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Publié par Bob Woodward

Guerre froide au Sahara

Le Sahara Occidental, territoire de l'ancienne colonie espagnole, annexé (à 80 %) par le Maroc en 1975, est revendiqué depuis par le Front Polisario soutenu par l'Algérie. Depuis la signature d'un cessez-le-feu en 1991, les négociations piétinent. Rabat propose un plan d'autonomie rejeté par le Front Polisario qui exige un référendum d'autodétermination avec le soutien d'Alger. « Si rien n'avance, c'est que le statu quo semble préférable au risque d'un échec pour chacune des parties », souligne Luis Martinez, directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales.
Côté marocain, la défense de l'« intégrité territoriale » a été érigée en cause nationale directement portée par la monarchie. Depuis longtemps, les autorités ont favorisé les investissements et l'installation de Marocains du nord dans la région. La question sahraouie figure en bonne place dans les priorités de la politique étrangère du royaume : alors que le pays a quitté l'Union africaine en 1984 après qu'elle eut reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD), il développe une ambitieuse politique africaine pour rompre son isolement diplomatique et géographique (la frontière algéro-marocaine est fermée depuis 1994). La fermeté est aussi de mise à Alger. Le pays souffre moins du blocage que son voisin. Il permet en revanche de freiner les ambitions régionales de son rival. Surtout, en soutenant le Front Polisario, l'Algérie se pose en défenseur du droit à l'autodétermination à l'échelle du continent.
Les Occidentaux sont peu enclins à troubler ce statu quo : le Maroc et l'Algérie sont deux partenaires clés dans la lutte contre le terrorisme. En outre, Rabat s'est depuis longtemps assuré de solides soutiens, au premier rang desquels Paris. En 2013, un projet de résolution préparé par les Etats-Unis proposait d'élargir le mandat de la Minurso à la situation des droits de l'homme. Le Maroc avait obtenu son abandon. Il n'en a plus été question depuis.
Régulièrement, des voix s'élèvent pour dénoncer les conséquences de ce blocage. Le conflit a empêché toute concrétisation de l'Union du Maghreb arabe lancée en 1989. Il entrave également la coopération sécuritaire régionale. « Il est temps de tenir compte des nouvelles dynamiques régionales : de l'émergence des sociétés civiles aux questions sécuritaires »,souligne Khadija Mohsen-Finan, enseignante à l'université Paris-I et coordinatrice d'un dossier sur les quarante ans du conflit pour le site Internet Orient XXI.
Depuis plusieurs années, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon sonne l'alarme. « La frustration croissante parmi les Sahraouis et l'expansion des réseaux criminels et extrémistes dans la région Sahel-Sahara présentent des risques accrus pour la stabilité et la sécurité de la région », a-t-il répété début avril.
Escalade de la tension entre le Maroc et le Sahara Occidental. Le Front Polisario se prépare en effet à une guerre contre le Maroc. La menace vient des responsables sahraouis qui disent se préparer à toutes les éventualités, y compris à un conflit armé.
Dans une déclaration faite à l’APS, ce mardi 26 avril 2016, le chef de la 2ème région militaire du Sahara Occidental, Mahfoud Zein, a indiqué que « l’Armée de libération populaire sahraouie (ALPS), qui a effectué, samedi dernier, des manœuvres dans la région d’Aghouinit (territoires libérés) est prête à affronter l’occupation marocaine à tout moment », ajoutant que « l’ALPS dispose de suffisamment d’armes pour affronter l’ennemi marocain dans tous les cas ». Un message qui en dit long sur la décision ferme prise par le Polisario.
Le mois dernier, les autorités marocaines avaient pris la décision de réduire la composante politique et civile de la MINURSO, la mission des Nations-Unis pour le Sahara Occidental, de manière unilatérale. Ce jeudi 28 avril 2016, le Conseil de sécurité de l’ONU s'est réuni pour décider de la prolongation ou non du mandat de la MINURSO qui prendra fin le 30 avril.
Le gros souci est que cette prolongation est rejetée par le Maroc. Se préparant à l’éventualité d’un recul des Nations-Unis, par le biais de son conseil de sécurité, sur cette question, les responsables sahraouis se préparent à toutes les éventualités, y compris à la reprise des armes. D’où, sans aucun doute, les mises en garde de reprendre les armes faites par le Polisario. Une franche colère. Encore une. Le déplacement du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon en zone contestée lors d’une tournée de travail sur le Sahara occidental et l’emploi du terme « occupation » lors de sa conférence de presse provoquent l’ire du gouvernement marocain. Dans un communiqué véhément, Rabat dénonce « les dérapages verbaux, les faits accomplis et les gestes de complaisance injustifiés » du diplomate sud-coréen.
