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Publié par Bob Woodward

Affaire Barbarin : Najat Vallaud-Belkacem à la conquête de Lyon ?

Les observateurs le décrivaient comme l’un des prélats les plus brillants de sa génération. Depuis son installation en 2002 à l’archevêché de Lyon, certains lui prêtaient même un destin papabile. Et ce ne sont pas les lecteurs de LyonMag, qui l’ont élu « Lyonnais de l’année 2015 » devant Florence Foresti ou Najat Vallaud-Belkacem, qui auraient imaginé que le cardinal Barbarin serait rattrapé quelques mois plus tard par des affaires de pédophilie dans son archidiocèse.
Deux plaintes pour l’heure visent le primat des Gaules, accusé de ne pas avoir dénoncé à la justice des agressions sexuelles sur mineurs. Des faits qu’il récuse fermement. « Je veux dire avec la plus grande force que jamais, jamais, jamais je n’ai couvert le moindre acte de pédophilie », s’est défendu Philippe Barbarin lors d’une conférence de presse mardi 15 mars. Un peu plus tôt dans la journée, le premier ministre, Manuel Valls, avait appelé l’archevêque de Lyon à « prendre ses responsabilités ».
Pour l’instant, le Vatican a temporisé, estimant qu’il était « opportun d’attendre le résultat » de l’enquête. « Quel qu’il puisse être, eu égard à son sens de la responsabilité, on doit manifester estime et respect envers le cardinal Barbarin », a déclaré le porte-parole du Saint-Siège. C’est en effet une figure de l’Eglise qui est mise en cause.
Sur bien des sujets, le cardinal Barbarin, fan de Tintin et d’astronomie, dépasse les clivages habituels. « Inclassable », dit de lui Le Figaro, tant il est vrai que ses convictions et ses amitiés n’obéissent pas à des lignes de fracture traditionnelles.
En 2012, Manuel Valls est ministre de l’intérieur quand les saillies de Philippe Barbarin sur le mariage pour tous font polémique. Lors d’une interview, l’archevêque de Lyon affirme que cette « rupture de société » que constitue le mariage homosexuel pourrait avoir « des quantités de conséquences » : « Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera. Il y aura des demandes incroyables, qui commencent à se faire jour ! »
La pensée du cardinal est précisée peu après par un communiqué du diocèse de Lyon : « Dès lors que “quelques repères majeurs” seraient dépassés, quelles réponses seront faites à ces nouvelles demandes ? », s’interroge-t-il, relevant que « le “polyamour” ou les “unions à plusieurs” deviennent un sujet d’actualité ».
Cette prise de position du cardinal Barbarin, également opposé à l’avortement, lui a valu la sympathie de la frange conservatrice de l’Eglise et quelques inimitiés. Diplômé d’une maîtrise de philosophie à la Sorbonne et de théologie à l’Institut catholique de Paris, il est ordonné prêtre le 17 décembre 1977 pour le diocèse de Créteil, avant de devenir aumônier de lycée dans le Val-de-Marne puis, de 1994 à 1998, professeur au grand séminaire de Fianarantsoa à Madagascar. Dès sa nomination en 2002 à la tête du deuxième diocèse de France, après seulement quatre ans d’épiscopat, il bouscule les codes. Lors de sa prise de fonctions, au cours d’une messe célébrée en la primatiale de Lyon à laquelle assistait le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, il plaide déjà pour « les rencontres interculturelles [qui] sont un enrichissement et non un choc des civilisations ».
Le dialogue avec les musulmans et les juifs sera dès lors l’un des combats du nouvel archevêque, né à Rabat (Maroc) en 1950. Récemment, il s’était fait le défenseur des chrétiens d’Orient persécutés, se prononçant notamment, dans un entretien à La Croix, pour l’accueil de ceux forcés de fuir leur pays en raison des conflits qui y font rage.
Dans un portrait publié dans Le Monde en 2004, le cardinal était décrit comme « la “coqueluche” de Lyon, le “Sarko de l’Eglise” (...), le cardinal qui “décoiffe”, séduit et déconcerte les banlieues comme les beaux quartiers ». Douze ans plus tard, les accusations d’anciennes victimes de prêtres pédophiles de son diocèse pourraient bien conduire le prélat à sa chute.
Mais le « Sarko de l’Eglise » dérange à gauche et ne serait guère un soutien aux ambitions de Najat Vallaud-Belkacem pour les prochaines municipales en 2020…

Affaire Barbarin : Najat Vallaud-Belkacem à la conquête de Lyon ?

