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Publié par Bob Woodward

Nouvelle guerre de religions en Europe ?

Le bon angle d'attaque de ce problème de compatibilité avec la société française est celui de l'anthropologie. L'islam et la chrétienté (aujourd'hui l'Occident) sont deux civilisations différentes, qui se combattent depuis 13 siècles. Ces deux mondes sont en opposition pour des raisons doctrinales, des raisons historiques et des raisons psychologiques. Les musulmans qui s'installent en Europe ne veulent pas abandonner leur identité, et on ne peut le leur reprocher. Ils ne peuvent se fondre dans notre civilisation car ce serait pour eux trahir les leurs, d'autant que le prophète Mahomet a dit qu'ils étaient "la meilleure des communautés que Dieu ait créée".
Pour ce qui est des questions doctrinales, Mahomet a dit aux chrétiens qu'ils avaient tout faux : Jésus n'était pas le fils de Dieu, il n'est pas mort sur la croix et il n'a pas ressuscité... Il a dit aux chrétiens que leur histoire de Trinité c'était de la polygamie et que l'islam lutte ardemment contre la polygamie : Dieu n'a pas d'"associés"!
En matière historique, les cavaliers d'Allah sont allés, à la mort du Prophète, conquérir l'empire romain qui était chrétien depuis 380, allant jusqu'à Poitiers. Puis il y eut les croisades pour reconquérir des terres chrétiennes et Jérusalem. Ensuite Saladin chassa les croisés des terres où ils s'étaient installés. Puis il y eut les Seldjoukides qui allèrent conquérir l'Europe orientale : ils arrivèrent jusqu’à Vienne qu'ils assiégèrent par deux fois ; les papes lancèrent contre eux des croisades, mais en vain ! Et les musulmans prirent ensuite Constantinople en 1453. Par la suite les Turcs furent repoussés et finalement l'empire ottoman fut démantelé par les occidentaux.
Il y eut en sens inverse au XIXeme siècle la colonisation par les pays européens des pays musulmans : Afrique du nord, Libye, Egypte etc. Et ces luttes furent généralement très dures. Au siècle suivant il y eut les luttes pour chasser les occidentaux des leurs colonies, luttes qui s'achevèrent par la guerre d'Algérie.
Au plan psychologie, tous ces événements ont eu des répercutions énormes : les musulmans nous reprochent les croisades, l'expulsion des Morisques d'Espagne, la colonisation au XIXeme siècle, le pillage des ressources des pays arabes, et la non reconnaissance par les occidentaux des apports a leur civilisation faits par la civilisation musulmane aux Xeme, XIeme et XIIeme siècles. Dans l'inconscient collectif des musulmans, il s'agit entre l'Occident et l'islam de luttes constantes au point que les musulmans appellent souvent encore les occidentaux du nom de "croisés".
Ajoutons que les musulmans se sentent dominés par les Occidentaux du fait que ce sont les occidentaux qui ont fait la civilisation technique actuelle : un auteur musulman Fereydoun Hoveyda nous dit dans son livre "Que veulent les Arabes ?" : "les musulmans se sentent humiliés, soumis à l'hegemonie de l'Occident, victimes d'injustices, en proie à un séculaire complot judeo-chrétien". Et Il rajoute : "les musulmans nourrissent une psychologie victimaire et revendicative". Il faut sans cesse avoir en mémoire ce ressenti des musulmans pour comprendre qu'ils ne souhaitent pas se fondre dans la société occidentale.   Les critiques de l’islam lui demandent régulièrement d’accomplir son "Vatican II" ou de parapher un serment d’allégeance à la République comme le firent le rabbinat sous la pression de Napoléon. Or, l’islam - hors de sa minorité chiite - échappe à toute autorité cléricale, ce qui complique sérieusement le dialogue et la représentation des croyants. Tout le monde ou presque peut se proclamer "imam" : ce mot désigne celui qui se place devant les autres croyants pour conduire la prière, sans compétences sacerdotales particulières. Il n’existe pas d’autorité hiérarchique verticale dans l’islam sunnite, où l’absence de clergé constitué crée un rapport d’égalité horizontale entre les croyants.
Dans ces conditions, on comprend le désarroi d’autorités politiques en quête de représentants d’une "communauté musulmane" qui n’existe pas : entre Turcs, Algériens, Maghrébins et Subsahariens, les sujets de discorde sont légion, indépendamment des riches controverses alimentant la rivalité entre les écoles juridiques et théologiques de l’islam. 