Pour sa première visite dans la région, où une mission de maintien de la paix, la Minurso, est déployée depuis 1991, le secrétaire général de l’ONU ne s’est pas contenté de se rendre dans les camps de réfugiés près de Tindouf (sud-ouest de l’Algérie). Ban Ki-Moon a aussi fait le déplacement en zone contestée, à Bir Lahlou, où sont postés des observateurs militaires de la Minurso, à l’est du mur de défense érigé par l’armée marocaine.
Le 5 mars, dans ce « territoire libéré », selon la terminologie indépendantiste, Ban Ki-moon a été accueilli par le représentant du Front Polisario à l’ONU, Ahmed Boukhari, sous une tente placée sous l’emblème sahraoui. « Ce déplacement n’a été annoncé que quarante-huit heures à l’avance, sans nous avoir consultés, observe Omar Hilale, ambassadeur du royaume aux Nations unies. Nous avons alerté son cabinet sur les risques de manipulation liés à cette visite. Il a ignoré notre mise en garde et fait preuve d’une complaisance inadmissible vis-à-vis de la propagande du Polisario. »
Rabat aurait pu n’y voir qu’une concession à l’hospitalité sahraouie, mais Ban Ki-moon a donné au royaume un deuxième motif de s’indigner. Ses propos lors d’une conférence de presse avec le ministre algérien des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, à Alger, sont qualifiés d’« insulte au gouvernement et au peuple marocains » par le royaume.
Le secrétaire général a indiqué à propos des camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf : « J’ai été très attristé de voir autant de réfugiés et, particulièrement, les jeunes qui y sont nés. Les enfants qui sont nés au début de cette occupation ont désormais 40 ou 41 ans. Soit quarante années d’une vie très difficile. Je voulais vraiment leur apporter l’espoir que ce n’est pas la fin du monde pour eux (sic). » Pour Rabat, l’usage du terme « occupation » est une « rupture de neutralité ».
A New York, le porte-parolat de Ban Ki-moon écarte tout rétropédalage : « Le statut du territoire du Sahara occidental reste à définir, c’est un territoire non autonome. (…) Le secrétaire général […] a évoqué l’“occupation” en référence à l’incapacité des réfugiés sahraouis à retourner chez eux dans des conditions satisfaisantes de gouvernance qui leur permettrait d’exprimer librement leurs demandes. »
Première conséquence de cette passe d’armes, la future visite de Ban Ki-moon à Rabat et à Laâyoune paraît désormais largement compromise. Le secrétaire général voulait initialement inclure à sa tournée régionale une partie marocaine et une visite au siège de la Minurso à Laâyoune.  Le porte-parole du secrétaire général avait annoncé fin février le report de ce déplacement. « Sa Majesté a pris l’initiative d’inviter Ban Ki-moon à se rendre à Rabat et à Laâyoune, dès avril 2014. La visite a été plusieurs fois reportée par Ban Ki-moon. Il a un agenda chargé. Sa Majesté aussi », commente un haut diplomate marocain.
Ce bras de fer peut paraître futile au regard des enjeux humains et politiques, mais il reflète une déception croissante du Maroc vis-à-vis du processus onusien de règlement du conflit, en regard de ses propres « efforts ». Mohammed VI a promis une série de projets de développement des « provinces du Sud » afin d’ancrer le territoire contesté dans la stratégie africaine du Maroc : une voie express régionale traversant le Sahara, de Tiznit à Dakhla, un aéroport à vocation africaine, un grand port atlantique à Dakhla. Et ce, alors que s’intensifie une campagne de la société civile européenne dénonçant l’exploitation des ressources naturelles au Sahara occidental, avançant qu’elles ne profitent pas aux populations locales. Rabat objecte un Indice de développement humain supérieur à la moyenne nationale dans les régions sahariennes, lesquelles sont, en proportion, les premières bénéficiaires de transferts de l’Etat.