Petit retour sur les liens entre Najat Vallaud Belkacem et la ville de Lyon : Najat Belkacem entre au Parti socialiste après le 21 avril 2002 et rejoint, en tant que chargée de mission, en janvier 2003 l'équipe de Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, en menant dans le cadre de la politique municipale des actions pour renforcer la démocratie de proximité, la lutte contre les discriminations, la promotion des droits des citoyens ou leur accès à l’emploi et au logement.
Élue en mars 2004 conseillère régionale Rhône-Alpes sur la liste de Jean-Jack Queyranne, elle est présidente de la commission culture. Elle démissionne en juin 2008.
Après avoir été assistante parlementaire de Béatrice Marre (Oise) pendant un an, elle devient, le 22 février 2007, la troisième porte-parole de Ségolène Royal, candidate à l'élection présidentielle de 2007 aux côtés de Vincent Peillon et d'Arnaud Montebourg. Candidate du Parti socialiste aux élections législatives de juin 2007 dans la quatrième circonscription du Rhône, elle échoue au 2e tour face à l'ancien Garde des Sceaux Dominique Perben sur un score de 43 %.
En décembre 2007, elle est élue « Lyonnaise de l'année » par le magazine Lyon Capitale en compagnie du footballeur Karim Benzema. Ce même mois, elle est nommée membre du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger par le roi Mohammed VI. Fin avril 2012, interpellée par Valérie Debord, déléguée adjointe de l'UMP, elle précise avoir quitté cette instance en décembre 2011. Néanmoins, en septembre 2014, son nom apparait sur le site du CCME en tant que membre du groupe de travail Approche genre et nouvelles générations. En mars 2008, elle est élue conseillère générale du Rhône lors des élections cantonales avec 58,52 % des voix au second tour, sous les couleurs du Parti socialiste dans le canton de Lyon-XIII-Montchat, le faisant basculer à gauche. Elle est élue conseillère municipale sur la liste d'Union de la gauche conduite par Gérard Collomb lors des élections municipales à Lyon. Gérard Collomb la choisit alors comme 6e adjointe au maire de Lyon chargée des grands événements, de la jeunesse et de la vie associative, et elle est également désignée conseillère communautaire à la communauté urbaine de Lyon. Elle quitte alors la vice-présidence de la région Rhône-Alpes.
Parallèlement à son rôle de porte-parole pour la présidentielle, elle est candidate pour les élections législatives de 2012 dans la quatrième circonscription du Rhône. Une circonscription historiquement de droite, avec Dominique Perben comme député et dans laquelle elle s'était déjà présentée en 2007. Bien que la Commission électorale du Parti socialiste lui ait proposé une circonscription « plus gagnable », elle préfère rester dans cette circonscription. Le 16 mai 2012, Najat Vallaud-Belkacem est nommée ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement dans le gouvernement Jean-Marc Ayrault. Elle annonce le lendemain le retrait de sa candidature aux élections législatives dans la 4e circonscription du Rhône après que Jean-Marc Ayrault a déclaré que les ministres battus aux législatives devront quitter le gouvernement. Elle démissionne de son poste de 5e adjointe au maire de Lyon, Gérard Collomb en mai 2012 (et est remplacée par Anne Brugnera) mais reste conseillère municipale. Le 4 février 2013, elle démissionne de ses mandats de conseillère municipale de Lyon et de conseillère communautaire du Grand Lyon, tout en restant conseillère générale du Rhône jusqu’aux élections départementales de 2015 auxquelles elle ne se représente pas.
Najat Vallaud Belkacem garde tout de même des liens avec la vie lyonnaise et est soutenue par le magazine Golias en vue des prochaines élections municipales.
Golias, magazine catho «tendre et grinçant»,  vendu à 10.000 exemplaires,  a le sacré pouvoir de moduler une opinion publique grinçante dans la sphère papiste. Cinglante flèche médiatique plantée au coeur de la «grande muette» qu'est souvent l'Eglise de France, Golias, désormais, est autant honni de l'épiscopat que pillé par la grande presse. Golias démarre en 1985 avec un premier numéro trimestriel tiré à 117 exemplaires. Le bouche à oreille le porte à 2.000 exemplaires en 1990, moment où Christian Terras, le fondateur de la revue, et sa petite équipe ont une idée qui fait mouche: un trombinoscope des évêques. Chaque prélat est affublé d'une à cinq mitres en fonction de sa fidélité au concile Vatican II et de son ouverture d'esprit. Ceux qui trouvent grâce aux yeux de Golias se comptent sur les doigts d'une main. S'y trouve, bien sûr, Mgr Gaillot, malgré cette réserve: «Risque de griller ses batteries à cause d'un plan média mal ficelé ou trop dispersé.»  Golias est souvent accusé de parti pris, de dénigrement et de contrevérités. Vendu à 12.000 exemplaires, le Trombinoscope provoque l'ire de l'épiscopat qui l'assimile à de basses attaques ad hominem. On reproche aussi aux diablotins d'avoir été trop loin en révélant la grave maladie ou la dépression de tel ou tel prélat. «Seulement parce que les évêques en question s'accrochaient à leur poste sans avoir la décence de se retirer», assure Christian Terras, fondateur de la revue. Voici en tout cas Golias sur orbite. Ses dossiers s'étoffent et intéressent les grands médias. L'Église a donc son imprécateur sous la forme d'une revue plutôt sulfureuse.
Le mensuel Golias, fondé à Lyon par des catholiques résolument progressistes et volontiers provocateurs, fait son miel de tout scandale ou polémique agitant la sphère catholique. Ennemi désigné des conservateurs et des catholiques institutionnels, Golias ne cesse de déranger en publiant, par exemple, un « hit-parade » des évêques réactionnaires, des enquêtes approfondies sur la « planque » de Paul Touvier, ou des transactions secrètes concernant le sort de Mgr Gaillot...
D'une manière générale, ce Canard enchaîné de l'Église s'en prend de préférence aux traditionalistes et aux amis de l'ordre catholique, régulièrement dénoncés. Dirigé par Christian Terras, et disposant d'un réseau d'informateurs qui s'étend de la France à la Belgique, Golias poursuit des buts difficiles à cerner. Les informations publiées doivent pour cette raison être prises avec prudence, les vraies révélations voisinant parfois avec des rumeurs. Golias, du nom d'un évêque légendaire et frondeur du Moyen Age, a donné au Moyen Age «les goliards», universitaires en rupture de ban ou balladins iconoclastes.
Mais l'existence de ce « poil à gratter » périodique (lié à la gauche lyonnaise) est une vraie originalité du catholicisme français. Les milieux progressistes dans la mouvance catholique conciliaire, en l’occurrence Golias, sont également sous-tendus par des réseaux maçonniques. Toute une frange de l’église Conciliaire en France, sous influence maçonnique, a combattu ouvertement contre Benoît XVI, qui, de son côté, s’est rapproché de la Fraternité Saint Pie X, pour y puiser un appui contre les tenants de l’imagerie républicaine laquelle s’oppose à la haute maçonnerie.
La revue met plus que les rieurs de son côté en jouant les Canard Enchaîné de l'Eglise. Elle brise le tabou en forme d'autocensure qui bride la presse catho. Cependant Golias offre une information souvent partielle et guère objective : Christian Terras, a publié en 2010 « La véritable histoire des évêques sous Vichy, 1940-1944 ». Les clichés des ennemis de l’Eglise se multiplient. Or ,il se trouve qu’une historienne, Sylvie Bernay, chercheuse au CNRS, a publié en avril 2012, « L’Eglise de France face à la persécution des juifs ». Ouvrage à la documentation exceptionnelle dont la présentation se termine par ces mots : « Une somme magistrale qui invite à repenser le rôle de l’Eglise sous l’Occupation ».