Inversement, certains musulmans Français pratiquants ont l’impression d’être perçus comme une cinquième colonne de suspects, terroristes ou voleurs de pains au chocolat en puissance. Il est vrai qu’une certaine droite, faute de s’attaquer sérieusement aux questions d’immigration, de frontières économiques et culturelles, multiplie les rodomontades sur le dos d’une clientèle électorale qui n’est pas la sienne. Ceci dit, l’aveuglement sur l’islam règne aussi à gauche, où l’on croit que les bons sentiments suffisent à constituer une politique : l’islamophile béat est tout aussi hémiplégique que l’islamophobe obsessionnel !

Nouvelle guerre de religions en Europe ?

Les préjugés sur l'Islam naissent de trois mouvements différents: le premier est incarné conjointement par des médias, du fait de certaines couvertures sensationnalistes, mais aussi par des élus politiques, qui suscitent ou accentuent, nolens volens, la crainte parmi la population, en tenant des discours maladroits ou ouvertement stigmatisants, sans nuances aucune, à l'endroit des musulmans de notre pays. L'autre mouvement est incarné par certains musulmans, généralement minoritaires certes, mais extrêmement actifs sur la toile et dans certains lieux de culte, qui diffusent une approche de l'islam à la fois rigoriste, intolérante et parfois empreinte d'accents belligènes. Enfin, le dernier mouvement est incarné par les grandes organisations communautaires françaises qui, souvent, sans en avoir conscience, provoquent la suspicion, compte tenu du peu d'entrain à dénoncer très vite et régulièrement les excroissances radicales ou les approches littéralistes de certains de leurs coreligionnaires.
Du côté occidental avant les événements du 11 septembre il n'y avait pas vraiment de préjugés défavorables à l'égard des musulmans. Avec les attentats qui se sont multipliés (Madrid, Londres etc.) la persécution des chrétiens dans les pays musulmans, et les manifestations trop voyantes de l'islam en Europe (les prières dans la rue, la viande hallal, les mosquées qui se multiplient, le refus de la mixité dans les piscines, le voile des femmes, etc.) on voit se développer une certaine islamophobie.
Du côté des musulmans le jugement que portent ceux-ci sur la civilisation occidentale sont très sévères : une civilisation sans Dieu, une marchandisation du corps de la femme, l'homosexualité acceptée, la drogue, l'alcoolisme, une civilisation de l'objet, une polygamie occulte et désordonnée, etc. "La pire des civilisation de l'histoire" avait dit Ben Laden dans un article qu'il publia dans un journal américain après le 11 septembre !
Laissons-nous réellement la place au dialogue entre musulmans et non-musulmans ? Comment se répartissent les torts entre musulmans et non-musulmans ?
Nous devrions sortir de l’universalisme républicain abstrait et repenser notre rapport à la communauté. Alors que nous subissons l’assaut d’une mondialisation économique et culturelle sauvage, le débat public ne nous laisse le choix qu’entre une IIIe République d’un autre âge et une logique de ghettos. Sans céder à l’assignation identitaire – rappelons que l’islam est une religion et non une origine ethnique – le dialogue devrait se tenir à l’échelle de la société, et non entre "représentants" choisis. L’accès à l’universel, c’est-à-dire au "local sans les murs" nécessite idéalement une certaine homogénéité culturelle.
A défaut, enrichissons le débat de nos différences culturelles qui peuvent parfois nous amener à adopter des conclusions communes. Des courants laïcs ainsi que les trois grandes religions monothéistes se rejoignent par exemple dans leur attachement conservateur à la famille nucléaire : un père, une mère, des enfants. Dans un autre registre, lorsqu’il n’était pas encore contaminé par le virus sociétal, le Parti Communiste Français jouait un rôle considérable de levier d’intégration politique des immigrés, musulmans ou non. Le contexte international était certes différent et les tensions de civilisation moins exacerbées, mais il y a sans doute d’heureux précédents à méditer.  Le dialogue a donc existé, il ne tient qu’à nous de la raviver. Pour cela, encore faut-il s’accorder sur un socle de valeurs communes, qui comporte notamment le droit au blasphème en démocratie, encore d’être accepté par tous les clercs musulmans.