Depuis quelques mois, la diplomatie marocaine est repassée en mode offensif sur le dossier du Sahara, le seul qui compte vraiment pour Rabat. L’ouverture d’un magasin d’ameublement Ikea a été bloquée, en septembre 2015, pour mettre la pression sur le gouvernement social-démocrate suédois au moment où celui-ci envisageait de reconnaître la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Le pays a aussi fermement réagi à une décision de justice annulant un accord agricole avec l’Union européenne, parce qu’il s’étendait – sans condition – au Sahara occidental. Après que le Maroc a annoncé la suspension de « tous contacts avec les institutions de l’UE », la haute représentante pour la politique extérieure de l’Union européenne, Federica Mogherini s’est rendue à Rabat, le 5 mars, pour assurer à son homologue marocain qu’elle rejetait l’analyse de la Cour de justice de l’Union européenne. La Commission a fait appel du jugement. Par ailleurs, Mohammed VI a rappelé, en novembre 2015, que la proposition marocaine d’une autonomie élargie pour le Sahara occidental « est le maximum que le Maroc peut offrir ». Le souverain en a profité pour égratigner « certains cercles au sein d’organisations internationales, qui ignorent l’histoire du Maroc, et qui cherchent à présenter des conceptions éloignées de la réalité car concoctées dans des bureaux feutrés ». Il est tentant d’y lire une attaque contre l’envoyé personnel de Ban Ki-moon, Christopher Ross. En 2012, ce dernier avait déjà été publiquement désavoué par le royaume, qui entretient depuis des relations froides avec lui. Mais Ban Ki-moon l’a maintenu à son poste, tout comme il a soutenu la Canadienne Kim Bolduc, la patronne de la Minurso nommée en 2014, qui avait dû attendre de longs mois le feu vert marocain avant de prendre ses fonctions à Laâyoune.
« Au-delà de la bouderie marocaine, qui est coutumière et témoigne d’un refus d’une inflexion de l’approche onusienne, c’est du côté d’Alger que les changements sont les plus profonds », estime pour sa part Khadija Mohsen-Finan, chercheuse associée à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques). Pour cette spécialiste du Sahara occidental, « la dynamique actuelle au sein du pouvoir algérien se répercute sur le Front Polisario. L’éviction de Toufik du département du renseignement et de la sécurité (DRS), qui a été rattaché à la présidence et rebaptisé département de surveillance et de sécurité (DSS), rebat les cartes. » En septembre 2015, le général Noureddine Mekri, dit « Mahfoud », ancien officier du DRS spécialiste du Polisario, était évincé de la direction des relations extérieures et de la coopération du ministère de la défense nationale. Le statu quo actuel, qui sert une politique de fait accompli côté marocain, est ainsi paradoxalement servi par l’Algérie, principal soutien du Front Polisario. La rivalité entre les deux pays du Maghreb s’étend désormais au Sahel, qui s’impose durablement comme une préoccupation sécuritaire majeure pour la France, laquelle a rappelé le 9 février, par la voix du porte-parole du ministère des affaires étrangères, que « le plan d’autonomie présenté par le Maroc en 2007 constitue une base sérieuse et crédible pour une solution négociée ». Encouragé dans son intransigeance par les développements récents, le Maroc maintient sa stratégie. « Le Sahara est notre cause nationale et nous avons fait le choix de la diplomatie. Mais certains ont tendance à interpréter notre ouverture comme une faiblesse, commente un responsable marocain. Nous leur disons que c’est une erreur. » Message reçu.

Guerre froide au Sahara

Un mois après l'expulsion par le Maroc de membres de l'ONU stationnés au Sahara occidental, l'Union africaine a critiqué ces mesures et déploré "qu'aucun progrès n'ait été accompli" sur l'organisation d'un référendum d'autodétermination. L'envoyé spécial de l'Union africaine pour le Sahara occidental, Joaquim Chissano, a pressé mardi 26 avril l'ONU de résoudre ce conflit et a critiqué les mesures prises par Rabat envers la mission de l'ONU (Minurso). Irrité par des propos du secrétaire général Ban Ki-moon sur "l'occupation" du territoire par le royaume chérifien, Rabat a expulsé en mars 84 membres civils de la mission, les empêchant ainsi de remplir leur mandat.
