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Publié par Bob Woodward

L'Europe face à une "invasion arabe" ?

Quelques mots qui risquent bien de susciter la polémique. Mardi 1er mars, le Pape François recevait une délégation d'acteurs du christianisme social, à Rome, en audience privée. Le récit de cet entretien a été publié par La Vie, dont le directeur de la rédaction, Jean-Pierre Denis, participait à l’audience.
Le souverain pontife s’est exprimé sur plusieurs sujets : laïcité, mondialisation, politique et Europe.
Concernant ce dernier thème, le Pape a déploré le manque de fécondité et la disparition "des racines culturelles" du Vieux continent. "En oubliant son histoire, l’Europe s’affaiblit", estime-t-il. "C’est alors qu’elle risque de devenir un lieu vide." Puis : "On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social".
Peu après, le souverain pontife précise néanmoins : "Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures".
Autre déclaration étonnante, le pape, qui dit ne pas avoir la phobie de l'argent, a dressé l'éloge de…Christine Lagarde. "Une femme intelligente", a jugé François. "Elle pressent que l'argent doit être au service de l'humanité et non l'inverse."
Le Pape François n’a pas sa langue dans sa poche. Lors d’une rencontre privée avec des catholiques français de gauche, le souverain pontife n’a pas hésité à parler « d’invasion arabe » pour qualifier la vague d'immigration massive en Europe.
Mais attention, pas question pour le pape de défendre des thèses racistes ou xénophobes : « Combien d’invasions l’Europe a connu ! Et elle a toujours su se dépasser elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures », a déclaré le pape devant  une trentaine de membres ou sympathisants des Poisson roses, un courant de pensée catholique de gauche.
Pourtant, cette petite phrase prononcée au milieu de nombreuses autres déclarations sur des sujets d’actualités, a été reprise en boucle sur les réseaux sociaux.
Dans un article publié par Le Monde, Jean-Pierre Denis, directeur de la publication de La Vie, qui était présent lors de cette rencontre, dénonce l’interprétation qui a été faite de cette citation. « Je suis scandalisé qu’on puisse faire semblant de faire croire que le pape appelle au choc des civilisations », s’indigne Jean-Pierre Denis.
« Tout l’entretien dit le contraire. Pour lui, avec l’islam, il n’y a qu’une solution, c’est le dialogue. Aucun de ses discours ne prête à la moindre confusion », ajoute-t-il.
« La France doit devenir un Etat plus laïc », a également estimé de façon surprenante le pape François. «Votre laïcité est incomplète. La France doit devenir un pays plus laïc », car sa laïcité « résulte parfois trop de la philosophie des Lumières, pour laquelle les religions étaient une sous-culture. Et la France n’a pas encore réussi à dépasser cet héritage », a jugé Jorge Bergoglio.
Le concept de laïcité introduit dans la démocratie française est «sain», a insisté le pape, car, « de nos jours, un Etat se doit d’être laïc ». Mais « une laïcité saine comprend une ouverture à toutes les formes de transcendance, selon les différentes traditions religieuses et philosophiques. La recherche de la transcendance n’est pas seulement un fait, mais un droit ».
C'est peu de dire que les propos tenus par le pape à des catholiques français font du bruit. Le souverain pontife a reçu mardi pendant une heure et demie une délégation des Poissons roses, mouvement politique d'inspiration chrétienne affilié au Parti socialiste (PS). L'entretien a été rapporté dans l'hebdomadaire La Vie par le directeur de la rédaction, Jean-Pierre Denis. Objet de tous les débats et, selon Jean-Pierre Denis, de tous les malentendus, ses propos sur l'immigration. « On peut parler aujourd'hui d'invasion arabe », a en effet dit le Saint-Père. Mais pour aussitôt ajouter : « Combien d'invasions l'Europe a connues ! Et elle a toujours su se dépasser elle-même, aller de l'avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l'échange entre les cultures. »
De fait, François n'a de cesse depuis le début de son pontificat de presser les pays riches d'ouvrir leurs frontières et d'accueillir les damnés de la terre. Dernier épisode en date, sa sortie en Amérique contre ceux qui veulent construire des murs, non des ponts, qui visait directement Donald Trump.
Cela n'a pas empêché les réseaux sociaux de s'emballer, les termes d'invasion arabe provoquant une mini-tempête. Un total contresens, selon Jean-Pierre Denis : « Je suis scandalisé qu'on puisse faire semblant de faire croire que le Pape appelle au choc des civilisations », a-t-il expliqué au Monde. Tout l'entretien dit le contraire. Pour lui, avec l'islam, il n'y a qu'une solution, c'est le dialogue. « Aucun de ses discours ne prête à la moindre confusion. » Cependant les termes du Pape sont clairs et précis : « invasion arabe ».
La connotation négative semble tout de même évidente...

L'Europe face à une "invasion arabe" ?

