asad, dans la province d'Al-Anbar, dans l'ouest de l'Irak, a obtenu des “renseignements concrets” issus de documents ayant appartenu à des combattants étrangers liés au Danemark. “Il a aidé à développer un système qui a accéléré le flot d'informations depuis le terrain ici jusqu'à différentes capitales”, selon le porte-parole du Pentagone, le colonel Steve Warren. Les données transmises par le capitaine ont permis d'arrêter un suspect et de saisir des engins explosifs artisanaux. L'homme projetait d'attaquer une école de Copenhague avec l'aide d'une bombe, Copenhague se trouvant à une demi-heure de Malmö et de Rosengard…Pour le récompenser, Le Danemark a décoré Bradley Grimm de la médaille de la défense danoise pour «efforts méritoires spéciaux». Le «travail de Brad a sauvé les vies de citoyens danois», a expliqué Steve Warren, sans donner de précisions sur le complot mentionné. Le Danemark est un membre actif de la coalition militaire d'environ 65 pays, menée par les Etats-Unis, qui combat le groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie. Les parlementaires du pays ont approuvé mardi par une écrasante majorité l'envoi de 400 soldats et d'avions militaires pour combattre Daech. «Les inégalités n’ont cessé de se creuser en Suède ces dix dernières années, s’inquiète Martina Nilsson, chargée des questions de migration au sein du Conseil municipal de Malmö. Comme partout en Europe, les injustices font le lit du racisme.»
Bachar, Irakien, tient une boutique de téléphonie à Rosengard. Il vit en Suède depuis dix-huit ans. «L’histoire se répète, dit-il accoudé à son comptoir. L’extrême droite monte, comme dans les années 1930, et nourrit la haine des gens comme Peter Mangs. Ça me fait peur. En attendant, l’économie se dégrade et les populations s’appauvrissent. Tous les gens qui vivent ici, pourtant, ils ont la force de construire des villes à partir de rien.»
«Chrétiens ou musulmans, tous peuvent aller au paradis. Ce n’est pas la religion qui pose problème, c’est le chômage». 

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