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Publié par Bob Woodward

Les frères Clain de retour en France ?

On le croyait en Syrie, en train de se battre aux côtés des djihadistes de l'État islamique. Depuis Raqqa, sa voix sinistre avait revendiqué les attentats du 13 novembre 2015. On apprend aujourd'hui que Fabien Clain avait fait un séjour en France entre le 21 janvier et le 7 février 2015, juste après les attaques de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher. En effet, le JDD révèle ce dimanche que ce dernier a fait des allers-retours Raqqa-Toulouse, où il aurait acheté du matériel, au moment même où la France cherchait à démêler l'écheveau des terroristes.
Selon le JDD, il aurait acheté de quoi équiper un véritable studio, qui aurait pu servir par la suite à faire ses enregistrements pour l'État islamique: «du matériel d'enregistrement de très haute qualité, un appareil permettant de transformer les voix, une carte son, des enceintes studio et un micro de grande qualité.». Un des employés de Music Action à Toulouse, le commerce où il s'est rendu, a formellement reconnu le djihadiste sur une photographie. Révélateur, ce dernier avait demandé que le matériel soit «transportable». Le tout pour une valeur de 3557 euros. Il a réglé une partie en liquide (500 euros) et le reste…. grâce à un crédit à la consommation Sofinco remboursable en dix fois sans frais.
En novembre dernier déjà, Le Parisien assurait que l'homme avait été vu à Alençon, la ville de son enfance.
Comment cet homme, extrêmement dangereux et repéré par les services secrets, a pu revenir impunément en France, juste après les attentats de janvier depuis la Syrie où il s'était rendu en 2014?
En effet, Fabien Clain est bien connu des services de renseignements français. Ce Toulousain de 38 ans, né à La Réunion et converti à l'islam en 2001, est à la croisée de bien des chemins. Lui et son frère aîné Jean-Michel apparaissent dans les rapports de surveillance de la police des renseignements toulousains depuis 2001. En effet, déjà à cette époque, Fabien Clain ne passe pas inaperçu dans le quartier du Mirail. Très actif, il est à la tête d'un groupe salafiste composé de jeunes qu'il a converti. C'est également à cette époque que celui qui se fait appeler «Omar» devient le mentor de Mohamed Merah et de son frère, Abdelkader, par le biais de la filière «d'Artigat» dont il va devenir la «tête pensante». Les deux hommes se côtoient dans des appartements du quartier toulousain, où Fabien Clain a créé une salle de prière. Clain est condamné à 5 ans de prison en 2009 pour son implication dans la filière de recrutement d'Artigat. Filière dirigée par l'émir blanc Olivier Corel, qu'avait fréquenté également Amedy Coulibaly. Fabien Clain était sorti de prison en 2012, avant de rejoindre deux ans plus tard les rangs de l'État islamique avec son frère Jean-Michel, sa femme et ses trois enfants. Et le demi-frère de Mohamed Merah, Sabri Essid, devenu un des bourreaux de Daech.
Son nom apparaît aussi dans le projet d'attentat avorté sur l'église de Villejuif. C'est lui qui aurait activé, depuis la Syrie, le jeune Algérien de 24 ans, Sid Ahmed Ghlam, en avril 2015. Pire: en 2009, son nom apparaissait déjà dans le dossier de l'attentat du Caire, où une jeune française, Cécile Vannier, avait perdu la vie. Clain était en contact avec Farouk Ben Abbes, à l'origine de l'attentat. 
Fabien Clain, l'homme qui a revendiqué les attentats du vendredi 13 novembre au nom de Daech, est un vétéran du djihad. Dans les années 2000, il était déjà le cerveau d'une filière chargée d'acheminer des combattants en Irak. Son nom : "la filière d'Artigat", du nom de ce petit village de l’Ariège où se sont retrouvés toute une galaxie de jeunes radicalisés. Et où Mohamed Merah, lui aussi, s'initia à la religion. Olivier Corel, l'éminence religieuse d'Artigat, n'a jamais été emprisonné, n'ayant jamais explicitement appelé au djihad. Ce n'est pas le cas de Fabien Clain. D'ailleurs, pour les enquêteurs, le groupe des djihadistes toulousains, la filière d'Artigat, a longtemps été désigné comme "Groupe Clain".