Si les Maures ont bien été refoulés de l’Hexagone vers l’Espagne, qu’ils ont occupée de 711 à 1492, ils n’ont pas tous été neutralisés par Charles Martel.
Il y a eu un avant et un après Charles Martel. Les Maures sont entrés dans la France de l’époque, dès 714 et n’en ont été définitivement chassés qu’en… 1830 ! Un millénaire donc d’incursions permanentes sous la forme d’occupations durables et de razzias ponctuelles.  Bien avant que n’intervienne notre Charles Martel, ils s’emparent de Narbonne, qui devient leur base pour les 40 années suivantes, et pratiquent des razzias méthodiques. Ils prennent le Languedoc de 714 à 725, détruisent Nîmes en 725 et occupent la rive droite du Rhône jusqu’à Sens.
En 721, une armée musulmane de 100.000 soldats met le siège devant Toulouse, défendue par Eudes, le duc d’Aquitaine. Charles Martel envoie des troupes pour aider Eudes. Après six mois de siège, ce dernier fait une sortie et écrase l’adversaire, qui se replie en désordre sur l’Espagne et perd 80.000 soldats. On parle peu de cette bataille de Toulouse parce qu’Eudes était mérovingien. Les Capétiens étaient en train de devenir rois de France et n’avaient pas envie de reconnaître une victoire mérovingienne.
Les musulmans ont conclu alors qu’il était dangereux d’attaquer la France en contournant les Pyrénées par l’est, et ils ont mené leurs nouvelles attaques en passant à l’ouest des Pyrénées. C’est là que se situe l’épisode de Roland de Roncevaux, qui a si fort marqué nos mémoires. Il aurait affronté les Sarrazins dans une bataille mortelle. Ces Sarrazins seraient en fait des Vascons ou Basques. Ce n’est pas un hasard si dans le contexte d’affrontement entre maures et chrétiens, l’imaginaire collectif a attribué aux maures la mort de Roland.
Venons-en à Poitiers. Avant de mettre le siège devant Poitiers, 15.000 cavaliers musulmans ont pris et détruit Bordeaux, puis les Pays de la Loire. Ils sont  finalement arrêtés par Charles Martel et Eudes à vingt kilomètres au nord de Poitiers, en 732. Les musulmans survivants se sont dispersés en petites bandes et ont continué à  razzier l’Aquitaine.
Mais le sud de l’Hexagone est toujours occupé. En 737 Charles Martel y descend, avec une armée puissante, et reprend successivement Avignon, Nîmes, Maguelonne, Agde, Béziers. Il met le siège devant Narbonne. Cependant, une attaque des Saxons sur le nord de la France l’oblige à quitter la région. En 759 enfin, Pépin le Bref reprend Narbonne et écrase  définitivement les envahisseurs musulmans. Ces derniers se dispersent en petites bandes, et continuent à piller le pays. Ils déportent les hommes capturés pour en faire des esclaves castrés, et les femmes pour les introduire dans les harems d’Afrique du Nord, où elles étaient utilisées pour engendrer des musulmans. (Plusieurs millions d’Européens furent ainsi réduits en esclavage par les musulmans, du 9e au 19e siècle — sans parler de quelques millions d’assassinés).
La place forte des bandes se situe  à Fraxinetum, l’actuelle Garde-Freinet (le massif des Maures). En 972, les bandes musulmanes capturent Mayeul, Abbé de Cluny, sur la route du Mont Genèvre. Le retentissement fut immense. Guillaume II, comte de Provence, passa 9 ans à faire une sorte de campagne électorale pour motiver tous les Provençaux, puis, à partir de 983, chassa méthodiquement toutes les bandes musulmanes, petites ou grandes.
En 990, les dernières furent détruites. La pression musulmane ne cessa pas pour autant. Elle s’exerça pendant les 250 années suivantes par des razzias effectuées à partir de la mer. Les repaires des pirates musulmans se trouvaient en Corse, Sardaigne, Sicile, sur les côtes d’Espagne et celles de l’Afrique du Nord. Toulon a été totalement détruite par les musulmans en 1178 et 1197, les populations massacrées ou déportées, la ville laissée déserte.
Quand les musulmans furent expulsés de Corse, Sicile, Sardaigne, du sud de l’Italie et de la partie nord de l’Espagne, les attaques sur les terres françaises cessèrent, mais elles continuèrent sur mer. C’est seulement en 1830 que la France, exaspérée par ces exactions, se décida à frapper le coupable à la tête, et à aller en Algérie détruire définitivement les dernières bases des pirates musulmans.
Une longue histoire donc, encore mal étudiée. Rappelons pour finir que la découverte de l’Amérique en 1492 est en relation avec ces piratages barbaresques. Ils attaquaient en Méditerranée les bateaux chargés d’épices en provenance d’Orient. Il devenait urgent de trouver une autre route pour ce commerce essentiel des épices. Ce que pensa faire Christophe  Colomb en s’embarquant vers l’Ouest. Il cherchait une nouvelle route vers les Indes, qui éviterait la Méditerranée. Et voilà comment il tomba sur le nouveau monde.

L'Europe face à une "invasion arabe" ?