L'espace du dialogue n'est certainement pas suffisant. En effet, c'est précisément le déficit de dialogue intra-musulman et avec les non-musulmans qui provoque tant de malentendus et de crispations dans la société française. Une bonne façon pour renouer le fil rompu ou mince du dialogue serait, du côté des musulmans français notamment (Union des Organisations Islamiques de France, Conseil Français du Culte Musulman, Grande Mosquée de Paris, etc.) d'ouvrir davantage leurs structures à la jeunesse née et socialisée dans notre pays, qui est plus est cultivée, et de rompre avec une lecture hyper normative de l'islam, en acceptant de débattre contradictoirement, y compris avec celles et ceux qui n'ont pas une bonne perception de leur religion.
Le dialogue entre musulmans et chrétiens est tout de même difficile. Il faudrait tout d'abord que les musulmans s'écartent du Coran pour accepter que les "chrétiens" ne soient pas des citoyens de second rang, des "shimmys". On ne peut discuter qu'entre gens qui se respectent. Par ailleurs le Coran dit  aux musulmans : "Ô croyants ne prenez point pour amis les juifs et les chrétiens" (5,51). Tout cela augure donc mal d'un dialogue fructueux entre musulmans et chrétiens.
"L’islam" est divers, de même que "les Français". Ce ne sont pas deux monolithes séparés par une frontière étanche, loin de là. En fait, je crois que tout le monde gagnerait à être un peu plus "marxiste" dans son regard sur l’Autre : en réalisant que les individus sont avant tout des citoyens inscrits dans une histoire économique et sociale particulière. Qu’ils soient immigrés ou "français de souche" convertis, les musulmans ne doivent pas être jugés en fonction de tel ou tel verset coranique mais suivant leur comportement en société. Gare aux généralisations abusives : ce conseil vaut aussi pour les zélateurs de la France multiculturelle qui fustigent le scepticisme des Français devant l’islam : le sondage que vous citiez est avant tout un cri de détresse qui mérite d’être entendu et décrypté.
Le spectre de la guerre de religions est un piège dans lequel il ne faut pas tomber. Nombre de débats récents, qui méritaient pourtant d’avoir lieu, dérivent en affrontement stérile entre "antiracistes" moraux et mal-pensants revendiqués, au mépris de la complexité. Si réconciliation il doit y avoir, c’est qu’une fâcherie s’est produite. Or, les Français, athés, musulmans, chrétiens, comme juifs, éprouvent un sentiment de dépossession auquel les débats institutionnalisés ne changent rien.
La religion de la croissance perpétuelle, le partage de la richesse entre capital et travail, la gestion de la pression migratoire sont autant de sujets incontournables qu’occultent les duels entre "islamophobes" et "islamophiles" aux revendications parfois également légitimes. Dans "Incitation à l’autodéfense", Michel Bounan nous avertissait : "à chaque souffrance particulière correspond une centrale contestataire (…) Malgré leurs protestations contradictoires, ces centrales contestataires présentent pourtant un caractère commun remarquable. Aucune d’elle ne rattache jamais les souffrances qu’elle dénonce à la racine marchande de l’organisation sociale qui les produit". Gare en effet à ne pas passer à côté de l’essentiel !
Pour qu'il y ait réconciliation il faut que les musulmans européens adoptent un islam reformé, en s'écartant du Coran. C'est parce que les musulmans indonésiens ont adopté un "islam reformé" qu'ils ont pu basculer dans un régime démocratique. Beaucoup de musulmans en Europe sont en fait sur un islam reformé, mais celui-ci doit être précisé dans sa forme. Etant minoritaires en Europe, les musulmans selon le droit musulman ont parfaitement le droit de ne pas respecter toutes les préconisations du Coran : cela pour ne pas créer de phénomène de rejet de la part des autochtones. Malheureusement, ils ne le font pas et ils ne savent même pas d'ailleurs qu'ils pourraient le faire. Le CFCM (Conseil français du culte Musulman) aurait du se donner pour tâche unique de faire émerger un "islam de France" ; c’était le vœu de Nicolas Sarkozy. Au lieu de s'adonner à cette tâche le CFCM n'a fait qu'imposer un islam tel qu'on le lit dans le Coran et c'est fort regrettable. Même un leader comme Tariq Ramadan leur dit qu'il ne faut pas faire une lecture littérale du Coran !