Fabien Clain est à l'intersection de tout. L'affaire Merah, d'abord. Le tueur au scooter a été embrigadé religieusement par son grand-frère Abdelkader. Mais aussi et surtout par Sabri Essid (qui deviendra leur demi-frère, son père ayant épousé en secondes noces la mère des Merah). Mais qui a été le guide en religion de Sabri Essid ? Fabien Clain, un converti de sept ans son aîné, d'origine réunionnaise, qui se fait appeler Omar. En 2008, Sabri Essid expliquait ainsi aux policiers : "J'ai rencontré Omar quand j'avais 16 ans. Il a eu une grande influence religieuse sur moi."
Fabien Clain est aussi l'un des pivots entre les groupuscules radicaux belges et le groupe toulousain qu’il cornaque. Il y a habité, a rencontré les gens qui comptent, utilisé cette base arrière pour acheminer de jeunes Toulousains en Irak (l'un d'eux y trouvera d'ailleurs la mort dans une opération kamikaze).
Le "groupe Clain" a été démantelé par les enquêteurs en 2007 et son leader mis en garde à vue en 2008. Lors de son procès, en 2009, il écope d'une peine de prison de cinq ans, comme son ami Sabri Essid. En prison, il continue à correspondre avec Mohamed Merah. Sabri Essid et Fabien Clain sortent de prison en 2012 et se font discrets. Le premier retourne à Toulouse, le second choisit d'abord Alençon, la ville où il a passé son enfance, avant de venir lui aussi s'établir à Toulouse.
Au printemps 2014, alors que Daech incite ses combattants à venir rejoindre le pays de Cham en famille, tout un groupe part en Syrie avec femmes et enfants. Clain part avec sa femme et ses trois enfants. Sabri Essid avec ses quatre enfants : c'est lui qu'on verra dans une vidéo de propagande glaçante de l'EI, au printemps 2015, aux côtés de son fils Ryan, âgé de 9 ans, qui exécute à bout portant un otage.
Sur le site "Copains d'avant", le terroriste a encore sa fiche : "Fabien Clain, Toulouse, Egypte, toujours là…. alhamdoullillah". Il invite même à aller consulter sa page Myspace au nom de "rappeleur", où l'on peut entendre des chants religieux. "J'ai déjà écrit des poèmes en français et en créole", disait-il aux policiers.
Mon frère Jean-Michel et moi chantons ensemble, nous avons comme projet de former un groupe qui s'appellerait 'rappeleur', des chants de rappel à l'islam, des nasheed. J'ai été rappeur avant d'être poète. Puis après conversion à l'islam j'ai tout arrêté."
Fabien Clain vient d'une famille de quatre enfants. Son père ayant quitté le foyer quand il avait trois ans, sa mère élève ses enfants seule. Deux filles, deux garçons. Fabien Clain galère. Il ne termine pas son BEP métallurgie, s'inscrit à l'Afpa en plomberie. Il enchaîne les missions d'intérim. En 1998, il se met en couple avec Mylène F., une ancienne camarade d'école. Tous deux s'intéressent à la religion. "A cette époque, nous avons lu la bible, et nous nous sommes rendus compte que cela ne correspondait pas à la pratique des chrétiens", expliquait sa femme aux policiers.

Les frères Clain de retour en France ?

Ils rencontrent Mohamed A., qui deviendra le mari de la sœur de Clain et les initie à l'islam. "Cela a été une évidence que cette religion était la bonne". Chez les Clain, la religion se vit en famille. Jean-Michel Clain, le frère de Fabien, se convertit aussi. Sa femme Dorothée M. également. Tout ce petit monde décide de partir s'installer à Toulouse en 2001. "C'était plus facile de pratiquer notre religion dans une grande ville".
C'est là que les frères Clain, et surtout Fabien/Omar, commencent à endoctriner à tour de bras. Avec leurs femmes, voilées intégralement, le Clain ne passent pas inaperçus : au Mirail, on les surnomme "le clan des Belphégor". La mosquée Bellefontaine est juste en bas de l'appartement de Fabien Clain et son épouse. Sur le trottoir, les deux frères font du prosélytisme, trouvant l'imam trop soft.