Aujourd’hui, l’"invasion" se fait en douceur, par le biais « pacifique » d’une immigration de travail et de peuplement. Volonté expansionniste, colonisations diverses, traite des Noirs en Afrique : le spécialiste de la traite négrière, l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau a avancé le chiffre de 17 millions de Noirs réduits en esclavage, Malek Chebel l’évaluant à 20 millions. L’historien et économiste Paul Bairoch évalue le chiffre à 25 millions d’Africains pour la traite arabe contre 11 millions pour la traite occidentale.
Nous laisser croire que Charles Martel, en une seule bataille, a fait reculer les envahisseurs est aussi faux que nous persuader que l’histoire ne se répète pas. Chercher à la connaître est le meilleur antidote aux illusions dangereuses.
Le souverain pontife s'est en outre montré inquiet pour l'Europe qui « s'affaiblit et risque de devenir un lieu vide (...) en oubliant son histoire ». « Le seul continent qui puisse apporter une certaine unité au monde, c'est l'Europe. La Chine a peut-être une culture plus ancienne, plus profonde, mais l'Europe seule a une vocation d'universalité et de service », a-t-il estimé.
Prenant le sens commun à contrepied, il a également jugé que « la France [devait] devenir un État plus laïc » : « Votre laïcité est incomplète, a jugé François, car elle « résulte parfois trop de la philosophie des Lumières, pour laquelle les religions étaient une sous-culture. Et la France n'a pas encore réussi à dépasser cet héritage », a jugé Jorge Bergoglio. Le concept de laïcité introduit dans la démocratie française est « sain », a insisté le pape, car, « de nos jours, un État se doit d'être laïc ». Mais « une laïcité saine comprend une ouverture à toutes les formes de transcendance, selon les différentes traditions religieuses et philosophiques. La recherche de la transcendance n'est pas seulement un fait, mais un droit. »
Le pape a également dénoncé le « poison » des idéologies. « On a le droit d'être de gauche ou de droite. Mais l'idéologie, elle, ôte la liberté. »
François, dont le voyage en France annoncé dès l'an dernier n'a pas encore été programmé, avoue mal connaître la réalité française : « Je suis allé seulement trois fois en France. (...) Je ne connais donc pas votre pays. Je dirais qu'il exerce une certaine séduction. (...) En tous les cas, la France a une très forte vocation humaniste. » « Ma spiritualité est française. Mon sang est piémontais, c'est peut-être la raison d'un certain voisinage », dit-il en citant le jésuite français Michel de Certeau (1925-1986) comme « le plus grand théologien pour aujourd'hui ».
Le pontife a enfin rendu hommage à la Française Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qu'il a rencontrée deux fois : « Une femme intelligente. Elle pressent que l'argent doit être au service de l'humanité et non l'inverse. »

L'Europe face à une "invasion arabe" ?

Cette "invasion" effraie même le président du Conseil européen. En pleine crise migratoire, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a lancé un appel « à tous les migrants économiques illégaux potentiels », jeudi 3 mars.
« Ne venez pas en Europe. Ne croyez pas les passeurs. Ne risquez pas vos vies et votre argent. Tout cela ne servira à rien. »
Le responsable européen a prononcé cette formule choc à l’issue de son entretien avec le premier ministre grec, Alexis Tsipras. « Ni la Grèce, ni aucun autre pays européen ne pourront continuer à être des pays de transit », a ajouté le responsable européen, entérinant le fait que « les réglementations de Schengen seront à nouveau appliquées ».
Le président du Conseil européen a toutefois ménagé Athènes, soulignant que « les décisions unilatérales portent atteinte à la solidarité » européenne, une allusion aux restrictions imposées par certains pays européens du nombre de migrants autorisés à entrer sur leur territoire. La Grèce a, à plusieurs reprises, protesté contre ces restrictions, surtout contre l’Autriche, le premier pays à les avoir instaurées, selon Athènes, suivi par d’autres pays sur la « route des Balkans ».
La fermeture partielle des frontières sur cette route empruntée par les réfugiés qui veulent rejoindre l’Europe du Nord a piégé des milliers de personnes en Grèce, faisant planer, selon l’ONU, la menace d’une crise humanitaire imminente. « La Grèce ne peut pas gérer toute seule » le fardeau migratoire, a répété M. Tsipras, déplorant « la faiblesse » de l’UE dans la gestion du flux migratoire.
En attendant d’obtenir de la Turquie qu’elle en fasse davantage, la Commission européenne a rendu public mercredi un projet sans précédent. Il s’agirait de fournir une aide humanitaire d’urgence non seulement à des pays tiers pauvres, mais désormais aussi à des membres de l’UE. Bruxelles a proposé une aide inédite de 700 millions d’euros pour aider ses Etats membres les premiers confrontés à l’afflux de migrants, comme la Grèce.
Ce sujet devrait à nouveau être largement débattu le 7 mars, lors d’un sommet UE-Turquie crucial sur la crise migratoire. Avant cela, Donald Tusk était attendu dès jeudi après-midi à Ankara pour convaincre le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, d’aider à réduire le nombre de migrants arrivant en Europe par la Grèce
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