Un mois après ce départ, Joaquim Chissano a "déploré" ces expulsions estimant qu'elles "constituaient un très dangereux précédent" pour d'autres missions de paix de l'ONU. "Le Sahara occidental peut apparaître comme un petit problème mais n'oublions pas qu'une étincelle peut mettre le feu à la forêt", a fait valoir l'ancien président mozambicain. S'exprimant lors d'une réunion informelle du Conseil de sécurité convoquée par l'Angola et le Venezuela, alors que le Conseil doit renouveler avant fin avril le mandat de la Minurso, Joaquim Chissano s'est dit "consterné" par cette querelle. Il a souligné "la frustration croissante dans les camps de réfugiés" sahraouis et les risques d'accroissement des tensions régionales.
L'envoyé spécial de l'Union africaine pour le Sahara Occidental a également déploré "qu'aucun progrès n'ait été accompli" sur l'organisation d'un référendum d'autodétermination du territoire, une des tâches assignées à la Minurso. "Il faut donner au peuple du Sahara occidental l'occasion de choisir librement son destin", a-t-il insisté. Pour Joaquim Chissano, le Conseil de sécurité devrait inclure la protection des droits de l'Homme dans le mandat de la Minurso, fixer une date pour tenir le référendum et dénoncer "l'exploitation illégale des ressources naturelles" du territoire par le Maroc. Il estime que l’Union africaine doit avoir un "rôle dirigeant" de l'Union africaine pour résoudre le conflit, alors que Rabat la juge partiale.
Le Maroc a pris le contrôle de la majeure partie du Sahara occidental en 1975 lorsque la puissance coloniale, l'Espagne, s'en est retirée, ce qui a poussé le Polisario à mener une guérilla jusqu'en 1991, année où l'ONU a réussi à obtenir un cessez-le-feu et a déployé la Minurso. Rabat, qui a quitté en novembre 1984 l'Organisation de l'unité africaine, l'ancêtre de l'Union africaine, pour protester contre l'admission de la République arabe sahraouie démocratique proclamée par le Polisario, propose depuis 2007 une large autonomie sous sa souveraineté pour ce vaste territoire peu peuplé mais riche en minéraux. De son côté, le Polisario, soutenu par Alger, réclame un référendum d'autodétermination. Les camps sahraouis se situent au Sud-Ouest de l’Algérie. Ils sont issus du conflit qui oppose le Maroc au Front Polisario au sujet du territoire du Sahara Occidental (ex-Sahara espagnol). Depuis 1975, les Sahraouis qui ne reconnaissaient pas l’autorité marocaine –le Maroc ayant envahi le territoire avec la Marche verte, lors de la décolonisation espagnole– s’identifièrent à la lutte du Front Polisario et allèrent se réfugier en Algérie, dans une zone très aride nommée Hamada de Tindouf. C’est là que fut promulguée la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), une république en exercice dans les camps bien qu’en exil. C’est une particularité des camps Sahraouis, qui dessinent dans l’espace une zone certes située en Algérie, mais sous administration du Front Polisario. On est donc dans le cas d’un espace extraterritorial, dans lequel les toutes personnes extérieures (dont les Algériens) peuvent circuler uniquement si le Front Polisario est au courant. Lors de leur fuite, alors que la lutte armée s’était amplifiée avec des bombardements, les Sahraouis sont partis par groupes originaires d’un même lieu. Ils sont donc arrivés par « vagues » de l’autre côté de la frontière algérienne, où ils se sont installés au gré de leur arrivée. Comme dans d’autres situations de camps (notamment palestiniens), le nom donné au lieu de leur installation censée être temporaire a été identique à celui d’origine : Laayoune pour ceux provenant de la « capitale » du Sahara Espagnol, Dakhla pour ceux originaires de Dakhla (ancienne Villa Cisneros), Smara et Aousserd. Avec le temps, un nouveau camp a été créé : celui de l’Ecole du 27 février (date de la proclamation de la RASD, en 1976). Cette école est une école des femmes, qui propose aussi des activités aux hommes. Il y a de nombreuses écoles dans les camps, mais celle-ci propose des activités multiples de formation, pour les adultes également.
