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Publié par Bob Woodward

Fin ou renaissance de Boko Haram ?

Il faisait déjà partie des huit terroristes les plus recherchés de la planète. Depuis juin 2012, Washington est prêt à débourser jusqu'à sept millions de dollars (5,35 millions d'euros) pour toute information qui permettrait de le capturer. Mais en enlevant les quelque 200 lycéennes nigérianes mi-avril, et encore une dizaine de filles cette semaine, Abubakar Shekau s’est imposé sur le devant de la scène médiatique, prouvant son radicalisme illimité et peut-être croissant. Qui est cet homme qui terrorise l’Afrique de l’Ouest et au-delà? Les informations le concernant sont relativement vagues –à commencer par sa date de naissance. D’après le département d’Etat américain, Abubakar Shekau pourrait être né en 1965, 1969 ou 1975. L’homme d’une quarantaine d’années aurait vu le jour dans une région pauvre du nord-est du Nigeria (dans l’Etat de Yobe), avant de s’installer à Maiduguri, la capitale de l’état de Borno. Membre de l’ethnie Kanuri, il parlerait l’arabe, l’haoussa, le peul et le kanouri, mais pas l’anglais.
Celui qui se fait également appeler Abou Bakr Skikwa, Imam Abu Bakr Shiku, Abu Muhammad Abu Bakr Bin Muhammad Al Shakwi Al Muslimi Bishku, ou encore Abubakar Shakkau, a étudié la théologie. Il est décrit comme étant «grand» et «mince», comme un solitaire et un maître du déguisement. Abubakar Shekau est donc à la tête de Jama'atu Ahlis Sunna Lidda'awatiwal-Jihad, plus communément connu sous le nom de Boko Haram, depuis la capture –et la mort– de son fondateur en 2009. Ce mouvement, créé par Mohammed Yusuf en 2004, signifie «l'éducation occidentale est un pêché» en haoussa (la langue plus parlée dans le nord du Nigeria). Il cherche à renverser le gouvernement nigérian actuel et le remplacer par un régime fondé sur la charia -la loi islamique.
Abubakar Shekau est réputé plus violent que son prédécesseur. Et les capacités opérationnelles de la secte se sont élargies sous sa direction. En cinq ans, pas moins de 3000 personnes ont perdu la vie dans des attaques de la secte selon Human Right Watch, dont plus de 1500 Nigérians cette année. C’est également lui qui était derrière la prise d’otage de la famille Moulin-Fournier, qui a été libérée en avril 2013 après deux mois de détention au Cameroun, ou encore celle du prêtre français Vandenbeush, libéré en janvier après deux mois également.
D’après un ancien responsable de la sécurité de ce groupe terroriste cité par le «Guardian», «l’hygiène personnelle» de Shekau et son «rejet de tout confort» sont poussés à l’extrême. «C’est le plus fou de tous les commandants de Boko Haram, résume tout bonnement l’intermédiaire. Il croit vraiment que c’est normal de tuer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui.» Dans une vidéo publiée en janvier 2012 sur YouTube, une semaine après les attaques qui ont fait 185 morts à Kano au Nigeria, il disait ainsi «prendre plaisir à tuer tous ceux qu'Allah (lui) demande de tuer». En revanche, son désir de tout contrôler et son leadership dictatorial auraient conduit plusieurs subordonnés à la désertion et à la création de factions autonomes telles qu’Ansaru.
Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, est apparu jeudi dans une nouvelle vidéo -pas encore authentifiée-, coupant court aux rumeurs sur sa mort mais apparaissant abattu et semblant déposer les armes.
Abubakar Shekau n’est pas mort mais bel et bien affaibli. Le chef de Boko Haram est apparu jeudi dans une nouvelle vidéo, postée sur You Tube, dans laquelle il apparaît le visage émacié, visiblement abattu. Son ton est monocorde, loin de ses joutes provocatrices habituelles. «Pour moi, la fin est venue, déclare-t-il. Qu’Allah nous protège du mal (…) je remercie mon créateur », poursuit-il en haoussa (la langue plus parlée dans le nord du Nigeria) et en arabe. D’après Beninwebtv, Shekau dirait même vouloir se rendre et demanderait la clémence des autorités nigérianes.
On ignore où et quand la vidéo a été tournée, et l’armée nigériane a indiqué qu’elle était «en cours d’authentification». La vidéo est de mauvaise qualité, contrairement aux précédentes -fin 2014 et début 2015- qui étaient très soignées, à l’instar de celles de l’Etat islamique (EI), à qui il avait prêté allégeance en mars 2015. Shekau ne fait d'ailleurs aucune allusion à Daech, et utilise le nom originel de Boko Haram, Jama'atu Ahlis Sunna Lidda'awatiwal-Jihad (littéralement, «le peuple engagé dans la propagation des enseignements du prophète et le djihad»). De plus, la vidéo n'a pas été postée depuis un des comptes Twitter liés aux alliés de l'EI et à d'autres groupes jihadistes, comme c'était le cas auparavant.
«Quand on regarde la vidéo de Shekau, le message est clair: ç'en est fini», a réagi une source militaire de Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno (nord-est), cité par l’AFP. «Pour que ce terroriste arrogant et vantard parle sur un ton aussi doux et feutré, cela montre bien qu'il est battu à plate couture», a-t-il poursuivi. «Il s'agit d'une vidéo d'adieu. Il dit à ses combattants qu'ils peuvent dire au revoir à leur Etat islamique illusoire et déposer les armes (...) Il sait qu'au vu des avancées de l'armée nigériane, nos troupes le trouveront bientôt.»