C'est Fabien Clain le plus beau parleur. Un habitué de la mosquée se rappelle :
Il disait aux fidèles que Dieu avait créé 73 groupes de musulmans et que 72 d'entre eux iraient en enfer, pensant qu'ils seraient dans le groupe des rescapés."
Alain C., qui l'a fréquenté, dira de lui : "Un homme très instruit, possédant un véritable talent pour convertir les gens, très persuasif car parlant très bien. Il est capable de radicaliser quelqu'un, car il est dangereux et très manipulateur."
Clain s'intéresse déjà beaucoup à ce qui se passe en Belgique où les prédicateurs radicaux donnent des cours. Il démarre un petit business. Il achète là-bas des cassettes, livres, éditées par un centre islamiste belge, et les revend sur les marchés à Toulouse, aux côtés de Sabri Essid, devenu son grand ami. Sabri Essid habite même un moment chez les Clain, après le divorce de ses parents : "C'est à partir de là qu'il m'a demandé de me voiler, qu'il parlait de paradis, de djihad", dira sa mère aux policiers.
En 2003, Fabien Clain et sa femme décident d'aller vivre à Bruxelles, parce qu'il y a "des centres permettant d'apprendre la religion". De fait, si Fabien Clain apprend la religion, il se prépare aussi déjà au djihad. Il participe à des camps d'entraînement dans les Ardennes, avec "barbecue, kayak", mais aussi course à pied et endurance. Mais c'est difficile de vivre et gagner sa vie à Bruxelles : son petit business sur les marchés périclite à cause "des autorisations".
Fabien Clain et Mylène retournent en France. Un mois chez la mère de Fabien Clain, puis à nouveau dans le sud. En octobre 2004, ils décident carrément d'aller habiter à Artigat, chez Olivier Corel, alias "l'émir blanc", pour officiellement "garder le même rythme d'étude et apprendre l'arabe". En fait, Fabien Clain continue à recruter pour le djihad en Irak. Il organise même des séances de self-défense et de jogging dans le parc de la Reynerie, à Toulouse. Il a trouvé un coach qui leur apprend des techniques de karaté. L'entraînement tourne court au bout de quelques sessions : ils se rendent compte qu'ils sont surveillés par la police.
Dès 2006, les premiers départs vers l'Irak s'égrènent. Fabien Clain part lui, mais en famille et en Egypte, confirmant les dire d'Alain C. aux policiers :
Il n'est pas assez courageux pour rejoindre les terres du djihad, mais plutôt du genre à organiser le départ de djihadistes."
En décembre 2006, Sabri Essid la tête brûlée, est arrêté par les autorités syriennes, au sein d'une cellule Al-Qaida, et extradé en France. Toute une partie du groupe Clain est arrêtée courant 2007. Fabien Clain, sa femme Mylène et son frère Jean-Michel sont, eux, arrêtés le 20 février 2008. En 2009, lors du procès, les Clain, comme Sabri Essid, écopent d'une peine de prison de cinq ans. Détenu à Fleury-Mérogis, écrou n°374580, Clain pense toujours au djihad. En prison, il écrit à Mohamed Merah. Il est libéré en 2012.
A Alençon, il assure "vouloir vivre en tranquillité". Il donne des cours d'arabe. A domicilié son entreprise chez lui, dans une petite zone pavillonnaire, une société qui vend des livres et des "produits diététiques naturels". Notée 4 étoiles sur 5, avec ce commentaire : "Y a-t-il d'autres produits diététiques, naturels sur Alençon d'aussi bonne qualité ?"