Par ailleurs, le Front Polisario a « récupéré » une partie du Sahara espagnol lors de la lutte armée, jusqu’à la construction du « mur de défense » marocain : un mur de 2 700km de long qui représente la frontière réelle actuelle. Dans cette zone sous contrôle du Front Polisario, de nombreuses petites villes ou camps sont occupés par ses forces armées, comme Tifariti. Cela fait de tout cet espace – dit « territoire libéré » par les Sahraouis des camps – un milieu à la fois très investi politiquement, mais également très lâche à la vue des distances et des conditions sahariennes extrêmes. Les camps situés non loin de la ville algérienne de Tindouf sont très fréquentés par les ONG, les comités de soutien, et les journalistes : ils sont très dynamiques et on y rencontre beaucoup de jeunes. A l’inverse, Dakhla, 180 km plus au Sud et installé au milieu des dunes, est plus calme. Des évènements médiatiques y sont toutefois organisés, tels que le Festival international du film, afin d’attirer l’attention internationale. Le camp de l’Ecole du 27 février a un fort pouvoir d’attraction sur les jeunes, qui cherchent à s’y former. C’est aussi un lieu d’interface fort avec les membres de groupes de solidarité. Beaucoup de familles se sont donc rapprochées de ce camp, contribuant à son développement, parfois le temps des études de leurs enfants, parfois définitivement. On assiste donc à des mouvements migratoires entre les camps. Depuis les années 2000, les camps se sont énormément développés : les routes ont été aménagées, ce qui aide le déplacement de voitures de plus en plus nombreuses ; les bâtiments se sont durcifiés et certaines maisons se sont vraiment aménagées. Il y a différentes raisons à cela : les Sahraouis, le temps passant, investissent leur lieu d’habitat. De plus, l’argent est arrivé avec le travail de jeunes à l’extérieur des camps. Cela pose la question de la différenciation des niveaux de vie au sein des camps.
De manière générale, si l’aide humanitaire est d’abord une condition de survie, elle devient rapidement une condition intrinsèque au fonctionnement interne du lieu, avec laquelle les réfugiés apprennent à mener des interactions d’intérêt réciproque ou personnel. Les jeunes, nés dans les camps, souhaitent collaborer avec les ONG pour avoir une occupation et se former. Ils tentent aussi de partir des camps, soit pour faire des études, soit pour travailler (par exemple en Algérie ou en Mauritanie, qui soutiennent le Front Polisario, ou en Espagne, qui a régularisé de nombreux Sahraouis). Néanmoins, les camps restent leur base matérielle (leur famille y habite), spatiale (la région se développe grâce à eux), et identitaire (c’est le lieu d’exercice de la RASD). On peut donc parler de lieux-centre, ce qui nous rappelle qu’il ne faut pas systématiquement penser les camps comme des lieux en marge : les gens s’y installent (ce qui s’incarne notamment par des tentatives de décoration et d’aménagement de l’habitat), un marché économique s’y développe –souvent lié à l’aide humanitaire–, des enfants y naissent… A travers le monde, comme en Haïti juste après le séisme de 2010 ou dans les camps de réfugiés maliens au Niger, j’ai pu observer ce phénomène d’appropriation du camp, même dans un délai court après l’exil, et même si les gens savent que ce lieu est censé être temporaire.
Ainsi, l’intervention humanitaire, locale, régionale ou internationale, est toujours nécessaire dans le temps de l’urgence ou quand les réfugiés / déplacés ne peuvent pas subvenir à leurs besoins en raison des difficultés de leur environnement (bombardements, milieu désertique…). Mais parfois, l’urgence passe rapidement. Les habitants des camps cherchent alors à aller en dehors des camps pour travailler, et à vivre à leur rythme et non à celui des distributions d’aide. En somme, ceux qui sont en-dehors du camp ou qui s’approprient le camp entrent moins dans un système de dépendance. Le cas sahraoui est en cela particulier : les gens sont dépendants de l’aide humanitaire, mais comme c’est la RASD qui assure la distribution de l’aide et essaie de la contrôler –ce qui n’est pas sans causer des tensions avec les ONG et instances internationales – la dépendance peut être perçue comme soit instrumentalisée, soit maîtrisée.