Le 16 mars dernier, se tenait un dîner d'étudiants comme tant d'autres à la London School Economics. À un petit détail près: filles et garçons étaient placés à des tables séparées, chaque groupe étant, en outre, isolé du regard de l'autre par un panneau géant. Deux numéros de téléphone distincts avaient même été mis en place pour réserver les billets d'entrée. Au Royaume-Uni, la ségrégation sexuelle initiée dans le cadre de rassemblements musulmans n'est pas exceptionnelle. Le rapport de l'association Student Rights s'alarmait déjà en 2013 de l'expansion du phénomène: pas moins de 180 interventions de prêcheurs radicaux avaient été recensées, sur un an, dans des établissements aussi prestigieux que Cardiff ou l'UCL et, pour plus d'un quart d'entre elles, hommes et femmes étaient priés de ne pas se mélanger. Parfois, ces dernières étaient reléguées au fond de la salle, comme lors d'un séminaire à Leicester University. Loin de condamner ces pratiques, le règlement des UK Universities avait même, dans un premier temps, accordé sa bénédiction, en suggérant de s'accommoder aux exigences de certains conférenciers pour raisons religieuses… avant d'opérer une piteuse volte-face au vu du tollé médiatique et d'une pétition engrangeant 8000 signatures en quelques jours. «Dans leurs efforts pour favoriser l'intégration, les UUK encouragent le sexisme et avalisent la discrimination», se désolait alors la féministe iranienne Maryam Namazie, en guerre contre «l'apartheid sexuel».
En août 2015, le membre du Parti travailliste Jeremy Corbyn avait préconisé de réserver des voitures du métro londonien aux femmes - une proposition déjà évoquée par la ministre des Transports Claire Perry l'année précédente. Aujourd'hui, c'est une compagnie allemande, Die Mitteldeutsche Regiobahn, qui annonce que des wagons de ses trains seront désormais dédiés aux femmes. Mais rien à voir avec les événements de Cologne, s'empresse-t-elle de préciser. Rien à voir. Il n'empêche que la démarche procède de la même logique. Se cacher de la concupiscence masculine, se dérober à la prédation, plaider coupable d'être objet de tentation, se retrouver cloisonnée dans son statut de femme. Cette même Allemagne où, le mois dernier, trois facs ont fermé leurs salles de prière, parce qu'elles étaient sous la coupe de musulmans radicaux qui imposaient la ségrégation sexuelle, voit ses chemins de fer emprunter de tortueuses dérives.

Nouvelle guerre de religions en Europe ?

La direction d'Air France a fait savoir à ses hôtesses qu'elles devraient obligatoirement porter un pantalon durant le vol, ainsi qu'une veste ample et un foulard islamique dès la sortie de l'avion, sur la future ligne Paris-Téhéran remise en service le 17 avril prochain. Fureur du personnel navigant et des syndicats, qui ont dû batailler plusieurs semaines pour «établir la possibilité d'un principe de volontariat au nom du respect des libertés individuelles». Ils ont finalement obtenu gain de cause auprès du DRH: un «dispositif d'exception» permettra aux récalcitrantes d'être réaffectées vers d'autres destinations.