Fin ou renaissance de Boko Haram ?

Lors de sa campagne électorale pour la présidentielle de mars, l'ancien général Muhammadu Buhari avait promis de mobiliser tous les moyens pour vaincre rapidement l'insurrection qui ravage le nord-est du Nigeria depuis 2009 et qui a fait 17 000 morts et deux millions et demi de réfugiés. Devenu chef de l'Etat, il avait donné en août à l'armée jusqu'à fin décembre pour accomplir sa promesse. Si cette vidéo est authentifiée, il pourrait n’avoir que quelques mois de retard sur le calendrier qu’il s’était fixé.
Il faut dire que le Nigeria a mené l'année dernière une offensive de grande envergure avec l'appui du Tchad, du Niger et du Cameroun voisins, qui a notamment permis de reprendre Gwoza, la ville de l'Etat de Borno (nord-est) prise par Boko Haram mi-2014, qui fut un moment le siège de son «califat». Depuis, la secte islamiste, dont le nom signifie «l'éducation occidentale est un pêché», aurait de plus en plus de mal à s'approvisionner, même en carburant, et certains combattants affamés auraient fini par déposer les armes. Mais les attentats-suicides, qui demandent peu de moyens logistiques, se poursuivent.
L'armée nigériane a déjà annoncé plusieurs fois la mort de Shekau, qui avait pris la tête de Boko Haram après la capture –et la mort– en 2009 de son fondateur, Mohammed Yusuf. Elle lui prête aussi de nombreux sosies. S’il est bien en vie, Shekau se cacherait dans la forêt de Sambisa, un des fiefs historiques de Boko Haram, toujours dans l'Etat de Borno, où l'armée a déjà détruit plusieurs bases arrières des islamistes. Certains experts s’interrogent sur le fait que l’image, très sombre, ne permet pas de distinguer clairement les traits de Shekau. Ils s’interrogent aussi sur l’utilisation dans ce document de l’ancien nom et de l’ancien logo de Boko Haram. « Si le message est authentifié, cela soulève des questions intéressantes », estime Ryan Cummings, spécialiste des questions sécuritaires en Afrique. Cela pourrait être le signe d’un changement de leadership au sein de Boko Haram, et même d’un changement de stratégie. » Cela couperait aussi court aux rumeurs sur sa mort.
En outre les attaques se poursuivent. Le 16 mars, un attentat-suicide dans une mosquée de Maiduguri a fait vingt-cinq morts.
Le président du Nigeria Muhammadu Buhari avait déclaré en décembre 2015 que son pays avait "techniquement" gagné la guerre contre Boko Haram malgré la menace persistante d'attaques suicides à quelques jours de la fin du délai qu'il s'est lui-même fixé pour vaincre le groupe jihadiste.
Dans une interview publiée par la BBC, le dirigeant du pays le plus peuplé et première économie d’Afrique s’est efforcé de rassurer les Nigérians en déclarant que les islamistes étaient aujourd’hui incapables d’organiser des « attaques conventionnelles » dans le Nord où ils ont leurs bastions.
« Boko Haram s’est remis à utiliser des engins explosifs artisanaux », a expliqué le président Buhari, « mais les attaques conventionnelles contre des centres de communication et la population… ils ne sont plus capables d’en mener efficacement », a-t-il poursuivi.
« Je pense donc que nous avons techniquement remporté la guerre parce que les gens sont en train de regagner leurs quartiers. »
M. Buhari a été élu en début d’année 2015 sur un programme qui promettait d’écraser l’insurrection de Boko Haram lancée en 2009 dans le nord-est du Nigeria pour imposer un Etat islamique. L’ancien général s’est lui-même fixé la limite de la fin de l’année pour vaincre les jihadistes, promettant de s’investir dans l’éducation pour dissuader les jeunes de se radicaliser.
Contrairement à son prédécesseur, Goodluck Jonathan, le président Buhari a réussi à reprendre des territoires à Boko Haram. Le pays a également vu une diminution du nombre de raids meurtriers qui ont décimé des villes et des villages.
En réponse, les jihadistes ont multiplié les attentats-suicides – dont nombre sont menés par des jeunes, parfois des filles et fillettes.
Dernièrement, Boko Haram a commis des attentats-suicides dans les pays voisins comme le Cameroun, le Tchad et le Niger, soulevant les craintes que le groupe extrémiste soit en train de gagner du terrain en dehors du Nigeria.
La rébellion et sa répression féroce par les forces de sécurité ont fait 17.000 morts et 2,6 millions de déplacés depuis 2009.
Selon l’Index mondial du terrorisme, un rapport publié par l’Institute for Economics and Peace basé à New York, Boko Haram « est devenu l’organisation terroriste la plus meurtrière au monde ».
Les insurgés ont détruit de larges pans des maigres infrastructures qui existaient dans la partie nord pauvre du pays alors que la chute du prix du pétrole a vidé les caisses de l’Etat.