Affaire Barbarin : Najat Vallaud-Belkacem à la conquête de Lyon ?

Rappelons que le premier ministre, Manuel Valls, proche de la Ministre de l’Education Nationale, a appelé mardi 15 mars Mgr Barbarin à « prendre ses responsabilités » dans cette affaire. Tout semble préparer l’arrivée de Najat Vallaud Belkacem à la tête de Lyon en 2020, alors que Gérard Collomb est affaibli par la maladie. Gérard Collomb a d’ailleurs passé le nouvel An à l'hôpital suite à une embolie pulmonaire. Le sénateur-maire de Lyon était en vacances à Autrans en Isère lorsqu'il a dû être hospitalisé au CHU de Grenoble pour l'obstruction d'une artère pulmonaire par un caillot.

L’Eglise de France n’avait déjà pas été ravie, mardi, que Manuel Valls appelle le cardinal Barbarin à “prendre ses responsabilités”. Eh bien le mercredi 16 mars, c’est la ministre de l’Education nationale qui s’est exprimée sur le scandale de Lyon, où l’archevêque est accusé par des victimes de prêtres pédophiles de non-dénonciation de crimes. Comme le cardinal Barbarin l’avait subtilement souligné au cours de sa conférence de presse mardi, l’Education nationale a également eu à gérer des scandales pédophiles. Presque un an après l’affaire de Villefontaine, la ministre a fait le point sur RTL sur les actions menées depuis : “Il y en a eu des radiations puisque nous sommes sur ce sujet très fermes, il y en a eu sur l’année 2015 vingt-sept (sur ce sujet, ndlr)”. “Essentiellement des hommes”, a-t-elle précisé, et tout aussi bien pour des faits de “premier et second degré”.