Au printemps 2014, comme la famille de Souad Merah, celle de Sabri Essid, et d'autres ex-membres du groupe "Clain" tous devenus pères de famille, Fabien Clain disparaît. Il est parti en Syrie. Rejoindre Daech. Fabien Clain, alias Omar, semble être devenu un des cadres de l'organisation terroriste. Le cerveau de nombre d'attentats projetés. Comme ce projet avorté, en août, que devait réaliser Reda H., qui assure qu'un "Omar" lui avait commandité cet attentat. L'attentat manqué de Villejuif, où revient avec insistance le nom de Fabien Clain. Selon le Monde, on retrouve également le nom de Clain, dans un projet d’attentat avorté au Bataclan, en 2009, fomenté par une cellule Al Qaida.
Connu pour avoir revendiqué depuis la Syrie les attentats parisiens du 13 Novembre, Fabien Clain, 38 ans, alias Omar, se trouvait encore à Toulouse en janvier 2015. Il y achetait tranquillement du matériel audio haut de gamme dans une enseigne spécialisée. La police l’apprendra dix mois plus tard grâce… à un appel au numéro vert Stop Djihadisme, la plateforme de signalement contre la radicalisation mise en place par le ministère de l’Intérieur.
Auditionné par la police toulousaine, le personnel du magasin se souvient d’un «client pas bavard mais correct qui voulait s’assurer que le matériel était transportable». «En djellaba» et accompagnée d’une femme présentée comme sa mère, Fabien Clain prend même le temps de venir trois fois de suite, le 21 janvier, le 30 janvier et le 4 février 2015. Tranquille, malgré son interdiction de séjour à Toulouse lié à sa condamnation dans une entreprise terroriste en 2009. Selon nos informations, Fabien Clain est parti pour la Syrie le 9 mars 2015 et n’a pas effectué d’aller-retour entre ce pays et la France au cours du premier trimestre 2015, comme l’affirmait dimanche le JDD. Censé être assigné à résidence en Normandie il donne une adresse au Mirail au moment de signer la facture de 3 557 euros payés pour partie en espèces et par un crédit au nom de sa mère. Au vendeur qui lui pose la question, Fabien Clain répond qu’il veut faire «des enregistrements de chants religieux». Et précise que l’une de ses sœurs ou une cousine viendra réceptionner le matériel, qu’il finira par embarquer lui-même, hormis un micro effectivement récupéré par une personne s’étant présentée comme sa sœur en février 2015.
Depuis toujours, Fabien et son frère Jean-Michel, alias Abelwahid, fonctionnent en famille. Né dans une famille catholique pratiquante de l’île de la Réunion, Fabien convertira toute sa famille à l’islam. A leur arrivée à Toulouse en 1998, la sœur de Fabien et Jean-Michel épouse Mohamed M., un habitant du quartier connu pour ses convictions salafistes. Décrit comme affable, instruit, traduisant le Coran, Fabien Clain prend une position de leader notamment auprès des jeunes fidèles de la mosquée de Bellefontaine, dans le quartier toulousain du Mirail. Autour de lui s’agrège un groupe d’une vingtaine de jeunes des cités et de convertis. Lui et son frère lancent leur petite entreprise islamiste : vente de livres et de produits religieux sur les marchés.
Dès 2003, ils vont en Belgique pour acheter de la littérature et prendre contact avec la mouvance islamiste. Aidé par Olivier Corel, un membre des Frères musulmans originaire de Syrie et réfugié à Artigat (Ariège), il supervise les départs de ses meilleurs élèves en Egypte de 2006 à 2009. Jugé en 2009 dans une «filière» d’envoi de combattants en Irak, Fabien Clain écope de cinq ans de prison. A sa sortie, fiché S par la DGSI et assigné à résidence, il continue cependant à prêcher. Un certain nombre de ses «élèves», parmi lesquels Walid et son frère Sabri Essid, appartenant au cercle de Mohamed Merah, tous deux probablement morts dans la zone irako-syrienne d’après nos informations, l’avaient précédé dans les rangs de l’organisation Etat islamique (EI) avec son frère Jean-Michel fin novembre 2014. Réapparus dans la revendication des attentats parisiens un an plus tard, Fabien et Jean-Michel sont certainement parmi les objectifs prioritaires de la coalition. Le dernier enregistrement de Fabien Clain remonte au 21 janvier 2016 lorsqu’il lisait un bulletin audio en français de l’EI.

Les frères Clain de retour en France ?

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