Si en Afrique du Sud, le braconnage de rhinocéros est mené par un réseau très sophistiqué, avec des connexions internationales, au Nigeria, le trafic illégal semble bien moins organisé, et le fait d'acteurs aux desseins divers. Les chasseurs du parc de Yankari, qui arborent des amulettes vaudoues, s'emparent des animaux et détruisent les infrastructures comme certains ponts pour empêcher les rangers de patrouiller. Les bergers, eux, font paître leurs vaches, leurs montons et leurs ânes à l'intérieur de la réserve, au détriment des éléphants et des antilopes, qui se retrouvent sans vivres. Et une nouvelle menace pèse désormais : celle de Boko Haram. Les conservateurs du parc redoutent que le groupe islamiste, très affaibli par une offensive militaire de grande envergure, cherche à utiliser l'épaisse végétation du parc comme base arrière pour préparer des attentats dans la région. Haladu Idi, un des responsables des rangers de Yankari, a été prévenu par l'un de ses amis policiers, posté à Maiduguri, capitale de l'État de Borno et fief historique de Boko Haram, que les islamistes sont peut-être même déjà en chemin vers la réserve: "Il m'a appelé et m'a dit de faire attention à eux (...) Il m'a dit que si on les voyait, il fallait les éliminer", a rapporté M. Idi.

Le groupe islamiste, qui a prêté allégeance à l'organisation État Islamique (EI) en 2015, est déjà installé depuis des années dans la forêt de Sambisa, un autre parc de l'ère coloniale, dans l'État de Borno. La crainte désormais: que Boko Haram se lance dans le braconnage d'éléphants pour financer son insurrection, comme l'ont fait l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) en Ouganda ou la milice janjawid au Soudan. "Il y a un important marché pour l'ivoire dans le pays, à Lagos et à Abuja, et cela représente une menace pour les éléphants de Yankari", estime Andrew Dunn, directeur de la Société pour la Conservation de la vie sauvage (WCS) au Nigeria. "La protection des éléphants de Yankari est essentielle si on veut éviter que leur ivoire ne devienne une source de revenus pour Boko Haram", a-t-il ajouté.

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a déclaré que plus d’un million d’enfants nigérians étaient privés d’école à cause du conflit, soulignant que le manque d’éducation fournissait un terreau à la radicalisation au Nigeria et dans les pays voisins. Les troupes nigérianes ont libéré 829 otages retenus par le groupe islamiste Boko Haram, après avoir délogé les insurgés de plusieurs villages du nord-est instable du pays, a annoncé l’armée jeudi 24 mars 2016. «Nos courageuses troupes ont nettoyé la zone de Kala Balge des derniers terroristes de Boko Haram qui y hibernaient», a déclaré dans un communiqué le porte-parole de l’armée Sani Usman. Selon lui, les soldats ont «tué 22 terroristes et nettoyé des poches de terroristes à Wumbi, Tunish, Tilem et Malawaji. Les autres localités sont Makaudari, Daima, Buduli, Sadigumo, Jiwe, Sidigeri et les villages de Kala»«Les troupes ont également secouru 309 personnes retenues en otages par les terroristes», a-t-il ajouté.

D’après le porte-parole, les militaires ont attaqué les combattants de Boko Haram dans le village de Kusuma et libéré 520 autres otages. Trois membres de l’insurrection islamiste ont été tués et un autre a été fait prisonnier. Les violences de Boko Haram ont fait au moins 17 000 morts dans le nord du Nigeria, majoritairement musulman, depuis 2009.

Est-ce donc la fin de Boko Haram ou une nouvelle renaissance comme un phénix doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur ?

Fin ou renaissance de Boko Haram ?

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