Il y a toujours un grand désir pour l’indépendance du Sahara Occidental dans les camps. Ceci dit, beaucoup de jeunes contestent la stratégie du Front Polisario, dont ils veulent un renouvellement des membres (certains sont au pouvoir depuis 1976, dont le président de la RASD), ou dont ils pensent qu’ils adoptent une stratégie diplomatique « molle ». Ces groupes s’expriment publiquement et sont tolérés dans les camps. Le Front Polisario reste toutefois toujours reconnu comme le représentant « naturel » des Sahraouis pour la majorité de la population, à qui l’indépendance apparaît comme la solution unique. Les réfugiés n’ont aucune confiance dans une solution d’autonomie, la rancune et les tensions avec le Maroc ayant duré trop longtemps –sans compter que beaucoup d’entre eux ont subi dans leur chair le conflit. Les échos sur la situation des Sahraouis indépendantistes demeurés dans les territoires sous domination marocaine ne laissent pas non plus espérer que la confiance se développe (on pense ici aux difficultés rencontrées par la militant Aminatou Haidar, dont le combat médiatisé évoque l’oppression).
Néanmoins, il faut se rappeler que certains Sahraouis reconnaissent la « marocanité » du Sahara Occidental ou, du moins, acceptent que Rabat domine la zone. Ceux qui, dans les camps de réfugiés, pensent cela, peuvent très facilement partir des camps pour rejoindre le Maroc : d’une part car la circulation autour des camps (vers l’Algérie ou la Mauritanie notamment) est très facile, d’autre part car le Maroc accueille à bras ouvert les Sahraouis qui prêtent allégeance au royaume, et facilite leur venue.

L’Union africaine a réagi par la voix de son envoyé spécial pour le Sahara Occidental, Joachim Chissano. Il participait à New York à une réunion informelle du Conseil de sécurité convoquée par l’Angola et le Venezuela. Il a appelé la communauté internationale à réagir avec fermeté pour éviter le risque d’une escalade dangereuse dans la région. «Le Sahara Occidental peut apparaître comme un petit problème, mais n’oublions pas qu’une étincelle peut mettre le feu à la forêt», a prévenu Joachim Chissano. Pour lui, il est grand temps de mettre fin «à la frustration croissante dans les camps de réfugiés sahraouis» en donnant à ce peuple l’occasion de choisir librement son destin. L’ancien président du Mozambique s’est dit consterné par la querelle qui oppose le Maroc au Secrétaire général de l’ONU depuis ses propos sur «l’occupation» du Sahara par le Maroc. Rabat avait expulsé dans la foulée 84 membres civils de la mission de l’ONU au Sahara Occidental. Du coup, la Minurso ne peut plus remplir son mandat. Un dangereux précédent pour d’autres missions de paix de l’ONU, selon Joachim Chissano. L’envoyé spécial de l’Union africaine au Sahara Occidental appelle l’ONU à «fixer une date pour tenir le référendum d’autodétermination» au Sahara Occidental et à dénoncer «l’exploitation des ressources naturelles» du territoire sahraoui par le Maroc.Voilà qui ne va pas arranger les choses entre l’Union africaine et Rabat qui accuse depuis longtemps l’organisation continentale de partialité. C’est la raison invoquée par le Maroc pour avoir claqué la porte de l’organisation de l’unité africaine en novembre 1984.
 Le Front Polisario a aussi averti des risques d’une reprise du conflit si le Conseil ne forçait pas le Maroc, y compris par des sanctions, à revenir sur sa décision d’expulsion des experts civils de l’ONU. «C’est un défi sans précédent lancé au Conseil», a estimé Amhamed Khadad, un haut responsable du Front Polisario. Cette crise «a été fabriquée par le Maroc pour masquer sa volonté de ne pas s’engager dans des négociations sérieuses» pour régler le conflit, a-t-il affirmé à la presse. Le Maroc affirme pour sa part qu’il reste attaché au respect du cessez-le-feu et refuse toute tentative visant à saper son projet d’autonomie pour le Sahara. Même le Roi Mohamed VI a rompu le silence pour réaffirmer l’appartenance de ce territoire à son Royaume. C’était le 20 avril 2016, devant le premier sommet Maroc-Etats du Golfe tenu à Ryad. Ban Ki-moon, a-t-il affirmé, «mène une guerre par procuration… Il est instrumentalisé pour essayer de porter atteinte aux droits historiques et légitimes du Maroc concernant le Sahara.»

Le Maroc propose depuis 2007 un plan d’autonomie pour le Sahara Occidental, qu’il considère comme partie intégrante du royaume. Tandis que les indépendantistes du Polisario, soutenus par l’Algérie, réclament un référendum d’autodétermination. Le bras de fer engagé à New York sur le conflit du Sahara Occidental est encore loin de trouver une issue pacifique.

Guerre froide au Sahara

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