Et Najat Vallaud-Belkacem de marteler : “J’estime qu’un professeur ou qu’un adulte, un agent de l’administration au contact d’enfants, dès lors qu’il a été condamné pour des faits aussi graves (...), ne peut plus exercer au contact d’enfants.” Quant à la loi qui obligera la justice à informer le ministère en cas d’implication d’un de ses agents dans une affaire de pédophilie, la ministre a réaffirmé qu’elle serait adoptée : “Elle est en cours d’adoption, ça peut paraître long un an, vous savez comment les choses se sont passées, le conseil constitutionnel l’avait retoquée pour des conditions de forme (...), elle va être réadoptée d’ici peu.” Plus largement, Najat Vallaud-Belkacem a envoyé ce message : “Qu’il s’agisse de l’Eglise ou de l’école, moi j’ai un principe simple, la pédophilie est une affaire extrêmement grave, qui détruit des vies donc le principe, ce n’est pas le silence, c’est la transparence totale. Tous ceux qui pensent qu’on peut régler les choses en interne ou en faisant silence se trompent, se trompent gravement (...), j’en attends autant de toute institution”.
Le diocèse de Lyon s’est adjoint les services d’un expert en communication : Guillaume Didier, ancien magistrat, porte-parole du ministère de la justice (de 2007 à 2010), et désormais spécialiste en gestion de crise. Ancien juge d’instruction, il a été magistrat au bureau de la lutte contre le terrorisme puis chef de cabinet du directeur des affaires criminelles et des grâces au ministère de la Justice.  Nommé vice-procureur de la République chargé des relations avec la presse auprès du procureur de la République de Paris, il a été conseiller de trois Gardes des Sceaux successifs : Pascal Clément, Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie. Il a créé en 2007 et occupé jusqu’en 2010 le poste de porte-parole du ministère de la Justice.
La guerre entre droite et gauche semble bien déclarée à Lyon en vue des prochaines élections municipales…
Le cardinal Barbarin a rejeté en bloc les accusations de laisser-faire, estimant qu’il a agi dès qu’il a été mis au courant des faits, en éloignant (discrètement, comme on l’a vu) le prêtre fautif. « Je veux dire avec la plus grande force que jamais, jamais, jamais je n’ai couvert le moindre acte de pédophilie », s’est défendu le primat des Gaules mardi 15 mars, lors d’une conférence de presse à Lourdes.
Les locaux de l’évêché de Lyon, dirigé par le cardinal Barbarin, ont été perquisitionnés mercredi 30 mars dans le cadre d’enquêtes sur des faits de non-dénonciation d’agressions sexuelles commises par des prêtres.
La première concerne des accusations de « non-dénonciation » d’agressions sexuelles et de « mise en danger de la vie d’autrui », émanant de quatre victimes du père Bernard Preynat, un prêtre mis en examen le 27 janvier pour des faits commis entre 1986 et 1991 sur de jeunes scouts qu’il encadrait dans la banlieue de Lyon. Le juge d’instruction a déclaré que les quatre cas d’agression retenus à son encontre ne sont pas prescrits, permettant ainsi à la procédure judiciaire de se poursuivre.
La deuxième concerne des accusations similaires émanant d’une victime d’un autre prêtre du diocèse. Cette personne, qui exerce aujourd’hui une fonction importante au sein du ministère de l’intérieur, avait contacté le parquet de Lyon en février et elle a porté plainte formellement mardi, selon une source proche du dossier.
Ces victimes reprochent au cardinal Barbarin, parmi d’autres responsables religieux, de ne pas avoir informé la justice des agissements passés de ces prêtres lorsqu’ils en ont eu connaissance. C’est-à-dire, dans le cas du père Preynat, dès 2007-2008, quand l’archevêque a été alerté sur son cas par un tiers, selon ses propres dires.
Le diocèse de Lyon a confirmé dans un communiqué avoir remis aux enquêteurs, lors d’une perquisition, « les éléments dont la justice souhaitait disposer pour faire la lumière sur ces événements douloureux ». « Le cardinal Philippe Barbarin a exprimé à de nombreuses reprises sa volonté de coopérer en toute transparence avec la justice : il se tient à sa disposition avec confiance », a-t-il ajouté.
Le « Sarko de l’Eglise » serait-il la première victime des ambitions politiques de Najat Vallaud-Belkacem ?

Affaire Barbarin : Najat Vallaud-Belkacem à la conquête de Lyon ?

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