Sur la terre ferme, les grandes enseignes de prêt-à-porter s'engouffrent dans l'interstice de la «mode pudique». Chasteté de l'épithète drapé d'opportunisme mercantile. Exit la haute couture de Coco Chanel ou d'Yves Saint Laurent qui émancipa les femmes, place aux burkini, abaya, hijab et autres geôles synthétiques qui les engoncent dans la soumission. Une fois n'est pas coutume, la seule féministe qui fait entendre sa voix pour appeler au boycott de ces marques est Elisabeth Badinter. Une exaspération partagée par Agnès B, Pierre Bergé et la ministre du Droit des femmes Laurence Rossignol, qui a commis l'imprudence d'esquisser un périlleux parallèle entre les voilées consentantes et les «nègres américains qui étaient pour l'esclavage». Il n'en fallait pas plus pour porter à ébullition médias et réseau sociaux, trouvant là le prétexte providentiel d'occulter le débat sur les tenues islamiques et d'éreinter, au nom de l'antiracisme, l'intrépidité intellectuelle de la ministre. Car il ne fait pas bon être de gauche et dénoncer les maux inhérents à l'islamisation du pays. Auteur du rapport «Génération radicale» promptement enseveli dans les méandres de la couardise hollandienne, Malek Boutih souffre de deux tares très mal perçues dans son propre camp: le franc-parler et le bon sens. Morceaux choisis de ses propos au Grand Journal au lendemain des attentats de Paris: «Pas faire des réunions, pas faire des commissions, pas faire de la paperasse, mais passer à l'action.» Résultat, des semaines de débats stériles qu'on savait perdus d'avance sur la déchéance de nationalité. «Si on s'occupait des femmes, si on les libérait, si on enlevait ce voile islamique, si on leur permettait l'égalité!» C'est mal barré (voir plus haut). «On doit mettre la méritocratie au cœur du fonctionnement: on ne donne pas des allocations, du pognon, des vacances à n'importe quel voyou» Oui mais voilà, l'angélisme a la vie dure. «Depuis que je m'exprime sur les banlieues, je vois que je gêne un certain nombre de petits intérêts de quotidien. Y'en a qui sont très contents d'avoir un ghetto d'électeurs pour eux.» Et là, le député de l'Essonne met le doigt où ça fait mal: la complaisance clientéliste d'élus de tous bords prêts à livrer aux émissaires de l'ombre les territoires d'une République morcelée, capables de monnayer la construction d'une mosquée contre le gavage des urnes, préférant se conforter dans le mirage qu'en lâchant un peu de lest, ils récolteront la paix sociale. Or, à l'inverse, ils se retrouvent piégés dans la politique du toujours plus. Plus de concessions au communautarisme, au fondamentalisme religieux.
Pour avoir osé dire que «ce n'était pas un hasard que Coulibaly ait grandi à Grigny», Malek Boutih s'est vu traîner en justice par le maire pétri d'indignation. Comme si la tristement célèbre cité de la Grande-Borne n'était pas un racailleland hors concours depuis vingt-cinq ans, une souricière de la délinquance qui n'a pas attendu 2005 pour faire flamber des bagnoles. Mais il ne faut pas le dire. De même, ne divulguons pas qu'une «centaine de quartiers en France présentent des similitudes potentielles avec ce qui s'est passé à Molenbeek», comme l'a avoué Patrick Kanner, ministre de la Ville, que ces déclarations sulfureuses ont extirpé avec fracas de l'anonymat médiatique dans lequel il végétait jusqu'alors. Là encore, pourquoi une telle bronca des élus et des médias de gauche? Où réside la finalité d'un tel aveuglement face à la menace salafiste? Dans quel labyrinthe idéologique s'égare ce travestissement du réel, qui nie depuis des années la banalisation des vêtements islamiques, des discours anti-France, des départs pour le djihad, des zones de non-droit, qui nous a anesthésiés avec des fables de «loups solitaires», de «déséquilibrés» alors que des cellules terroristes très organisées se développaient dans les banlieues «populaires»? La réponse se résume peut-être à quelques chiffres.
L'économie musulmane, en plein essor, draine 1,8 milliard de consommateurs. Ils seront 2,4 milliards en 2030, à raison d'une démographie se situant entre 2,5 et 3% par an. Le marché du halal représente entre 5,5 et 7 milliards d'euros en France (premier consommateur d'Europe, avec une progression de 17% dans les grandes surfaces), 700 milliards de dollars dans le monde (2000 milliards de dollars en 2025) ; le marché de la mode musulmane devrait, lui, atteindre 500 milliards de dollars d'ici à 2019. L'Europe devra-t-elle sacrifier ses valeurs, sa culture sur l'autel des intérêts pécuniaires et géopolitiques? Accepter l'émergence de lieux de culte financés par des Saoudiens comme à Nice, malgré l'opposition du maire Christian Estrosi? Tolérer la ségrégation sexuelle, les corps dissimulés comme une maladie honteuse, l'annexion de quartiers entiers par les fondamentalistes? A-t-elle déjà renoncé? «Je vis comme je peux, dans un pays malheureux riche de son peuple et de sa jeunesse, provisoirement pauvre dans ses élites, lancé à la recherche d'un ordre et d'une renaissance à laquelle je crois. Sans liberté vraie, et sans un certain honneur, je ne puis vivre», disait Albert Camus.

Nouvelle guerre de religions en Europe ?

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